‹ Les négociations du président JeanninChapitre 7 sur 33 · II. C. D. H. T. IV · texte numérisé non relu

II. C. D. H. T. IV

le roi d'Espagne. Ledit sieur de Bameveldt nous l'a ainsi fait entendre , dit ce. que ledit sieur Ver* reilten a proposé en leur assemblée, montré l'écrit original et donné la copie d'icelui ; puis ajoute que messieure des Etats désiroient avoir notre avis, avant que prendre aucune résolution , selon qu'ils nous avoient déjà fait dire lorsque cette affaire fut premièrement mise en délibération. iVous lui avons répondu qu'il sait assez quel est notre avis , et que les archiducs n'ayant point donné la ratillcation en bonne et due forme, selon qu'ils y étoient tenus , il n'y avoit aucune apparence de les gratifier de cette révocation ; qu'il seroit beaucoup plus à propos d'envoyer une nouvelle flotte que de révoquer l'autre, comme étant le vrai moyen de contraindre le roi d'Espagne à la donner; au lieu que s'il obtient dès maintenant ce qu'il prétend , ils seront hors de crainte , n'auront besoin de se mettre en dépense pour cette année , ni de chercher des pilotes et mariniers qu'ils ne peuvent recouvrer: ainsi ne penseront plus à donner cette ratification , mais se prépareront à la guerre , et ne laisseront pourtant de tenir en incertitude les Etats , avec une vaine espérance de la donner , afin qu'ils soient plus aisément surpris. Qu'ils ne peuvent aussi accorder ce qu'on leur demande , sans se départir de leur première résolution, montrer qu'ils ont crainte de leurs ennemis, comme s'ils dévoient encore être leurs maîtres, ou bien un trop grand désir d'obtenir la paix à quelque condition que ce soit , avec autres raisons contenues en nos précédentes lettres , dont nous ne ferions qu'ennuyer votre Majesté les répétant ici. Lui, au contraire, étant désireux avec ardeur que cette révocation soit accordée, dit en être pressé par les villes de Hollande, lesquelles ont un grand nombre de navires en Italie , et craignent que le roi d'Espagne prenne la revanche du dernier combat, lors qu'elles seront sur le retour; ce dommage ne pouvant tomber que sur eux , à qui presque tous lesdits navires appartiennent, y ayant même une seule ville, à savoir Homes, qui a en ladite flotte trente navires marchands à sa part. Que si on leur refuse cette grâce , qu'ils demandent instamment , dont l'ennemi ne doit tirer aucun profit , attendu que les navires sont sur leur retour, et qu'on ne peut faire nouvelle flotte pour cette année, il sera difficile d'induire à l'avenir la province de Hollande de mettre en merdes navires pour faire la guerre , comme elle a fait du passé; y ajoute encore que la paix étant désirée par un grand nombre de leurs peuples, s'il avient que le roi d'Espagne ne ratifie ce que l'archiduc a fait, ils diront que c'est faute d'avoir accordé ladite révocation,

iZÙ

N^GOCUTlûNâ

encore qu'il n*en soit rien ; demeurant mal conteus, rentreront à la guerre mal volontiers, et avec moins de courage et de vigueur; au lieu qu*en accordant ladite révocation , cette faute sera du tout rejetée sur les ennemis, non sur les Etats. II a encore cette erreur en son esprit, outre lesdites raisons que les archiducs qui désirent la paix en obtiendront plus aisément la ratification en b::nne et due forme , qui est le seul moyen pour y parvenir. Nous étions entrés en soupçon qu'il n*y eût quelque chose de plus secret en sa conduite; mais après nous en être mieux éclaircis , lui en avons parlé ouvertement à diverses fois, et à d'autres aussi qui ont part à tout ce qui se fait. Nous avons appris qu'il n'y a rien de mauvais , et que Tlntérét de Hollande en est la principale cause , avec Tespoir qu'il a d'avoir la ratification par ce moyen, encore que nous craignions que ce ne soit plutôt la cause de la faire différer ou refuser du tout. On nous assure toujours de toutes parts qu'il ne sera passé outre au traité qu'avec nous , par notre avis et consentement, et avec les sûretés convenables, rintervention de votre Majesté , et une ligue offensive et défensive séparée du traité général , quand môme la ratification seroit envoyée en telle forme qu'ils la peuvent désirer , nous ayant derechef ledit sieur de Bameveldt prié de prendre cette assurance de sa foi et sincérité, et que n'y serons Jamais trompés ; nous ne laissons de penser aux moyens de nous en garder , pouvant dire avec vérité que nous sommes à toutes heures sur les épines , el que ne sortons Jamais d'une difficulté sans en rencontrer aussitôt quelqu'au« tre. Quant à M. le prince Maurice , il continue toujours en son premier avis, de n'accorder audit sieur Verreiken ce qu'il demande , lequel est bon ; mais il montre si évidemment de vouloir rejeter toutes les ouvertures de paix , quoique lui disions et répétions tous les Jours qu'il doit apporter plus d'artifice en sa conduite , qu'il en a moins de crédit et de pouvoir envers ces peuples, lesquels reçoivent bien de bonne part , quand on leur dit qu'il ne faut point faire de paix si elle n'est boQue et sûre ; mais on les met au désespoir quand on leur veut faire croh*e qu'ils ne peuvent Jamais trouver sûreté que dans les armes. Il est besoin de le retenir, comme allant trop avant à la guerre , encore qu'il se fonde sur d'assex bonne» rctisops , s'il étoit maître de la bourse d*autrui , et avoit assez de créance parmi ces peuples pour les persuader à suivre son opinion. Il en faut faire autant aussi à l'endroit de M. de Bameveldt, afin que le désir qu'il a de mettre son pays en repos ne lui fasse faire quelque faute en oet epdroit i encore que ce ne soit par corrup-

tion ni avec mauvais dessein : nous prenohs garde à l'un et à l'autre. Nous conférons aussi souveut avec plusieurs personnes qui ont de l'autorité ici et dans les provinces , lesquelles nous peuvent aider à la conduite de ce bon oeuvre ; et pour mieux rejoindre ledit sieur de Bameveldt avec M. le prince Maurice , nous avons derechef conféré , tant avec M. le comte Guillaume , qui est ici depuis trois Jours, qu'avee eux, et mis cette affaire en bon état, autant toutefois qu'on peut faire entre personnes qui ont desseins du tout différens. Mais nous tiendrons le milieu en nous approchant plus de l'un ou de l'autre , selon qu'il sera expédient pour le bien des affaires , et pour faire suivre l'intention de votre Majesté ;empd* chant toujours de tout notre pouvoir que l'inimi* tié n'y entre , ayant disposé à cet effet ledit prince Maurice à tenir de si bonnes paroles audit sieur de Bameveldt, qu'il puisse être mis du tout hor« de cette crainte , qui seroit préjudiciable , tant A lui qu'à l'Etat même et au servioe de yotre Ma< Jesté ; et pourroit aussi être eause de le précipiter à chercher tous moyens de faire une paix tells quelle , pour se mettre en sûreté ; étant s} puis* sant , tant en créance que conduite envers ees peuples, qu'on doit avoir autant de soin a essayer de le gagner et entretenir , que craindre de Vot" fenser , si ce n'est que ce premier moyen , qui est le plus facile et assuré , vienne h nous défaillir , à quoi il se faut préparer pour se servir dQ tout au besoin.

Nous n'avons pour notre regard donné autrç avis sur cette révocation que le premier , à savoir , que nous nous en remettrons aux Etats , duquel ledit sieur prince Maurice s'étoit contenté, et nous avoit dit qu'il suffiroit que fussions neutres en cet endroit, se promettant lors de fiiire le surplus. Ce qui nous a encore induit à continuer en cette même résolution , est qu'il nous a semblé l'inclination des députés être trop grande pour les retenir, et s'il avenoit aussi que la révocation fût refusée par notre moyen , et la paix rompue à cette occasion, selon que Verreiken en menace, encore que ce nç soit qu'un prétexte, que fussions tenus pour auteurs de cette rupture , par ainsi votre Majesté plus obligée à la dépense de la guerre, et le roi d'Espagne et les archiducs I aussi plus offensés d'elle, encore que cette dernière considération doive être de peu de respect, attendu que ledit sieur Verrei* ken n'a vu M. de Russy qui l'a visité , n'a requis notre assistance , et s'est conduit en tout et par** tout comme avec ministres d'un prlncç qu'il tient pour ennemi de ses maîtres , ayant , par ce moven , mérité toutes sortes de mauvais offices ae nou9, qu'il n'a toutefois reçut, pour

t>tt J^l^istBBNt aCÀNNtNé

tvoir cm cpié Votre Mld<^te ii*eût approuvé cette coodoite en son endroit. Etant donc en crainte qoe cette révocation ne fjït accordée à ces peu* piffi, toi^ours ea attente de la ratification d'Ëspilgoe que le sieur Verreiken leur promettoit CD recevant ce bienfait, combien que ce ne fut goaicc incertitude, sans déclarer le temps et sws savoir si étant envoyée elle seroit en la norme qu'il convient, nous proposâmes à M, ie prince Maurice , au cas qu'il ylt ne pouvoir empécher ladite révocation, d'y faire ajouter, s'il etûit possible, que seroit à condition que la ra*tiôcation d'Espagne seroit envoyée dans un bref délai, oomme d'un mois , et en la forme qu'on (knoeroil par écrit , puisqu'il avoit offert d'en {iraidre la minute des Etats; et à faute d'y salaire dans ledit temps , qu'il seroit en la liberté des Etats d'envpyer nouvelle flotte si bon leur ffmbloit; estimant nécessaire d'y procéder ainsi, ifinija'on puisse voir clair et tât en leur intentkn, et être assurés du tout si on entrera au traité de paix , ou si on n'aura plus qu'à penser a (a guerre Y n'y ayant rien pis que de demeurer ksi^-temps en incertitude de l'un et de l'autre , et (k s*aoooaimQ!4er au désir des Espagnols, qui cbercbent toutes les longueurs avec artifice, pour iûrt couler le temps de la trêve inutilement , et Va enotraindre encore de la renouveler , sous les nèiMici^raqces , ou bien de les surprendre , n'étant préparés à la guerre*

Il ami de bonne part cet avis , en a parlé à ses mk \ nous en avons fait autant de notre part. ït enfin l'alTaire mise en délibération a été condoect arrêtée le jour d'bier, selon et en la forme qne eontient l'acte de ladite assemblée , dont DOQS envoyons copie à votre Miyesté ; comme sfOÊà copie de la ratification dressée par M. de Âanieieldt , approuvée par les Etats et délivrée audit sieur Verreiken. On a pris notre avis sur le tout, et lesdites minutes nous ont été communiquées avant que les arrêter. Nous étions 1^ d*avis de mettre un mois au lieu de si^^ seawûnes, et d'y jouter quelques clauses, à savoir Q lacté de l'assemblée , celle-ci : Que le temps pané de ilx semaines, ils n'entendoient plus rectToir aucune ouverture de paix ; mais seulement order la trêve pour le temps qu'elle doit durer. Et en la minute de la déclaration et ratification ^a roi d'Espagne : Que c'est tant pour lui que pour ses successeurs rois d'Espagne et pour les droits qu'ils pourroient prétendre esdits pays et pruvinces, tant pour le présent que pour l'avenir. Mais, ayant été répliqué que cela n'étoit eX' primé par le traité fait avec les arcbiducs, et nous ayant semblé aussi que les mots généraux suffi* roieot, pwsl'avons approuvée en la forme qu'elle

est, encore qu'ellesoit couchée enfortmanvaisstyle et langage , étant bien certain que la validité ou invalidité de cet acte ne serajamais disputée qu'avec les armes , et qu'il est assez bien pour les faire tenir libres et exempts du tout de leur ancienne siyétion , et par ce moyen les rendre capables de traiter amitiés et confédérations avec qui bon leur semblera. Encore estimons-nous que le roi d'Espagne fera grande difficulté de la passep ainsi qu'elle est, combien que ledit sieur de Verreiken, prié de se trouver en l'assemblée le même jour pour recevoir iesdits acte et minute , en ait donné beaucoup d'espérance ; et lui a été dit outre ce qui est contenu esdits écrits , qu'au cas que la ratification ne leur soit délivrée dans les six semaines , ils entendent demeurer en leur li« berté d'envoyer, si bon leur semble, de nouveU les flottes sur la mer , nonobstant la révocation des navires , faisant laquelle ils n'ont voulu ex-> pressément se priver de ce pouvoir , afin de se conduire selon qu'ils feraient de leur part.

Sa réponse a été fort respectueuse à l'aeooutu* mée , et les a assurés de faire tous bons offices , afin qu'eux et les sujets des archiducs Jouissent d'une bonne et heureuse paix. Or il a tenu tous ces bons langages pour obtenir la révocation des navires qu'il poursuivoit avec grande instance $ ou bien il se promet en effet que le roi d'Espagne accordera la ratification dont la paix ensuivra. Ces longueurs et incertitudes sont ft^rt fâcheuses; mais votre Mi^esté Jugera bien qu'avons fait tout ce qu'avons pu pour abréger le temps , et voir clair en leur intnetion , n'ayant été en notre pouvoir de faire mieux ; aussi semble-t*U que cette dernière action doit beaucoup servir pour Juger bientôt et certainement ce qu'on doit attendre de la résolution du roi d'Espagne , et ensuite de la paix ou continuation de la guerre. Cependant nous demeurerons ici avec regret et déplaisir, puisqu'il n'y aura SHJet de servir, si oe n'est que les députés du roi d'Angleterre viennent, et qu'entrions en conférence qui puisse apporter quelque avancement aux affaires. On a eu nouvelle que les députés des Etats qui y étoient allés , se devpient embarquer pour retourner le 4 de ce mois , et les députés du roi d'Angleterre partir dix Jours après. Mais il est A craindre , s'ils reçoivent en Angleterre , avant leur départ, les nouvelles du délai de six semainés donné pour la ratification, qu'ils ne diffèrent encore jusqu'à ce que oe temps soit prêt è expif rer ; et néanmoins leur arrivée plus tôt seroit bien désirable et nécessaire aussi , pour entrer en dis^ cours des affaires avec eux , reconnoltre l'iucli* nation de leur maître , en donner avis à votre Mcyesté , et recevoir ses eommandemens là^es*

NfefiOCTATIÔXS

sus; encore qu'il y ait bien apparence, s*il veut embrasser d'affection le bien des Etats, et se joindre à votre Majesté en cet endroit, soit pour la paix ou pour la guerre , qu'il en fera traiter par son ambassadeur près d'elle, ou qu'il en communiquera à M. de La Boderie pour l'en avertir, comme étant chose qui pourroit passer plus avant que le fait particulier de notre négociation.

Nous ajouterons encore à cette lettre, que M. du Faur, sergent-major du régiment de Châtillon , nous a dit avoir vu et lu une lettre que M. de Brong , lieutenant au gouvernement de Flessingue , avoit reçue de M. de Signe , qui en est capitaine et gouverneur , par laquelle il lui mande la plainte que l'ambassadeur d'Espagne a faite au roi d'Angleterre ,. de ce que les députés des Etats avoient été reçus si gracieusement par lui , attendu qu'ils venoient de la part des sujets rebelles ; et que ledit Roi ayant répondu l'archiduc les avoir reconnus pour Etats et pays libres, sur lesquels il ne prétendoit rien , et que ledit roi d'Espagne en devoit aussi faire autant, l'ambassadeur repartit promptement, en colère, avec serment et se donnant au diable en corps et en âme , que son maître n'y avoit jamais perse , et qu'il se garderoit bien de faire cette déclaration. Ladite lettre contenoit aussi le roi d'Angleterre être bien averti , encore que votre Majesté fasse semblant de désirer la paix des Etats , qu'elle a néanmoins intention de faire tout ce qu'elle pourra pour la continuation de la guerre. C'est volontiers M. Maldrée, l'un des députés envoyés vers lui de la part des Etats, qui, désireux de les porter à la guerre , lui a fait entendre que l'inclination de votre Majesté y étoit , comme un moyen propre pour l'exciter à prendre ce conseil : elle en pourra être mieux informée par les lettres de son ambassadeur. M. Verreiken a son congé pour partir demain. Il a dit à M. de Barne^'eldt qu'il nous viendroit voir avant son départ ; nous ne savons s'il le fera. Les Etats nous pressent pour le secours entier de cette année , à ce qu'il plaise à votre Majesté leur continuer. Nous lui en avons déjà écrit ; elle nous commandera ce que nous leur devons dire, et fera réponse, s'il lui plaft, à ce que nous avons mandé par M. de Préaux. Ledit sieur Verreiken a été présentement prié , ainsi qu'achevions cette lettre, de se trouver encore en l'assemblée des Etats, pour lui faire entendre qu'ils avoient pris de mauvaise part la procédure du Gordelier, lequel avoit offert de donner des présens pour penser corrompre quelques particuliers. Que ce n'étoit pas signe qu'on eût bonne intention; mais qu'ils s'assuroient tant de la prud'homie les uns des

autres, que ces moyens obliques et telles indues pratiques ne serviroient d'autre chose , sinon de leur faire croire qu'on les veut tromper ; et qu'en voyant leur assemblée composée de soixaute-dix personnes qui étoient encore tenues de prendre l'avis d'un grand nombre d'autres dans les provinces et villes particulières , ils pouvoient bien juger que telles pratiques et corruptions doivent être inutiles. Et néanmoins s'ils découvrent que quelqu'un s'y soit laissé aller, qu'ils en feront uu châtiment exemplaire, à la honte de ceux qui les auront voulu corrompre; qu'ils ont avisé de lui rendre avant son départ les présens et promesses que ledit Gordelier avoit donnés à Tun des leurs, lequel le révéla aussitôt, et vouloient bien qu'il sât encore que s'étant liés et unis ensemble, à cause des mauvais traitemens qu'ils avoient reçus, et des tyrannies qu'on avoit exercées contre eux du côté d'Espagne, ils étoient fermement résolus de ne se jamais séparer les uns des autres , et se conserver la liberté qu'ils avoient acquise par les armes et au péril de leurs vies. Ainsi qu'on ne devoit espérer aucune paix avec eux , si premièrement on ne leur donnoit la ratification du roi d'Espagne, suivant la minute qui lui a été délivrée, et si on ne leur accordoit aussi toutes les conditions qui sont requises et nécessaires pour leur sûreté.

C'est M. de Bameveldt qui a fait entendre tout ce que dessus audit sieur Verreiken en rassemblée desdits Etats , avec affection , bon propos et le contentement d'un chacun , selon que l'avons appris de M. le comte Guillaume de Nassau, qui nous l'est venu dire au sortir de l'assemblée : lequel a répondu qu'il blàmoit lui-même la procédure dudit Gordelier , a excusé ses maîtres , assuré de leur sincérité , et d'une grande espérance de la déclaration du roi d'Espagne ; mais ajoute que ce ne seroit , sinon à condition que le traité fût conclu et arrêté, et s'il ne se faisoit, que ladite déclaration seroit nulle et comme non avenue, demeurant un chacun en ses droits; qu'il avoit assisté aux premières propositions faites pour la paix de Vervins ; et que votre Majesté, avant qu'entrer en aucun traité, avoit voulu qu'on promit de lui rendre tout ce que le roi d'Espagne avoit occupé dans son royaume ; mais qu'elle s'étoit contentée que ce fût seulement au cas que la paix fût conclue et arrêtée , non autrement. A quoi lui a été répliqué qu'ils ne vouloient point de ladite ratification à condition ; mais qu'elle doit être pure et simple , et que ce n'est point le roi d'Espagne qui leur donne cette liberté par sa déclaration ; car ils en jouissent il y a plus de vingt-cinq ans , et sont reconnus tels par les rois et potentats de la chré-

DU PBESIDEINT JEANNIN.

tjenté , et se promettent , leur cause étant Juste cooune elle est , qu'ils la sauront bien conserver moyennant la grâce de Dieu , et Tassistance des princes qui ont intérêt à ne souffrir leur ruine ; et si cette condition y étoit apposée, qu'ils ne la Youdroient recevoir , ni même ladite déclaration en langage espagnol , mais la demandoient en français, ou bien en latin, qui est un langage général et commun à toutes les nations , sans rien ebanger en la substance de la minute qui lui a été donnée avec la signature , Pbilippe ou Philippus, non yo el Rey , qui ne peut être bon que pour ses sujets : cette action est très-bonne , et sert beaucoup pourôter les soupçons, et faitconnoitre que ces peuples ne veulent la paix si elle n'est sûre. Ils s'y sont échauffés d'eux-mêmes et se sont ainsi animés , lorsqu*on a parlé des présens que le Gordelier avoit faits, et sur ce qu'on a jeté quelques paroles sourdes que ledit sieur Verreiken en avoit voulu faire autant.

Ces propos tenus en pleine assemblée feront eonnoitre au roi d'Espagne et aux archiducs, s'ils leur sont rapportés , que ces peuples veulent avoir leur liberté en effet , et des conditions de paix qui soient assurées Ainsi, s'ils n'ont envie de les contenter , il est certain que la ratification ne sera pas envoyée; ou s'ils l'envoient comme dkest requise, qu'ils auront pris résolution de trater la paix à quelque prix que ce soit. M. de Baroereldt nous est aussi présentement venu Toir, et fait entendre tout ce que dessus, dont 1/ montre être fort content ; mais il a ajouté une supplication bien humble envers votre Majesté , à ce qu'il lui plaise leur continuer le secours entier de cette année, nous disant, s'ils en sont refusés, que leurs affaires iront en confusion, a cause de la grande nécessité en laquelle ils sont. Si elle avoit agréable que leur en donnions quelque assurance , et remettre Tun des paiemens au mois d'octobre , et l'autre à la fin de l'année , cette promesse les retieudroit toujours en plus de respect et devoir lorsqu'il faudroit traiter; et s'ils se conduisent bien , comme nous espérons qu'ils feront, elle n'auroit regret de les avoir assistés ; sinon, et s'ils faisoient autrement, il lui seroit loiâble de révoquer sa promesse. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté en parfaite santé très-heureuse et très-longue vie.

De La Haye, ce 10 d'août 1607.

Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin, de Buzanval et de Rl'ssy.

lettre de M. le duc de Sully à M. Jeannin, du

15 août 1607.

Monsieur , encore que j'aie reçu ci-devant plu-

sieurs lettres de vous, si nem'étois-je mis en peine d'y faire réponse, tant pource que la plupart ne contenoient en substance que des courtoisies et civilités , que j'aimerois mieux rendre en effets qu'en paroles , et que , quand bien il y eût eu de grands discours de l'état présent des affaires, il n'étoit à propos de vous en écrire mon avis, craignant qu'il y eût quelque chose contraire à ce qui vous seroit mandé par ceux qui ont charge de vous faire entendre les intentions du Roi. Pour mon particulier, je demeure toujours en ma première opinion, qui est que ces peuples ayant goûté la paix , sinon en effet, au moins en espérance, seront fort difQciles à rejeter dans les armes. Aussi je ne vois pas des résolutions assez fortes pour leur fEdre espérer de leurs amis des assistances que je juge nécessaires pour tenir en union et même volonté toutes les parties de ce corps , et faire que par les bons succès l'on empêche que quelques uns ne se découragent au milieu de la carrière , et ne rejettent l'effet des espérances qu'ils s'étoient données. Et d'ailleurs, je n'estime pas que l'Espagne s'étant jetée comme à corps perdu dans les ouvertures apparemment honteuses à une si grande puissance, n'achève la carrière, puisque la plus grande honte en est bue, et s'arrête aux moindres difficultés, qu'ils ont bien dû prévoir avant que d'en faire la proposition; et crois, quant à moi , que ce qui y a jeté si avant les uns et les autres, que c'a plutôt été sur l'espérance des fautes d'autrui à l'avenir , croyant que son compagnon les fera plus grandes, que sur la grande sûreté qu'ils aient espéré en une telle négociation. Et à la vérité l'on doit estimer que celui qui se gouvernera le mieux, aura l'honneur pour lui, et rejettera la honte sur autrui. Si vous voyez qu'il y ait apparence, je vous prie vous souvenir du prince d'Êspinoy mon cousin , et vous assure que je vous aime et honore de tout mon cœur , et que vous me trouverez toujours disposé à vous en rendre des preuves par toutes sortes de services que sauriez désirer de moi. Sous cette vérité, je vous baise les mains, et prie Dieu qu'il vous conserve et tienne en sa garde.

De Paris, ce 15 d'août 1607. Votre, etc.

Maximilian de Brthune, duc de Sully.

Lettre de messieurs Jeannin , de Buzanval et de Russy^ au Roi^du 17 août 1607.

SiBE,

La dernière dépêche de votre Majesté nous a étonnés, pource qu'il semble qu'elle tienne le succès des affaires que traitons ici , du tout déploré , et qu'elle soit résolue de n'y plus rien mettre pour n'c\jouter nouvelles pertes à celles

qu'ellea déjà faites ;et toutefois, nousqni sommes sur le lieu , et regardons soigneusement à toutes ehoses pour y serrir votre Majesté suivant ses commandemens ^ ne voyons encore rien qui nous doive faire appréliendêr ce périi. Nous y trou* vous souvent à ia vérité des difticultés, et ii y a peu d'affaires où il s'en rencontre plus h la Ibis, dont si nous donnions avis à mesure qu'elles sur* viennent^ et qu*en apprenons quelque cliose, ou que prévoyons avec conjectures fondées en raison, qu'elles pourroient arriver, ce n'est pas à dire qu'elles soient saDs remède ; aussi avons-nous toujours mandé à votre Majesté, en lui décoU'» vrant le mal, les moyens dont nous entendions user pour nous en garantir , afin d'être instruits, recevant ses commandemens, si elle les approu» voit, et ce qu'aurions à faire. Il est certain qu'a* vec la ratilication , ceux qui conduisent ces peu* pies embrasseront volontiers la paix , et que cette vaine imagination d'avoir acquis leur liberté et la souveraineté de leur pays, aura grand pouvoir sur aucuus d'eux pour leur faire trouver tout bon ; que ceux de cette condition aimeront aussi mieux une mauvaise paix , et quitter tous autres articles , l'intervention même de votre Majesté , que de rentrer à la guerre. Mais nous pensons être bien assurés que le plus grand nombre et les plus sages ne seront de cet avis , jugeant tous au contraire qu*il n'y a sûreté qu'en votre appui ût protection; et que faire la paix autrement, seroit se remettre à la discrétion de leur ennemi, qui la pourroit rompre quand il lui plairoit, eux étant abandonnés de leurs anciens amis, lesquels auraient plutêt occasion, par cette offense, de désirer leur ruine que de l'empêcher. Aussi ont* ils bien montré, par la réponse faite à M. Verreiken , publiquement et en leur assemblée , se plaignant des violences et tyrannies des Espagnols ( sont les mots dont ils ont usé) , que ce n'est leur intention de se commettre à leur foi. Il est bien vrai que l'archiduc fera ce qu'il pourra pour la faire rejeter ; qu'il voudra encore igouter, s'il lui est permis, qu'ils demeureront en confédération perpétuelle avec lui et ses Etats contre qui que ce soit ; mais eux qui cherchent leur sûreté, ne seront pas si mal avisés que de suivre le conseil de leur ennemi, et de se jeter en un péril certain pour lui complaire; car, encore qu'ils puissent bien prendre quelque fiance de lui , pour être un prince modéré et éloigné de la guerre , ils savent bien qu'il dépend d'Espagne, et qu'il suivra toujours, soit par Inclination ou par contrainte, tous les desseins qui viendront de cet endroit. On peut dire que le roi d'Angleterre , dont rintervention pourroit être reçue et acceptée par les archiducs, serviroit de suiUsante

sûreté à ces peuples; mais ils sont bien informés, et l'ont connu par expérience, qu'il n'est assez puissant seul pour les garantir de ces inconvénieus; qu*il n'affectionne la liberté de leur Etat; et peut-être que lui-même, considérant bien son intérêt, et la charge qu'il prendroit sur soi, ne voudroit être seul en cette intervention. Nous ne laissons pourtant de craindre et considérer ce que votre Majesté nous mande, et que si le désir de la paix étoit si avant enraciné es esprits de ces peuples, ou qu'il y eût de la corruption et division parmi eux , qu'ils seroient pour se perdre, en méprisant toutes ces raisons et nos bons avis; et s'il avenoit ainsi, que ne serions excusables de nous y être fiés. C'est pourquoi , ayant pensé dès long-temps à ces inconvéniens, et prévu qu'ils pourroient arriver, encore que la raison et le sens commun soient au contraire, notis avons souventesibis écrit à votre Majesté que notre intention étoit, quand la ratification serait arrivéo en bonne forme, de faire résoudre si on traitera, et les conditions du traité tout à une fois, ou bien délibérer premièrement, comme plusieurs tiennent qu'on doit faire, s'il faut traiter ou non( et c^est l'avis du prince Maurice : puis après, en cas qu'il soit dit quoi , proposer à une seule fois toutes les conditions, entre lesquelles celle de rmtervention des deux rois soit nouvellement comprise , et arrêté pàt devers le» Etats qu'il ne sera traité autrement ; dont ayant souvent con* féré avec le sieur Barneveldt , il l'a toujours apprauvé , même depuis peu de jours, comme aussi tout ce qui peut toucher au contentement dudlt prince. Pour lequel disposer à suivre l'avis commun et le conseil de la paix, s'il étoit jugé le plus utile, on avoit estimé qu'il serait besoin de l'en assurer , avant qu'entrer en aucunes conditions du traité général, et à cet effet faire en même temps deux traités, l'un général entre les Etats et leur ennemi , auquel les deux rois eutreviendroient, et l'autre particulier entre les deux rois et les Etats, pour une ligue offensive et défensive, dans lequel on comprendrait aussi tout ce qui pourroit touchera l'autorité et contentement du prince Maurice, et de ceux de sa maison ; lequel traité particulier devoit être prajeté , et comme arrêté entre quelques uns des principaux de cet Etat, le prince Maurice, le comte Guillaume et nous, pour après le faire passer en même temps que le traité général serait arrêté. Et nous étions en volonté de mettre à effet ce conseil , et de proposer entre les mêmes personnes et nous quelques expédiens pour y parvenir, lorsque vos lettres nous ont été rendues , qui nous ont encore servi de sujet pour entamer derechef cette affaire avec le sieur Barneveldt, qui au même temps nous

DU PBRSIDBNT JBANNIN.

prcHoit, aanom des Etats ^ pour Fargem dont loQi avons ciHievaiit écrit à votre Majesté. Elle déûe doue trois choses par ses lettres :

La première, que les Etats ne puissent traiter

flOB lOD consentement et intervention^ et qu'on

ea tire promesse et obligation d'eux avant le

tnjlé; qu'on fera aussi secrètement une ligue of-

ftosive et défensive en môme temps; et pour la

troisième, qu'il soit avisé et pourvu à la sûreté

da deniers qu'elle a déboursés. Ces deux pre«

mien points étoient ceux dont nous voulions

conférer et traiter pour faire prendre quelque

prompte résolution aux Etats ; mais , avant que

i) entrer, on a représenté audit sieur Bame-

Teldt les soupçons et défiances que votre Majesté

(tfcs principaux ministres ont de leur conduite,

fondes sar de grandes raisons; déclaré qu'elle

a'étoit aoconement disposée de leur fournir ar**

^t, sans recevoir premièrement d'eux le oon*

kntemeat qui est dû à ses mérites et bienfaits

avers leur Etat ^ tant sur le fait de ladite inter*

Te&tion que ligue , dont nous voulions bien par-

kriveeloien particulier, mais non en public,

imree qns c'étoit à eux , à qui le profit devoit

RTnir,denous en recbercher; et s'ils n'avi»

Miest bientôt à nous en donner les assurances

nqnseï, que Votre Miyesté nous manderoit in*

ii^wit ce qu'aurions À faire , estimant que

^fhs long séjour ici lui seroit honteux, s'ils

^^Kniit à traiter , nous y étant , sans mettre en

'^^Mhtion ce qui est dû à sa dignité et à ses

^^\ et qu'elle avoit trop d'occasion de soup*

f"iiwr qu'ils ne fussent pour Se précipiter à une

AioTaiae paix , sans penser à leur sûreté même,

^ s son intérêt. Il a purgé tous ces soupçons

^fes mêmes raisons dont nous avons souvent

^SYis à votre Migesté ; nous a assuré de son

>^ectjon , et de la bonne intention des Etats ; et

QQ'en loi faisant nous-mêmes des ouvertures

Pov proposer l'affaire , il s'assuroit qu'elle n'au-

roit aucune difflculté en ce qui dépendoit des

Etats. Sur quoi lui a été dit , quant à l'interven*

t^i qu'on y pourroit procéder ainsi : à savoir,

imoyer vers nous, au nom desdits Etats , et

^ les députés du roi d'Angleterre , qui sont

^dos Id dans cinq ou six Jours , pour nous

^^re entendre la confiance qu'Us ont en notre

'i^l^té et prudence , et prier comme ministres

^deox grands rois, de l'assistance et secours

^oels doit dépendre leur conservation , soit

9^ ils fassent la paix ou continuent la guerre, de

•^ vouloir assembler et conférer de leurs af-

f^,dont nous sommes fbrt bien instruits,

poQr leur donner avis de ce que Jugeons en nos

«lOQsciences leur devoir être plus utile : ayant

c^iv|ede nous assureri de la part des fitats^ qu'en

recoUnoissance des obligations qu'ils ont à leurs Mi^estés, et pour témoigner le respect qu'ils leur veulent rendre , ils ne feront Jamais aucun traité avec le roi d'Espagne ni les archiducs , sans leurs avis, consentement et intervention, et que de ce il y ait délibération aussi par écrit, dont l'acte soit délivré en bonne fbrme à chacun d'eux.

Nous avons estimé que pour ôter tout prétexte de soupçon et Jalousie au roi d'Angleterre , et pour faciliter aussi cette affaire , qu'il étoit expédient de le Joindre à votre Migesté, ayant néanmoins dit audit Bameveldt que , si les députés d'icelui roi ne venoient aussitôt qu'on se promet, il seroit raisonnable , sans les plus attendre , de le faire avec nous. Il nous a répondu et assuré que cela seroit fait sans difficulté ; qu'il le proposera volontiers comme de lui-même , dès-lors que les députés d'Angleterre seroient arrivés , et s'ils retardent, quand nous voudrons ; nous suppliant d'en prendre toute assurance, et qu'il faudrait que les Etats eussent perdu le sens et le Jugement, s'ils traitoient Jamais sans l'intervention particulière de votre Majesté ; qu'il se faisoit fort de la province de Hollande, laquelle seule oblige presque toujours les autres provinces , es délibérations qui sont d'importance, à suivre son avis; et qu'il s'assuroit bien aussi que le prince Maurice et tout ce qui dépend de lui, y apporterait la même volonté, et en conséquence tout le surplus, s'étonnant comme votre Miyesté étoit si mal avertie, et avoit si mauvaise opinion d'eux que d'en douter. Quant à la ligue offensive et défensive dont on lui a aussi parlé , il s'y est encore trouvé mieux disposé, et qu'on la fera avec votra Majesté quand 11 lui plaira, soit avec elle seule, ou conjointement avec le roi d'Angleterre, et sans attendre le traité même si elle veut, étant chose qui leur est indifférente de la faire devant ou après; et qu'ils désiroient encore plutôt que ce fut aujourd'hui que demain , pource qu'ils en ont plus grand besoin. Nous avons toujours cru qu'il n'y auroit aucune difficulté à faire cette ligue dès à présent du côté des Etats; mais bien de la part de votre Migesté, pource qu'elle désire qu'on la fasse secrètement , chose difficile , à cause qu'il la faut mettre en délibération es provinces , puis accorder et résoudre en l'assemblée générale des Etats , qui ne peut être faite sans être sue d'un chacun. Ainsi seroit rompre ouvertement avec TEspagne et les archiducs, et obliger votre Majesté, au cas que la guerre continue, à secourir et assister les Etats, suivant les conditions du secours dont on auroit convenu d'une part et d'autre par le traité de la ligue ; au lieu qu'à présent elle n'y est tenue , sinon de gré &

ne

gré, et autant qu'il lui plalt; il est vrai qu'eux aussi entreront en la même obligation de secourir et assister votre Majesté et son Etat contre FEspagne et les arcliiducs , au cas qu'il soit assailli par eux , ou qu'il les veuille assaillir luimême , qui sont les fruits et effets d'une ligue offensive et défensive.

On peut craindre aussi en cette ligue, avant le traité, que le roi d'Angleterre n'y veuille point entrer, pour ne s'obliger à la dépense de la guerre , se montrer trop joint et uni avec vous , Sire , et par ce moyen se rendre plus suspect au roi d'Espagne et aux archiducs, que peut-être il ne désire, ce qu'il craindra moins , la paix étant conclue et arrêtée. Et toutefois il seroit bien expédient qu'il en fût comme un bon commencement pour le séparer du roi d'Espagne, et faire aussi que lui et les archiducs accordent plus volontiers la paix , par la crainte qu'ils auront de cette ligue et conjonction. En ce doute de pouvoir faire ladite ligue secrète, ledit Bameveldt nous a proposé une ouverture, à savoir, de faire députer un de chacune province, auxquels, et à M. le prince Maurice et comte Guillaume avec eux , les Etats donnent pouvoir de traiter avec les députés des deux rois , ce qui sera par eux jugé plus utile pour le bien de leur Etat, promettant de l'avoir agréable , tout ainsi que s'il avoit été fait par tout le corps de l'Etat ensemble. Qu'on y avoit ainsi procédé, lorsqu'on fit, en l'an 1585, le traité d'alliance avec la reine d'Angleterre, et qu'il fut tenu si secret , les députés ayant juré de ne le point révéler , qu'il ne fut jamais su , sinon quand on prit résolution de le publier. Ce moveu nous a semblé très-bon. C'est à votre Majesté de considérer si elle doit mépriser les autres inconvéniens ci-dessus déduits, et nous commander son intention. Le soupçon du roi d'Espagne et des archiducs seroit moindre, et auroient moins d'occasion de se plaindre , si telle ligue avant le traité étoit seulement défensive , pour secourir les Etats l'un de l'autre, vous, Sire, de certaine somme d'argent ou de gens , et les Etats avec certain nombre de gens et vaisseaux de guerre, si étiez assailli par qui que ce soit, sans spécifier lesdits princes. Est vrai qu'ils pourroient toujours dire que ce seroit une contravention ouverte , attendu qu'ils sont en guerre avec lesdits Etats , et qu'ils y étoient déjà , lorsque votre Majesté fit la paix avec eux ; et ne pourroit-on sauver cette contravention ouverte, sinon parce qu'ils ont été reconnus par l'archiduc, peuples libres , sur lesquels il ne prétend rien 5 et sur la ratification d'Espagne qui en contiendra autant , faisant ladite ligue de date qui fut postérieure à la réception d'icelle ratification. Puis ce que votre

Majesté a fait pour eux jusqu'ici est si connu, que la rupture est évidente à qui le voudra prendre ainsi. S'il étoit utile au roi d'Espagne de le faire, il n'y a doute qu'il s'en sauroit bien servir , et faire pis quand il pourroit. Encore seroit-il à propos, si votre Majesté prend résolution de faire ladite ligue avant le traité de la paix , de la limiter à certain temps , comme de trois , quatre ou cinq ans , pour ne point s'obliger à un secours perpétuel , la guerre continuant, sauf de la renouveler le temps expiré s'il y échéoit, ou la paix faite de la rendre perpétuelle. Elle nous mandera, s'il lui plaît, son intention sur le tout, et ce qu'elle veut offrir aux Etats en ce cas , et à quoi elle les veut obliger.

Il est bien certain , Sire , que votre Majesté étant assurée de l'intervention au traité , par le moyen ci-dessus déduit, la ligue ne peut défaillir après ; car les Etats n'ayant autre sûreté que son appui, au cas qu'ils fassent la paix non plus qu'à la guerre, la rechercheront toujours avec grande instance et supplications. Nous prévoyons bien même qu'ils nous en presseront dès à présent , afin d'être assurés de votre secours. A quoi si le roi d'Angleterre veut être concurrent, et, par une ligue secrète , s'obliger envers votre Majesté, lui au tiers de la dépense, et vous. Sire, aux deux tiers, il semble qu'on ne la pourroit refuser, trop bien la limiter à certain temps , et qu'il seroit à propos même de le faire pour obliger le roi d'Angleterre à ce secours. Quant à l'assurance des deniers par eux reçus, il nous semble. Sire, que ce n'étoit encore le temps d'en parler, et qu'il suffira de le faire quand on traitera, ou qu'ils auront besoin de la continuation du secours pour faire la guerre ; aussi bien ne voyons-nous pas qu'on en puisse espérer beaucoup. Nous ne laisserons pourtant de faire tout ce qu'il nous sera possible, lors, pour les obliger au paiement en certaines années. Quoi qu'il en avienne, cet argent aura été bien employé, pourvu que ces pays demeurent séparés d'Espagne , et unis par une bonne confédération avec vous. Sire, et votre Etat, qui est le principal profit de cet emploi, auquel il semble que nous devons plutôt penser maintenant qu'à toute autre chose.

Votre Majesté jugera par ce qui est contenu ci-dessus, et par notre précédente dépêche, que ces peuples ne sont si inconsidérés et las de la guerre, qu'ils veuillent accepter une mauvaise paix, ni oublier non plus le respect qu'ils lui doivent. Et à la vérité , nous les avons toujours reconnus pleins d'affection envers elle , et nous ont parlé si ouvertement de leur intention , qu'avons occasion d'en bien sentir. Et si ce que nous mandons est conclu et arrêté avec eux, comme

BU PBBSIOEKT JEANMN.

Dous nous promettoos qu'il sera , elle aura tout sujet d'en être satisfaite et contente , et de continuer aussi au même soin qu'elle a toujours eu de leur conservation. Et , par ce moyen , sera plus aisément persuadée de les assister du même secours, pour cette année, qu'elle a fait ci-devant, comme nous l'en supplions très-liurablement, crainte que leurs affaires n'aillent en confusion, à cause des désordres des soldats qu'on ne peut payer d'ailleurs, pour ce que toutes ks contributions des provinces ont été employées aux charges ordinaires; et ce qui s'y lève en générai a été aussi consommé, s'étant toujours attendus de supporter cette dépense sur la gratiiication dont il a plu à votre Majesté user envers eux, qu'ils se promettent leur devoir être continuée cette année, attendu que la trêve ne les a déchargés que de bien peu de dépense, n'ayant osé casser une seule compagnie , crainte d'être surpris par leurs ennemis. C'est maintenant. Sire, qu'il est plus besoin que jamais de conserver et aufnager leur bonne volonté, pour avoir l'autorité et créance qui est requise es choses qui se doivent passer , afîn de tirer quelque fruit de tant de dépenses qu'avez déjà faites pour eux , que le refus de ce secours, en un temps auquel Ûs en ont si grand besoin , pourroit faire oublier tt k prendre comme pour une déclaration ex~ lircstt qu'on les veut abandonner du tout; avec ce que les désordres , pilleries et courses des soldats, ihute de ce paiement, pourroient être cause de les mettre au désespoir, et de leur faire croire qu'ils n'ont plus autre moyen pour se garantir de tels inconvéniens, qu'une paix telle quelle. Cette supplication provient du désir que nous avons de la pouvoir bien servir, qu'elle prendra, s'il lui plaît, de bonne part.

Les deux députés des Etats retournés d'Angleterre nous sont venus voir , ayant au cou les ciiaines d'or que le roi d'Angleterre leur a données en présent, lisse louent du bon recueil qu'ils en ont reçu , ensemble de son conseil , de toute la Cour et des peuples; ils disent qu'ils montrent tons de haïr l'Espagnol. Le Roi même leur a tenu sur ce sujet plusieurs propos à diverses reprises, qui en témoignent autant. Lorsqu'il les ouit, il fit sortir tout son conseil, et personne ne demeura en la chambre que le prince de Galles , lequel se tint toujours près de la porte , où il ne pouvoit rien ouïr de ce qu'on disoit. C'est peutêtre qu'il craignoit qu'aucuns de son conseil ne >inissent à rapporter à l'ambassadeur d'Espagne ce qu'ils aurolent entendu , soit de lui ou d'eux. Après avoir entendu la charge desdits députés , telle que l'avons ci-devant écrit à votre Majesté,

il s'informa soigneusement s'ils n'étoient point entrés plus avant en traité avec les archiducs , que ce qu'ils lui en avoient dit , montrant en avoir eu soupçon ; et qu'ils faisoient peut-être comme les ililes , qui s'étant mariées secrètement sans le su et volonté de leurs parens, deroandoient l'avis après la faute faite , et s'il étoit ainsi , qu'il lui seroit honteux d'envoyer ses députés. Sur quoi ils l*auroient assuré d'être au commencement des affaires, et qu'ils n'entendoient passer outre qu'avec son avis et consentement , et celui de votre Majesté. Lors il leur dit que deux choses l'invitoient d'avoir soin de leur conservation , la religion dont il faisoit profession, puis l'intérêt de son Etat, connoissant assez qu'il est expédient , pour le bien général de la chrétienté et sa sûreté même, d'aider à diminuer la grandeur d'Espagne. Qu'il se souvenoit aussi qu'étant roi d'Ecosse il avoit reçu de l'amitié d'eux , dont il se vouloit revancher à toutes occasions, et qu'il lui étoit loisible de le faire aussi sans blâme, pource qu'il n'a aucun traité avec quelque prince que ce soit, qui l'oblige à ne les point secourir et assister ainsi qu'il est délibéré de le faire , et de commander à ses députés de joindre leurs conseils et avis avec ceux des députés de votre Ma-* jesté, se promettant qu'ils n'auront tous ensemble qu'un même but, qui est leur salut et conser^ vation*, soit par la paix ou par la guerre.

Puis leur demanda quelles étoient les sûretés qu'ils pensoient trouver par la paix, comme leur voulant faire connoftre qu'il étoit malaisé qu'il y en eût, sans toutefois passer outre, ni s'en informer plus particulièrement : il ajouta encore que l'ambassadeur d'Espagne s'étoit plaint à lui de ce qu'il les recevoit si courtoisement , la ré-r ponse et réplique dudit sieur ambassadeur, selon que l'avons aussi ci-devant écrit à votre Majesté. M. le comte de Salisbury et autres des principaux du conseil parlant avec eux, leur ont aussi fait sentir que si votre Majesté se vouloit déclarer ouvertement contre le roi d'Espagne, que le Roi y seroit très-bien disposé, pourvu aussi qu'on y pût prendre quelque fiance ; mais que la dernière paix contre les traités faits avec la feue Reine , leur faisoit craindre l'avenir. C'est tout ce qu'en avons appris , et ne nous ont su dire si ledit Roi étoit disposé à les mettre en paix , ou à faire continuer la guerre, estimant qu'il réservoit à se résoudre sur ce que ses députés apprendraient ici de l'état des affaires , de l'inclination de ces peuples et de l'intention de votre Majesté ; à laquelle nous prions Dieu, Sire, qu'il donne tout heur et prospérité , et à sa Royale famille.

RBaOCIATlOlft

De La Haye, ce 17 d*aoùt 1607.

Vos très-humbles et trè»-obélssans sujets et serviteurs ^

P. JBÂNIfllf ) BuZANY.iL et DE RUSSY.

Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy^ du

i7aotin607.

Monsieur^ il est malaisé, es ciioses de Taveiiir et qui dépendent des volontés d'autrui , d'y trouver une si grande sûreté qu'on s'en puisse rendre garant. Vous avez de la déflance de la conduite des Etats, et particulièrement du sieur Barne* veldt ; J'en ai eu et n'en suis encore du tout hors. Nous avons néanmoins plus d'occasion d'espérer que tout ira bien , et suivant la volonté du Roi , que de craindre le contraire. Car, encore que cette disposition soit es esprits d'aucuns de cet Etat de désirer la paix à quelque prix que ce soit , pourvu qu'avec une ratification ils pensent avoir acquis cette imaginaire liberté et souveraineté de leurs pays quHs recherchent tant, les plus sages néanmoins , et avec eux le plus grand nombre, n'y courent pas si inconsidérément , et Yeulcnt la paix bonne et assurée ^ ou bien la rejettent ; et tous estiment leur principale sûreté dépendre de l'intervention du Roi et d'une ligue offensive et défensive avec lui , y Joignant bien aussi l'Angleterre, mais non avec tant d'affection et espoir qu'ils en puissent tirer un si grand fruit. Nous sommes sur le lieu, et veillons avec le plus de soin qu'il nous est possible pour pénétrer en l'intérieur de leurs intentions, et reconnottre aussi par leur conduite et actions ce qu'ils prétendent faire ; mais nous en faisons ce Jugement, et vous supplie très-humblement d'y vou** loir ajouter plus de foi qu'à d'autres rapports qu'on peut faire à dessein , ou bien sans en avoir si suffisante et particulière information que nous. Ce n'est pas, monsieur, que soyons si témérai* fes que de vouloir assurer tout. Jugeant bien que devons être plutôt trop que peu soupçonneux , et que ne serions pas excusables, puisqu'on se repose sur notre vigilance et conduite , si , pour nous trop iier , nous étions trompés. C'a tot^ours été notre intention , de prendre quelque assurance de l'intérêt du Roi avant qu'on fût au traité général, et d'y procéder en saison qu'il soit périlleux à ces peuples lesquels ont besoin de l'assistance de Sa Ms^esté , de l'offenser et faire chose qui lui déplût ^ ainsi que l'avons plusieurs fois écrit ^ et que le verrez encore par nos lettres qu'écrivons présentemeut au Roi, où nous mandons particulièrement tout ce qui s'est passé avec le sieur Barneveldt ^ et ce que prétendons faire au premier Jour pour y voir clair et être plus assurés que ne sommes.

Je ne vous en répéterai rien , fors ee qui touche à l'argent, dont on nous fait toujours instance ; duquel ces peuples ont À la vérité grand l)esoin , pour s'être assurés de payer partie des charges de Cette année , peu moindres que de coutume , quoiqu'ils jouissent de la trêve ^ sur ce qui dCYoit provenir du secours du Roi ; s'en étant promis la continuation aussi bien cette année , nonobstant ladite trêve, qu'es années précédentes , attendu qu'ils n'ont cassé une seule compagnie crainte d'être surpris , et qu'ils ont dans leurs garnisons plus de quarante mille hommes , sinon effectifs , au moins de solde , lesquels crient et demandent tous les jours leur paiement , mena«> cent de sortir en la campagne pour y faire des courses, se rendre maîtres des villes où ils sont pour les piller, et commettre diverses violencei et insolences, qui mettroient sans doute cee peuples au désespoir ; lesquels ne sont accoutumés de souffrir telles licences, qu'on doit plue craindre aujourd'hui sur cette incertitude de guerre ou de paix , qu'en tout autre temps, afin qu'on ait loisir de prendre conseil mûrement , non par dépit et par désespoir. Or comme on ordonne des levées es provinces dès le commen-* cernent de l'année , et qu'on fait aussi fbnds dee contributions qui se lèvent en général , tout a été consommé pour les charges ordinaires et queU ques fortifications qu*on a faites d'extraordinaire en divers endroits, ayant cru ceux qui manient les affaires, que le fonds du secours du Roi , qu'ils tenoient pour certain et assuré , suffiroit pour pcirfaire le paiement dei gens de guerre ^ lequel venant à défaillir, nous prévoyons et craignons bien fort leslnconvéniens ci-dessus déduits, ou plutôt croyons qu'ils arriveront sans doute ^ s'il ne plaft à Sa Majesté les secourir. Car on ne peut, sur cette incertitude de guerre ou de paix , fliire nouvelles levées dans les provinces, et leur crédit s'est diminué à cause de ce que nous avons ci-devant écrit , non qu'ils soient plus fbibies ou incommodés, mais il y en a qui ont cherché dee moyens de retirer leurs deniers , pensant que cela seroit cause de quelque oonflision, que l'ennemi le sauroit , se rendroit , À cette occasion , plus difficile à donner les conditions de la paix qu'on lui demande ^ et par ainsi que la guerre continueroit : qui est un très-dangereux dessein , duquel ils doivent plutôt craindre tout autre chose et une mauvaise paix , que ce qu'ils prétendoient obtenir. C'est notre devoir d'en avertir Sa Miyesté et de l'en supplier très-humblement , comme nous faisons par nos lettres , lui remontrant qu'après tant de dépenses faites, on ne doit épargner celle-ci, qui est si nécessaire, et nous doit donner autant de créance et d'autorité

DU PBSBIDBNT fBANNIN.

poor ftin» paner toute» ehoBet , tuivant Tinten*

tionde Sa Majesté , que le reAis nous en pourrait

itcT) D'y ayant rien qui ait tant de pouvoir sur

ks espriti des hommes que les bienfaits présens^

Ion mène qu'on prétend se servir de ceux qui

kl reçoivent.

La deax députés des Etats retournés d'Angle*

terre me vinrent voir liier, où se trouva M. de

Rosiy. Noos mandons au Roi tout ce qu'en avons

ippris; mais le Jugement que faites par toutes

)ei lettres que nous avez écrites , de i'inten**

tio& da roi d'Angleterre et de ses principaux

mioutreS) nous fait croire qu'on a usé d'ar-*

tiikx envers eux. Les députés dudit Roi seront

ici, à ce qu'on nous a dit ^ dans cinq ou six Jours

M ph» tard ; s'ik veulent bien faire , toutes

(bom paneront sans doute à notre mot : si leur

iateodoD est mauvaise , nous aurons plus de

prine, et trouverons à tous propos de nouvelles

diffiniltés, outre ce qu'avons écrit au Roi. Les*

ditidépatéS) qui sont retournés d'Angleterre ^

BOtt out dit avoir appris qu'il y auroit quel-*

qK difficulté entre nous pour les préséances, et

(jB'ncDns des principaux ministres dudit Roi di«

HMt sourdement que ce ne devoit être à pré*

nt^que le roi d'Angleterre a deux couronnes,

«nuM du passé ^ lorsqu'il n'en avoit qu*une.

^br avons répondu qu'il n'y a roi en la

c^ntinké qui puisse débattre avec raison cette

PràoMtavee le nôtre, et que le roi d'Espagne,

fiôifi/iiieurs Couronnes, et a fait ce qu'il a pu

JMtf détenir cet avantage au Heu même où il a

i>fasdecrédit , qui est à Rome , y a perdu sa

^K^et a été contraint de nous céder. Nous ne

iMis devons point trouver en lieu public où ce

^ poiase arriver , sinon que les Etats nous

^iient envoyer des députés , et prier que nous

iMNtt aaiemblions lorsqu'ils y voudront venir;

onisea ce cas ce doit être ches nous, non chez

fu; et les députés des Etats y étant , prendre

^ plus honorable lieu : encore que n'y ayant

4V ooiis et eux nous en devons user autrement,

^vant la courtoisie ordinaire; ou bien vous

léserez, pour éviter cette dispute, au cas qu'ils

K re&dent trop difficiles en ceci , s'il seroit

P<û)t à propos de s'assembler chez M. le prince

^orioe; et là encore devons-nous prendre la

pios honorable place, ou pour mieux faire, quand

I» Etats auront à nous proposer quelque chose,

<iu'ils parlent à nous à part et à eux de même;

^ qw par ferme de visite, nous voyant chez les

^^ et les autres , nous traitions d'affaires sans

^Btres cérémonies. Je vous supplie très-faumble-

^t de nous mander votre avis , et croire que

^ Jls y viennent avec cette gloire , encore que

B ^oos envie de pointiiler, que ne souffrirons

aucunement qu'ils prennent tant soit peu d'avan* tage au pr^udice de ce qui est dû à la dignité du Roi. Nous nous servirons des lettres patentes que vous nous avez envoyées, si en avons besoin; elles suffiront pour maintenant.

Je désire que le Roi reçoive cette dernière dé*pêche avant que faire réponse au mémoire qu'a emporté M. de Préaux , afin qu'étant mieux in* formé de l'état des affaires qu'il n'étoit peut-être auparavant, il en délibère et y prenne une résolution aussi plus assurée. Nous l'attendons et obéirons À ce qu'il lui plaira nous commander, de même affection que serai toijgours désireux de vous rendre très-humble service. M. deBameveidt m'est venu voir, achevant cette lettre, et m'a dit que leur agent qui est en Allemagne, leur a mandé que M. l'électeur Palatin enverroit au premier jour ses députés ici , et qu'il s'en alloit vers l'électeur de Brandebourg , qui se promet* toit en devoir faire autant. Je lui ai demandé si le landgrave n'y enverroit pas aussi. Il m'a dit qu'il croyoit que non , pource qu'il étoit offensé de ce que quelque cavalerie des Etats avoit fait des ravages sur aucuns de ses vassaux et sujets, n'ayant voulu recevoir les excuses qu'on lui a faites pour faire connoitre le déplaisir que les Etats en ont; qu'on ne laisse toutefois de le prier d'envoyer ses députés, comme ils feront à l'endroit du duc de Wirtemberg : mais pour le regard de ces deux derniers, ils ne savent s'ils le feront, et sont bien assurés des deux premiers. Ledit sieur de Barneveidt m^a dit encore qu'ils enverront au premier jour vers le roi de Danemarck à ce même effet , et qu'ils se promettent aussi qu'il enverra ses députés. Vous nous manderez, s'il vous plait, comme nous aurons à nous conduire avec eux tous. J'estime qu'il seroit bien à propos que le duc de Wirtemberg et le landgrave y voulussent envoyer, d'autant que J'estime qu'ils sont enclins et affectionnés au service et contentement de Sa Majesté; vous aviserez s'il ne seroit pas bon de faire quelque office envers eux de la part de Sa Megesté pour les y convier. Ledit sieur de Barneveidt m'a donné copie des lettres que le roi d'Angleterre et le prince de Galles leur ont écrites; vous les considérerez, s'il vous plaft. Ayant depuis vu M. le prince Maurice , et parlé aussi à part avec M» Maldrée, j'ai su que le roi d'Angleterre et ses principaux ministres ne désirent aucunement que les Etats fassent la paix avec l'Espagnol; mais qu'ils ne montrent pourtant de vouloir mettre la main à la Iwurse pour les secourir, et que, sans la jalousie qu'ils ont du Roi , et crainte que par l'intervention du Pape la paix se ât toujours entre la France et l'Espagne I quand ils auroient commencé la guerre

ensemble, ils seroient prêts d'y entrer ouvertement , mais qu'ils ue s'y peuvent fier, et que les députés du roi d'Agleterre auront charge de sonder là-dessus notre intention. Vous me mandez aussi, monsieur, que le Roi aura bien agréable de gratifier le prince Maurice d'une bonne pension. Il la mérite; nous reconnoissons tous les jours son affection envers Sa Majesté; mais je désirerois bien lui en pouvoir parler avec plus de certitude, et dire quoi. Je le ferai lorsque vous m'en aurez éclairci.

M. de Maldrée m'a dit qu'il a tenu quelques propos comme de lui-même au comte de Salisbury, pour les droits que feu M. le prince d'Orange prétendoit en cet Etat, afin que le prince Mau rice fût favorisé de l'autorité et bienveillance du roi d'Angleterre; mais il ne l'a pas bien reçu , lui disant que la paix à laquelle il semblolt que les Etats aspiroieut , n'étoit propre à ce dessein , et que cette réponse provenoit sans doute de ce qu'ils le tiennent trop français ; et que cette jalousie de ne pas vouloir ce que Sa Majesté trouve bon , étoit enracinée si avant es esprits des Anglais, qu'il craignoit qu'elle ne fût cause de gâter tout. Il m'a encore dit que ledit sieur comte de Salisbury s'est plaint de ce qu'on avoit dit en France que le roi d'Angleterre avoit donné charge à son ambassadeur de faire entendre au Roi qu'il ne vouloit plus qu'il fournit aucune chose aux Etats en son nom et sur les deniers que Sa Majesté lui doit, comme étant chose mise en avant pour gagner la bonne grâce des Etats au préjudice du roi d'Angleterre , encore qu'il n'en fût rien. Nous attendons de vos nouvelles eu bonne dévotion. Je suis, monsieur, votre trèshumbie et très-obéissant serviteur,

P. Jeannin.

A La Haye, ce 17 d'août 1607.

Lettre du Roi-, du vingt-quatrième jour

d'août 1607.

Messieurs Jeannin , de Buzanval et de Russy, ayant reçu, le 14 de ce mois, votre lettre du pénultième de juillet , par l'abbé de Préaux , j'ai voulu attendre la subséquente , pour savoir quel contentement l'audiencierVerreikenauroitdonné aux sieurs les Etats, dedans les six jours de délai qu'ils lui avoient accordé pour renvoyer vers les archiducs, sur le rejet qu'ils avoient fait de la ratification du roi d'Espagne qu'il leur avoit portée , devant que de répondre à votredite lettre ; de quoi j'ai été éclairci par la vôtre du 10, que j'ai reçue le 20 de cedit mois; et puisque lesdits Etats iui ont depuis prolongé ledit délai de six semaines, et accordé la révocation de leurs navires qui étoient sur la côte d'Espagne, je n'estime pas avoir pour le présent à vous commander

grand'chose sur vosdites lettres, d'autant qu'elles ne contiennent qu'un discours de tout ce qui sest passé par delà^ depuis l'arrivée dudit audiencier, jusqu'à son départ; dequoi j'ai eu à plaisir d'être exactement informé, et suis encore plus content de tout ce que vous y avez contribué, reconnoissant que vous vous y êtes conduit très-prudemment , et que vous ne pouviez m'y servir plus dignement que vous avez fait. Enfin je crois que Barneveldt vient à bout de tout ce qu'il entreprend , comme celui qui conduit cette barque comme il lui plait; ce qui devroit meshui modérer, et faire changer de procédé au prince Maurice; car ces contradictions ne lui servent qu'à lui acquérir de la honte, et à diminuer son crédit et pouvoir, comme de nourrir la méfiance et discorde entre eux : à quoi je vois que vous mettez peine de remédier par tous moyens, et toutefois avec mesure et discrétion telle qu'il convient. Continuez, je vous prie; car il faut craindre qu'ils prennent des conseils séparés et précipités; que Barneveldt coure à la paix à bride avalée, et que l'autre recherche dedans les armes et par le moyen de ses amis , quelque espèce de fortune mal fondée , qui cause la ruine de sa personne et maison avec celle du pays. Ce qui plus me met en cette appréhension, est que je remarque que ledit prince, en résistant toujours à la paix, n'a le pouvoir de l'empêcher; et toutefois il recherche encore moins les moyens d'assurer sa condition par icelle , comme celui qui se laisse seulement emporter au courant malgré lui ; et si il veut que chacun le sache , dont je ne vois pas qu'il puisse tirer aucune sorte d'honneur ni d'avantage, quoique les choses deviennent. C'est pourquoi je dis quïl faut qu'il médite en soi quelque dessein désespéré, ou qu'il ait quelque espérance secrète qui le conseille et conforte. Pour le moins devroit-il s'en ouvrir à moi, pour en être assisté et fortifié; car j'ai volonté et intérêt de le conserver et les siens; vous savez le commandement que je vous en ai fait. Je veux croire que le roi d'Espagne enverra sa ratification en la forme qu'elle a été dressée par lesdits Etats, et, quand il y changera quelque chose, que lesdits Etats à la fin s'y accommoderont : car Barneveldt gagnera ce point, s'il l'entreprend, comme il a fait les autres. Le sieur Aërsens s'est laissé entendre ici, puisque ledit roi d'Espagne avoit, par l'agréation qui a été présentée, donné aux archiducs la qualité de princes souverains des Pays-Bas, et ensuite, ratifié leur traité; qu'elle étolt suffisante pour les faire estimer libres par tous leurs voisins, desquels, sans cela, ils étoient tenus par plusieurs pour tels. Je ne pense pas que ledit Aêrsens, lequel en ses autres propos se déclare et montre

DU PBSStBENT JEÂNTÏIN.

contraire à la paix, soit seul de tel avis. C'est pourquoi j'estime que lesdits Etats , nonobstant lears protestations , s'accommoderont à la première ratification qui leur sera présentée. Je mis pareillement qu'ils y seront poussés de la part du roi d'Angleterre, lequel prendra toujours ifcoDtrepied du chemin que je tiendrai , ou lui et les siens changeront bien de naturel. Quoi étant Je dis qu'il faut que ledit prince Maurice a^1se d'heure de bâtir sa fortune dedans le parti de la paix; car si les choses succèdent autrement, et qu'il faille recommencer la guerre, sa place lui sera toujours conservée et assurée; et si, quand il ne sera bandé contre ladite paix , il ne sera sujet aux reproches qui seront inévitables à fm\ qui l'auront empêchée ou seulement réprouvée. Je vous écris de ce fait avec affection , pooree que je vous répète qu'il est nécessaire que je conserve ledit prince, si je veux faire état ci-après de Tamitié des Etats. Davantage, je oe vois point que ceux-ci pensent à dresser entre eux un ordre de gouvernement par lequel il y ait apparence d'espérer qu'ils se maintienttoten paix comme ils ont fait en guerre. Ils «pensent pour le présent qu'à ce seul but de la pau.et je doute si, étant faite, ils pourront lors raccorder de ladite forme. Que l'on sèmera la feîdc, ou qu'elle naîtra parmi eux : c'est le Nîtqoe leurs ennemis espèrent de leur traité, ^veldt vous dit et assure , pour me conten- ^A?&e jamais ils ne feront ladite paix sans mon fflteneationet du roi d'Angleterre, et davantage, coifferont après une secrète ligue offensive et défensive avec moi.

Considérons, je vous prie, comment ils entendent que j'intervienne en ladite paix , si les ar- Hûducs leur délivrent la ratification d'Espagne ^ la forme qu'ils ont demandée , et qu'ils ne trouvent bon que je m'entremette de ladite paix. ^je croire que les Etats refuseront sur cela '^e benoîte souveraineté , en laquelle ils estini^t que leur salut et repos consiste? dois-je encore désirer qu'ils s'opiniâtrent en leur refus? Quand bien cela dépendrait de moi , dois -je ^ire état aussi que ledit roi d'Angleterre leur •^oseille cette obstination? J'estime plutôt que ^ dois croire que, sous main, il en dégoûtera is Etats aussi bien que les archiducs , pour tou- Mrs tirer avantage de mon dommage; mais quand toutes les parties accorderoient ladite intervention, quel profit m'en reviendra-t-il ? peut- ^e servira-t-elle d'assurer le traité pour lesdits Etats, qui est un avantage auquel véritablement j^ reconnois que j'aurai bonne part , mais c'est tout aussi. Or je désire savoir comme ils entendant procéder en ce fait ; car mon intention n'est

d'offrir en cette action liion entremise, ne voulant prendre le hasard d'un refus de l'une des parties; j'en dois être requis et recherché de part et d'autre pour ma dignité et pour y être utile. Je prévois un pareil succès de la proposition de la susdite ligue offensive et défensive, encore que ledit Barneveldt vous en donne toute assurance, principalement s'il attend à la résoudre qu'ils aient fait ledit accord; car par icelui on les obligera à choses qui y répugneront entièrement , et peut-être par termes si exprès, qu'ils ne pourront y contrevenir et jouir dudit accord ; et nous ne pourrons lors honnêtement les presser au préjudice de leur foi et parole. Davantage , ils pourront toujours, quand ils voudront, s'excuser sur les traités et la jalousie d'Angleterre , comme ils ont fait par l'acte que nous leur avons demandé. Cela étant , quel honneur et profit tirerons-nous de tant de peines que je prends pour eux, des inimitiés que j'ai acquises pour leur bien faire, des deniers que j'ai employés, et de ceux qu'ils veulent encore que j'y contribue? Je veux croire que ledit Barneveldt est poussé d'une très-bonne intention envers sa patrie, en tout ce qu'il fait et poursuit , voulant maintenant la mettre en repos , pour avoir reconnu et éprouvé ne pouvoir la sauver par la guerre. Mais il faut aussi que lui et ses semblables avouent et reconnois^ sent que , sans mon aide , non - seulement ils ne seroient en terme de parvenir à ce titre de liberté et souveraineté, duquel ils sont si affamés, mais qu'ils seroient peut-être réduits en une misérable servitude. Le support si signalé qu'ils ont reçu de moi , méritoit certainement qu'ils eussent plus de soin de leur foi en mon endroit, et de confiance en mon amitié, qu'ils n'en ont montré, lorsqu'ils se sont disposés d'entendre à ladite paix , et qu'ils ont depuis conclu la cessation d'armes , et pareillement quand ils se sont servis de la négociation proposée par le sieur Aërsens, leur député, pour, en m'abusant et blâmant, couvrir le changement de leurs délibérations, comme vous savez qu'ils ont fait. Leurs manquemens passés à bon droit me font appréhender les futurs. Aussi seront-ils d'autant plus à craindre , qu'ils appro^ cheront du prix fait de la paix , pour lequel ils travaillent et veulent aussi que je coopère avec eux^ sans autres gages et reconnoissance que de paroles et promesses pleines d'incertitudes et de difficultés en l'exécution, continuant à me traiter à l'égal des Anglais, desquels ils n'attendent et reçoivent toutefois des effets pareils, comme vous savez que je m'en suis plaint à vous plusieurs fois, sans qu'ils se soient néanmoins mis en devoir de rechercher les moyens de me conten* ter. Toutes ces choses me dégoûtent grandement i

HiGOâtÀTtôHâ

Je Vëtix (|U6 voiti laotilez et eux aussi qu'elles ne me débutent pas; mais comme ils veulent que Je continue à les assister de mon autorité et de ma bourse en cette occasion, il est raisonnable aussi qu'ils se mettent en devoir de me donner occasion de faire que Je puisse tirer profit et avantage de leur paix, quand ils l'auront acquise, autrement qu'en promesses, et qu'ils me guérissent de la Jalousie que J'ai conçue de Tacoomplissement d'icelles. Quoi faisant, assurei^les que mon assistance leur sera continuée aussi cordialement , nonobstant le passé , qu'elle a été auparavant. Voyons donc à ce que Je puis espérer d'eux par le moyen de la susdite ligue , afin que Je ne coure après mon esteuf, comme J'aurai fourni l'argent qu'ils me demandent , et qu'avec icelui ils auront fait leurs affaires. Je prévois qu'ils feront nattre plusieurs difficultés sur cette proposition, lesquelles ils s'efforceront de réparer en redoublant leurs déclarations et promesses qu'ils vous ont déjà données libéralement de leur bonne volonté, sans y ajouter les effets, pour gagner temps, et avancer leur dessein, en attendant la susdite ratification; vous remontrant entre autres points qu'ils ne peuvent entendre à cette proposition, sans l'avis et consentement général des provinces et villes qui en dépendent. C'est pourquoi Je voudrois que vous pussiez trouver moyen de faire entendre, dès cette heure, ma bonne volonté dedans lesdites provinces ; car je crois qu'elle y sera reçue plus fovorablement que dedans le conseil des Etats, où l'on ne voit et croit que ce qu'il platt au sieur Bameveldt, par l'organe duquel ils parlent, oyent et Jugent toutes choses; estimant, si dedans lesdites provinces on eût su que le Jeune Aërsens a été le seul auteur des propositions qu'il a portées par delÀ au commencement de l'année présente et de la précédente, par le moyen desquelles on a décrié malicieusement la sincérité de mes inten* tions, que l'on eût grandement réprouvé et blâmé cette malignité, et que l'on n'eût ihit dlf* ficulté de me délivrer l'acte que J'ai depuis demandé pour être assuré de leur volonté contre tels artifices et déguiseroens.

Conférez-en avec le prince Maurice, et vous y conduisez selon que vous Jugerez le devoir faire pour le bien de mon service; et sachez , pour conclusion, que Je n'ai pour le présent volonté quelconque de continuer à bailler mon argent pour des promesses et espérances générales et incertaines, après avoir été éohaudé comme j'ai été , sans que l'on se mette en devoir de l'amander. Ils se figurent toi^ours que je ne puis ré* gner sans eux, et que la conservation de mon foyaum* dépend de la leur. Je oonnolz mieux

que nul autre les limites de cette eoDstdératliW f et Jusqu'où elles doivent s'étendre. C'est pourquoi je ne la méprise pas, comme ils font de leur côté les raisons qui militent au contraire : tant y a que j'aime mieux courre quelque risque avec mon argent que me surcharger de honte en le répandant infructueusement. Davantage, je sais, quoi qu'ils fiassent et deviennent, tant en général qu'en particulier, qu'ils auront ei-après autant ou plus de besoin de mon support et appui , que J'aurai de leur amitié et assistance, quand ce ne serait que pour conserver cette prétendue souveraineté. Qu'ils regardent donc de me contenter s'ils veulent que Je continue à les secourir, on bien qu'ils se contentent que Je les assiste de vo* tre présence et de mon conseil, comme font leurs autres alliés, et j'attendrai comme eux 1> sue de leur traité , pour y oontribuer avec les antres, ce qu'ils doivent honteusement espérer d'un cordial ami , et se contentent de recevoir dei autres qu'ils tiennent , respeetent et traitent pour tels. Je prie Dieu, messieurs Jeannin, de Bu* zanval et de Russy , qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

Ëcrit à Saint-Maur-dei-Fossés» le vingtHiua* trième jour d'août 1607. Hsiibi,

Et plus bas , Bauu^aT.

Lettre deJU.de Villeroy à M. Jeannin, MU jour 24 août 1607.

Monsieur , enfin nous ne vouiona plus dépen» dre notre argent inutilement , si nous pouvons, Nous nous défions aussi plus que jamais de la foi et bonne volonté de ces messieurs, et niém( du sieur Bameveldt. Nous désespérons pareillement , non de la volonté , mais de la providence et de la détermination du prince Maurice. Nous croyons que , pour obtenir de nous ce qui leur fait besoin par delà , l'on vous entretient et uou^ rit d'espérances et promesses vaines, et même impossibles ; d'autant que l'aaooroplissement d V celles dépend non-seulement d'une bète composée de plusieurs tètes divisées en scn, affamée de repos, inoomitante, et trop foible par soi et pour ses amis, pour soutenir une résolution contraire à son désir; mais aussi du bon plaisir et vouloir de ses ennemis , lesquels nç veulent s'accorder avec eux que pour les aObiblir, et après les surprendre et détruire. Tellement qu'A n'est vraisemblable qu'ilsoonseutent jamais, s'ils n'y sont forcés extraordinairement, que les rois et princes qui peuvent les appuyer , et aider à les maintenir après , en paij( et en gnerre , inte^ viennent en leurs traités, ni qu'ils s'assurent pour l'avenir de leur assistance par forme de li* gue et confédération ou autrement; et disoni

bÙ l^BlisiBtNT 4ÈANNtN4

sur eeta qu'il eAt Mo cfné lesdits EtaU y euslent oomraeiicé, pour fonder entrée avec leurs amis, un bon et sûr moyen de le passer dudit aeoord, et se conserver sans icelui , en cas qu'il n'eussent pu tel qu'il est nécessaire pour leur sûreté et pour contenter leursdits amis. 11$ diront être cbose qu'ils ont reclierchée sans la pouvoir trouver, non par leur faute, mais par celle de ceux desquels ils pouvolent l'espérer , et qu'ils sont encore prêts d'entendre à cette provision si chacun y veut contribuer ce qui est nécessaire , et principalement le Roi , duquel doit dépendre leur meilleur et principal appui. Et nous disons, contre cela, que nous ne pouvons ni vouions seuls porter les frais qu'il faut; sinon que le roi d'Angleterre soit de la partie avec les princes d'Allemagne ; tous lesquels néanmoins refusent d'y entrer comme il faut , et principalement ledit roi d'ADgIeterre.

Davantage , nous disons que depuis que les* dits Etats ont commencé à goûter de la paix , qu'ils ne feront dorénavant plus la guerre qu'à re» gret. De sorte qu'on ue peut plus prendre fiance de loir constance en cela; et, certes. Je crois qu'il est véritable. Il faut donc prendre les choses, non comme nous désirerions qu'elles fussent, ou qu'elles devroient être, mais en l'état ^*eiles sont et peuvent être. Or nous désirons iéxt éelaircis et assurés de cette ligue offensive A ddéDsive qui vous a été comme promise, s'il est potable, devant qu'ils aient contracté avec k$ irehidncs. Le sieur Aërsens, qui en a ouï piHer par-dessus, l'accorde, ainsi qu'il vous àin; M. de Préaux dit qu'il ne faut pas s'attendre que ses maîtres y entendent, qu'ils n'aient devant reçu la réponse d*Espagne sur leur rati* ficatioQ , ni que ce soit le moyen de les y disposer , que de resserrer cependant notre bourse. Il Êit sur cela le malcontent, et certes sans propos ; il devroit se contenter d'avoir abusé du nom de Sa Majesté, et de la confiance qu'elle avoit CD lui deux fois de suite aux deux derniers voyages qu'il a faits par delà. Et toutefois je suis de son avis. C'est que ces messieurs , qui vous ont refusé Tacte que vous avez demandé à votre arrivée, allégueront encore des raisons pour retarder la résolution de ladite ligue ; et partant qu'il ne s'en fera rien qu'ils n'aient assuré leurs affaires. Us s'excuseront sur le Roi , sur la communication et le consentement de leurs provinces , et sur la crainte qu'ils auront que cela nuise au dessein de la paix. Quoi faisant , comme nous n'entreprenons de les y presser et forcer plus avant, aussi la défiance que nous avons jà con* çue d'eux s'augmentera , et chacun regardera de poarvotr à part à son fait. Je vous dirai sur cela

et à vous seul , sHl vobi plait , quHl y en a qui proposent que le Roi peut mieux et plus honora*blement assurer ses affaires pour lui et pour ses successeurs, avec le roi d'Espagne, qu'avec les Etats et le roi d'Angleterre; d'autant qu'il est vraisemblable que les premiers iront dorénavant déclinant en toutes choses, et que les Anglais sont et seront à jamais ennemis jurés de la France. Néanmoins les plus sages désirent et conseillent que l'on mçnage et conserve tant que l'on pourra lesdits Etats; avisons donc cdmment nous le pourrons foire. Quant à moi, je serois d'opinion , si nous ne pouvions parvenir maintenant à ladite ligue offensive, par l'opposition des Anglais ou autres , que l'on se contentât d'en dresser une défensive qui peut être compatible avec leurs contraints traités avec l'Angleterre et ceux qu ils prétendent avec les archiducs. Il ne faut désirer de ceux que nous voulons conserver pour amis, que des conditions tolérables, et qui ne leur soient dommageables, ou que nousju* geons quasi impossibles.

Je n'ai encore conféré de ceci avec personne ; car il faut conduire les affaires du monde par degrés; je le jette en votre sein pour le digérer par votre prudence, et considérer oe qui s'en doit faire pour le bien commun, et particulière*» ment pour celui de notre maître, A quoi j'cjou* terai, avec même confiance et exception, qusi si sans bâtir une ligue, nous pouvions obliger les Etats , sous prétexte de nous rendre et payer l'argent que nous leur avons prêté , de nous secourir et servir d une certaine quantité de navires de guerre du nombre de tonneaux , pourvus de bons pilotes et matelots, d'artillerie, de munii* tions de guerre et de vivres , dont nous conviendrons quand nous les leur demanderions, soit que la solde fût précomptée sur leursdites dettes , en tout ou en partie , à raison de la qualité et équipage desdits vaisseaux, et du temps gue nou$ les retiendrons, j'estime que nous nous devons contenter pour le présent de tirer d'eux cette sorte d'assistance , tant pour la sûreté de nosdits deniers, en quoi on pourroit comprendre ceux desquels nous conviendrions de continuer à les secourir jusqu'à la conclusion de leur ao* cord avec les archiducs , si nous voulions y entendre, comme pour mon regard je juge être nécessaire de faire , que pour tout autre sorte d*avantage. Car que pourroient faire les Etats pour nous, sinon nous secourir par la mer? Quand ils auront fait ledit accord , ils ne le rom^ pront pas , ni recommenceront la guerre à postt pour nous; quand bien les archiducs nous atta^ queroient ouvertement , pour obtenir d'eux une telle obligatioq , ils en voudroient tirer de noua

KEGOCIÀTIOXS

4'autres à letir avantage, qui noua seroient plus •onéreuses qu'utiles; mais ils ne peuvent avec raison refuser de nous payer avec le temps les deniers dont nous les avons secourus et nous sont redevables. Peuvent-ils y satisfaire plus commodément pour eux que par la voie susdite? Il y a quelques autres choses à considérer et à ajouter à cette proposition, dont nous pourrons nous aviser en y pensant et limant ce projet, duquel je vous dis derechef que je ne me suis ouvert à personne qu*à vous , que je suis incertain s'il sera bien reçu quand je le mettrai en avant. Et partant si vous jugez devoir en parler par delà, pour découvrir ce que Ton en peut espérer, je vous prie de n'y engager aucunement le nom de Sa Majesté, ni celui de ses ministres; mais le faire simplement comme de vous-même.

Ce qui me fait ainsi alambiquer mon esprit en tel cas, est que je prévois que nous ne secourrons plus d'argent lesdits Etats , si nous ne recevons d'eux quelque preuve de leur affection et foi autre que par leurs belles paroles et promesses, parce que nous y avons été échaudés, et avons aussi mauvaise opinion du succès de leurs affaires, étant disposés et composés comme ils sont de présent. Ils ont bien fait d'avoir contenté i'audiencier de la révocation de leurs navires qui étoient en la côte d'Espagne, nonobstant laquelle, et l'avis certain que nous avons su qu'ils avoient à Saint-Lucar du retour, en Hollande, desdits navires, ils n'ont laissé de sortir, et mettre en mer une armée composée de soixante navires , dont le moindre est de quatre cents tonneaux; il y en a quatorze de mille, douze et quatorze cents, accompagnés de plus de trente galères et quarante pataches bien armées, sur quoi ils ont chargé de neuf à douze mille soldats, et ont pris la route du Détroit dès le mois passé. Les uns estiment qu'ils ont fait cet effort pour réparer la honte du combat dernier dudit Détroit, assurer leur flotte occidentale, qu'ils publient être en chemin fort avancée, et leur côte, étonnée du succès du susdit combat ; et d'autres veulent qu'ils ont quelque autre dessein, et même sur la Barbarie, où ils enverront et feront fondre ladite armée, maintenant qu'ils sont assurés du retour de la hollandaise; de quoi nous serons tôt éclaircis, comme nous le fûmes hier que celle que le grandduc avoit envoyée en Levant est retournée sans avoir rien fait, ayant trouvé les Turcs en Cypre sur leurs gardes. Mais il est certain que la flotte d'Espagne, destinée pour aller cette année aux Indes d'Occident, est arrêtée, et ne peut plus faire le voyage, dont ils sont très-marris en Espagne, et prévoient qu'ils seront incommodés les nnnées prochaines ; car je vous assure qu'ils sont

en une nécessité d*argent qui est incroyable ; je dis autant les peuples que le Roi. Aussi font-ils des dépenses immenses de toutes parts. La susdite armée de mer leur a coûté près de deux millions d'or à faire sortir , et leur servira de peu, puisque celle qu'ils redoutoient est retirée. Vous savez ce qu'ils dépendent et gâtent tous les jours aux Pays-Bas. Ils tiennent encore sur pied à Milan , près du comte de Fuentes, dix ou douze mille hommes, qui mangent le peuple jusqu'aux os, et consomment tous leurs deniers; et néanmoins leurs affaires vont de mal en pis. Aux Grisons leurs pensionnaires ont été exécutés par justice, et leurs sceaux et traités, rompus publiquement, sans qu'ils fassent autre contenance de s'en ressentir qu'en démonstrations extérieures , ains recherchent que le tout soit mis en négociation. Aussi publient-ils de présent qu'ils n'entretiennent lesdits gens de guerre au Milanais, que pour favoriser la négociation des archiducs avec les Etats; et je vous dis que s'ils étoient contraints de faire maintenant marcher lesdits gens de guerre, il ne leur seroit possible de faire passer les Monts à un tiers d'iceux , faute d'argent et de courage. Il n'y a que la friandise de la picoréc qui les entretienne audit Milanais ensemble.

Vous savez aussi que ceux qui sont en Flandre sont en partie mutinés , et les autres sur le point d'y entrer , ayant manqué de promesse auxdits mutinés de Diest, et ne voyant point comparoître d'argent pour soudoyer et retenir les autres; aussi emploient-ils maintenant leurs meilleurs deniers à corrompre les uns et les autres, et à conserver la réputation de leur grandeur et vanité. Au demeurant, sou venez- vous de procurer que ceux de delà qui veulent et peuvent dresser une partie aux Indes d'Occident , se retirent en France, avenant qu'ils quittent par delà ce commerce par leur accord ; car c'est chose que notre maître affectionne toujours grandement, et dont il m'a expressément commandé de vous rafraîchir la mémoire, comme je ferai par la fln de la présente, de la continuation du service que vous a voué de tout temps, monsieur, votre, etc.

DE Neufville.

De Gonflans, le 24 d'août 1607.

Lettre de messieurs Jea?inin, de Busanval ei de Russy, au Roi, du 26 d'août 1607.

SiBE,

Nous ne ferions encore cette nouvelle recharge à votre Majesté, sans la pressée et grande instance qui nous fut derechef faite le vingt-troisième de ce mois, par sept dépotés^ de messieui'S des Etats, lesquels nous ont représenté de ieuc

BU PHlSsiDEKT JÉANMIN.

jiart, comme îlâ avoient ci-devant fait, les incon- Ténieos qu'ils craignent, et la confusion en laquelle va tomber leur Etat, s'il ne plaît à votre Majesté les faire assister du secours accoutumé, attendu qu'ils n'ont entretenu ce grand nombre de gens de pied et de cheval qu'ils ont de présent, sinon sous l'assurance de cette grâce et libéralité, laquelle venant à défaillir ils n'ont aoeon moyen de remplir cette faute de fonds en l'année présente , pour les raisons ci-devant écrites: ainsi seront contraints de casser la plupart des compagnies et même des régimens entos, pour se décharger de ladite dépense; et isfjj empêchés encore, comme ils disent, de faire ifc paiement de ce qui est échu, y ajoutant une souvelïe charge d'environ trois cent mille florins, qu'il leur &ut promptement débourser pour les Bavircs de guerre qui sont retournés des côtes à'Espagne , non en vertu de la révocation ac- «rdée au sieur Verreiken , mais d'eux-mêmes , powee que leurs vivres étoient faillis, n'avoient amt pour en recouvrer d'autres; et que les uvircs, après avoir demeuré sept ou huit mois a mer, comme ont fait ceax-ci , ont besoin de séjoanier en quelque port pour les raccommoder. Or il est certain qu'ils ne peuvent pratiquer ce Roède de casser tant de gens de guerre en ce taaç& id , et lorsqu'on traite s'il y aura paix ou ?Qme,ans mettre en péril leur Etat; car, après laxjîr {îBit, les peuples ainsi affoiblis ne penseflwtpte avoir autre moyen de se conserver, 9vdf recevoir telles conditions de paix que leur âioemi voudra ; et s'il y en a quelques uns d'entre eux qui soient corrompus, leur autorité croîtra, et auront moyen de persuader à chacun que « conseil est nécessaire. Les gens de guerre, qoi, sur Tappréhension de la paix, montroient àtjade vouloir faire des mutineries, dont M. le prince !klaurice nous a souvent avertis, tiendront tous, aussi bien ceux qu'on aura retenus que les autres qui seront cassés, qu'elle est faite, n'étant P^ vraisemblable que les Etats se fussent voulu ^liibi désarmer , et mettre à la merci de leurs imemis , s'ils n'en eussent été bien assurés ; et ^ ce moyen il y a danger que le commencei-jmt de la débauche des uns ne soit suivi de ^ tous les autres, et qu'es places où ils se trou- HTont les plus forts, ils ne commettent des inû- <i*:Utés au profit des ennemis, qui ne parleraient pins de paix , si quelque semblable avantage se presentoit pour eux , mais penseroient devenir nialtres du pays par cette confusion et désordre, «te autre traité.

Noos voyons encore un autre inconvénient : a savoir, que lo prince Maurice, l'autorité et créance duquel n'est a^i, ng^ez forte parmi ces

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