II- C. D. M. T. IV
peuples, pour retenir ceux qui voudroient prendre inconsidérément quelques mauvais conseils , deviendra beaucoup moindre par ce licenciement. Et qui nous semble pis que tout autre , c'est qu'on publiera que le manquement du secours que votre Majesté leur avoit promis, a été cause de tout ce mal, et sera malaisé que nos raisons, quoiqu'assez bonnes et fortes, soient néanmoins bien reçues, et tenues suffisantes pour la décharger de cette calomnie; car la vérité est bien que le paiement desdites compagnies est assigné pour la plupart sur cet argent ; et , encore qu'il ne soit dû que pour autant de temps qu'il plaît à votre Majesté, ils disent que, n'ayant été avertis de la révocation qu'elle vouloit faire, sinon depuis peu de jours, ils ne l'ont pu prévoir, ni se décharger de la dépense qui devoit être prise là-dessus. Notre réponse a été qu'ils se dévoient prendre à eux-mêmes du mal qu'ils recevoient en cet endroit, ayant premièrement offensé votre Majesté par la trêve faite sans son su, puis par le refus de l'acte, dont les raisons pour s'en excuser lui avoient autant déplu , ou plus , que le refus même , et n'y avoient encore satisfait. Davantage, la trêve ayant diminué leurs dépenses de quelque chose, il étoit plus raisonnable que votre Majesté jouît de cette épargne qu'eux, auxquels le profit entier de la dépense , s'il y en a, doit retourner , non à vous, Sire, qui avez toujours donné gratuitement votre secours et sans gages ni autre profit. Ils ont excusé le passé comme ils ont pu, mais assez mal , ayant seulement ajouté qu'ils se promettoient, quant à l'acte, d'en donner contentement à votre Majesté , ne le pouvant mettre en délibération, sinon lorsque les Etats-généraux seroient assemblés, qui ne doit être qu'à la venue des députés d'Angleterre , attendus de jour à autre ; et s'ils tardent plus de sept à huit jours , qu'ils ne laisseroient d'y procéder sans plus différer. Pour la ligue offensive et défensive, ils nous en pressent, et déclarent qu'ils sont prêts de la faire quand il plaira à votre Majesté, sans y apporter aucune remise de leur part, soit qu'elle y soit seule, ou avec le roi d'Angleterre s'il y veut Têtre compris, ainsi que l'avons déjà mandé. Nous n'y avons insisté pour le présent, nous étant contentés de montrer qu'elle l'a désirée ; et néanmoins qu'il sembloit à propos d'attendre la venue desdits députés d'Angleterre. Les raisons de ce délai sont qu'avons reconnu par les propos de M. de Barneveldt, ainsi que le contient notre dernière dépêche, qu'en faisant ladite ligue, ils entendent obliger votre Majesté, pour quelques années, à une notable somme chacun an pour la dépense de la guerre, en cas qu'elle continue; et, peu-
NtGOCiAïlOiNS
daut le même temps , s^obliger aussi envers elle à la secourir et son Etat contre TEspagne et les archiducs, de certain nombre de gens et de navires de guerre.
Surquoi ayant désiré dudit sieur Bameveldt une explication plus particulière, il nous a dit qulls pourroient offrir jusques à vingt-cinq navires de guerre au moins, et iront bien , comme il nous semble, jusques à trente, avec mille chevaux , et six mille hommes de pied entretenus à leurs dépens pendant tout le temps du secours; et sur ce qu'on lui a demandé, la paix étant faite, s'ils n'entendoient pas être obligés au même secours, encore que votre Majesté fût déchargée du secours qu'elle devoit donner en guerre, a dit qu'oui ; mais qu'il seroit raisonnable aussi qu'elle les aide pour quelque temps durant ladite paix; a montré qu'ils désireroient tant d'elle que du roi d'Angleterre, au cas qu'il y veuille être compris, un million de livres, qui seroit les deux tiers pour votre Miyesté, et le tiers pour ledit sieur Roi , et à proportion elle y étant seule. A quoi lui a été répondu qu'il sufiiroit d'obliger votre Majesté, au cas que la paix se fasse, à leur donner même secours qu'eux offrent, sans s'assujétir à une pension annuelle ; car le cas du secours auquel ils demeureront obligés par un tel traité, n'aviendra peut-être jamais, ni l'obligation du secours de la part de votre Miyesté non plus, et néanmoins la pension seroit à charge chacun an , chose trop inégale et sans raison aussi ; et qu'il faudroit plutôt qu'eux se missent en devoir, la paix faite, de lui rendre ce qu'elle a avancé pendant la guerre, que de lui demander un nouveau secours. Nous ne voyons rien pour ce regard qu'on ne puisse bien accommoder. Il est vrai que nous ne lui avons pas voulu 6ter Fespérance qu'ils ne puissent tirer quelque gratiûcation de votre Majesté , pource qUe c'est l'une des causes , et peut-être la principale, qui leur fait désirer son intervention au traité de paix. Cette dépense aussi lui pourroit être utile durant quelques années , pour se conserver de la créance et autorité parmi eux , qui serve à leur faire établir et continuer une si bonne forme de gouvernement, qu'ils en deviennent plus utiles à eux-mêmes et à leurs amis ; pendant lequel temps on pourra reconnoltre par ia conduite du roi d'Espagne , si étant déchargé de la dépense de cette guerre^ il est pour penser à quelque dessein qui soit pr^udiciable à votre Majesté et à son Etat ; ce qu'avenant, l'amitié de ces peuples ainsi ménagée seroit profitable au besoin.
Nous n'avons toutefois donné aucun assentiment à telles ouvertures. La plus grande difQculté
demeurera donc sur te secours de la guerre au cas qu'elle continue, et à la vérité, c'est ce qu'avons plus à craindre , même si le roi d'Angleterre ne veut être compris en la ligue , pour se décharger des dépenses de la guerre : c'est pourquoi il semble être nécessaire de temporiser encore sur cet article , jusques à ce que les députés d'Angleterre soient venus, et que nous reconnoissions ce qu'ils voudront faire, pour en donner avis à votre Majesté, et recevoir là-dessus ses commandemens. Finissant donc cette lettre par où nous avons commencé , à savoir par l'argent dont les Etats font si grande instance , et nous rendons solliciteurs , nous supplions treshumblement votre Majesté de prendre de bonne part ce que lui en mandons , et de croire que les Etats ne peuvent rien lever sur eux d'extraordinaire pour cette année, du moins jusques à ce qu'on soit hors l'incertitude de la paLv ou de la guerre , et que tous les inconvéniens ci-dessus déduits sont pour arriver, s'il ne lui plaît les assister, et leur faire fournir au plutôt moitié de ce qui reste, et le surplus à autres termes, dont l'attente lui donnera le moyen de voir clair en tout ce qui doit être fait, pour se conduire après selon qu'elle jugera plus à propos ; étant certain que si elle reçoit contentement d'eux, comme nous y voyons toutes choses bien disposées, qu'on pourra tenir cette dernière dépense pour la mieux employée de toutes les autres. Nous prions Dieu , Sire , qu'il maintienne votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospe rite.
De La Haye, ce vingt-sixième jour d'août 1 607.
Vos très-humbles et très^béissans sujets et serviteurs,
P. Jeànnin, db Buzanval et de Russy.
Lettre de M, Jeannin à M. (le Villeroy, du vingtsixième jour d^août 1 G 07.
Monsieur, je sais bien que nos lettres au Roi^ qui n'ont autre sujet que de demander de Tarj gent, seront peu agréables; mais si on a estira jusques ici que l'argent donné à ces peuples etoil bien employé , puisqu'il servoit à affoiblir uB prince dont la puissance nous doit être suspectq et à le tenir en une occupation qui lui faisoil consommer ses deniers, et ôtoit aussi le moycï de faire nml à autrui, il est plus besoin quejd mais , pour faire finir cette dépense avec proti pour Sa Majesté , et le gré de ceux qu on a ^ courus , d'y lyouter celle dont les Etats font ina tance, vous pouvant assurer que tous les in«>ii véniens contenus es lettres qu'écrivions «u |^«' seront pour arriver sans ce remèH^? car les Etat n'ont moyen de lever i>»««ne chose sur eux poui
Tbt l'BBSIDBNT J£ÀNNI^i
iAt
fette année, étant leur coutume d'ordonner des levées et contributions sur chacune province à la fin de Tannée pour la suivante. Puis en i'incertitode de la paix ou de la guerre, on craint de leur donner cette nouvelle charge ; au contraire, évitant les dangers qui semblent être présens à J'oœasion de ladite nécessité, on peut espérer Qoe bonne paix, qui est ce que Sa Mf^esté désire leur faire , ou continuer la guerre avec courage et ardeur s'ils sont secourus. Il y a toutefois plus d'apparence en la paix ; et les avis qu'on a Ici sont que le roi d'Espagne enverra la ratification sur la très-instante prière que les archiducs en ont faite, n'y ayant plus autre difficulté^ sinon i[u*il y veut ^jouter cette clause qu'elle demeurera nulle , au cas que le traité de pabc ne s'en ensuive. Et néanmoins les Etats disent ne le vouloir souffrir, encore qu'il soit raisonnable, le traité demeurant rompu, que chacun demeure lu même état qu'il étoit auparavant. Ce que ne Irar avons pas dit , attendant à nous y conduire, wkm qu'il sera a propos , lorsque la difficulté se présentera , qui ne nous semble telle qu'elle (losse empêcher l'accord, s'il est pourvu aux autres conditions; en quoi je vois toutes choses bien disposées ici, quoique je vous puisse assurer qoe des trois qui traitons l'affaire , je suis le ^Qi «opçonneux , et qui travaille le plus mon oprit de tout ce qui peut faire craindre quelque Ottovû succès, tenant à cette occasion toujours ^prsoe Maurice et ses amis en état de se pouvoir opposer à tous desseins contraires à l'intentûm de Sa Majesté \ et prends garde aussi avec tut de soin aux actions et déportemens du sieur Banieveldt, qu'il ne se peut déguiser sans qu'on Je reeonnoisse assez à temps pour y apporter les remèdes qui pourront dépendre de notre diligence et eonduite, ensemble de ceux qui favorisent les affaires de Sa Majesté. Donnez-nous donc le iooyen, de votre côté, de servir ici; et faites, Til vous plaît, qu'on ne prenne pas un tel dégoût qo on l'abandonne du tout, lorsqu'on en doit recueillir quelque profit. Nous attendons le retour de M. de Préaux.
Je suis, monsieur, votre très-humble et très- :^ectionné serviteur, P. Jeannin.
La sieur Aërsens a écrit au sieur Barneveldt , K M. de Buzanval a vu la lettre , qu'on avoit dit et mandé par delà des mauvaises paroles de lui , et en termes qui ne peuvent apporter que du desservice au Boi. On mande tout ce qu'écrivons , et avec couvert et figures ; et enfin on nous mettra en si grand soupçon avec ceux qui peu- \ent id, que n'aurons aucun moyen de servir. M. de Bnzimval, qui s'est enfin résolu de s'en retourner, à noon r«gret^ vous dira ce qu'il en
sait. Je vous supplie très-humbtement que ce qu'en mande à vous seul , soit secret , s'il vous pialt, crainte que ce ne soit encore pis. A La HayC; ce vingt-sixième jour d'août I6O74
Lettre du Roi, du vingt-neuvième jour d'août
Messieurs Jeannin , de Buzanval et de Russy^ si la dernière dépêche que vous avez reçue de moi vous a étonnés, ainsi que vous m'avez écrit par la vôtre du 17 de ce mois, que j'ai reçue à l'heure que je voulois faire partir l'abbé de Préaux avec mes intentions sur vos deux précédentes ^ les avis que vous m'avez donnés par celle-ci m'ont grandement consolé, et rabattu de ma première défiance et jalousie, ayant vu le jugement que vous faites des délibérations^ volontés et affaires de ces sieurs, et les assurances expresses qu'ils vous out données de nouveau de vouloir faire le compte de mon appui et alliance que méritent les signalées preuves qu'ils en ont faitest Voulant qu'ils sachent, quand ils se conduiront en mon endroit avec confiance et affection ^ comme je leur ai donné si^et de ce faire, que j'au* rai aussi plus de soin que jamais de leur prospérité et conservation, comme ils connoltront par la continuation de mon assistance ; mais aussi je désire et veux d'eux des effets dignes de ma franchise et candeur, et non des paroles accompagnées d'artifice et de déguisemens , tels qu'ont été ceux qu'ils ont pratiqués en mon endroit , depuis qu'Us ont prêté l'oreille aux ouvertures de la paiX| comme si je devois la leur déconseiller et m'y opposer directement, fondés sur l'opinion qu'ils ont toujours eue que je m'étudiois^ pour le bien de mes affaires, à plutôt nourrir leur guerre que d'en favoriser la Un à leur avantage, comme si je ne pouvois maintenir mon royaume en paix qu'en faisant durer ladite guerre. Et néanmoins^ il est certain que comme je ne les ai pas embarqués en iceile , et que je me suis seulement con« tenté de les y assister autant qu'il m'a été loisible de le faire, aussitôt que j'ai su qu'ils espéroient pouvoir avec sûreté sortir de peine , je n'ai pas attendu qu'ils m'aient semond de leur donner conseil d'y entendre, ni qu'ils se soient mis en peine de me représenter les raisons de ce changement, comme ils ont fait envers les autres: car j'ai envoyé vers eux exprès pour les conforter en ce propos , et les assister en l'exécution d'icelui ; et savez que c'est le principal commandement que je vous ai fait, vous dépéchant vers eux , lequel leur a été confirmé par votre coU'' duitC) et les conseils que vous leur avez donnés depuis votre arrivée , aux occasions qui se sont offertes , n'ayant Jamais improuvé ni rejeté Is^
)«éGOCtÀTIO?iS
dite paix, mais seulement craint leur désunion et précipitation en la recherche d'icelle , et une surprise et déception de la part de leurs ennemis, en la négociation et conclusion. Et toutefois , je n'ai pas laissé depuis de les secourir d'argent , afm de leur aider à conserver la réputation de leurs affaires en ce traité. Et si d'abordée ils m'eussent envoyé la promesse que vous leur avez demandée de ma part , de ne faire ladite paix sans moi , je ne fusse entré en défiance d'eux , combien que l'accord premier de leur cessation d'armes fait sans moi , et qu'aucuns d'eux ont publié à mon désavantage sur les voyages par delà, et les propositions dudit Aërsens leur député m*eussent donné juste sujet de me douloir et défier de leur foi ; qui sera cause que je vous répéterai encore de présent , que , s'ils ne vouloient me donner autre preuve de leur bonne volonté et de l'état qu'ils vous ont déclaré faire de la mienne, et de ma protection , qu'avec ces déclarations et protestations qu'ils vous ont faites, et en représentant les langages magnifiques qu'ils ont tenus à Verreiken , se complaignant de la \iolence et tyrannie des Espagnols , j'en ferois peu de compte ; car j'attribuerois telles démonstrations au désir et au besoin qu'ils ont de moi pour soutenir et favoriser leurs affaires , en attendant leur accord , pour se prévaloir de mon ombre en la négociation et conclusion d'icelui. Or j'ai appris par votredite lettre qu'ils sont résolus de me contenter d'effets , me donner par leur conduite toute occasion de croire qu'ils entendent fonder la principale sûreté de leur traité et conservation sur l'appui de mon amitié ; de quoi j'ai été très-aise, et serai content, pourvu que les effets s'en ensuivent tels qu'ils vous le promettent et les avez projetés avec eux. J'approuve donc l'ordre que vous entendez tenir , tant pour l'intervention au traité général de moi et du roi d'Angleterre, que pour larésolution d'une ligue particulière; et trouve bon encore que le roi d'Angleterre soit compris en l'un et en l'autre avec moi , pour les raisons que vous m'avez représentées. Mais si les députés tardent à comparoître par delà , comme j'ai quelque avis qu'ils feront jusqu'à la réception de la ratification d'Espagne, je ne puis être d'avis qu'on les attende, mais bien que lesdits sieurs les Etats fassent savoir à leur Roi qu'ils sont pressés de prendre résolution en leurs affaires, afin qu'il avance l'envoi de sesdits députés , du conseil et de la prudence desquels ils désirent être assistés; sinon le prier qu'il n'impute à faute de respect en leur endroit, s'ils avisent en leur absence à l'ordre ^'ils y doivent tenir : car après cette semonce, l\s seront Véritablement déchargés de tout ce
qui s'en ensuivra; mais il faut prendre gardd de limiter et restreindre le temps de cette semonce le plus que faire se pourra , afin qu'elle ne serve d'excuse d'une plus longue remise et prolongation , tant de la part dudit Roi que desdits Etats. Cependant je serai très-aise d'être éciairci des termes avec lesquels ils entendent me comprendre en leur traité , et quel est l'avantage qu'ils s'en promettent , afin que j'en sois d'accord avec eux devant que je sois mis en jeu. Quant à la ligue particulière, après avoir pesé les raisons que vous m'avez sagement représentées par votredite lettre : l'une , qu'elle ne peut éti*e traitée secrètement ; l'autre , que la faisant offensive , le roi d'Espagne la pourroit prendre pour rupture avec lui , j'ai estimé que je dois me contenter de la faire de présent défensive seulement ; car étant telle , elle ne peut être impugnée d'aucun. J'estime que le roi d'Angleterre et d'autres y entreront plus volontiers que si elle étoit offensive ; car personne ne pourra justement trouver mauvais une confédération et alliance faite pour la commune et mutuelle défense de ce qui nous appartient, puisque les archiducs, souverains seigneui*s des Pays-Bas, ont reconnu les Etats pour peuples libres, sur lesquels ils ne prétendent rien, ainsi qu'ils ont fait par leur cessation d'armes. Chacun peut traiter librement et s'associer avec eux. Et je ne fais pas dif^ ficulté de m'obliger à secourir lesdites provinces de ce dont je conviendrai avec elles ^ s'il faut qu'elles continuent la guerre ou soient ci-après assaillies, pourvu qu'ils entrent en pareille obligation avec moi en cas semblable, et qu'ils me promettent de ne faire jamais paix ni accord avec leurs ennemis sans mon su et consentement.
Je serai très-aise que le roi d'Angleterre entre en ce traité à pareille fin et aux conditions qui seront accordées entre nous, et même d'y admet* tre les princes d'Allemagne qui s'y offriront pour leur part. Mais il faut prendre garde comment, et admettant pour ce commencement plusieurs princes , même ledit Anglais , que la négociation dudit traité , à cause des difficultés qui y interviendront; ne consume tant de temps, que lesdits Etats n'aient fait le leur avec les archiducs et le roi d'Espagne, devant que nous ayons résolu l'autre ; et que^ par ce moyen , nous ne tombions en la fosse que nous entendons éviter. C'est-à-dire que lesdits Etats aient fait, avec notre aide, leurs affaires, devant que nous ayon^ assuré les nôtres avec eux , et que nous demeurions après cela à leur discrétion , charge de là haine de ceux que j'aurai offensés pour leur bien faire ; étant certain , si le rot d'Angleterre y étant
BU PBESIDBNT JEANNIIV.
appelle veat nous tromper par dessein ou autrement, qu'il lui sera facile d*allonger les affaires sous divers prétextes, autant qu'il le voudra faire, sans qu'on puisse honnêtement y remédier. En tout cas j'approuve Fouverture queBameveldt vous a faite , de faire députer un de chacune province, qui , avec le prince Maurice et le comte Guillaume, traiteront ladite ligue, pour les raisons contenues en votredite lettre, combien que BOUS restreignant à ladite défensive, nous devJoDS moins craindre qu'elle soit suc , que si elle étoit ofifensive. Je suis bien d'avis que nous limitions le temps d'icelle, comme de quatre à cinq ans, si la guerre dure entre lesdites provinces et les archiducs ; mais je voudrois qu^il fïHt porté par le même traité , que , s'ils font la paix ou la trêve, ladite ligue durera tant que je vivrai , et dix ou vingt ans après mon décès avec mes héritiers, afin de n'en faire à deux fois^ et que nous ne soyons sujets à renouveler ledit traité pour obtenir ladite prolongation après leur accord y lequel poarroit apporter des difficultés nouvelles non prévues.
Quant au secours que nous pourrons of&ir et promettre de part et d'autre en contractant, f estime qu'il faut le distinguer en deux sortes : Vune avenant que nous soyons assaillis en même tnnps; et l'autre, que l'une des parties soit asaSfie; car, au premier cas, nous ne pourrions MQsentre-secourir si puissamment qu'en l'autre, d'autant que chacun auroit lors besoin d'entendre et pourvoir à la défense de son Etat. Et néanmoins, je serois toujours d'avis qu'étant assaillis en même temps, il fût convenu et accordé, dès à présent, de dresser lors une armée composée , d'une part et d'autre , de certain nombre de gens de guerre, de cheval et de pied, accompagnée d'un égal train d'artillerie , pour les joindre ensemble, en composer une forte armée pour être employée en tel endroit qu'il seroit par les parties jugé plus utile à la cause commune , pour tant mieux faire paroître notre union ; faire aussi que les exploits d'icelle tournent plus au profit mutuel , et qu'ils soient pareillement plus dommageables à l'ennemi commun. Mais, s'il avient ([ue l'une des parties soit seulement assaillie , en ce cas, le secours que lui devra donner son confédéré, devra être plus grand, d'autant qu'il ne sera occupé en son pays. Or , en ce dernier cas , je suis content de donner le double du secours qu'ils m'offriront; comme, par exemple, s'ils accordent de ro'assister de cent mille livres par mois (1) , tant que la guerre durera , je les assisterai de deux cents par mois. Sur lequel fondement nous pourrons aprèsconvcnir, dèsàprésent, (1) Cent milU homme4, dit un autre manuscrit.
si ce sera en argent, en hommes ou en vaisseaux de guerre ; et ensuite de cela convenir de la qualité et solde desdits gens de guerre et vaisseaux , du temps qu'ils seront entretenus^ comme de la forme de leur entretenement, et qu'ils devront être commandés et exploités. Je ne vous représenterai ces choses qu'en général, remettante les particulariser et spécifier ci-après, quand je saurai la conception et délibération desdits Etats, avec lesquels vous pourrez donc en conférer, en cas qu'ils approuvent le fondement du susdit se* cours , et en ébaucher l'individu , apprenant d'eux la qualité du secours qu'ils voudront tirer de moi et de celui qu'ils pourront aussi plus commodément me départir. Pour moi, j'estime qu'il me sera plus utile de le prendre d'eux en vaisseaux de guerre de trois cents tonneaux le moindre ; car vous savez que c'est aujourd'hui l'arme* ment duquel mon royaume est le plus mal garni; mais, comme je ne voudrois accroître la solde des gens de guerre qu'ils tireront de moi , en cas qu'ils m'en demandent, aussi n'entendrois-je. pas qu'ils enchérissent l'équipage et armement de leursdits navires.
A cette fin, il &udroit, dès à présent, dresser un état au vrai de la forme dudit armement et de la solde d'icelui, comme desdits gens de guerre, afin qu'il ne pût être augmenté, et que chacun sache, dès à présent, quelle sera la commodité qu'il recevra dudit secours, quand il en aura besoin, et le requerra. Pareillement il faudroit convenir du temps et lieu que ledit secours sera livré après qu'il aura été demandé, afin de n'être trompé en l'attente d'icelui. J'ajouterai à cela que je suis content , en cas que je sois assailli sans eux, de recevoir desdits Etats, outre le susdit secours, duquel nous tomberons d'accord , le paiement des deniers qu'ils me devront, en vaisseaux entretenus en la forme et au prix que nous aviserons et conviendrons ensemble, estimant que ce sera leur commodité de me payer en cette monnoie plutôt qu'en une autre. Toutefois je remets à vous à leur en faire maintenant la proposition, ou la surseoir et différer en autre temps ; comme de leur proposer un autre expédient pour le remboursement de mesdits prêts, assuré que vous ne laisserez perdre l'occasion d'en faire instance, et y faire pourvoir quand vous le jugerez propre. Au demeurant, puisque lesdits sieurs les Etats montrent avoir la bonne volonté que vous m'avez représentée par votredite dernière lettre, de s*unir avec moi, s'y confier et de priser ma bienveillance et mon appui, comme le mérite l'affection que je leur porte, et le soin que J'ai toujours eu d'eux , vous leur direz que je suis content aussi de leur continuer cette année le
NËGOCUTIOKS
parfait du secours en argent qu'ils ont reçu de moi la précédente, et leur fournir en deux termes, le premier dedans ie mois d'oetobre, et ]e deuxième à la fin de l'année : de quoi j'ai commandé les expéditions nécessaires, ayant suivi l'avis que vous nous avez donné par votre précédente pour le regard des termes dudit paiement, pour les mômes raisons que vous m'avez représentées par iceiles, lesquelles je me promets que vous saurez pratiquer si dextrement, que j'en recueillerai le fruit et ie service que vous avez projeté, et ne permettrez que j'y sois ciroonvenu par artifice oi| autre ruse procédant desdits Etats, je veux dire de ceux qui conduisent leurs affaires, ni même des Anglais ou autres. Je ne m'arrête point aux discours que les députés desdits Etats ont rapportés d'Angleterre ; ear tout ce qui sort de cette boutique est si déguisé, corrompu et variable , que Ton ne peut y asseoir aucun fondement ; et crois certainement, si ledit Roi offre de faire la guerre pourvu que je veuille y entrer, qu'il ne le fera que pour m'y engager, et après ifn'y abandonner, ou pour abuser le monde ; car chacun connolt qu'il n'a volonté ni moyen de l'entreprendre : et ne doute point aussi, s'il fait telle offre, qu'il ne fa^se avertir les archiducs et les Espagnols sous main, qu'il l'aura fait exprès pour rompre l'intelligence desdits Etats et de moi. Toutefois vous ne rejetere« ladite proposition s'il la fait, et en userez, 9insi qu'il est porté par ma réponse au mémoire que vous m'avex envoyé par l'abbé de Préaux, qui sera encore porteur de la présente ; et vous assurerai de ma bonne disposition, comme du contentement que j'ai du bon devoir que vous jpiites de me servir. Je prie Dieu , messieurs Jeannin , de Buzanval et de Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
. Ecrit à Paris , le vingt-neuvième jour d'août J607. UfiNfii.
Et plus bas, Bbulàbt.
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, dudit jour 29 août ie07.
- Monsieur, quand nous vous représentons nos soupçons et nos craintes, nous ie faisons plus pour aviser avec vous aux moyens d'y pourvoir, que pour fonder sur cela un prétexte de retirer notre épingle du jeu. Vos dernières nous ont fort contentés et remis, comme vous connottrez par la derrière lettre du Roi, lequel véritablement défère grandement à votre jugement. Vous trouverez donc ces derniers commandemens bien différens des premiers, dont M. de Préaux étoU cliargé quand votre dernier coyrrier est arrivé. Toute- ^is, j'ai estimé ^tym vous envoyer les uns et
les autres , afin que vous sachiez nos mouveroens. Enûn nous nous contenterons d'une ligue défensive, pour les raisons que nous avqns recueillies de vosdites lettres, et que le roi d'Angleterre soit de la partie s'il en veut être, et pareillement les princes protestans qui s'y présenteront. Mais ne vous attendez pas que noqs y portions, pour le présent, le landgrave Maurice de Hessen, ni le duc de Wirtemberg. J'en sais les causes ; ils y entreront quand elle sera foite, et suûlra d'y engager maintenant les deux électeurs dénommés en vosditts lettres : vous verrez à quelles conditions nous désirons la faire. Je vous dirai seulement que nous ne sommes pas si attachés a iceiles, que nous ne les changions s'il est besoin , et nous conseillez de ie faii*e. Nous avons pris les termes du fournissement de nos deniers portés par la lettre du Roi, afin que nous ayons temps d éprouver la volonté de ces messieurs devant que les débourser. Et, quoi qu'aient rapporté d'Angleterre les députés des Etats, nous ne pouvons croire que les Anglais procèdent fidèlement avec nous ; leur ambassadeur nous confirme en cette opinion par ses propos et actions. Je serai trèsaise qu'il en succède autrement, comme il avieu^ droite s'ils étoient bien conseillés et avoient bonne intention. Mais nous ne pouvons croire qu'ils soient si présomptueux de débattre avec vous la préséance ; s'ils le font , ce sera pour traverser les affaires. Cette question n'a jamais été contestée entre nous et eux , comme elle a été à bon droit par eux avec les Espagnols ; car les Anglais ont anciennement précédé les Castillans. Venant en vos logis, vous devez les honorer, et leur donner le premier lieu par courtoisie : mais quand ils viendront chez vous pour traiter en la présence des députés des Etats ou autres, vous ne devez céder à eux ni à autres, pour quoi que ce soit. Cette contention seroit de soi si préjudiciable à la dignité de notre maître, que vous devez éviter d'y entrer et même d'en parler si faire se peut. Vous assemblant avec eux au logis du prince Maurice ou ailleurs, vous devez prendre la plus hooo^ rable place. C'est ce que le Roi m'a commandé de vous en écrire.
Lesdits Anglais ne peuvent pas mieux conseiller aux Provinces-Unies de faire la paix , qu'en leur déclarant qu'ils ne veulent pas mettre la main à la bourse en cas de guerre. Je ne doute point qu'ils n'aient rejeté l'ouverture qui leur a été faite en faveur du prince Maurice ; car il est certain qu'ils ne l'ont jamais aimé. Mandez-moi quelle pension ou gratification vous estimez que le Hoi doit accorder audit prince Maurice pour le contenter et ol)liger; car nous craignons d'ollrir trop ou trop peu ; votre avis sera l^i^^ "^^^^^ ^^
est vrai que le roi d'Angleterre a fait déclarer par son ministre résidant auprès du Roi, qu'il D>Dteodoit pins qu'il fournit aux Etats aucuns deniers de son compte, de quoi il a \oulu retirer un acte qui a été public : 11 a voulu que les Espagnols le snssent , et fait semblant d'être marri que les Etats en aient connoissanoe. Le comte de Saiisbury est plein de semblables artifices. A Rome, à Venise, et partout ailleurs, les ministres d'Espagne disent bautement et clairement que leur Roi ne renoncera Jamais à la souveraineté des Pays-Unis, quoi que fassent les archiducs; H s'est-OD fort réjoui à Rruxelles de la révocatitm des navires hollandais de la côte d*Ëspagne, comme s'ils avoient gagné un grand avantage. L'on dit aussi que lesdits Espagnols feront durer la trêve telle qu'elle est, le plus qu'ils pourront, e»pénmt par ce moyen miner et enniiyer lesdits Etats. L'ambassadeur des archiducs s'est plaint ao Roi, en l'audience qui lui fut donnée hier, de Yotre ailée par delà, et de la dernière voiture qoenoiis y avons envoyée, disant que vous dis- »cadez la paix ouvertement, et que sans notre secours elle seroit Jà faite. Voilà les termes auxqoeismms sommes avec eux. Et certes Je désire qtt les Etats ne nous donnent occasion de nous «repentir et mal trouver. Je prie Dieu, mon-
^àms, qu'il vous conserve longuement en bonne
saalè.
ûelM, le vingt-neuvième jour d'août 1607. Votre, etc., de Neuf ville.
Autre lettre audit sieur de Villeroy à M. Jeannia, duditjour 29 d'août 1607.
Monsieur, nous vous renvoyons M. de Préaux, après I avoir retenu plus long-temps qu'il n'a déâr^, tant il regrettolt d'être absent de vous, où ti a reçu toutes sortes de courtoisies , qui l'ont v^f^e. et les siens, et moi plus que tous , à vous ^orer et servir. Toutefois Je suis très-aise de qooi votre dernière dépêche l'a trouvé encore ïà: il étoit dépéché et prêt à monter à cheval (pand nous l'avons reçue. Vous verrez par la dernière lettre du Roi ce qu'elle a opéré , vous ^yant bien voulu, pour en mieux Juger, ne laissa'à vous envoyer la première, et même celle qoe je vous avois écrite, de laquelle vous ne fe- ^^^ s'il vous plaît, mise ni recette, vous fermant f\ arrêtant du tout aux derniers commandemens dt Sa Majesté , de laquelle vous tirerez pour les Etats tout ce que vous Jugerez être à propos po«r le bien public, et même pour le particulier an prince Maurice de Barneveldt , pourvu qu'ils lui donnent occasion de croire qu'ils l'aiment, se conftent en lui , et désirent conserver son amitié , dont véritablement leurs dernières actions
cotées par nos précédentes et par les présentes, lui avoient donné grande méfiance et ombrage, A quoi il leur sera facile de remédier, et partant se procurer du bien et de l'avantage à eux-mêmes, pour le présent et pour le futur, s'ils se gouvernent en son endroit comme ils doivent. De toutes parts l'on nous mande que les Espagnols ne lâcheront la ratification en la forme qu'elle a été demandée ; mais je ne suis pas de cet avis. S'ils en retranchent quelque chose, ce sera de façon que les Etats ne laisseront de s'en contenter ; car ils ont autant besoin de repos que lesdits Etats; de quoi nous serons tôt éclairois, mais non sitôt certes que Je le désire , afin de vous revoir auprès de nous plus prpmptement , encore que le service que vous faites où vous êtes vous fasse estimer comme présent. Je me recommande très-affectueusement à votre bonne grâce , et prie Dieu , monsieur, qu'il vous con- . serve en l)onne santé.
De Paris, ce 39 août 1607.
Votre, etc., de Neufvillb.
Lettre de M, Jeannin à M, de La Boderie^ du premier septembre 1607.
Monsieur, nous avons appris , par les députés des Etats, retournés d'Angleterre, que le roi de la Grande-Bretagne a plus d'inclination à la paix qu'à la guerre. Mais comme c'est chose qui dépend autant ou plus de leurs ennemis que de lui , ni de nous, il ne s'est point expliqué s'il les voudra secourir, au cas qu'ils soient contraints de continuer la guerre. Il leur a seulement donné de bonnes paroles , témoigné que la gran- . deur d'Espagne lui est suspecte ; et que ses députés, qu'il leur promettoit d'envoyer incontinent, avoient charge de Joindre ses conseils aux . nôtres, pour l'avertir de ce qu'aurions estimé ensemble devoir être plus utile pour cet Etat, : et après leur mander son intention. Vous m'en avez écrit autant. Ces députés ne sont encore venus , et plusieurs estiment qu'ils attendront jusque près du temps que la ratification doit être envoyée , qui n'expirera que le vingt-deuxième du présent mois : et néanmoins leur arrivée plus tôt seroit bien nécessaire pour conférer ensem- ^ ble , et prendre quelque avis sur les affaires de cet Etat, dont on eût eu loisir d'avertir les maîtres , et recevoir leurs commandemens. Cette longueur est un peu suspecte; et semble qu'ils diffèrent à dessein , comme voulant se trouver ici, si la ratification est envoyée; et par ce moyen qu'il y ait apparence de paix, afin de participer et avoir le gré de ce qui sera fait; sinon n'y venir point du tout , pour ne s'obliger aux dépenses de la guerre si elle continue. Ou '
est autant incertain de cette ratification que le premier jour; et faut attendre la lin du terme pour y voir clair, demeurer cependant en ce lieu avec ennui , et presque sans occupation ; ce qui ne seroit pas , si lesdits sieurs députés étoient arrivés. Si vous avez appris quelque chose des causes de cette retardation, ou de la charge qu'ils ont, je vous supplie très-humblement de m'en donner avis; car leur conduite en ce lieu peut apporter beaucoup de bien ou de mal. Achevant cette lettre, j'ai reçu la vôtre du 18 du mois passé, qui met la cause de cette retardation où nous la prenons. C'est la vérité que le plus grand nombre en cet Etat, ou plutôt ceux qui y peuvent le plus, et auxquels les peuples donnent l'autorité, désirent ardemment la paix, et nous ne sommes pas éloignés de ce désir ; car le Roi , lassé de cette guerre , pour laquelle continuer il juge encore qu'il faut mettre beaucoup, et affectionné au repos de ces peuples, est content d'aider à les mettre en paix , pourvu qu'ils soient si sages que de la vouloir et accepter seulement au cas qu'elle soit bonne et sûre , et rejeter si elle est autre. C'est bien l'intention des mieux avisés de faire ainsi : et toutefois, quoiqu'ils nous le disent tous les jours, nous ne laissons pas d'en douter, et de craindre que si le roi d'Espagne consent à cette souveraineté, que tout le reste ne leur semble aisé^ et qu'ils se laissent aller à des conditions qui leur feront bientôt perdre ce qu'ils pensoient avoir gagné. Nous travaillons à ceci pour leur bien , et pource qu'il seroit honteux au Roi d'aider à les porter à une mauvaise et dangereuse paix. A quoi si les députés d'Angleterre veulent procéder avec même soin, sincérité et affection que nous, il est certain que nos avis joints ensemble, leur feront prendre une bonne résolution, soit de guerre ou de paix, dont le second nous seroit plus agréable que le premier, pour plusieurs raisons qui sont encore en l'esprit de Sa Majesté, dont celle-ci n'est la moindre, qu'elle ne veut être seule en ce secours. £t on nous dit que le roi d'Angleterre n'y veut rien mettre de son côté ; ce que toutefois je ne peux croire , parce qu'il est plus intéressé en la ruine de ces peuples que nous.
La venue des députés, et ce qu'apprenons d'eux, nous en éclaircira: l'affaire qu'avons à traiter ensemble étant de telle nature qu'elle ne doit recevoir aucun artiûce ni déguisement, c'est pourquoi ils seront bientôt informés de notre dessein , et nous du leur, s'ils suivent la conduite et forme du traité que l'affaire requiert. Il y en a d'autres esquelles chacun essaie de tromper son compagnon, et où le plus sage est celui qui se sait mieux couvrir et dissimuler ; mais c'est tout
le contraire en celle-ci, où la dissimulation nuiroit à chacun. Plût à Dieu que ces deux grands rois voulussent prendre telle fiance l'un de l'autre, et avoir si bonne intelligence ensemble qu'il est besoin pour donner une bonne paix à cet Etat, et assurer le repos de toute la chrétienté. La crainte seule de leur conjonction peut être cause de ce bien, sans venir aux armes contre qui que ce soit. Je vous donnerai avis à toutes occasions de tout ce qui se passera, et serai bien aise d'être averti par même moyen de tout ce qu'apprendrez, concernant l'affaire que traitons, et de vous rendre très-humble service, quand j'en aurai le moyen, de même volonté, dont je vous baise très-humblement les mains, et suis, monsieur, votre bien humble et plus affectionné serviteur,
P. Jeannin.
A La Haye, ce premier jour de septembre 1 607.
Lettre de M, Jeannin à M. de Bemy^ dudUjour premier septembre 1607,
Monsieur, peut-être que M. Verreiken aura mieux informé les archiducs de notre conduite et inclination pour avancer la paix , qu'ils n'étoient auparavant , au moins l'a-t-il pu conno/tre, non par nos seuls propos, que.sais bien pouvoir être pris pour déguisemens et artifices, mais par les effets ; étant vrai et certain que notre dessein a toujours été de porter à la paix ceux qui en étoient éloignés; et que le Roi sera très-aise de vivre en amitié avec tous ses voisins, particulièrement avec les archiducs , comme aussi de faire cesser les soupçons que la continuation des armes si près de lui donnera à chacun, desquels néanmoins il ne se peut garantir que par le moyen d'une bonne paix, dont nous avons très-bonne opinion, si la ratification du roi d'Espagne, de laquelle ledit sieur Verreiken a donné beaucoup d'assuraiice, est envoyée dans le temps accordé: ce que je désire de toute mon affection, afin de sortir d'ici, où nous sommes sans occupation, tt avec ennui. Messieurs les députés d'Angleterre y sont attendus de jour à autre , et estime qu'ils y arriveront dans le quatrième ou cinquième de ce mois. Si vous apprenez quelque chose de cette ratification, donnez-nous en avis, s'il vous plait; comme aussi s'il y a de la difficulté à lobtenir, ou bien un refus entier ; et s'ils sont mieux informés par delà de l'intention du Roi qu'ils n'étoient auparavant : ensemble ce qu'ils sentent du roi d'Angleterre, et de son inclination, soit à la paix ou à la guerre. Ces avis nous peuvent donner quelque instruction pour mieux servir Sa Majesté, et m'obligeront aussi à vous en rendre bien humble service, qui sera de même affection , dont je vous baise très-humblement les mains, et suis,
BU PBKSIDSNT JEANMN,
monsieur, votre bien humble et très-affectionné serviteur, P. Jeannin.
A La Haye^ ce premier jour de septembre 1 607 .
Lettre de M* de Villerotj à M, Jeannin, du
3 septembre 1607.
Monsieur, nous avons vu le commissaire général des Ck)rdeliers, qui traite la paix par delà. Quand il alla en Espagne^ il passa sans se faire connoitre ; retournant , il nous a dit que le roi d'Espagne lui avoit commandé de saluer le Roi s'il rencontroit Sa Majesté en lieu sur son chemin , et l'assurer de son amitié. Sa Majesté l'a donc entretenu ce matin ; et je le vis hier au soir : toutefois j'estime qu'il fût volontiers passé sans se présenter s'il l'eût pu faire; mais ayant su que nous l'avions découvert, il s'est mis en ce devoir. Il a assuré le Roi qu'il porte aux archiducs tout pouvoir de conclure avec les Provinces- Unies , et parole de l'approbation d'Espagne de tout ce qu^ils accorderont , ne faisant point de difficulté que l'on n'envoie la ratifîcation que lesdites Provinces ont demandée à l'audiencier ; et partant que toutes choses ne succèdent heureusement pour la tranquillité publique; à quoi il veut que nous croyions avoir laissé le roi d'Espagne et le duc de Lerme si disposés et résolus, que le dernier lui a écrit une lettre (après être paiû de la Cour) par laquelle il lui donne la aaijte assurance, et veut qu'il la consigne de sa part aoxdites provinces , envers lesquelles il déclare qu'il sera garant de l'exécution et observation entière de ce qui sera traité avec eux. Sa Majesté lui a fait connottre par ses propos qu'elle ne désire moins ledit accord que les archiducs mêmes, pour être prince très-chrétien, sans ambition et convoitise du bien d'autrui , dont il Ta fort remercié. Mais Sa Majesté lui a dit aussi, si elle s'aperçoit que l'on continue à se cacher et méfier d'elle et de ses serviteurs en cette action, comme l'on a commencé, tout ainsi qu'on lui donnera argument de croire que l 'on prétend faire ledit traité à son préjudice, qu'aussi fera-t-elle de son côtéee qu'elle doit pour parer tels coups, et se garantir des effets d'une mauvaise volonté , ayant , gràcesàIMeu,le moyen de le faire. Ce que l'autre a avoué et reconnu , ayant supplié Sa Majesté d'excuser le passé, et de croire que l'on ne passera plus avant au traité principal sans sa participation et intervention, confessant qu'elle leur est non-seulement honorable et utile , mais nécessaire ; qu'il est marri de la froideur de laquelle ledit audiencier s'est conduit en votre endroit, qu'il récompensera la faute qu'il a faite; et qu'étant envoyé en Hollande, il conférera avec vous librement et fidèlement toutes choses , Sa
Majesté lui ayant dit vous avoir voulu aussi employer en cette négociation , pour être catholique duquel elle a toute confiance; étant assurée que vous prendrez toujours les conseils suivant son commandement, qui seront les plus utiles au repos, et favorables aux dits catholiques. Et Sa Majesté lui ayant demandé quelle consolation il entendoit apporter auxdits catholiques faisant ledit traité, il lui a répondu que c'est le point auquel il se trouve le plus perplexe et em^ péché, et pour lequel les archiducs auront autant et plus de besoin de l'aide et faveur de Sa Majesté; laquelle lui en a donné bonne espérance, ayant appris par ses discours que lesdits archiducs ne feront difficulté d'accorder la liberté de conscience dans les pays qui leur obéissent, à tous ceux desdites Provinces q^i y viendront après ladite paix, si lesdits Etats accordent auxdits catholiques utie église dedans leurs pays en chacune ville, en laquelle ils puissent exercer leur religion. Ils tendront donc tous à ce but, jaçoit que d'abordée ils ne s'en découvrent, pour n'altérer les esprits du pays.
Je ne doute point , si ledit commissaire passe en Hollande, qu'il ne vous parle de cet article, et même qu'il ne se vante de ladite espérance que sadite Majesté lui a donnée d'y être favora« ble; mais vous saurez bien vous conduire en cela, et en toute autre chose, de façon que ledit com« missaire n'en tirera aucun avantage à notre préjudice; non que Sa Majesté ne soit bien aise de moyenner une telle consolation auxdits catholiques; toutefois elle estime qu'il faut ménager sa bonne intention avec prudence , comme elle vous prie défaire pareillement. Sa dite Majesté a appris dudit commissaire qu'il n'a pas opinion que l'on obtienne tout-à-fait la sortie des gens de guerre espagnols des Pays-Bas , ni le commerce des Indes; mais il espère qu'il s'y trouvera queU que tempérament qui contentera les parties : en tout cas, il ne croit pas que lesdites Provinces opiniâtrent l'un ni l'autre article. Il est très-aise de quoi l'on a accordé la révocation des navires qui étoient à la côte d'Espagne, même devant que l'on ait reçu contentement de la ratification d'Espagne, car il se promet que cela contentera foi1; le conseil espagnol, lequel, ores qu'il soit armé par mer jusques au colet, redoute merveilleusement la rencontre des bateaux hollandais , à cause de leur forme de combattre. Ledit commissaire veut que nous croyions , étant ledit accord achevé , que nos rois feront de si bonnes et fortes alliances que nos enfans auront de la paix et de l'amitié à revendre pour le reste de nos jours, de quoi il n'a été déduit, et s'en est allé avec cela. Mais il faut que voussachiezque l'am*
bassadeur des aréhiducs , qui a présenté à Sa Majesté ledit religieux, et a toujours assisté aux discours qu'il a tenus, avoit dit à Sa Majesté, et depuis à M. le garde des sceaux, et à moi quelque jour devant, que ces messieurs se plaignoient grandement de quoi Ton vous avoit envoyé par delà , et que nous continuions à secourir d'argent lesdites Provinces, disant que vous dégoûtiez lesdites Provinces de la paix, et que par notre susdit secours nous faisions le semblable.
Sa Majesté lui répondit que c*est le conseil d'Espagne qui empêche et retarde artificieusement ladite paix , ne ratifiant les traités des archiducs, conformémentà leurs promesses; qu'elle vouloit que ces messieurs et lui sussent qu'elle n'entend traverser ladite paix; mais qu'elle ne permettra que l'on abuse lesdites Provinces sous prétexte d'icelle, ayant souvent reçu et espérant recevoir à l'avenir toute amitié et bonne voisinance d'icelles ; que c'est pourquoi elle les assiste de son conseil et de sa bourse , et qu'elle eontinuera tant qu'elles en auront besoin ; s'être présentées plusieurs occasions de s'avantager eontre les archiducs au fort de la guerre, qu'elle A méprisées, ce qui doit faire croire maintenant que chacun goûte ladite paix , et qu'elle est sur le bureau ; qu'elle n'entend profiter de la rupture d'icelle; et d'autant que ledit ambassadeur disoit que lesdites Provinces étoient par la grâce de Dieu si inclinées à la paix, qu'il savoit n'être au pouvoir de personne de les en détourner, sadite Majesté passa si avant , qu'elle lui dit , si elle vouloit entreprendre de le faire, qu'elle le pourroit , mais qu'elle n'en avoit aucun vouloir. Je ne sais quels effets produiront tous ces propos; mais Sa Majesté m'a commandé vous en informer, afin de vous en servir.
J'oubliois à vous dire que ledit Gordelier a confessé à Sa Majesté que ce que l'on avoit publié à l'arrivée du sieur Aërsens en France , que le Roi aspiroit à la domination des Provinces- Unies, avoit servi d'espérance, au roi d'Espagne et à l'archiduc, d'avancer ces traités ; reconnoissant, sur la déclaration que le Roi faisoit maintenant de la sincérité de son intention, tel bruit avoir été publié exprès par les Etats pour échauffer les autres ; toutefois , puisque les choses ont passé si avant, qu'il faut les terminer à la paix, comme j'espère qu'il succédera. Certes le sieur Aërsens ne vit avec moi, ni autres ministres, comme il souloit, honteux, comme je crois, du tort qu'il a fait au Roi et à sa réputation ; en dépit de quoi il lui semble qu'on ne confère avec lui si confidemment et ouvertement que de coutume. Et néanmoins je ne doute point qu'il n'ait connoissance d'une bonne partie de tout ce que le
Roi dit et ordonne; car Sa Majesté et d'autres ne parlent que trop librement. Néanmoins l'on ne voit les lettres que vous écrivez, car elles sont sous ma clef, et j'en use comme je dois. Le sieur Aërsens n'a su ce que l'on vous a écrit par M. de Préaux, en matière d'argent; mais il a fort sollicité que l'on vous envoie un pouvoir suffisant pour traiter et conclure la ligue particulière, nous ayant ofiert et promis de la part des Etats tout ce que vous nous avez écrit sur ce sujet et sur l'intervention; mais il ne l'a Mi qu'après le partement dudit sieur de Préaux, d'autant qu'il n'en a reçu le commandement que par le commis du sieur du Maurier , qui est arrivé depuis le départ de l'autre, et qui ne nous a apporté de vos lettres.
Quant aux Anglais, nous les tenons toujours pour tels que nous vous les avons décrits. Les lettres de M. de La Boderie décrites sur le partement de leurs députés, nous y confirment, comme font les discours de leur ministre résident en France, et ceux de l'ambassadeur d'Espagne près les arcliiducs. L'ambassadeur d'Angleterre, qui est ici, nous a fait bailler le double du pouvoir qui a été donné par son maître aux députés qu'il a envoyés en Hollande. Je vous l'envoie, afin que vous voyiez le style, encoi^e que j'estime qu'ils n'auront failli d'en faire belle montre à leur arrivée par delà ; mais souvenez - vous que nos pères les ont dépeints avec une queue, et que nous les méconnottrions si nous les figurions autres. M. de Préaux vous aura dit l'Instance de M. Aërsens pour huit , tant Hollandais qu'Anglais , condamnés par le parlement de Rennes aux galères , pour avoir voulu saccager un uavire breton , afin qu'ils fussent retenus et tirés de la chaîne. Gela a été fait, les ayant arrêtés ici en prison jusques à ce qu'ils soient justifiés, et avons mandé le procès. Ledit Aërsens avoit du commencement offert d'avancer les frais de leur conduite ici, se contentant de leur retenue en cette ville; mais, après l'avoir obtenue, il a refusé l'avance desdits frais, si on ne lui en accordoit l'entière délivrance et disposition, saus attendre ladite justification : de façon que le Roi a été condamné aux dépens; et si je crois qu il écrira encore que l'on lui a fait tort, et a ses maîtres aussi, ayant joint en cette poursuite l'ambassadeur d'Angleterre. Mais nous suivrons en cela l'ordre de la justice, quoi qu'ils puissent dire, si vous ne nous donnez autre avis. Je prie Dieu, monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé.
A Paris , le troisième jour de septembre 1607.
Votre, etc., de NEurviLLE,
DU PBHSIBBNT JEÀNNIN.
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, du quatrième jour de septembre 1607.
Monsieur, votre dépêche du 26 du mois passé arriva hier au soir, depuis avoir signé mon autre lettre, que je n'ai toutefois voulu retarder. Le Roi verra votredite lettre ce matin , et je vous ferai savoir après l'intention de Sa Maje)»té. Quoi attendant, je vous dirai que je ae crois pas que mon neveu ait rien dit au sieur Aërseos, qui ait dû déplaire à M. Barneveldt; toutefois il vous en rendra meilleur compte : mais il est certain que ledit Aërsens n*est content du Roi, ni de ses ministres, parce qu'il n'obtient d'eux tout ce qu'il désire, et qu'il reconnolt que Ion n'est satisfait de ses actions passées et présentes. C'est pourquoi il faut prier le sieur Barneveldt de n'ajouter foi entière à tous ses avis, lesquels souvent il forge au moule de sa passion , ou des bruits communs qui courent, ou bien sur les rapports d'aucuns passionnés ma* licieux et ignoraus. 11 doit ^'arrêter du tout aux vôtres, fondés sur ceux que lui donnent le Roi et moi; car le reste n'est que vent et déception, qui sera ce que j'ajouterai à mon autre lettre, en tttendant que le Roi ait déclaré sa volonté sur la vtoe. Ils sont toujours armés au Milanais, sous Ifiétexte d'attendre le succès de la négociation et U paix flamande. Les Etats de Gastille ont aeoordé à leur Roi une subvention de seize ou dii4iiiit millions d'or en buit ans; de quoi le Cordelier fera fête par delà. Mais nous savons que ledit octroi est conditionné pour acquitter ies dettes royales, et non pour être employé à aotre effet. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous eoDserve en bonne santé, me recommandant très-affectueusement à votre bonne grâce. DeParis, ce quatrièmejourde septembre 1607.
Votre, etc., de Neufville.
Lettre du JRot, du S septembre 1607,
Messieurs Jeannin, Buzanval et Russy , je vous ai écrit par l'abbé de Préaux , que je suis content de secourir encore les sieurs des Etats , en la présente année , de pareille somme que eelle que je leur ai fait bailler, et ce à deux termes : le premier dans le mois d'octobre, et l'autre à la fin de celui de décembre^ pourvu qu'ils accomplissent ce qulls vous ont proposé ; et vous ai mandé par ledit abbé, de quoi comme ils aunmt été assurés par vous. Je veux croire qu'ils sont demeurés contens , et qu'ils se seront mis en devoir d'avancer la résolution de leur proposition, pour tant plus tôt recevoir ledit secours. Toutdois, si vous connoisiiez qu'il soit besoin pour mon service de ^es assurer de leur faire
toucher ee premier torme plus tét , je vous per^ mets de ce faire, assuré que vous ne vous y en-» gagerez que bien a propos , et avec bonne con-' sidératioq. Cependant je commanderai que l'on mette h part la partie, et que l'on en fasse la communication en la forme accoutumée ; et vous ferez valoir par delà ma bonne intention ce qu'elle mérite : mais avisez aussi à tirer des effets d'eux, suivant les commandemens que je vous ai faits par mes dernières lettres , car j'ai opinion que les députés d'Angleterre rendront les choses plus difficiles qu'Us ne les favoriseront ; et néanmoins j'approuve que vous ayez voulu attendre leur venue devant que de serrer et presser davantage les affaires, pour ne les ombrager, ni leur donner argument de se plaindre desdits Etats et de vous. Je vous ai aussi écrit que je me contente de faire pour le présent une ligue défensive , pour les raisons que je vous ai mandées. Vous dites, par votre lettre du 26 du mois passé , qu'ils entendent m'obliger pour quelques années à une notable somme , chacun an , pour la dépense de la guerre , en cas qu'elle continue ; et; pendant le même temps s'obliger pareillement envers moi à me secourir en mon royaume, contre l'Espagne et les archiducs, de certain nombre de gens et navires de guerre , comme de vingt-cinq ou trente navires , mille chevaux , et six mille hommes de pied entretenus à leurs dépens pendant tout le temps du secours. Or je dé^ sire savoir s'ils entendent que ce secours mutuel et réciproque doive avoir lieu seulement en cas que nous ayons la guerre en même temps contre lesdits princes, ou qu'il n'y ait qu'un de nous qui soit assailli. C'est chose qu'il faut expliquer plus clairement , comme je m'assure que vous saurez bien faire quand il sera question d'écrire. Mais quant à leur continuer un secours, et n'en recevoir point d'eux en temps de paix , de part et d'autre la condition seroit , comme vous dites , trop inégale. 11 seroit raisonnable , s'ils vouloient tirer assistance de moi en paix , que je la ressente aussi d'eux, auquel cas je pourrois m'accommoder à ladite proposition ; comme si je leur accordois une somme d'argent, je voudrois aussi être secouru d'un nombre de navires de guerre, pour les employer à ma discrétion , lesquels navires seraient par eux entretenus, ainsi qu'il seroit convenu. Outre cela , je ne ferois ditliculté encore de prendre en paiement des deniers qu'ils me doivent, quelque autre nombre de navires de même condition, pour aider à me rendre plus fort par la mer.
Partant avisez à leur faire ces ouvertures , selon qu'ils vous donneront sujet d y entrer : toutefois faites-le comme de vous-même, et si n*en
NBGOCUTIONS
aviez reçu aucan commandement de moi; faisant qu'ils parlent et s*ouvrent le plus que faire se pourra , afin que nous puissions mieux découvrir leurs intentions, et choisir ce qui nous sera plus utile. Il n'y a que trois partis à résoudre : le premier est ce que nous ferons en temps de guerre^ comme les uns pour les autres ; le second, en cas qu'il n*y ait qu'une partie en guerre , et que l'autre n'y entre; et le troisième est celui de la paix commune. Faites-les donc parler sur cela, et me mandez clairement et ponctuellement ce que j'en dois attendre, et faudra que j'y contribue, soit que les Anglais y entrent ou non. £t , d'autant que j'ai fait écrire par le sieur de Villeroy à vous sieur Jeannin , ce que j'ai tiré du commissaire général des Cordeliers, qui a passé par ici revenant d'Espagne et allant en Flandre, je ne vous en ferai redite ; mais vous assurerai que vous me ferez plaisir de continuer à m'avertir de toutes occurrences, le plus souvent et particulièrement que vous pourrez. Je prie Dieu, messieurs Jeannin, Buzanval et Russy, qu'il vous ait en sa sainte garde.
Ecrit à Paris, le 5 septembre 1607. Henbi.
Et plus bas, Bbulabt.
Lettre de M. de Villeroy à M. Jeannin, dtidit jour S septembre 1607*
Monsieur, vos lettres et vos raisons ont été bien reçues du maître , encore qu'il soit question d'argent ; car il connott votre intention , s'y confie entièrement, et sait discerner le blanc d'avec le noir, ainsi que vous verrez par sa lettre, suivant laquelle je solliciterai que l'on commence dedans trois ou quatre jours à compter ce premier terme, et changer les espèces. Toutefois ne permettez que ces messieurs l'envoient quérir que je ne vous en avertisse, afin de ne faire perdre le temps à leurs navires , joint que nous serons bien aises de voir devant quelques effets et preuves de leur bonne volonté; car je vous confesse que nous nous en défions grandement depuis leur cessation d'armes, et le refus de l'acte. Nous n'avons rien dit au sieur Aërsens de la résolution que nous avons prise touchant lesdits deniers ; car nous avons voulu que le premier avis en fût donné aux Etats par le sieur Jeannin , afin que Ton lui en sache gré après le Roi plus qu'à autres. Nous savons que ledit Aërsens fait profession d'attribuer à sa diligence Thonneur de telles grâces. Nous lui avons dit seulement que ses maitres entendront l'intention de Sa Majesté par vous , combien qu'il m*ait fort pressé de lui en dire davantage, comme a fait la belle-mère du prince Maurice , laqueile fait état
conseiller ses amis , et principalement le comte Henri, duquel elle montre être en grande peine. Nous jugeons , comme vous , que ces messieurs ne peuvent refuser la ratification d'Espagne avec la condition de nullité, en cas que le traité de paix ne s'en ensuive , pour la raison que vous nous écrivez. Toutefois M. Aërsens assure qu'ils ne l'accepteront jamais ainsi conditionnée, quoi qui en arrive : mais je ne le crois pas ; car quels moyens ont-ils de continuer la guerre ci-après , si le roi d'Angleterre ne les aide autrement qu'il a fait? Il en fera peut-être le semblant d'abordée, mais les effets n'y répondront jamais , car il n'en a le vouloir ni le pouvoir; c'est pourquoi les vrais amis de la France et du Roi sont d^avis de la paix. Quelque»^uns veulent que nous croyions que le prince Maurice n'y consentira jamais, et qu'il couchera sa tète lorsque Ton voudra conclure le marché, en se saisissant de tous les lieux où il pourra mettre le pied pour les défendre, jusques à ce qu'il ait assuré sa condition selon son désir. Ce seroit un conseil désespéré et périlleux au public , à lui et à sa maison. D'autres estiment qu'il est sous main d'accord avec les archiducs, par le moyen du marquis Spinola. Je sais que quelques ministres d'Espagne s'en sont vantés; mais je crois que c'est une pure calomnie et mensonge. Toutefois je vous écris , tout assuré que vous en userez comme il faut. Nous avons ici un homme venu de Savoie, qui nous offre et promet, de la part du due, des merveilles; mais nous nous défions de sa denrée , ayant éprouvé la valeur et portée d'icelie : il ne couche pas moins que de la prise du loup et du renard ensemble; ce sont vraies effronteries , qui ne sont plus de mise auprès du Roi. Je prie Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé. De Gonflans, ce 5 de septembre 1 607.
Votre, etc., DK Neuf ville.
Autre lettre dudit sieur de Villeroy^ audit sieur Jeannin , dudit cinquième jour de septembre 1607.
Monsieur , je vous saluerai derechef par celleci, pour être de plus en plus ramentu et conservé en votre bonne grâce. Voyez à part, s'il vous plait, mon autre lettre, afin déjuger si elle doit être communiquée. M. de Russy écrit plus souvent au sieur Aërsens qu'à moi; et, parce qu'il n'est en trop bonne intelligence de tout temps avec M. de Buzanval , ledit sieur de Russy se confie en lui , et le recherche pour des intérêts privés ; car je suis assuré que ledit sieur de Russy est fidèle au Roi; mais nous aimons tant l'argent en ce siècle, que l'on n'omet rien à faire pour
maintenant de s'acheminer bientôt par delà pour 1 en avoir. La princesse d'Orange montre toujours
DU PBÉSIDERT JÈANNIN.
fétre mal édifiée dadit Aêrsens, et veut que nous croyions qu'il continue à faire de mauvais offices au Roi. Elle verra bientôt le prince Mau- ^ rice, et promet de bien servir Sa Majesté auprès de TOUS, qui savez bien en user. Le Roi ne parle point encore de déloger d'ici , encore qull s'y eonoie assez; mais il attend que les chaleurs soient diminuées. Monseigneur d'Orléans , qui a été un peu malade , se porte bien maintenant, fomme îùùt tous les autres enfans du Roi , et inéme monseigneur le Dauphin. Au reste, je vous prie nous faire recouvrer et envoyer un modèle de ces instruraens pour vider et jeter Teaa facilement, dont on nous a dit qu'ils usent par delà, pour nous en servir à dresser nos caasux; car nous n'en avons ici l'usage, et dit-on que cela est très-commode. Pardonnez-moi si je TOQs donne cette peine : c'est une passion ou maladie qui accompagne les entrepreneurs d*un (^vrage, que vous avez assez éprouvée; partant je me promets que vous en excuserez volontiers Hmportunité. Le comte de Fuentes conserve twjoors ensemble ses forces , lesquelles étant mal payées, ruinent le Milanais. Elles sont gran- <b comme de quinze ou vingt mille hommes. Il publie toujours que c'est pour servir en Flan- ^,eD cas que l'on n'y fasse la paix. C'est pinn^oi, quand les choses ne s'y disposeroient, îlfsQllakser venir l'hiver devant que rompre; <^aicn elles ne pourront plus passer, et se dé- /ênwr après d'elles-mêmes. Vous recevrez ceci pwram,et je me recommanderai très-affecfonisement à votre bonne grâce ; priant Dieu , inoosienr, qu'il vous conserve en bonne santé. De Paris, ce 5 septembre 1607.
Votre , etc. , de N'eufvillb.
Il a été fait une dépêche au Roi , du 3 septembre, pour lui donner avis du décès de feu M. de Buzanval; mais la minute se trouve f^arée.
^re de messieurs Jeannin et de Russy, au Roi, du 11 septembre 1607.
SlAE,
Nons ferons une dépêche bien ample à votre ifajesté au premier jour , pour répondre à celle qtie M. de Préaux nous a apportée; mais cela après avoir mieux reconnu l'intention des députés du roi d'Angleterre , et avancé les affaires touchant ce que votre Majesté désire des Etats. ^ons faisons ce mot ici à la hâte , étant averti C[«e le sieur de Franchemont , que pensions être Possé a Calais il y a cinq ou six jours , a été contraint, après avoir demeuré sur mer quatre jours, tie relâcher encore à La Brille, d'où il doit partir présentement pour continuer son voyage. Les-
dits sieurs députés fait n'oUt aucun débat sur la préséance, mais assisté au convoi des funérailles de feu M. de Buzanval , après nous , et fait de même pour s'asseoir à la table au dîné que les Etats donnèrent à toute la compagnie au retour desdites funérailles. Ils montrent de vouloir joindre du tout leurs conseils aux nôtres , et ne rien faire que par commun avis, disant qu'ils ont cette charge et commandement de leur maître ; nous leur en avons autant dit. Leur venue a rempli tous les gens de guerre d'une espérance que le roi de la Grande-Bretagne désire plutôt la continuation de la guerre que la paix. Les capitaines anglais l'ont amsi dit aux nôtres, et lesdits sieurs députés même au prince Maurice. Et toutefois en deux visites, l'une chez eux et l'autre chez nous, nous avons plutôt reconnu qu'ils étoient gens de paix qu'autrement. Nous y verrons plus clair d'ici à quelques jours.
Tous les députés des Etats sont venus en ce lieu depuis hier seulement, fors ceux deZélande, lesquels y sont attendus de jour en autre. Nous presserons lors ce que votre Majesté désire, et n'omettrons aucune chose de notre devoir et diligence pour lui donner contentement. Le Gor^ délier est arrivé à Bruxelles. Les bruits qu'on publie sur son retour, sont qu'il a apporté la ratification comme les Etats la demandent; mais personne n'est encore venu ici de leur part pour en assurer, ou demander passe-port pour l'apporter. Nous attendons cette nouvelle en bonne dévotion, afm de faire finir tôt, s'il est possible, cette affaire >, que la longueur empire plutôt qu'elle n'y fait du bien. Nous prions Dieu, Sire, qu'il donne à votre Majesté et à sa royale famille, tout heur, prospérité et contentement.
De La Haye, ce 11 septembre 1607.
Vos très-humbles et très-obéissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et de Russy.
Lettre de M. Bemy à M, Jeannin, du\^ sep^»
tembre 1607.
Monsieur , je vous puis dire que ni le temps ^ ni les effets n*ont point fait perdre les soupçons que ces gens-ci ont pris de nous dès le commen* cernent, que nous voulons empêcher leur paix, et que vous n'êtes delà que pour servir à cela, ainsi que vous aurez pu apprendre par la plainte que l'ambassadeur de ces princes en a faite à Sa Majesté, dont je ne doute point que vous n'ayez eu part comme il est requis. Et, encore que sadite Majesté lui ait offert, et depuis au Gordelier en passant , d'y contribuer et son autorité et sa bonne volonté , tout cela est interprété tout au contraire de la sincérité de son intention , laquelle j'ai aussi pris peine de ma part de leur
!lEGOCtÀT10Nd
faire comprendre, mais en vain; étant les esprits tellement remplis de cette première opinion, qu'il n'y a plus lieu d'y en loger d'autres. Peutêtre que la fin leur fera mieux connottre ce qui est de la vérité. Je ne doute point que vous n'ayez en défiance l'avis du passage dudit Cordelier, qui est retourné d'Espagne, et arrivé dès le cinq ou sixième du présent mois en cette ville, chargé de bons et amples mémoires de l'Intention du roi d'Espagne pour le fait et conduite de cette négociation, avec de grandes assurances de bouche qu'il ratifiera , et fera observer de bonne foi tout ce qui sera promis par ces princes , ainsi qu'il est expressément porté par la première ratification qu'en a baillée l'audiencier Verreiken ; soutenant qu'il n'est point besoin d'en fournir d'autre plus ample, qu'au préalable tout ne soit accordé et signé des deux côtés, s'offrant d'aller incontinent en Hollande faire entendre a messieurs des Etats cette bonne volonté , et passer là-dessus plus avant en traité, selon la charge qu'il en avoit d'Espagne. Mais l'affaire mise en délibération , où a été représentée la réponse baillée par écrit audit sieur Verreiken par lesdits Etats, sa mission a été remise jusques à ce que l'on ait nouvelles sur la réformation de la ratification, que le marquis se promet assurément d'avoir dans la fin de ce mois; mais les Espagnols en générai demeurent toujours fermes en leur première opinion , que jamais on ne ratifiera ce premier point de souveraineté , et que la pre* mière qu'il a envoyée , fait assez de foi de son Intention en cet endroit, et que quand bien même il le voudroit faire, ce ne sera qu'en toute extré^ mité. Cette dernière est l'opinion plus commune, afin de faire croire qu'il ne le fait que pour contenter ces princes en quelque sorte que ce soit. On voit bien que le conseil d'Espagne veut traîner les choses en longueur, en réservant pardevers eux la faculté de se servir du bénéfice du temps, bien assurés qu'ayant gagné l'hiver. Ils pourront entretenir ce commerce jusques au printemps, tenant toujours les Etats en dépense, et leurs peuples en haleine sous l'attente d'une paix.
Quant au roi d'Angleterre, on le connott pour si bon prince et tant amateur de paix et de repos, que l'on n'appréhende rien de ce c6té-ià, et que leurs ministres ne troubleront point leur fête par leurs grandes offres,, étant bien aisé à juger , par le passé , que ce prince-là craint de heurter contre l'Espagne, et lui déplaire en quelque sorte. Voilà, monsieur, ce que je puis vous dire sur la vôtre du premier, que je n'ai reçue que du jour d'hier, très-marri certes du décès si poudain de M« de Busanval 5 qui m'avoit écrit
deux jours auparavant pouf avoir un passe-port d'ici. J'écris fort souvent, et particulièrement à M. de Villeroy, tout ce qui se passe, avec excuse dès le commencement si je ne vous en puis faire part d'ici , comme je voudrois bien , de crainte que mes lettres ne soient interceptées , dont on feroit un grand bruit, encore qu'il n'y eût rien. Je m'émanciperai néanmoins quelquefois, selon les occasions, avec une singulière affection de vous rendre tout service, monsieur. Je vous baise bien humblement les mains , et suis votre bi^i humble et affectionné serviteur,
Bbulabt de Bbbnt.
A Bruxelles, ce seizième jour de septembre
Proposition faite par messieurs les Etats aux députés du Hoij et du roi de la Grande-Bre*tagne , le dix-septième de septembre 1607.
Messieurs, nous tenons les Provinces-Unies très-obligées à leurs Majestés pour toutes les royales faveurs, bénéfices, secours et assistance qu'elles ont reçues par plusieurs années d'iceiles au maintiennement de la cause et liberté de ces pays; et nommément aussi, qu'il leur a plu, en cette conjoncture et présente constitution de nos affaires, de commettre par deçà vos seigneuries comme leurs ambassadeurs , pour nous assister de conseil ; et de fait notre ferme confiance est que , par la grâce de Dieu, et des conseil , assistance et intervention de leurs Majestés, les Provinces-Unies, qui ont servi à peu près continuellement l'espace de quarante ans d'un boulevart contre la prétendue monarchie des Espagnols, seront relevées de leur grande nécessité, et dorénavant conservées et maintenues en leur liberté , tout ainsi comme devant cette sanglante guerre, par la main puissante de Dieu , assistance de leurs Majestés , ensemble leur extraordinaire constance et bons devoirs, icejles ont été relevées et conservées de plusieurs périls, et jusqu'à présent maintenues en leurs liberté» , dont nous et tous les bons habitans de ces pays ( après Dieu ) demeurerons toujours obligés à leurs Msgestés , leurs successeurs et royaumes. Les affaires des Provinces-Unies àont présentement en termes qu'il faut qu'elles soient relevées et conservées , ou par une vigoureuse guerre par eau et par terre , ou par un traité de paix ou trêve , sur les offres et présentations à nous faites par les archiducs. Nous sommes résolus de procéder cesdits deux points avec conseil , assistance , intervention , contentement et manutention de leurs deux Majestés , s'il plaisoit maintenant à vos seigneuries , de la part de leurs Migestés, de traiter avec
DU PA£6lliENT JEA.xMiN.
fioas sur le premier point, nommément sur la conduite d'une vigoureuse guerre par eau et par terre, avec communs moyens, puissance et conseil ; et à cette fin renouveler, augmenter et continuer les traités de Tan quatre-vingt-seize, ou faire une nouvelle alliance , avec promesse de ce que chacun sera tenu de faire pour leifcctucr, et de mettre ordre sur la réelle exécution d'icelle, tant par eau que par terre , pour, par ce moyen, pouvoir parvenir à une heureuse fin de cette sanglante et longue guerre, au service de la chrétienté , augmentation de la très-louable réputation de leurs Majestés, ensemble la conservation des Pays-Bas en leur liberté. Cela seroit ie meilleur, et mettroit un ferme fondement, lequel indubitablement sera aussi secondé par les autres rois , potentats et républiques qui ont suspecte Tarabition espagnole. Ladite alliance arrêtée , et étant résolue , sur l'exécution d'icelle il pourra, par vos seigneuries, de la part de leurs Majestés, avec meilleure assurance, être délibéré et conseillé si , avec un traité sur lesdites offres et présentations, cette guerre pourra être amenée à une chrétienne, honorable et assurée Un 9 au contentement de leurs Majestés et senice de ces pays , et iceux maintenus en leur liberté. Sur lequel traité nous déclarons rondemest et sincèrement que nous sommes en notre eulter, hormis ce qui est publié et dont a été fait «mTerture à leurs Mcgestés.
fiequérons pourtant vos seigneuries qu'il leur pisise, de la part de leurs Majestés, mûrement aviser sur riroportance et conséquence de cette affaire , et d'émouvoir leurs Majestés à la contiouatioQ de leur soin royal pour la conservation de ces pays, Ëtat et liberté , comme ils jugeront, selon leur grande sagesse et débonnaireté, être nécessaire , tant par continuation de la guerre que par le traité de paix ; et de nous sur le tout impartir par écrit leur bon conseil , afin d'aider icelui d'ériger les affaires à Thonneur de Dieu , le contentement et service de leurs Majestés, ensemble le bien et conservation de ces pays , et des bons habitans d'iceux , étant ceci notre sincère et vrai désir et intention, dont nous assurons leurs Majestés par cettes.
Ainsi délil)éré et résolu en l'assemblée des sel^eurs Etats généraux des provinces-unies du Pays-Bas, et ordonné en être fait acte, pour être délivré auxdits seigneurs, ambassadeurs du Roi tresHîhrétien, en forme due.
A La Haye , le dix-septième jour de septembre 1607. N. VAN Bebck V".
Et plus bas , par ordonnance d'iceux seigneurs Etats généraux, Abrsen s*
Lettre de M, de Vilteroy à M. Jeannin, du
19 dudit
Monsieur, noUs avions avis , par la voie de Bruxelles , du décès de feu M. de Buzanval , quand son secrétaire est arrivé avec vos lettres du 3 et 1 1, qui nous en a apporté la certitude, dont je vous assure que le Roi et tous ses i)ons serviteurs ont été très-déplaisans , et ont porté un grand regret. Sa Majesté et le public y ont aussi beaucoup perdu , comme j'ai fait en mon particulier un très-bon ami , qui est un trésor assez rare en cette saison. Sa Majesté a été consolée aucunement quand elle a su les honneurs que ces messieurs ont voulu lui rendre aux obsèques qu'ils lui ont ordonnées, vous assurant qu'elle leur en sait bon gré, comme il vous plaira leur dire , en attendant qu'elle les en fasse remercier, ainsi qu'elle fera par M. de Béthune , que nous renverrons par delà , après la réception de la dépêche que vous nous fe^ez sur celle que M. de Préaux vous a portée. Mais Sa Majesté a été bien aise de savoir que les Anglais vous ont cédé en la forme que vous nous avez mandée : toutefois il ne s'attend pas qu'ils suivent pour cela son conseil, quoi qu'ils protestent. Nous avons avis aussi du côté d'Espagne, qui nous apprend que le roi d'Angleterre leur promet faire merveilles en leur faveur, en l'occasion qui se présente ; en quoi chacun verra clair bientôt. Nous avons dit depuis cinq jours au sieur Aêrsens ce que nous vous avions écrit auparavant, en matière d'argent, dont 11 aura averti le sieur Barueveldt. M. de Berny m'écrit que le moine a rapporté tout contentement d'Espagne à l'archiduc. Mais ça été après avoir assuré le duc de Lerme , que six mois après que la paix sera faite , les Etats reprendront lô parti du roi d'Espagne, ou pour le moins celui de l'archiduc, nonobstant toutes les nonobstanceâ ( ce sont les termes de sa lettre ) , étant assurés de leurs privilèges, dont ils se contenteront. En second lieu , qu'ils renonceront à la France et au Roi, totalement et ouvertement; et tiercenient, que l'exercice de la religion catholique y sera libre comme Tautre ; mais nous ne pouvons croire que ce maître moine soit en ceci si assuré de son bâton qu'il le publie : toutefois j'ai estimé devoir vous donner *ledit avis, afin que vous y preniez garde. S'il faut que ces messieurs contentent ceux de leurs pays qui honorent en leurs âmes le Pape^ il sera meilleur et plus séant pour eux qu'ils le fassent après la paix que par icelle , d'autant que ces gens-là s'en sentiront obligés du tout aux Etats et non à Tarchiduc , ni à Spinola et consors.
Depuis le décès de feu M. de Bellièvre, noud avons perdu M. de Wloob, et croyons que M. de
iM
KEGOCUTlONâ
Maisse ne passera la nuit prochaine, tant ces flux de sang et de ventre persécutent le monde par tout le royaume. La Reine en a été fort travaillée huit jours durant, et craignons fort la durée de ce mal , à cause de sa grossesse ; mais elle n'a jamais eu fièvre, et commence à se mieux porter d*hier seulement. Quant au Roi, il se porte bien à un genou près; mais il n'en gardera la chambre que deux jours au plus, ou bien la ville ; car on dit que nous n'en .partirons de quinze jours, pour donner loisir à la Reine de se refaire. Le public perd beaucoup aussi en la mort de M. de Maisse. J'ai opinion que son appointement sera départi à messieurs de Vie et de Boissise, ainsi que fut celui de M. de Calignon à messieurs de Pontcarré et de Gaumartin. Voilà ce que vous aurez de moi pour cette fois par la voie du porteur, que M. de Bouillon m'a dit être serviteur domestique de M. le prince Maurice ; priant Dieu , monsieur, qu'il vous conserve en bonne santé, et me recommandant très-affectueusement à votre bonne grâce.
De Paris, ce 19 septembre 1607.
'^ Votre, etc. , de Neuf ville.
Réponse à la proposition de messieurs les Etats, ci-devant transcrite , faite par les ambassa' deurs du Roi et ceux du roi de la Grande- Bretagne j le 22 de septembre 1607.
Messieurs, nous avons vu ensemble et mûrement considéré l'écrit qui nous a été donné de la part de messieurs les Etats, lequel contient leur déclaration de ne vouloir prendre aucune résolution en leurs affaires , qu'avec l'avis et contentement de nos rois. Cette reconnoissance du respect qui est dû à leur dignité et à leurs mérites envers votre Etat, leur sera fort agréable, et vous en remercions dès à présent très-affectueusement, de leur part, vous assurant que ne sauriez prendre conseil de personnes qui soient plus affectionnées à la conservation de votre Etat et liberté, ni qui aient plus de jugement et d'expérience pour connoître ce qui vous doit être utile, et plus de pouvoir et de moyens aussi de vous secourir et assister qu'eux.
Vous les invitez après à prendre les armes ouvertement, pour, avec les forces communes de leurs Majestés et les vôtres, arrêter les desseins d'Espagne, qu'estimez être formidables à tous les princes et potentats de la chrétienté. Nous vous pouvons bien dire avec vérité, messieurs, que nos rois ont chacun en leurs Etats de quoi se garantir des iigures et violences de qui que ce soit, et s'ils se peuvent conserver seuls et séparément, par la grâce de Dieu , et avec l'autorité et les moyens qu'ils tiennent de sa seule bonté, qu'étant
bien unis ensemble , en bonne amitié et intelligence comme ils sont, il n'y a prince ni Roi qui ne doive autant redouter leui*s armes et puis-* sance que désirer leur amitié. C'est pourquoi ils ne sont en aucune crainte, défiance, ni souci pour ce regard, mais bien de ce qui peut toucher à votre salut, qui leur est si cher, qu'il n'y a rien en leur pouvoir qu'ils n'emploient volontiers , quand il sera besoin, pour vous délivrer de tout mal, injure et oppression.
Mais représentez-vous, messieurs, que tout ce que nous faisons ici est élevé sur un théâtre où chacun jette les yeux ; que nos rois sont princes qui craignent Dieu , sont sages, et ont un grand soin de leur réputation. Nous avons aussi cette même opinion et sentiment de messieurs les Etats et des particuliers à qui ils commettent la conduite de leurs affaires. Jugez donc, s'il vous plaît, comme nous pourrions aujourd'hui faire ou approuver , sans blâme , quelque ouverture de guerre ^rsqu'on vous offre la paix , lorsque les archiducs publient qu'ils vous veulent tenir et reconnoître pour Etats libres, obtenir aussi même déclaration du roi d'Espagne en votre faveur, et vous accorder les conditions requises pour vous faire jouir d'un bon et assuré repos. Considérez encore que chacun a pu voir et connoître par la suite de plusieurs actions, depuis le commencement de la trêve jusqu'à présent, qu'avez choisi ce conseil , comme le jugeant le meilleur pour le bien de votre Etat. Et tant s'en faut que rayons blâmé ou rejeté , qu'avous toujoui*s déclaré, de la part de nos rois^ que tout ce qui vous seroit plus utile leur seroit aussi plus agréable, qu'ils aideroient très-volontiers à l'avancement d'un si bon œuvre, et feroient tous bons et convenables offices pour y parvenir, quand ils en seroient requis et y pourroient aider. Comme au contraire, s'il avenoit contre leur espérance et désir que vous ne puissiez obtenir cette paix à conditions raisonnables, assurées, et telles qu'il est requis pour la conservation de votre Etat et liberté, elles vous ont pareillement assuré de leur assistance et secours , comme nous faisons encore avec si grande certitude de leur sincérité et affection envers vous , que n'en devez aucunement douter, mais croire fermement que les mêmes considérations qui les ont mus du passé à prendre soin de vos affaires , les exciteront encore avec plus d'ardeur , et penseront y être plus obligés , quand ils auront vu et reconnu le devoir auquel vous serez mis pour sortir de cette guerre. Et c'est lors, et non plus tôt, qu'ils entendent conférer et s'ouvrir avec vous des moyens qu'ils voudront tenir, et de ce qu'ils estimeront devoir être fait, non pour envahir les Etats d'au-
BU PBÉSIDENT JÈANMIN«
tnii, mais pour YOds conserver et mettre en telle sûreté, que soyez hors la crainte et le danger des annes, et desseins de vos ennemis. Vous avez désiré notre réponse par écrit, après vous l'avoir dite en votre assemblée générale : nous la faisons à présent, et ne craignons point qu'elle soit vue. >os rois sont contens que leurs actions soient exposées à la lumière et au jugement d'un chaeoo, mais c'est chose qui ne vous peut de rien servir, et certains respects et considérations nous avoient retenus et empêchés de le faire.
Fait et donné par écrit auxdits sieurs députés des Etats, à La Haye, le 22 de septembre 1607.
Lettre de messieurs Jeannin et de Russy , ttuRoiy du 24 septembre 1607.
Sus,
MoQs avons reçu en un même Jour, par M. de
Préaux, deux dépêches de votre Miyesté, qui
xntdes 34 et 29 du mois passé, puis une du
daqnième du présent , que le mai tre de la poste
de Calais nous a envoyée par homme exprès,
NxqaeJlesnous ferons réponse à la suite de cette
kttre, qui commencera par ce qui s'est passé
eobenoas et les députés de la Grande-Bretagne,
laqoels arrivèrent en ce lieu le quatrième jour
^eemois. Nous les fûmes visiter le lendemain
àoqoièffle, où ils nous tinrent beaucoup de bons
in^de l'intention que ledit sieur Roi avoit de
^vwiser les affaires des Etats, et de joindre ses
cooK&à ceux de votre Majesté, nous priant
Çoea'eossions ensemble qu'un même avis et dé-
^t^éntions, qu'il faudrait prendre pour leur bien
et ooQservation , et qu'ils déféreraient toujours
^ à notre jugement qu'au leur, suivant le
^<iaunand«nent qu'ils en avoient reçu. Nous leur
^entendre que cette prière nous devoit être
>^bie, d'autant qu'avons reçu le même com-
^Q^ement de votre Majesté, duquel nous nous
^itterions si fidèlement qu'ils auraient toute
<^<^c>sond'en demeurer contens et de bien sentir
de DOS intentions ; et qu'à la vérité, nous recon-
ûoissions bien, y procédant avec cette sincérité,
^ sans aucun artifice d'une part et d'autre,
foamt nous protestions de n'y en point appor-
^,qae c'étoit le vrai moyen de faire dépendre
^ conduite entière des affaires de vos Msjestés
< des avis que donnerions aux Etats; au lieu
^ s'il y avoit quelque division en nos conseils
^i desseins, tout irait mal; que beaucoup de
^ns nous dévoient faire estimer et espérer
^conjonction de volontés et conseil; mais
principalement celle-ci, que n'avez ensemble
Vï'uD même intérêt , à savoir, de conserver ces
Piys en l'état qu'ils sont, et hors la stifétion
Qîspagne, sans prétendre autre profit de vos
"• c. n. K. T. rv.
dépenses et bienfaits envers eux, qu'une pareille reconnoissance de leur amitié, au besoin, contre le rai d'Espagne, au cas qu'il s'en voulût ressentir; laquelle pou voit bien être communiquée aux deux rois ensemble , sans que la bonne volonté envers l'un soit d'aucun préjudice à l'autre, attendu qu'ils sont en amitié, et intéressés en leur mutuelle conservation et repos, qui ne peut être interrompu et troublé que par un seul prince, dont la grandeur doit également être suspecte à tous les deux. Cette première visite ne fut employée qu'en ces complimens et discours généraux. Leur arrivée remplit à l'instant de leur venue tous les gens de guerre d'un espoir que la guerre devoit continuer ; les Anglais ayant dit aux capitaines français que leur Roi y étoit du tout disposé, et voire, entre eux, qu'il ne tiendrait qu'à votre Megesté que le roi d'Espagne n'eût de l'exercice pour long-temps. C'est ce qui nous fait juger tout le contraire, encore que lesdits sieurs députés en aient dit autent à M. le^ prince Maurice, et fait tout ce qu'ils ont pu pour découvrir de lui si l'intention de votre Majesté étoit semblable ou non.
Le lendemain 6 fût employé aux funérailles de feu M. de Buzanval, faites fort solennellement, nous ayant assisté à ce convoi au pramier et plus honorable lieu; puis au deuxième, lesdite députés d'Angleterre, qui n'ont fait aucune contenance d'avoir pensé à débattre la préséance , encora que les députés des Etats envoyés en Angleterre, nous eussent dit à leur retour qu'aucuns du conseil du rai d'Angleterre les avoient assurés qu'ils le feraient. M. le prince Maurice et M. le comte Guillaume les suivoient, pois M. le comte Henri et M. de Châtillon, et deux autres seigneurs de cette même maison de Nassau. Après eux, messieurs les Etats en corps, le conseil d'Etat, puis les autres corps, l'un après l'autre, tous deux à deux, et chacun en deuil. Le même ordre fût gardé au retour, et à s'asseoir à table au dîné, qui fût fait au logis de madame lia princesse d'Orange, auquel le défunt étoit décédé. Les Etats ont voulu prendre le soin, et fidre la dépense desdites funérailles, où ils n'ont rien épargné, pour témoigner à votre Majesté, ainsi qu'ils nous ont dit, le respect qu'ils lui doivent et l'obligation qu'ils ont à la mémoire du défunt, duquel ils reconnoissent avoir reçu plusieurs bons ofQces durant le temps qu'il a été près d'eux pour le service de votre Miyesté; dont l'avons bien voulu avertir , afin qu'elle juge s'il n'est point à prapos qu'on leur &sse un mot de lettre sur ce siyet, pour montrer qu'elle leur en sait gré. Lesdits sieurs députés furent ouis, par messieurs les Etats, le septième Jour à dix heures
16fi
K^GOGIÀTIÔHâ
du matin: Leur proposition fût conforme, et sur le sujet de la lettre qui leur a été écrite par ledit Roi , dont nous envoyons la copie que Bameveld nous apporta Taprès-dlnée. Il est vrai qu'ils s'étendirent davantage sur le désir que leur maître avoit de prendre soin de leurs a^res et de les assister, sans néanmoins montrer qu'ils eussent aucune inclination à la guerre, ni volonté de mettre la main à la bourse si elle continuoit, ayant peut-être estimé que leur offre en général devoit suffire pour témoigner leur bonne volonté, et qu'étant telle elle ne pourroit offenser personne. Ils ajoutèrent encore qu'ils avoient charge de ne rien fiiire , délibérer ni conclure que conjointement avec nous.
Ils nous vinrent voir le même Jour sur les trois heures après-midi.
M. de Bameveld y étoit venu entre une et deux , ainsi avant eux, lequel nous fit entendre ce que dessus; et que les Etats enverroient leurs députés conjointement à eux et à nous dans trois ou quatre Jours, lorsque tous les députés des provinces serolent arrivés , pour nous représenter premièrement l'obligation qu'ils ont aux deux rois , combien ils la ressentent aussi , et avoient désiré que fussions en ce lieu ensemble, pour nous supplier prendre soin de leurs affaires, leur donner conseil sur la résolution qu'ils sont prêts de prendre, soit de paix ou de guerre, et de l'appuyer et autoriser de leur assistance, secours et moyens, tant en l'un qu'en l'autre; nous promettant et assurant de ne fien faii*e de leur part sans notre avis, consentement et intervention, puis qu'ils nous presseroient (d'autant que la paix dépend autant et plus de leur ennemi que d'eux) de leur vouloir déclarer le secours qu'ils peuvent espérer de vos Majestés, au cas qu'ils soient contraints de demeurer en guerre , afin que selon cela ils règlent leur affecticm et conduite pour accepter ou rejeter ladite paix. Quant auxdits sieurs députés, ils nous firent connoftre qu'ils désiroient entrer dès-lors en conférence particulière avec nous; nous priant, pource qu'en étions mieux éclaircis qu'eux, à cause de notre long séjour ici, de nous vouloir ouvrir et dire ce qu'en sentions. A quoi leur fût répondu que M. Winood , qui avoit demeuré quatre ans entiers avec eux , et participé à tous les conseils des Etats , avec lequel nous en avions aussi souvent conféré, en étoit encore mieux informé : toutefois que leur ferions volontiers entendre tout ce qui s'étoit passé depuis son départ de ce lieu pour aller en Angleterre, comme nous fîmes. Ils nous dirent lors qu'ils n'approuvoient aucunement la révocation des navires, ni la minute de ta ratification qu'ils ont vue , pour ce qu'elle n'est
assez expresse, ni en termes et style convenables pour un titre solennel , et qu'ayant été donnée de la part des Etats , elle pouvoit être mieux; mais qu'on oonnoissoit bien qu'ils l'avoient faite de cette façon, crainte que la donnant comme il falloit , il n'y eût eu plus de difficulté à l'obtenir, et que cela ne fût cause de rompre la paix, qu'on voyoit bien être désirée par eux à quelque prix que ce soit, laquelle ils craignoient encore être déjà plus avancée qu'on ne leur disoit. Nous reconnûmes avec eux que ce qu'ils disoient de la ratification étoit vrai, et qu'on pouvoit mieux faire, l'ayant déclaré aux députés des Etats, lei* quels eurent charge de nous la communiquer avant qu'elle fût donnée au sieur Verreiken; ensemble ce qui nous sembloit être défectueux eu icelle. Et en avions même dressé une autie, dont la copie a ci-devant été envoyée à M. de Villeroy, laquelle ils nous prièrent leur montrer, et, après l'avoir vue et considérée, l'ont approuvée, et dit qu'elle eût été hicB de cette bçon*
Nous leur dîmes néanmoins que l'autre ne laissoit d'être bonne, et qu'étant ainsi aceordée, elle seroit suffisante, pourvu qu'en traitant oo ajoute au traité les conditions requises pour rendre la paix assurée, et qu'ils aient à ïwmr autant de force et de bonne conduite , qu'ili fieront bien fondés en titre pour la défendre. Étant derechef pressés par eux de nous ouvrir les premiers, encore que la cause nous en fût asses connue, et qu'ils le faisoient pour découvrir û nous tendrions à la paix ou à la guerre, nous fûmes contraints de le faire pour ne les mettre en soupçon qu'il y eût de l'artifice en notre eoiiduite , et pour les exciter aussi par la franchise et simplicité de nos propos, considérés et retenus toutefois autant qu'il étoit besoin , de faire le semblable de leur part; et leur dîmes que M. Winood se pourroit bien souvenir des discours qu'avions eus ensemble à diverses fois sur les affaires qui se présentent; qu'à la vérité, à notre arrivée en ce lieu , craignant que ces peuples ne fus* sent portés, tant par leur inclination que par le soin et direction de ceux auxquels ils comroettoient leurs affoires, à une mauvaise et peu as* surée paix, on remontra aux députés qui nous ftirent envoyés de la part des Etats , au nombre de sept, à savoir un de chacune province, qu'ils dévoient bien et mûrement considérer os qu'ils feroient, afin de ne s'en point repentir, représenté même les inconvéniens et dommages de la paix , si elle étoit mal faite. Et néanmoins déclaré que votre Majesté leur eonaeiUeroit toujours de se mettre en repos, si l'ooeasion s'en ofifroit avee sûreté; n^ais que pour y f^arymir ils feroient sagemml d'e» prandre ton a via» ^ d"
M »BBStD£ffT JÈÀNNIff.
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roi de la Grande-Bretagne, avant que passer plus outre; et y procédant ainsi , se pourroient assurer du secours et assistance de votre Majesté, comnie au contraire, s'ils ne se condui- Boient avec ce respect et prudence , elle ne s'en méleroil point. Que depuis nous avions toujours omtinué en cette même déclaration, sans faire diose contraire à ce premier avis , ni entrer en autres particularités, pource que l'affaire n'étoit Gï état pour y délibérer, fors es conférences d'entre nous et ledit sieur Winood, esquelles nous nous étions toujours ouverts avec telle sincérité, qu'il aura pu fecilement juger ce que nous sentions lors, qui étoit que la continuation de la guerre auroit plus de sûreté pour cet Etat que la paix , pourvu que les deux rois y voulussent apporter ensemble ce qui seroit requis pour la faire avec espoir de bon succès.
Mais depuis le départ dudit sieur Winood, ayant reçu lettres de votre Migesté, par lesquelles elle nous mandoit que l'ambassadeur du roi de la Grande-Bretagne qui résidoit près d'elle, lui avoit dénoncé et déclaré que son maître n'enteadoit plus qu'on fournit aucuns deniers aux Etats, sur ce que la couronne de France devoit à celle d'Angleterre; et requis de ce un acte par éerit, lui semblant telle déclaration être un témoignage certain et évident que ledit sieur Roi &y vouloit plus rien mettre à l'avenir, elle nous •Mît, à cette occasion, commandé bien exprèsséaient, par la même dépèche, de ne plus tendre qit'àia paix, et faire tout ce que pourrions pour )r disposer les volontés d'un chacun, en y apporw tant la discrétion et jugement requis pour l'obteair la meilleure et plus avantageuse qu'il seroit possîbte pour les Etats, d'autant qu'elle n'avolt aucune volonté de supporter seule la dépense entière de cette guerre, ni moins de se mettre en péril d'mtrer eu une guerre non nécessaire, dont celle-ci pourroit être cause. Depuis lequel tempe nous nous y sommes conduits plus lentement, avons moins rejeté les conseils de la paix, et aidé même à ramener ceux qui faisoient de sourdes et secrètes pratiques pour l'empêcher; bien certains qu'il seroit aisé de les y faire retourner, si ledit sieur Roi, qui a autant ou plus d'intérêt à maintenir la liberté de cet Etat que votre Miyeaté , changeoit d'avis, ou bien, s'il y penévéroit, qu'elle ne pourroit être blâmée d'as- ^ster seulement les Etats pour les aider à obtenir la mdlleure et plus assurée paix qu'on pourroit, sans se mêler plus avant de la guerre. Qu'à la vérité , les deux rois demeurant joints et du tout unis ensemble pour conserver cet Etat, aussi bien par la ^erre q^e par la paix , votre Majesté n'eAt ofiiirt la dépense, et méprisé tom
autres périls et inconvéntens, bien certain que la seule appréhension de leur conjonction et amitié les eût détournés, et été cause de faire donner une bonne et assurée paix aux Etats, qui peut-être seront contraints d'accepter des conditions bien moins assurées à cette occasion.
Ces mêmes considérations nous avoient empêchés de contredire ouvertement a la résolution prise en l'assemblée des Etats pour la révocation des navires, et de rejeter aussi la minute de la ratiflcation donnée audit sieur Yerreiken au nom des Etats, sans nous formaliser de ce que la nôtre, communiquée secrètement à quelqu'un d'entre eux, n'avoit été reçue. Maintenant que les choses étoient encore entières , nous y pouvions délibérer , suivant l'intention de nos maîtres , et nous éclaircir ensemble de ce qui devoit être plus utile à cet Etat , pour essayer de les y porter, n'y ayant aucun préjugé en l'esprit de votre Majesté qui l'empêche de prendre avec ledit sieur Roi , les résolutions qui seront jugées les plus utiles, soit de paix ou de guerre. Nous y avons procédé ainsi pour être avertis, tant par M, Maldrée à son retour d'Angleterre , que par M. le prince Maurice, lequel disoit l'avoir su d'un gentilhomme écossais, nommé M. Baclou, assez familier avec ledit sieur Roi, qu'il voudroit bien que la paix fût rompue, pourvu que la cause de cette rupture ne fut rejetée sur lui; et qu'il le faisoit vraisemblablement pour s'exem^ ter par ce moyen, tant de la haine des princes qui la désirent, que des dépenses et périls de la guerre; car notre discours, véritable en effet , et conforme aux commandemens de votre Majesté, tendoit à leur faire comprendre que, s; leur maître ne prend sa part de la dépense et du péril de la guerre avec votre Migesté, elle s'en retireroit aussi. Ainsi le roi d'Espagne auroit bon marché des Etats, estimant qu'ils seroient plutôt induits à se découvrir s'ils avoient quelque chose de secret et caché, que si nous eussions montré votre M^esté les vouloir secourir, soit seul ou avec ledit sieur Roi. Nous avons néaur moins reconnu , par tous leurs propos en cette seconde conférence, qu'ils désirent la paix; ef que feignant de ne point craindre à faire chosç qui puisse déplaire au roi d'Espagne, ils cherchent plutôt à l'obliger qu'à l'offenser.
Ils nous ont bien voulu foire croire qu'ils esti^ moient la continuation de la guerre être plus assurée pour les Etats que la paix ; mais qu'ils les tenoi^t si fort enclins à ce repos, qu'ils n'étoient plus capables de prendre autre conseil ; ont aussi fait semblant d'ignorer que leur ambassadeur eût fait la susdite déclaration; et si elle est vraiCi ont Interprété que c'étolt seulement pour ne plue
n^GocuttoNs
payer par les mains de votre Majesté leur part des dépenses de la guerre, ni sur ce que la couronne de France leur doit, non pour refuser Fassistance et secours aux Etats que leur maître entend continuer tant qu'ils en auront besoin. Encore que cette excuse et palliation nous semblât être sans apparence, et que vraisemblablement ledit sieur Roi aimera toujours mieux payer sa part du secours sur ce que votre Majesté doit, que de le prendre en sa bourse, nous fîmes semblant de l'approuver; et leur dîmes, si ledit sieur Roi avoit encore cette volonté, qu'il étoit temps de s'en déclarer, comme le vrai et seul moyen de retenir les Etats, et empêcher qu'ils ne se précipitent à cette mauvaise paix qu'ils montrent de craindre, y ayant apparence qu'avec l'assurance d'être assistés de ces deux puissans rois, qu'on les pourra changer; mais qu'étant à présent en quelque défiance , tant à cause de ce que leur avons souvent dit que votre Majesté ne vouloit supporter seule les dépenses de cette guerre, que pour avoir appris ce que contenoit la susdite déclaration, non toutefois de nous qui l'eussions plutôt voulu cacher que publier , on ne devoit rien attendre d'eux qui ne sentit sa timidité et foiblesse , jusqu'à ce que cette défiance leur fût êtée; que l'occasion pour le faire se devoit bientêt présenter, sur ce que lesdits sieurs des Etats nous ont fait dke plusieurs fois, avant la venue desdits sieurs députés, qu'incontinent après leur arrivée^ ils nous prieroient ensemblement de leur vouloir donner assurance de ce secours, comme chose qu'ils prétendent être nécessaire, avant que pouvoir prendre aucune résolution, d'autant qu'en étant assurés, ils seront beaucoup plus hardis, et ne feront la paix sinon à bonnes conditions; comme au contraire, ils accepteront toutes sortes d'ouvertures qui leur pourront donner quelque apparence de repos.
La vérité est bien^ outre ce que lesdits sieurs les Etats nous avoient fait dire et répéter , il y a déjà assez long-temps , sur ce scyet , que le sieur Barneveld , le même jour et peu avant que lesdits sieurs députés nous fussent venus voir, en dit autant au président Jeannin , et que c'étoit leur intention de commencer par là. Il est vrai aussi que du passé, quand ils nous faisoient telles demandes, nous leur répondions toujours qu'il n'étoit raisonnable que votre Majesté fît déclaration du secours qu'elle leur voudroit donner, sinon après qu*ils seroient du tout résolus de continuer la guerre, pource que le roi d'Espagne et les archiducs auroient occasion de croire qu'elle l'eût fait pour empêcher la paix , laquelle venant à se faire , nonobstant iesdites offres ,
comme ils montrent d'y être disposés , elle eût attiré sur soi la haine de ces princes, sans en recevoir aucun profit, ni pour elle ni pour ses amis; et qu'ils se dévoient contenter de l'assurance que votre Majesté leur donnoit en général de les secourir et assister , pouvant croire que la même affection et intérêt d'Etat qui l'avoit mû du passé à les secourir, continuant encore, elle ne les abandonneroit non plus. Et de cette réponse nous avons dès long-temps donné avis à votre Majesté^ qui par ses lettres nous a toujours témoigné de l'approuver : mais nous avons à présent changé d'avis , ou plutôt caché ce que nous en sentions, pour reconnottre l'inclination dudit sieur Roi , et s'il avoit seulement envoyé ses députés pour assister à la paix, comme aucuns disent, non pour aider à faire guerre, au cas que les Etats soient contraints de la continuer; c'étoit aussi pour avoir moyen, sur ses offres de secours , de mettre en avant qu'il étoit raisonnable d'obliger pareillement les Etats envers les princes desquels ils seroient assistés de quelque secours , au cas que le roi d'Espagne voulût faire la guerre à l'un d'eux, c'est-à-dire , de faire une ligue du moins défensive.
Nous avions encore cette considération, que, montrant, ou plutôt feignant que votre Majesté étoit disposée d'entrer en cette offre , et que le refîis venoit de la part du roi de la Grande-Bretagne, les Etats auroient occasion de mieux sentir de votre affection à les secourir que de la sienne. Et outre tout ce que dessus, il est certain que l'offre d'un secours raisonnable eût beaucoup servi pour relever le courage à ces peuples, et leur faire rejeter une mauvaise paix, quand même l'offre n'eût été si grande que leur nécessité semble le requérir, pourvu qu'on l'eût accompagnée de bons propos, pour leur laisser quelque espérance de mieux au besoin. Mais lesdits sieurs députés n'y ont aucunement voulu entrer , et ont dit la même raison que faisions avant leur venue; quand telle proposition nous étoit faîte, qui, à la vérité, est bonne; mais ils nous ont trop fait connottre par tous leurs propos qu'ils ne vouloient aucunement offenser le roi d'Espagne et les archiducs, ni les mettre en soupçon qu'ils eussent été cause par telles ofîres de la continuation de la guerre ; et ont encore mieux exprimé cette secrète conception, lorsque, montrant d'être en peine eux-mêmes comme on pourroit retenir ces peuples, s'ils couroient avec trop de précipitation à la paix , nous leur avons dit qu'il les faudroit du moins obliger dès à présent à ne faire aucune paix ni trêve, sans l'avis et consentement des deux rois; car le sieur Winood a répondu soudainement qu'il se falloit contenter de requé-
DU PBESIDENT 1EANNIN«
rir d'eax que la paix Mt faite avec nos avis et consentement, présupposant déjà que Ton la doit fiiire, et non délibérer avec nous si on fera paix ou guerre, pour ne laisser aucun soupçon qu'ils soient envoyés ici pour assister les Etats à prendre des conseils de guerre, mais seulement de paix. Il s*est même laissé aller à nous dire qu'ils feroient bien en sorte que les archiducs nous prieroient ensemblement de les aider et assister à faire cette paix, et qu'ils s'en tiendroient obligés aux deux rois : ce que n'avons pas rejeté, mais montré de l'avoir agréable; nous demeurant toutefois en soupçon que ledit sieur Roi sembloit par cette ouverture être en meilleure intelligence avec eux que nous.
La fin de notre discours a été qu'ils penserolent plus mûrement à tout ce que dessus , pour en délibérer et traiter ci-après ensemblement. Ils furent comme surpris, n'ayant cru que dussions entrer si avant en affaires , encore qu'ils nous en cassent requis et prié; mais nous le fîmes exprès pour ne leur donner loisir de penser sur telles propositions, et pour découvrir, par ce moyen, plus t6t ce qui étoit de leur intention , qu'on cache bien souvent avec artifice, quand on s'est préparé aux réponses qu'on veut faire. Plusieurs jours se sont passés depuis, sans que nous nous loyons vus, eux désirant couler le temps et ne se âàeonvrir davantage , jusqu'à ce que ia ratiflcalipii venue ou refusée , ils soient plus éclaircis de ee qu'on doit espérer de la paix ou de la guerre; car nous étant derechef vus les 13 et 15 de ce mois, ils sont encore demeurés plus retenus qu'en la conférence précédente; et quoiqu'ayons été kmg-temps ensemble, il n'y a rien qui mérite d'être ajouté au discours précédent. Les Etats l'étant assemblés au nombre de plus de quatrevingts, les 1 4, 1 6 et 1 7, pour délibérer sur ce qu'ils nous dévoient proposer, envoyèrent vers nous en particulier le 1 8, sur les dix heures du matin, neuf députés , pour nous faire entendre , par la voix de M. de Bameveld , ce qui est contenu en l'écrit qui nous fut laissé lors, après avoir été lu par M. Aêrsens , duquel nous envoyons la copie à votre Mtyesté. Ils nous déclarèrent aussi qu'ils s'en alloient à la sortie de notre logis trouver les députés du roi de la Grande-Bretagne pour leur en dire autant. Notre réponse fut en général qu'ils avoient assez expérimenté et reconnu avec quelle affection votre Majesté avoit pris soin de leurs affaires, et aidé à la conservation de leur liberté; que jugeant bien à présent la longueur de la guerre leur avoir fait souffrir beaucoup de mal, et qu'un bon repos leur seroit fort nécessaire , elle aideroit tr^volontiers à les y mettre ; et ilb étoient contraints de continuer la guerre,
qu'ils se pourroient aussi assurer qu'elle ne les abandonneroit non plus que du passé : mais que, pour faire réponse particulière à ce qu'ils nous avoient dit et donné par écrit, nous désirions nous assembler avec les députés du roi de la Grande-Bretagne, sans lesquels nous avions charge de ne délibérer ni résoudre aucune chose; et qu'étions bien certains qu'ils apporteraient la même affection que nous à tout ce qui seroit de leur bien et contentement.
Lesdits sieurs députés des Etats furent trouver aussitôt ceux dudit sieur Roi, auxquels ils firent ladite proposition, voulurent laisser l'écrit; mais ils firent refus de le prendre et dirent qu'ils avoient charge de ne rien écouter, délibérer ni résoudre qu'en commun avec nous, étant prêts de se trouver en notre logis pour l'entendre derechef, recevoir ledit écrit ensemblement, et y faire telle réponse qu'aviserions entre nous. Nous fûmes avertis de cette réponse par M. de Bameveld , et qu'il leur avoit dit qu'étions aussi en cette résolution de ne rien faire sans eux. Le même jour, sur les quatre heures, ladite assemblée fût faite en notre logis, les mêmes propos répétés par ledit sieur de Bameveld , l'écrit donné, un pour nous et un autre pour lesdits sieurs députés ; et , la réponse faite par la voix du président Jeannin , au nom de tous , qui Ait seulement de les assurer de la bonne volonté des deux rois , que nous considérerions ensemble ce qu'ils nous avoient dit et donné par écrit pour y répondre plus particulièrement. Les députés des Etats s'étant retirés, nous demeurâmes assez long-temps ensemble. Et lors les députés dudit sieur Roi se mirent à discourir plus ouvertement avec nous qu'ils n'avoient encore fait; fîmes tous même jugement de cet écrit; et que ceux qui désirent la paix en ces pays avoient mis en avant cette ouverture d'inviter les deux rois à faire la guerre ouverte , sans parler du secours accoutumé , ni même d'un plus grand s'ils en avoient besoin, afin que sur le refus d'y entrer, ils eussent plus de moyen de persuader qu'il la faut faire , et préférer ce conseil à tout autre; que cette demande à deux grands rois, d'entrer en guerre ouverte pour eux , n'étoit assez considérée , et faite en saison mal opportune, puisqu'ils sont entrés si avant en traité pour essayer de se mettre en repos , et qu'il leur devoit suffire d'employer leur aide et secours, en délaissant à leur'discrétion et jugement ce qu'ils estimeroient devoir être fait pour leur bien et conservation, attendu même que ce n'est eux qui les contraignent de demeurer en guerre, mais plutôt désirent aider à les mettre en repos , si on le peut faire avec leur sûreté; qu'ils ne sem**
HEeOGIATIORS
blent pas aussi avoir été assez prudens, d'offenser et irriter le roi d'Espagne, eomme ils font par cet écrit, s'ils désirent la paix, et par le moyen d'icelle avoir le trafic en ses pays , et mettre leurs facultés aucunement à sa merci. Ils font encore connottre , par ce même écrit, qu'ils sont en état de pouvoir feire la guerre, aussi bien que de traiter la paix ; qu'il n'y a rien de plus que ce qu'ils en ont publié , et que leur résolution est de n'entrer en aucun traité qu'avec l'avis , contentement , intervention et manutention des deux rois , qui est en effet l'acte que votre Majesté a tant désiré et demandé ; car ce mot contentement signifie autant, et semble encore avoir plus de force et d'efQcace que celui de consentement ; mais ils ont voulu suivre leur façon , et l'envelopper en d'autres propositions dont ils se fussent bien passés.
Nous pouvons toutefois assurer votre Majesté qu'en ce grand nombre de députés , qui étoit de plus de quatre-vingts , ils ont tous fait connottre si évidemment qu'ils ne vouloient faire aucune cbose sans les deux rois , et particulièrement sans votre Majesté , que ne voyons à présent aucune occasion d*en douter. Les députés dudlt sieur Roi et nous avons aussi parlé ouvertement des donditions et «ûretés de la paix, qui sont celles dont nous avons souvent donné avis à votre Majesté, lesquelles ils approuvent, cdmme aussi l'intervention, en étant requis par les Etats, et s'il est possible par les archiducs même ; approuvent pareillement les ligues et confédérations d'entre nous et lesdits Etats , et d*entrer en tous ces traités avant la conclusion de la paix , au cas qu'on la puisse faire , en quoi ils se sont montrés plus francs et traitables qu'au commencement. Si c'est artifice ou non , il n'y a que la suite des affaires qui nous le puisse découvrir ; mais nous avons grande occasion par leurs dernieri) propos d'en bien espérer. Ils ont encore dit à M. de Bameveld qu'ils avoient charge du Roi leur maître de n'entrer en aucun débat avec nous sur la préséance , mais qu'ils ne feraient pas ainsi avec ceux d'Espagne ; et néanmoins qu'ils estimoient, nous déférant ce respect de venir en notre logis , que leur donnerions par courtoisie , lorsque les Etats y seraient assemblés avec nous , la même séance que faisions en particulier, quand nous y sommes seuls. A quoi lui fîmes réponse que ce serait chose préjudiciable à la dignité de votre Majesté, et contraire à ce qu'ils disent nous vouloir céder ; car notre logis ne seroit au temps de ladite assemblée , maison privée , maison publique , choisie pour y faire un acte solennel. Par ainsi que prendrions la première et plus honorable place comme nous avons fait ^ et eux l'ont
souffert sans s'en formaliser , montrant de se vouloir conduire en tout et partout avec amitié et bonne intelligence.
Ayant remis au lendemain , dix-neuvième, à délibérer entre nous sur cet écrit , nous les fûmes trouver en leur logis par forme de visite , et eûmes plusieurs propos sur ce sujet, comme encore depuis en deux autres conférences faites en notre logis, où leur fîmes voir la réponse qu'avions mise par écrit , qu'ils ont approuvée; et de cette même façon a été faite et récitée de vive voix par le président Jeannin , au nom commun des deux rois , et en son logis , le 22 de ce mois, où les mêmes députés dudlt sieur Roi et des Etats se sont assemblés à cet effet , lesquels députés des Etats ont fait grande instance de l'avoir par écrit, du moins pour en fhire la lecture en leur assemblée : ce que leur avons accordé , à la charge qu'étant mise es mains de M. de Barnevcld , il nous promettoit de le rapporter à l'issue du conseil , sans en retenir aucune copie ; les dépotés dudit sieur Roi l'ayant ainsi désiré , sans vouloir aucunement consentir qu'ils en prissent copie , dont nous eussions pour notre regard fait moins de difficulté pour les engager davantage; aussi que votre Majesté témoigne assez par d'autres actions plus importantes que d'un simple éciit , le soin qu'elle a de cet Etat. Ladite réponse ayant été lue en l'assemblée des Etats , ils en sont demeurés fort contens; mais ils ont bien jugé qu'ils nous dévoient donner occasion de parler plus ouvertement, ayant le sieur Barne^ld dit au président Jeannin en particulier qu'ils n'avoient pas entendu demander précisément que les deux rois fissent déclaration ouverte de guerre ; bien est-il vrai qu'ils le désireroient , mais s'il ne leur plaft de le foire , qu'ils se contenteroient d'un secours raisonnable.
Ledit président Jeannin lui a répondu que Té* crit , à le bien prendre , ne pouvoit être entendu que d'une guerre ouverte , puisqu'ils mettoient à la suite de leur proposition , qu'il seroit à propos de renouveler l'alliance de l'an 1696, et de la fortifier et augmenter encore s'il étoit besoin ; car cette alliance le contient en termes si exprès qu'il n'y a moyen d'en douter. En ces trois dernières conférences, entre nous et les députés dudit sieur Roi , pour aviser à la réponse qu'il nous falloit faire , ils nous ont dit et déclaré plusieurs fois que leur maître n'abandonneroit Jamais cet Etat , et montré qu'il entrerait plus volontiers en guerre ouverte , et qu'eux le jugeoient aussi plus à propos , que de leur donner nn secours foible et lent , qui ne les fasse que consumer , sans mettre fin à la guerre , et sans que les deux rois en tirent aucun profit. Noua avens auasi cwtsldéré}
DU PÈ^SIDIKT JBAIfNIN.
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encore que leur but soit de tendre à la paix sans doute y quolqulls parlent de guerre ouverte, qu'ils nous ont excité néanmoins de ne faire apparoir par notre réponse qu'ayons ce désir, pour ne trop offenser ceux qui veulent la guerre, même le prince Maurice , et relever le courage aax peuples , qu*ils craignoient y être déjà trop enclins. Votre Majesté voit , par ce qui est contenu d«desstts, ce qu'avons pu tirer et recon* Dottre de l'intention desdits députés , ce que les Etats ont Mt pour lui donner contentement, touchant l'acte qu'elle a désiré d'eux. Et pour le regard de la ligue que prétendions faire , encore qu'ils soient en très-bonne volonté , deux dififlenltés se sont présentées qui nous ont contraints de la différer: l'une , que les députés dudlt sieur R(^ ont déclaré qu'ils n'y vouloient aucunement entendre , Jusques à ce qu'on soit dti tout assuré sll y aura paix ou non , offrant de la foire îors et à llnstant même que la ratification venue, les Etats auront pris résolution de traiter ; et si la ratification ne vient , que nous serons assez reeherchés et pressés d'eux : ils en auront besoin pour le secours de guerre. Nous avons donc considéré qae la faisant seuls , et à présent que les Etats la demandent et recherchent pour la guerre, ttsen^t à craindre que, voyant le secours des ttats assuré par cette ligue , votre Majesté obligée à tour conservation , et eux déchargés de cette dépense , qu'ils ne fissent difficulté d'en être «prés, oicore que lesdits sieurs députés nous aînt donné assurance du contraire ; et par ce ffloyen votre Mijesté ne se trouvât seule à supporter ladite diarge , ce qu'elle nous a mandé ptiBieurs fois ne vouloir faire, et que si le roi de la Grande-Bretagne n'y contribuoit son tiers, elle a'entendoit s'en mêler non plus que lui.
L'autre raison est que les Etats qui pressoient eox-roémes cette ligue , et la Jugeoient nécessaire pour être assurés de œ secours en cas de guerre , et pour induire aussi plus aisément les archiducs à la paix , par la crainte d'icelle ligue et secours , le demandoient plus grand que les deux millions. Or votre Majesté nous a mandé phisieurs fois qu'elle ne vouloit outre-passer pour le prient eett^ somme. Ce délai , Sire , ne peut être d'aucun préjudice pour la ligue en cas de guerre ; car ne s'en pouvant passer lors , ils accepteront ce que votre Majesté leur voudra offrir , et la feront à telles conditions qu*il lui plaira : et quant à la ligue en cas de paix , nous y procéderons aussitôt que la résolution sera prise d'entrer au traité , chacun y étant disposé ici. Et ne doit-on aucunement craindre que les Etats souffrit jamais que les archiducs obtiennent des cooventtoJis par ie traité qui les empéclient de
ftdre lesdltes ligues , et que les Etats n'en fassent instance avec chaleur, pource que la paix ne peut avoir aucune sûreté pour eux sans cet appui. Aussi' est-il vrai que les prince Maurice et comte Guillaume s'étonnent , et disent ne pouvoir imaginer, les raisons qui meuvent votre Mnjesté d'en dou-^ ter, et y ajoutent ^ encore qu'ils n'aient assez d'autorité et pouvoir pour empêcher la paix , qu'ils n'en ont que trop pour assurer votre Majesté qu'elle ne sera Jamais faite sans cette ligue , et désireroient que les archiducs se voulussent formaliser pour l'empêcher , d'autant qu'ils se serviroient de ce inoyen pour rompre la paix ^ qu'ils blâment toujours. Et le sieur de Bameveld d'autre côté , qui n'a autre but et dessein que do la ikire, nous en dit autant { et demandent souvent si nous les tenons pour des fous et insensés , qui se veulent commettre du tout à la foi de leurs ennemis, et offenser leurs meilleurs amis, ou pour mieux dire , le prince , ^i seul a affection et pouvoir de les conserver ; car les députés d'Angleterre n'ont pas depuis leur venue changé l'opi* nion qu'on avoit ici de tirer plutôt des paroles d'eux que de bons effets.
Nous en conférerons encore avec d'autres qui ont créance dans l'Etat , et reconnoissons que c'est leur avis , et qu'ils Jugent tous sainement du besoin qu'fis ont de votre appui. A la vérité, nous craindrions davantage cet inoonvéniait, et qu'ils ne fussent pour s'accommoder à la volonté de leurs ennemis, s'ils étoient réduits à cette nécessité de ne pouvoir subsister autrement, ou s'ils étoient si ardens à chercher une mauvaise paix pour se procurer eux-mêmes la ruine de leur pays , que tout autre conseil leur déplût. Or ils sont plus puissans qu'ils ne furent Jamais, se font fbrt de contribuer dix millions de florins chacun an , et y en a plusieurs maintenant , des plus sages, qui montrent d'appréhender les périls de la paix , et disent si le prince Maurice veut aider à retrancher les grandes et superflues dépenses qu'on a faites du passé, tant es garnisons qu'es fortifications , qu'ils ont assez de courage et de résolution pour continuer la guerre , étant assistés de votre Mi^esté et du roi d'Angleterre, non du secours excessif tel qu'on l'a demandé au commencement, mais d'un beaucoup moindre. Nous écoutons un chacun, et apportons toute la circonspection qu'il nous est possible pour n'être point trompa, et faire que votre Majesté demeure satisfaite. Mais il nous semble honteux de rechercher ces peuples avec tant de crainte et de défiance , comme si cet Etat qui ne fait que de naître, et n'a encore eu loisir de prendre racine et de s'affermir , ne devoit pas plutôt rechercher l'amitié et alliance d'un grand Roi | et
hégociàtions
craindre qu'il ne s'éloigne d'eu^ , que lai-méme être en peine et souci pour les en prier et requérir. Nous jugeons donc qu'en différant quelque temps, nous aurons la ligue que votre Majesté désire , plus honorablement et à meilleures conditions aussi ; et si elle évitera la jalousie que l'Anglais en auroit , si la faisions seuls et avant lui ; et pareillement la haine du roi d'Espagne et des archiducs , qui auroient sujet de se plaindre de ce traité , comme fait pour rompre la paix , qui sans doute ne laissera de se faire , si la ratification vient , et qu'ils accordent l'intervention, y ayant assez de facilité à tout le surplus. Vous ne mettez rien en hasard y procédant ainsi, et ne faites aussi rien d'incertain et contre votre dignité ; car avant la fin d'octobre , qui est le terme du premier paiement de ce qui reste du secours de cette année , dont les Etats font toujours instance , les choses seront si avancées que nous y verrons clair. Et néanmoins, quand nous serions encore lors aussi incertains de ce qui devra arriver , soit de la paix ou de la guerre , qu'à présent, il nous semble qu'y ayant tant de raisons pour espérer bon succès de cette affaire, que la résolution s'en fera au gré et contentement de votre Majesté, et plus pour craindre le contraire, qu'il est plus à propos de hasarder le premier terme que de le refuser, pource que le refus apporteroit tant de dommage et de désordre aux affoires , et de mécontentement à ces peuples , que le mal qu'on craint avec de foibles coiyectnres en deviendroit presque assuré.
Nous voyons bien. Sire, ce que prenons sur nous en vous donnant cet avis , et si l'événement étoit contraire à notre projet, et à Tespérance que lui donnons, qu'il y auroit siyet de nous blâmer et calomnier; mais nous nous assurons qu'elle saura bien considérer par sa prudence nos raisons , et la nécessité qu'il y a de suivre ce conseil, et par ainsi juger que faisons tout ce que peuvent bons et fidèles serviteurs pour lui donner contentement, et rendre notre travail heureux, comme nous nous promettons avec l'aide de Dieu qu'il sera. Nous faisons bien notre profit , sans rien gâter toutefois du côté des archiducs, des propos qu'il a plu à votre Majesté tenir au Cordelier , n'y ayant personne qui ne loue cette franchise et générosité accompagnée de prudence; car chacun connoit par là qu'elle ne craint point de parler ouvertement de son affection à secourir les Etats. Ils se tiennent par ce moyen plus assurés de son assistance , et obligés à lui donner tout contentement. Et néanmoins les archiducs , qui ne sont qu'assez avertis de ce secours, quand votre Me^esté l'eût voulu dissimuler, ont aussi occasion de croire par cette li- |
berté qu'il n'y a rien de pis; et que ce qu'elle a dit de son désir à la paix, est aussi véritable que le surplus, qui sera cause peut-être qu'ils la supplieront de s'y employer, et le doivent faire aussi , s'il y a quelque prudence en leur conduite, quand ils sauront ce que les Etats ont fait et délibéré en ces derniers jours , et ce que vous pourrez, Sire, pour y aider ou nuire. Ceux qui avoient en ce lieu si grande espérance de paix , et tenoient la ratification d'Espagne comme assurée, s'en défient bien fort à présent, craignant qu'elle ne soit pas envoyée; car on n'en a aucunes nouvelles , encore que le dernier jour du terme fût hier , et personne n'est venu pour demander passe-port , fiedre excuse ou requérir nouveau délai, dont ils sont autant étonnés que le prince Maurice réjoui , lequel dit avoir eu avis de bon lieu que le G)rdelier fut bien vu et reçu du roi d'Espagne à son arrivée, pource qu'il promettoit beaucoup de la paix, et assuroit que la ratification envoyée sufiQroit pour y parvenir ; mais que l'avis étant venu que les Etats en demandoient une autre plus expresse et en meilleure forme , il ne l'a voit point voulu voir depuis. Aucuns parlent de traiter avec l'archiduc s'il a procuration du roi d'Espagne, et promesse de ratifier. Plusieurs rejettent cette opinion, et le prince Maurice surtout : on nous voit si bi&ï unis ensemble, les députés d'Angleterre et nous, et que votre Majesté a la principale autorité en cette conduite, que les plus foibles et timides commencent à s'en fortifier et relever; et jugeons bien que nos avis seront fort autorisés, et presque toujours suivis, pourvu que lesdits sieurs députés continuent à faire comme ils ont ^commencé.
Le président Jeannin a dit à Bameveld que si on n'a nouvelles de la ratification dans deux ou trois jours, il seroit fort à propos de faire parottre qu'ils sont résolus à la guerre , et de traiter avec nous et les députés de la Grande-Bretagne^ pour le secours , et les ligues et alliances; que ce seroit aussi le moyen de découvrir si on doit espérer quelque chose du roi d'Angleterre , et de l'obliger du tout à être de la partie, et de feire aussi que les archiducs^ s'ils ont quelque pouvoir de traiter, s'avancent, crainte de ce que pourrions faire ensemble. Il a approuvé cet avis. Nous désirons bien fort cet éclaircissement pour être assurés avec quelle sincérité lesdits sieurs députés d'Angleterre voudront procéder en tout ce que nous aurons à traiter par ensemble ciaprès, et là-dessus régler notre conduite avec eux; car on pourroit bien soupçonner de la dissimulation et de l'artifice en ce qu*ils nous ont dit du passé. Mais en cette action touchant le seoours
DU PBBSIDENT JEiNNIN.
et les alUaiices, ib seront contraints d'y entrer, OQ, le refusant, faire connoltre qulls n'ont pas iMone intention, et quMls sont venus pour aider à faire la paix , et en avoir le gré des archiducs, BOD pour aider à assister les Etats. On est fort en peine ici de cette année navale d'Espagne , qu'on dit être sur la côte de Biscaye : aucuns disent que c'est pour venir à £nil)den; mais le prince Maurice ne le craint point. On dit qu*il y a deux mille hommes des leurs, qui sont dans un faubourg de ladite ville, qui entreront quand il sera besoin , et qu'on peut accroître ce nombre de gens, quand les habitans voudront; que la ville est forte, et faudroit un long siège. Or, dès la fin du mois d'octobre, les gelées sont grandes au port, où ladite armée se trouveroit incontinent assiégée par les forces des Etats, lesquels peuvent mettre en un mois une plus grande armée de mer que celle d'Espagne pour la combattre et défûre. Il ne craint point non plus les côtes de ces Pro\inces,esquelles les navires ne peuvent entrer qn'avec très-grand péril, quand ils ôtent les marques et tonneaux qui servent aux pilotes pour reconnoltre les rades esquelles il y a de la soreté; mais bien est-il en doute qu'elle ne s'adresse à leurs pécheurs, qui sont sur les côtes dleoose et d'Angleterre au nombre de plus de M cents navires, séparés et éloignés les uns doaatres de près de vingt lieues. Et toutefois cette entreprise ne pourroit être faite sans violer k donière ampliation de la trêve acceptée par ieraid'Espagne , et qu'il n'y a point d'apparence loari, si l'armée est si grande qu'on dit, qu'elle ait été dressée et mise en mer avec si grande dépense, pour faire un si petit exploit, qui néanmoins seroit fort dommageable à ces peuples.
Un autre bruit est venu , que ladite armée étoit entrée au Détroit, et qu'elle sembloit avoir dessein contre les Vénitiens, étant jointe avec les forces qui sont au Milanais : ce soupçon nous hïi aussi craindre la Provence. Le prince Maurice a envoyé des navires en mer pour découvrir et en avoir avis, au cas qu'elle soit en cette mer ici. Dqpuis cinq ou six jours, des marchands d'Amsterdam , retournés de Livoume, ont assuré qu'il y a eu un grand combat en l'Inde orientale, près Malaca, entre la flotte des Hollandais qui étoit allée auxdites Indes, et celle du vice-roi d'Espagne, qui réside ordinairement à Goors, et que les Espagnols ont perdu près de trois mille hommes. Ceux d'ici n'en ont point encore d'avis des leurs, et estiment que cet avis, venant du côté de leurs ennemis, doit être véritable. Finissant cette lettre, le gendre de M. de Barneveld nous est venu dire de sa part que le Gorde- Bcr ci le siear Verreiken avoient écrit par un
trompette aux Etats , pour les supplier de ne prendre de mauvaise part si la ratification n'avoit été ponctuellement envoyée au jour convenu, qui expira seulement le vingt-deuxième de ce mois ; qu'ils l'attendoient de jour à autre , se promettoient de l'avoir bientôt , et de leur donner tout contentement. M. Aérsens nous a apporté les lettres aujourd'hui pour les voir, par lesquelles le Gordelier parle plus assurément de cette ratification ; et ledit sieur Verreiken, comme l'espérant seulement, et avec quelque défiance : on ne leur déniera encore cette attente. Nous prions Dieu, Sire, qu'il maintienne et conserve votre Majesté et sa royale famille en tout heur et prospérité.
De La Haye , ce vingt-quatrième jour de sep« tembre 1607.
Vos très-humbles et trèsK)béissans sujets et serviteurs, P. Jeannin et RussY.
Lettre de M. Jeannin à M. de Villeroy, du même jour 24 septembre 1607.
Monsieur, notre lettre au Roi ne sera que trop longue et confuse ; mais excusez-nous s*il vous plaît : j'écrivois de jour en autre ce qui se passoit, et le faisois mettre en chiffre pour l'envoyer à l'instant, si quelqu'un se fut présenté; ainsi elle s'est grossie : et sur la fin , que je pouvois faire un amas de tout pour le réduire à peu , sans rien omettre toutefois de ce qui mérite d*étre écrit , le vent s'est trouvé si à propos , que j'ai mieux aimé la faire partir de cette façon que perdre un jour ou deux. La disposition des Etats est meilleure envers Sa Majesté qu'elle ne fut jamais. Les propos qu'elle a tenus au Gordelier, dont j'ai fait mon profit sans offenser personne , les ont fort contentés. Il est vrai que M. Aërsens en a plus mandé par ses lettres que n'en ai dit même touchant la religion, et que le Gordelier avoit dit qu*on mettroit la ratification d'Espagne es mains de Sa Majesté , ainsi que M. de Rameveld m'a dit. Les Etats n'estiment pas que les députés d'Angleterre aient grande volonté d'ajouter de bons effets à leurs paroles, qui sont telles que les pourrions désirer : pourvu que l'intention soit semblable , et qu'il n'y ait rien de déguisé envers eux ni envers nous , nous aurons toute occasion d*en être contens. Vous verrez la forme de l'acte , qui n'est pas comme je le demandois, le mot de contentement y ayant été mis au lieu de celui de consentement; mais il a la même force et efficace, et n'y a eu que ce seul pontille qui l'a fait changer : à savoir, qu'ils ne seroient pas peuples libres, mais dépendans de la s^fétion d'autrui, s'ils étoient comme forcés et contraints par cette obligation de faire ce qui plairoit à Sa Mi\jesté , à
REGOGIATIONS
laquelle ils veulent bien donner ce qu'elle désire de leur plein gré , pour les bienfaits qu'ils en ont reçus, et pour en avoir besoin à l'avenir, mais non avec Une contrainte si abjecte et servile : c'est ainsi qu'ils la nomment. L'intention et la volonté sont néanmoins fort bonnes; vous pouvant assurer qu'avons à présent beaucoup d'autorité et de pouvoir en la conduite des affaires , et que le sieur fiarneveld est aussi entré en confiance avec moi , qui lui communique plus privément que Je ne faisois du passé : aussi n'ai- Je rien omis de ce que J'ai pensé le pouvoir lier et obliger à Sa Majesté.
Quant à la ligue défensive , vous verrez par nos lettres au Roi les causes qui nous ont contraints de la différer , et que ce délai ne peut être d'aucun préjudice pour les raisons y contenues. J*estime aussi qu'il n'y aura aucune difficulté sur les conditions dont vous m'avez écrit, comme de rendre le secours plus grand, s'il n'y a que l'un qui soit assailli ; et moindre si les deux le sont ensemble : et sur ce pied , que le Roi fournissant le double du secours, ils soient tenus au simple, soit en argent, gens ou vaisseaux , pilotes et armement de navires. Gomme aussi que cette ligue soit à la vie du Roi, et de dix ou vingt ans après sa mort ; car le sieur Barneveld , avec lequel J'en ai communiqué, l'assure ainsi; puis elles sont si raisonnables, et à l'utilité commune des uns et des autres, et plus encore des Etats, qu'avons toute occasion de le croire ainsi. La difficulté sera au recouvrement de l'argent donné du passé ; car on n'a fait aucun traité avec eux pour ce regard. Ils ne promirent Jamais de le rendre; ils ont seulement donné des certifications qu'ils l'ont reçu pour la décharge des trésoriers qui en faisoient les paiemens, sans y ajouter aucune obligation ou promesse de le rendre ; ce que la feue reine d'Angleterre stipula à son profit, et de ses successeurs, quand elle promit de les secourir, par un traité qu'elle fit avec eux. Et le sieur Barneveld nous a dit aussi du vivantdeM . de Buzanval, que Sa Majesté donnoit cet argent, non en intention de le retirer, mais pour les secourir secrètement , occuper les for- Ces, et consumer les moyens du roi d'Espagne pendant trois ou quatre ans, au bout desquels elle lui avoit promis et assuré, de sa propre bouche , d'entrer ouvertement en guerre contre lui , le priant de faire en sorte que les Etats voulussent soutenir cette guerre Jusques audit temps, et que la guerre qu'il feroit lors ouvertement les délivrerolt de tout péril : ce que ledit sieur de Buzanval nous confirma être vrai , et nous le soutint avec ledit Barneveld ; lequel y ajouta aussi que, sur cette espérance de la déclaration de Sa Ma-
jesté , il avoit fait toutes sortes d'efforts, et donné avis de faire grandes levées en son pays, et A été à vrai dire presque le seul auteur de faire durer la guerre et l'animosité contre l'Espagnol. J'y ferai toutefois ce que Je pourrai , afin , si on ne recouvre tout , qu'on ne perde aussi tout ; mais il n'est encore temps de le tenter : ce sera lonqu'entrerons aux conditions de la ligue; car si la guerre continue , nous pourvoirons mieux à les obliger, et rendre le secours avenir, et aurons phis de sujet de parler du passé , et pareillement la paix se faisant , au cas qu'ils prétendent quelque chose de Sa Majesté , comme Us feront sans doute. Et peut-être sera-t-il bon qu'on les oblige par ce moyen plus étroitement au Roi et à son Etat , en leur donnant quelque argent par forme de prêt , à la charge de le rendre et payer, soit en fourniture de vaisseaux ou autrement, ainsi que vous le proposez et désirez, pour ce qui est du passé ; ou bien par forme de pension , comme aux Suisses : et à la charge néanmoins du secours en temps de paix , même d'tm certdn nombre de vaisseaux bien fournis et équipés chacun an, lors et quand Sa Majesté les en requerra, outre le secours mutuel en temps de guerre , auquel la ligue les obligera.
Quant à ce que vous me mandez si on pourra faire un traité avec eux pour en tirer secours à l'avenir, de certain nombre de vaisseaux bien équipés et armés, sous prétexte de rendre l'argent qu'on leur a prêté, cette ouverture est fort bonne ; mais ce ne doit être qu'au cas que le roi d'Espagne et les archiducs voulussent insérer dans le traité de paix quelques conditions qui empêchassent les Etats de traiter la ligue que prétendons du moins défensive, et qu'eux fussent si mal avisés de le souffrir ; car cette fbrme de traiter, sagement prévue, serolt plutôt un paiement de ce qu'ils doivent, qu'on pourroit diviser en plusieurs années, qu'une ligue; et néanmoins serviroit autant, sans que le roi d'Espagne et les archiducs eussent pourtant sujet de s'en plaindre. Mais, ou Je suis fort trompé , il ne sera besoin que nous venions à ce remède. Quant à l'intervention au traité, nous avons toujours entendu que les Etats nousen requerroient, comme ils font, et seroit bien honorable et désirable aussi que les archiducs en fissent autant, comme au con<tralre préjudiciable à la dignité du Roi , si nous venions à nous y ingérer de nous-mêmes. Les députés d'Angleterre l'entendent ainsi, montrent de ne s'en point soucier^ et ne vois aussi que Sa Majesté y ait grand intérêt, pourvu qu'en effet la ligue se fasse avec les Etats; mais sont lesdits Etats qui le désirent et demandent instamment, disant qu'ils ne feront jamais la ptAx, aalrement^
BU PBiSIDBNT flANNlN.
{(que cette interventloii tiendra en plus de respect et de crainte le roi d'Espagne et les archilues , qui n'oseront sitôt rompre ledit traité à eiDse de cet appui, et que les deux rois en KTOQt encore plus obligés à les secourir en cas dlofraction, d'autant que le traité contiendra par exprès, qu'ils s'obligeront à secourir contre odui qui enfreindra. Et cette obligation pourroit 80» donner cause à la ligue entre les deux rois (! b Etats, pour le secours qu'ils devroient tirer ion de Tautre contre l'Espagne et les archiducs , on ils en seroient assaillis ; mais elle n'est pas teflement attachée à ladite intervention, qu'ils » la paissent conclure sans cela, soit entre les hx rois et les Etats , ou le Roi seul avec eux , mmt anasi entre les deux rois ensemble penbt certain temps : à savoir , celui du secours tia guerre continue, pourvu que le roi d'An- ^.mt s'j veuille accorder en ce qui le peut toufber, comme ses députés assurent qU'll fera. Mé toutes vos lettres m'ont donné tant de soup- ^ de ce qui doit Tenir de ce côté et du comte k Salisbary, que nous en douterons toujours, jCsqiKsà ce qne les effets nous assurent contre ^craiote ; vous verrez ce que nous en man* ^ par notre lettre au Roi. Us étoient fort redécouverts tiu commencement , ils se sont d^^s, et montrent maintenant de nous ^IwiNiQcoup déférer, et de n'avoir en tout TooDiBèDe avis avec nous. Si crain&je que les &<s an tirent que de bons propos pour con« ^er tant qu'ils pourront leur amitié , et peu «J'a/TertJoo en ce qui touchera l'intérêt de Sa Ma- M Peut-être y aura-t-il de l'envie et de secrets ^pi^beroens, n'y ayant, comme J'estime, une iiYertc contradiction , n'ayant non plus de vo< <<^téde déplaire à Sa Majesté qu'au roi d'Espa- ^ et aux archiducs.
^aj bien considéré ce que vous me mandez du '''f^flier ; mais puisqu'il désiroit passer sans être ^^- tous les propos qu'il a mis en avant doivent ^^ir comme de lui , non conune en ayant eu '^'^Tc. Je loue toutefois bien fort la franchise ^^Dérosité dont le Roi lui a parlé; elle don- ^ peut-être sujet aux archiducs de procéder ^•(C Sa Majesté autrement qu'ils n'ont fait Jus- !^1ci, pour reoonnoltre qu'ils auront plus de be- ^% de son autorité et assistance à faire cette ^^ qa*il8 n'ont cru. Nous n'avons encore aucu- ^ nouvelles de Rruxelles. On dit ici , entre les P^icQliers qui sont accoutumés de savoir ce qui ■? fiiit, qu'il a apporté un pouvoir bien ample ^ j'archlduc pour traiter; et que par icelui le roi '^pagne promet de ratiiler ce qu*il fera, comme ^^«i une ratification , mais qu'elle n'est en la ^ «t sttbftaaee telle que les Etats la deman-
dent ; se promettant toutefois de l'avoir à la venue du secrétaire de Spinola, attendu de Jour à autre^ Et si celui-ci ne l'apporte , on croit que le roi d'Espagne ne la veut donner , et qu'en ce cas les archiducs seront pour faire instance qu'on traite avec eux, sous promesse de faire ratifier. Pour moi, il me semble qu'à le bien prendre il y au^ roit encore assez de sûreté pendant leur vie, puisqu'ils sont souverains et propriétaires des Pays-Bas tant qu'ils vivront, et qu'il sufXiroit d'y i\jouter un an ou deux après la mort du dernier survivant des deux, ou de l'Infante seule , si i'in< vestiture doit finir à elle, afin de donner aux Etats , et à leurs amis et alliés , temps de se pré* parer, au cas que le roi d'Espagne , prétendant lors Touverture de ses droits, voulût faire quelque effort contre eux; et, pourvu que ledit traité avec les archiducs fût appuyé de l'intervention des deux rois, et d'une bonne ligue avec les Etats, qu'ils n'avoient rien à craindre. J'estime aussi que les archiducs ont si grand désir d'avoir cette paix , que si ladite ratification ne vient , lia consentiront à tout ce qu'on voudra pour l'obtenir, et que nous aurons plus de moyen de faire nos affaires, tant avec eux qu'avec ceux qui veu«lent la paix ici , lesquels essaieront de même à nous contenter entièrement, afin que nous y apportions de la facilité, et aidions à y disposer les autres qui désirent la guerre. C'est un discours que j*ai pensé en moi-même, sans en avoir encore jeté aucune chose au dehors pour s'en servir, au cas que l'occasion s'en présente, et que le Roi veuille plutôt la paix à telles conditions , que se soumettre aux périls et dépenses de la guerre, dont vous me manderez, s'il vous plaît, sa volonté et votre avis.
U est besoin qu'ayons un nouveau pouvoir, parce que celui que vous nous avez envoyé est conjointement pour M. de Buzanval, M. de Russy et moi; et lui mort, cette clause n'ayant été insérée en icelui pouvoir, que les deux pourront traiter en l'absence du tiers , nous sommes à présent sans commission. Il ne faudra que le même pouvoir au nom de nous deux, ou un mot de déclaration que le Roi entend que nous usions, les deux qui restent, du même pouvoir donné ci-devant aux trois. Je vous ai envoyé la copie à cet effet. Quant au prince Maurice, il a fort modéré sa conduite, sur ce que lui avons remon* tré souventefois que ce n'étoit prudence de s'opposer à une chose qu'il ne pouvoit empêcher ^ qu'il diminuoit son crédit en le faisant, se rendoit suspect à l'Etat, et ne seroit cru ci-après, quand il voudroit empêcher une mauvaise paix. M. le comte Guillaume lui a pareillement tenu le même langage. Il est bien vrai , au cas que la
IfBOOGUTIONS
ratification ne vienne et qu'on voulût prendre coDseii de traiter avec i'archiduc, qu*il sera pour faire toute sorte d'efTorts pour l'empèdier; mais encore, crois-je qu'il se laissera vaincre à l'avis commun , à l'autorité de Sa M^gesté et au conseil qu'il recevra de nous qui sommes ici de sa part. Je lui ai tenu tant de bous propos du désir que Sa Msyesté a de procurer son bien, sa grandeur et de sa maison, qu'il montre de s'attacher bien fort à tout ce que nous désirons, ne voyant aussi qu'il y ait aucune apparence en ce qu*on vous a mandé de Spinola et de lui, ni qu'il y ait rien d'extraordinaire en son esprit pour brouiller en cet Etat; car il est d'une humeur si solitaire et retenu , qu'il ne fait rien pour acquérir la bienveillance de ces peuples , envers lesquels il pourroit beaucoup s'il s'aidoit; mais il est ainsi fait, et dit ne se pouvoir soutenir que par sa propre vertu, non par telles flatteries. Je ne lui ai encore rien dit en particulier de la pension, que je n'estime pas qu'il doive accepter, non pour craindre de s'obliger au Roi , mais pour ne se mettre en soupçon parmi les Etats. Bien me semble-t-il qu'étant l'offre de la part d'un grand Roi , et pour acquérir un seigneur de telle qualité, qu'elle doit être au moins de douze mille livres. Quand J'aurai su la volonté du Roi, j'en conférerai avec M. le comte Guillaume, auquel il ne cèle rien, pource qu'il est seigneur fort sage, qui peut beaucoup sur lui, et qui mériteroit bien aussi quelque témoignage de l'amitié du Roi. Je pense même que cette voie sera meilleure que de lui en faire parler par madame la princesse d'Orange. S'il est besoin, je ferai fort bien cet office moi seul; c'est chose qui doit demeurer secrète, s'il vous plaît.
Quant à ce que vous me mandez du duc de Savoie , il a du courage , de l'ambition , du mécontentement et de la haine contre l'Espagnol ; et Je sais d'ailleurs, l'ayant appris en mon voyage d'Espagne, par la bouche même de dom Jean de Diague, que les Espagnols l'ont aussi fort à suspect, ne s'y fient aucunement, et ne recevra Jamais aucune faveur et amitié d'eux qui le puisse lier et obliger étroitement. Ainsi , si Sa Majesté a quelque occasion de craindre la guerre contre l'Espagne, ou juge qu'il lui soit à propos d'y entrer, il me semble qu'il faut toujours plutôt cultiver et enflammer son espérauce, que rejeter l'offre qu'il fait, du moins l'entretenir Jusqu'à ce qu'on soit assuré de la paix ou de la guerre ici , pour prendre après couseil sur cette affaire avec plus de Jugement. Car cette grande somme d'argent , que les Etats de Gastille doivent donner au roi d'Espagne , encore que ce ne soit qu'en huit ans, et pour acquitter dettes, me MX crain-
dre qu'il n'avance les termes par crédit avec les marchands, et qu'il ne l'emploie à faire la guerre, peut-être même contre nous , s'il ne peut avoir la paix ici , comme nous tenant auteurs de la rupture d'icelle , encore que travaillions pour la faire, et s'il a aussi la paix, pour avoir plus de moyen, comme il croira , de nous faire du mal. On doit tout craindre de ce côté-là, tant que n'y serons d'autre façon que maintenant ; et Tespérance du côté d'Angleterre est de même fort douteuse. Vous êtes sage pour considérer les remèdes, et en donner les avis. Et au pis , la prudence, valeur et bonne fortune du Roi arrêteront tous leurs mauvais desseins; aussi qu'il est si bien préparé , qu'on ne peut rien entreprendre contre lui sans péril. Et puis , si la guerre continue ici , le roi d'Espagne aura assez d'affaires. Si la paix se âdt, nous serons fortifiés d'alliances avec cet Etat, qui sera obligé et aura intérêt à nous aider.
Je me souviens fort bien du commerce des In^ des d'Occident. Je vous supplie très-humblement tenir la main à ce que l'argent soi t plutôt avancé que reculé ; car les Etats ne peuvent être de meilleure affection qu'ils sont, pour donner tout contentement au Roi; et la promptitude de ce secours , dont ils ont très-grand besoin , les y obligera encore davantage. J'ai reçu lettres de M. de Remy, qui me mande que les soupçons ne diminuent point aux archiducs, qu'ils croient toujours que nous faisons le pis que pouvons pour empêcher la paix ; comme au contraire, ils montrent avoir toute confiance du roi de la Grande- Rretagne, tant pour son inclination envers eux , que pource qu'ils savent bien qu'il ne voudroit et n'oseroit offenser le roi d'Espagne. Si vous peux-je assurer que nous sommes fort retenus, et qu'à la réponse qu'il a fallu faire à la proposition des Etats , J'en avois dressé par écrit une beaucoup plus modérée que celle que Je vous envoie, que je fis après l'autre ; et que ne pouvions assez contenter les députés d'Angleterre , qui la désiroient ferme, et tendoient plutôt à approuver la guerre que la paix , encore que pour certain leur but soit à la paix, par ce qu'en avons pu découvrir Jusqu'à présent.
Je sais bien ce que vous me mandez du sieur de Russy, et étois bien instruit aussi , du vivant de M. de Ruzanval , du pouvoir que le sieur Rameveld avoit sur lui , et qu'il étoit besoin de retenir à soi beaucoup de choses. J'userai de la discrétion que je dois sans offenser personne. M. de Lescalle , homme d'une rare doctrine , et connu de chacun par son nom , a trouvé un exil à Leyden , qui tourne bien fort à l'honneur de messieurs des Etats , lesquels lui donneot deux
DU PBBSIDBNT JÈANNIN*
mille Hvres d'entretenement chacun an. Le feu Roi lui avoit accordé deux mille livres de penson , dont il m'a montré le brevet. S'il plaisoit au Roi lui faire payer chacun an ladite pension, il acheveroit le reste de ses Jours, qui ne peuvent être longs , car il a soixante-huit ans , avec plus de commodité , et ce bienfait très-bien employé toumeroit à l'honneur du Roi , outre ce qu'il p«]t servir ici , vous pouvant assurer qu'il y est fort honoré et respecté. Je vous supplie trèshumblement de faire ce bon ofQce pour lui en- Ters Sa Majesté, dont je vous serai fort obligé avec lui. Je fais faire des modèles pour épuiser les eaux , de toutes les façons qu'ils ont ici, afin ({ue vous choisissiez celui qui vous sera le plus propre, tenant à honneur que vous m'employiez à vous rendre service, et qu'usiez de mot comme de celui qui est , monsieur , votre très-humble et très-affectionné serviteur,
P. Jeânnin.
De La Haye, ce 24 de septembre 1607.
Letire de M. de Puysieux à M. Jeannin, du premier octobre 1607.
Monsieur , il y a huit Jours que M. de Vllleroy est allé jouir de sa maison d'Halincourt, d'où j'estime qu'il sera de retour dans trois ou quatre. Depuis vos lettres des quatrième et onzième du passé, nous attendons en grande dévotion celles qu'elles nous promettent en réponse de celles que vous a portées M. de Préaux. Le neveu de feu M. de Ruzanval s'en va par delà , pour donner ordre aux affaires du défunt, lequel je vous assure a été regretté deçà, ainsi que roéritoient et sa vertu et ses services. Sa Majesté est très-contente de l'honneur que messieurs les Etats ont rendu à la mémoire récente de l'un et de l'autre, et les remercie, par la lettre qui sera d-jointe , de ce témoignage de bonne volonté. Nous avons avis bien f^ais de l'accouchement de la reine d'Espagne d'un fils , que nous souhaitons être suivi d'une demi-douzaine d'autres. Ib assurent de là , et a été même dit par le secrétaire Prade, depuis que celui du marquis SpiiM>la y est arrivé , qu'il ne fitUoit point attendre d*autre ratification du roi d'Espagne que la première, laquelle portoit tacitement approbation et consentement du traité des archiducs avec lesdits Etats ; mais il ne faut tenir ce langage pour résolution. Ils ont mis aussi en délibération s'il serolt du bien des affaires d'Espagne d'entreprendre sur les Grisons ; et enfin, à ce qu'on dit, arrêté que le comte de Fuentes ne tenteroit ce dessein, y ayant apporté la considération de l'intérêt de Sa Miyesté et des Vénitiens. Leur armée de mer étoit départie en deux , l'une pour aller
aux îles de la Tercèi^, pour la sûreté de la conduite de leur flotte qui doit arriver en cette sai« son , et leur apporter , à ce qu'ils tiennent , beaucoup de commodités, desquelles nous reconnoissons qu'ils ont tout besoin. L'autre étoit demeurée au cap de Saint-Vincent. Voilà ce que nous en avons de plus important. Le retour de ce secrétaire de Spinola fera voir clair aux résolutions que les archiducs seront conseillés de prendre en leurs négociations. Leurs Majestés continuent en très-bonne santé. Dieu a disposé de M. de Maisse depuis huit jours , après une maladie d'autant de temps , duquel vous savez que la présence et suffisance faisoit honneur au conseil du Roi. Nous venons présentement de recevoir votre dépêche du 24, laquelle, d'autant qu'elle est bonne et longue , mérite bien d'être examinée. Conservez-moi l'honneur de vos bonnes grâces, et je suis, monsieur, votre bien humble et très^ectionné serviteur, Puysieux.
De Paris, ce premier jour d'octobre 1607.
Lettre de M. Jeannin à M. de Viileroy, du
6 octobre 1607.
Monsieur , Je reçus vos lettres du 19 du mois passé, le deuxième du présent. Il peut bien être que le moine a tenu les langages que me roaudez , pour essayer d'obtenir ce qu'il poursuivoit en Espagne; mais sont des songes et rêveries qu'il faut plutôt mépriser et s'en moquer que s'en soucier. Croyez, monsieur, que ces gens ici veulent être souverains par effet , et pour toujours s'ils peuvent, et qu'ils ne feront jamais aucune paix qu'à cette condition. Il est bien vrai que s'ils se conduisent mal après, qu'on les pourra tromper; mais de se remettre en leur ancienne sujétion de gré à gré, et par un conseil prévu et prémédité , ainsi qu'écrivez , il n'y a point d'apparence. Cette grandeur et vanité est déjà entrée si avant en leurs cervelles , qu'ils se perdront piutêt pièce à pièce, que d'en rien quitter. Quant à la religion catholique , on se gardera bien de les en presser du cêté des archiducs. Ils le mettront sans doute en avant par ostentation, et pour faire croire qu'il n'aura tenu à eux que cet exercice n'ait été rétabli ; mais ils penseront avoir gagné si les Etats le refusent , d'autant que , par ce moyen , plusieurs catholiques se retireront chez eux ; et s'ils sont si sages que d'accorder liberté de consciences , plusieurs de la religion qui résident ici , et ont leurs commodités et parens de l'autre part, en feront aussi autant. Je n'ai pas envoyé la copie des lettres de Verreiken et du Cordelier par ma dernière dépêche; car je ne l'avois encore recouvrée : Je le fais maintenant, et y ^|oute laréponse des Etats,
KBGOCtlTtûlti
que trouverai , tùiMAe J^estime , assez rade et mal bâtie ; mais c'est leur style et façon de procéder , et nous les laissons (kire. Ils disent tous que, si dans dix ou douze Jours la raUllcation ne leur est envoyée, qu'ils ne veulent plus ouïr parler de paix. Nous craignons donc maintenant qu'ils ne soient contraints par ce défaut de continuer la guerre, et le Roi obligé, à cette occasion, de les secourir, s'il ne les veut laisser perdre. Déjà chacun tient que le roi d'Espagne ne la veut aucunement donner ; mais ce peu de temps suffira pour s'en éclaircir du tout. Il peut bien avoir eu autrefois la volonté de le faire, les archiducs le lui ayant persuadé, sur ce qu'ils se promettoient les Provinces-Unies leur devoir accorder en récompense d'un si grand bienfait quelque légère reconnoissance pour marque de leur ancien droit, et, outre ce, de n'avoir Jamais autres amis ni ennemis que les leurs.
Mais à présent qu'ils sont bien avertis les Etats être du tout résolus d'abolir entièrement toute sujétion, de ne se commettre plus à leur foi, et chercher leur sûreté es ligues et confédérations qu'ils entendent faire avec les deux rois, cette paix leur est devenue suspecte, et la tiennent dangereuse en Espagne, n'espérant plus qu'ils y veulent consentir , s'ils ne s'attendent encore à d'autres espérances, comme du mauvais ordre qui sera parmi eux, des pratiques qu'ils feront, et de ce que les profits de la paix leur feront avec le temps oublier le métier de la guerre, et les rendront par ce moyen moins utiles à leurs amis, et moins redoutables à leurs ennemis. Aussi la plainte que continue de (aire l'archiduc , dont M. de Berny m'a écrit de nouveau, comme si nous empêchions toigours la paix, n'est pas fondée là dessus ; car il a assez d'amis par deçà pour être averti du contraire , et que sommes même plus modérés es propositions qui tendent à la guerre que les Anglais; mais c'est de ce que nous voulons cette paix autrement qu'il ne la désire, et que les ligues que prétendons foire, à quoi il voit les Etats disposés , lui déplaisent comme trop préjudiciables à son but et dessein.
Es discours que j'ai avec le sieur Bameveld, Je le presse de ne laisser écouler le temps inutilement, et lui dis quHl doit faire connoltre le plus tôt qu'il pourra, qu'il est besoin de se préparer à la guerre, de peur que les peuples, en cette attente de paix trop incertaine, ne soient surpris, aviser entre eux le fonds qu'ils peuvent faire à cet effet , et supplier , tant npus que les députés d'Angleterre, de leur déclarer le secours qu'ils en peuvent attendre, nous remontrant qu'ils sont fermement résolus de ne plus penser qu'à la |;aerre, oflo qi»e l'ei^cuse de^ Apglais (qui disent
ne vouloir s'ouvrir (|ue toute espérance de paix ne soit perdue) cesse. Je le fais pour les engager et faire dès a présent notre ligue. Ledit de Bar* neveld promet, si dans le temps de douze Jours rien ne vient, qu'il commencera par là, se défiant plus qu'il n'avoit accoutumé; promesse sans laquelle néanmoins , et des conditions assurées dont vous ai si souvent écrit, il dit tQU- Jours qu'ils ne feront rien. Les Anglais se trouveront empêchés s'ils nous pressent; car ils en voudroient bien être quittes pour des paroles sans offenser personne , ni mettre la main à la bourse. Il me semble toutefois qu'à toute extrémité, ils le feront plutôt que de les abandonner, de peur que Sa H^esté n'en fasse autant, et qu'ils ne tombent sous Espagne; ce qu'ils craignent sans doute autant que nous. Bien estnl certain qu'ils feront premièrement tout ce qui leur sera possible pour la paix, et qu'elle leur sera plus agréable, pourvu que cet Etat demeure libre et séparé d'Espagne. En quoi nous nous accordons avec eux, comme aussi en ce qui est des alliances et confédérations qu'ils approuvent maintenant et jugent raisonnables aussi l^en que nous ; en sorte que Jusqu'à présent nous n'avons occasion de nous en plaindre ; mais nous ne sommes pas encore au temps de découvrir leurs secrètes intentions.
Il me semble bien avoir reconnu , par le dis* i cours de M. Spencer, que J'ai entretenu à part à diverses fois, qu'il estime, la paix faite en ces pays, que le roi d'Espagne sera pour entreprendre quelque autre guerre, et veut que nous croyions que sera plutôt en France qu'ailleurs; joutant, s'il le fait, que nous sommes assez puissans pour lui donner de l'exercice si long-temps, ^'il sera contraint de laisser un chacun en repos : ce dessein ne leur déplairoit pas. Je me suis essayé de leur persuader qu'il se gardera bien de nous attaquer, voyant notre royaume sous un Roi sage, grand capitaine, craint et aimé de ses sujets; et qu'il y a plus de raison pour croire qu'il doive penser à eux qu'à nous ; mais, s'il le faiaolt, que Sa Majesté aideroit à leur défense conanie à la sienne propre, et ne souffriroit Jamais qu'il s'accrût à leur préjudice, d'autant que ce sero'it avec le temps au sien propre, et que ces mêmes considérations doivent tomber en l'esprit du roi de la Grande-Bretagne, J'ai encore ajouté que l'Espagnol ne souffrira Jamais que la paix se fasse ici , s'il a intention d'entreprendre contre eux ou contre nous, pource que les Etats jugeant bien qu'elle ne peut être assurée sàus une bonne alliance avec nous, la désirent et recherchent déjà. Et nous avons aussi cette même volonté de la flaire, par le moyen 4e laquelle le» Et«t8 de«
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inenrerant obligés à nous ftecûiirir; ainsi lui fccoient autant de mal que s'ils étoient encore en guerre ouverte contre lui. Autre chose seroit s'il vooloit faire la guerre en Italie ou ailleurs, con* tre l'un des deux rois ; car il auroit sujet de désirer lors la paix avec les Etats, pour n'avoir aacun empêchement qui pût troubler ses desseins et occuper ses forces.
Tous les discours dudit sieur Spencer n'ont passé plus avant qu'à montrer la bonne intelligence da Roi son maître avec Sa Majesté, même pour sauver et conserver cet £tat. Mais lui et son compagnon fuient toujours l'occasion d'entrer aux particularités, et de s'obUger. Le temps que ces messieurs ont pris pour donner but à l'attaite de la ratification , nous éclaircira mieux de kurs intentions. Ils montrent d'être en quelque peine d'une nouvelle qu'ils ont eue, et que Tageat des Etats qui est en Angleterre , a aussi mandé ici, que le comte de Tiron, sa femme et son fils aine, accompagnés de dix ou douze des INriudpaax gentilshctfnmes d'Irlande, feignant d'aller en Angleterre pour le mariage du fils , Mit fait voile en Espagne. Ce comte et les gentil^tommea qui l'acoompagnoient, avoient toujours été comme cheds des catholiques en ladite lie ; mais ceux qui s'enfuient , craignent plus la peine , qulls ne sont en espérance d'exécuter quelque autre dessein. Puis on a avis que l'armée de mer d'Espagne est dissipée , et qu'une partie est allée aux Tercères au devant de leur flotte qui vient des Indes, et l'autre s'est retirée &a Détroit. On parle toujours de l'armée qui est au Milanais, et la fiiit«on ici de vingt mille hommes. SU est vrai, il n'y a point d'apparence qu'il Casse cette dépense sans quelque entreprise. On parle de Genève ou de Provence ; mais la saison et la difficulté de telles entreprises me fait croire que ce ne peut être ni l'un ni l'autre. S'il les réserve pour passer en Flandre , ou ne peut faire la guerre plus têt qu'au mois d*avril ; c'est une dépense fort inutile, et néanmoins qui témoigne qu*il ne pense plus à la paix, et veut faire un grand effort l'année prochaine. Pour auquel s'opposer, je prévois qu'il sera aussi besoin de secourir puissamment ces provinces, ou leurs affiûres iront mal ; et crains qu'à cette occasion , la gnerre ouverte ne s'en ensuive contre nous, et que le roi d'Espagne ne prenne ce conseil d'y entrer, s'il peut séparer l'Anglais , à quoi vraisemblablement il tâchera de tout son pouvoir. Cest ponrqiaoi il n'y a rloi si nécessaire que de roUiger à la défense de cet Etat , si la guerre continue, et en cas de paix anssi, tant avec les Eut! ^'avee bous ; et selon qu'il se conduira m cet endroit, nons jugerons avec plus de sû-
reté de son intention et de celledu roi d'Espagne. Tout est fort bien disposé du côté des Etats, et ne vois rien jusqu'ici que devions craindre de leur part, pour ce qui touche au service et con«tentement du Roi. Je ne laisse néanmoins d'avoir du déplaisir et regret de ce que ne peux exécuter promptement ce que Sa Majesté m'a commandé, et vous peux assurer, monsieur, que le temps qui se coule inutilement , m'est si en-* nuyeux et donne tant de chagrin, que sept ou huit mois , ou quelques jours davantage , qu'il faudra consumer en ce lieu , me vieilliront plus que six ans en France. J'qI fait le remerclmeut de la part de Sa M^yesté , du soin que les Etats avoient eu de faire les funérailles de feu M. de Buzanval, non au corps entier, mais à sept députés qui nous étoient venus voir pour autres affaires. Il sera bon que Sa Majesté leur en écrive 9 et montre de leur en savoir gré. Le Roi a perdu un bon serviteur en la mort dudit sieur de Buzanval, et qui étoit capable, bien entendu et aimé en ce pays ; mais il se laissoit aller du tout à ce qu'ils vouloient. Il vous honoroit aussi bien fort, et étoit votre serviteur avec raison; car vous aviex beaucoup aidé à sa fortune ; et la charge en laquelle il est mort, lui avoit été très-utile : est vrai que Dieu l'a pris lorsqu'il en pensoit jouir. Cet exemple doit servir à d'au-* très qui ont travaillé, et sont encore sans profit , de n'attendre à recueillir les fruits de leur travail, lorsqu'ils doivent plutôt penser à bien mou rir qu'aux commodités de la vie ; mais chacun est sage pour connoftre ce qu'il doit faire ou fuir, et peu capable de prendre pour eux-mêmes les conseils qu'ils sauroient bien donner à autrui. A l'instant de la réception de votre lettre j'é« crivis à M. de Waudrenecq, comme à celui qui mesembloit plus propre pour faire recouvrer des rosiers, et lui en demandai la plus grande quan^ tité qu'il pourra, comme douze douzaines de plançons. Il me fit aussitôt réponse que je m'en reposasse sur lui, et qu'il les enverroit chez vous à Paris, bien empaquetés, pour les faire tenir au Roi. Je vous ferai aussi tenir au même temps les modèles de moulins à eau dont m'avez écrit, les* quels je fais faire à Delphe. Je ne vous écrivis point avec la lettre du Roi, qui étoit du onzième du mois passé, pource que je la fis promptement et à la hâte, et averti que le sieur de Franchemont parti de huit jours auparavant, étoit en« core au port de la Brille, et devoit sortir à l'ins* tant, le vent étant devenu bon. Je prie Diea qu'il vous conserve, et suis, monsieur, votre très-humble et très-affectionné serviteur,
P, JsAirNlEf.
De La Haye^ ee sixième jour d'oetobns t60T«
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lïiGOCTÀTIO^S
Lettre du Roi, du S octobre 1607.
Messieurs Jeannin et de Russy , J'ai appris par vos lettres du vingt-quatrième du mois passé, que J'ai reçues le dernier d'ieelui , tous les discours et propos qui se sont passés entre vous et les députés du roi de la Grande-Bretagne, mon bon frère et cousin , en plusieurs conférences , visitations et assemblées faites entre vous, auxquelles Je reconnois que vous vous êtes gouvernés très-acoortement et prudemment. J*ai surtout observé le jugement que vous faites des intentions fines de leur maître , et les causes qu'ils vous ont données d'icelui, que j'ai de ma part jugées très-bien fondées : aussi les avis que j*ai d'ailleurs des délibérations dudit Roi, et la conduite de son ambassadeur envers moi , me confirment en la même opinion. Il faut donc que nous fassions état que ledit Roi favorisera et facilitera la paix tant qu'il pourra, soit que le roi d*Espagne envoie ou refuse la ratification que Ton lui a demandée; car il veut obliger à lui le roi d'Espagne et les archiducs , principalement les derniers, tant pour renouveler avec eux , et par leur moyen, l'ancienne confédération et correspondance des maisons d'Angleterre et de Bourgogne, que pour la Jalousie que les Anglais ont que je ne profite plus qu'eux de celle des Etats des Provinces- Unies. Toutefois vous avez très-bien foit de vous être conduit avec leursdits députés comme vous avez fait, et aurai à plaisir que vous continuiez sans faire paroltre, que le plus tard que vous pourrez , que vous vous défiez d'eux , mémement à l'endroit du sieur Bameveld: car, quoi qu'il vous dise, il s'entend mieux avec eux qu'avec nous, à cause, principalement, de la jalousie qu'il a du prince Maurice, lequel il sait être aimé ou supporté de moi. Et faut croire que tout ce que Baclou a dit en secret audit prince de l'inclination du roi d'Angleterre à la guerre, est un pur artifice pour l'abuser et couvrir la prétention dudit roi d'Angleterre.
Le seul refus que lesdits députés ont fait d'entendre à présent à l'ouverture de la ligue entre nous et lesdits Etats, découvre clairement que leur but n'est d'offenser les archiducs, ni s'obliger auxdits Etats pour la guerre, ni même les encourager ou fortifier de l'espérance d'un secours commun des deux rois sur les articles où ils sont de la négociation de la paix , comme je reconnois qu'il eût été trèsà propos de faire pour favoriser lesdits Etats en ladite négociation, soit envers les archiducs ou d'eux-mêmes, pour, par ce moyen , avancer la résolution de ceux-là et encourager ceux-ci, non pour rompre ladite paix, mais pour l'obtenir meilleure. C'est pourquoi j'es-
I time que vous ferez bien de faire remettre encore en avant par le sieur Bameveld , ou par les Etats, la susdite ligue, prenant argument de ce faire sur le retardement de la susdite ratification d'Espagne, du refus ou octroi de laquelle on n'a encore aucune certitude , Jaçoit que J'aie avis que le secrétaire du marquis Spinola , qui a été dépêché par les archiducs pour cet effet , soit arrivé à Madrid dès le quatrième du mois passé , et qu'il en ait depuis poursuivi chaudement l'expédition ; mon ambassadeur m'ayant écrit, par sa lettre du vingtième du mois passé, le secrétaire Prade avoir dit que la première ratification envoyée par son maître étoit plus que suffisante pour contenter lesdits Etats, de façon qu'elle ne seroit changée ; mais souvent ils font le contraire de ce qu'ils publient. Et pour moi, J*ai opinion qu'enfin ils l'enverront telle qu'on la demande, s'ils ne découvrent que lesdits Etats ne laisseront de passer outre audit traité de paix sans cela. Je dis donc qu'il est bon de leur donner Jalousie de la susdite ligue, quand bien nous devrions en retarder la conclusion , Jusqu'à ce que l'on soit éclairci s'ils enverront ou non la susdite ratification; car cette démonstration les réchaufifera grandement , et servira aussi à découvrir mieux les intentions desdits Anglais. Et s'ils s'excusent de ne vouloir offenser les archiducs et les Espagnols sans nécessité, et tant que l'on espérera la susdite ratification , laquelle engendrera ladite paix , l'on leur peut remontrer que les conditions de ladite ligue n'auront lieu qu'en cas de guerre, et que nous n'offenserons pas davantage lesdits princes par ce traité qui sera fait, ainsi conditionné , que nous avons fait ci-devant par les secours que nous avons départis auxdits Etats , devant même qu'ils eussent été reconnus pour peuples libres, ainsi qu'il a été fait.
Ce n'est pas que Je veuille de mon c6té pré-^ cipiter ni avancer la susdite ligue par-dessus les raisons que vous représentez par votredite lettre , principalement si les Anglais font difficulté d'y entendre maintenant ; car Je reconnois tnen, la paix n'ayant lieu , que je n'en serai que trop sollicité ; et que je ne dois entrer seul en cette danse, spécialement après le refus divulgué desdits Anglais. Mais il est certain , si ceux-ci l'entendoient bien, que la simple contenance que nous ferions à présent d'entendre audit traité , serviroit d'un grand aiguillon auxdits archiducs et Espagnols pour les hâter de traiter et d'en améliorer les conventions en faveur desdits Etats, avec lesquels Je remets aussi à votre Jugement d'avancer ou retarder celui que nous prétendrons fiiire avec eux en cas de paix , pour la commune défense de nos Etats. Mais gardez-vous bien de
BU PRÉSIDENT JEÀNNm.
leur faire encore connottreni espérer que je sois pour approuver qu'ils traitent avec les archiducs, nonobstant que le roi d*£spagne refuse ladite ratification ; car Je prévois que les auteurs et fauteurs de ladite paix embrasseroient volontiers ce conseil , et s'en excuseroient après et déchargeroient sur nous. Ce n'est pas que je le rejette entièrement; car je dis que les choses sont en tels termes, qu'il vaut mieux que lesdits Etats traitent seulement avec lesdits archiducs que de se rembarquer à la guerre, puisque le roi d'Angleterre ne veut faire pour eux davantage qu'il a fait ci-devant. Vrai est que si le roi d'Espagne ne ratifie le traité, et les archiducs aussi, les Etats ne jouiront sûrement du commerce d'Espagne; mais ils pourront toujours poursuivre celui des Indes, et auront en ce cas plus de besoin de mon amitié et support , que, par aventure, ils n'auront si le roi d'Espagne intervient franchement et nommément audit traité, comme je crois qu'enfin il fera, quelque difficulté ou scrupule qu'il montre de présent d'en faire. Mais je ne suis content de la déclaration ou proposition que les Etats vous ont faite de bouche et baillée par écrit lé dix-septième du mois passé ; car en disant qu'ils sont résolus de procéder au fait de la guerre ou de la paix avec mon conseil , assistance, intervention, contentement et manutention des deux rois, ils ne s'obligent pas de ne faire le dernier sans notre consentement, comme ils ont toujours promis de faire ; et suis encore plus mal édifié et satisfait de la raison qu'ils allouent pour couvrir et excuser cette différence, ou pour mieux dire la défiance que je connois par là qu'ils continuent d'avoir de moi , que du susdit changement ; de quoi toutefois je vous déclare que je me soucierois aussi peu que les Anglais, si je ne de vois à présent mettre la main à la bourse non plus qu'eux. Mais je trouve bien étrange quïis continuent à me demander de l'argent , et qu'ils fassent difficulté de me promettre qu'ils ne traiteront sans mon consentement, comme si c etoit une promesse qui leur fût du tout inutile , et sans condition favorable pour eux, ou s'ils avoient sujet de se défier de ma volonté en la conclusion de ladite paix , après les grandes assurances que vous leur en avez données. Véritablement ils ont tort de se comporter ainsi en inon endroit. S'ils le font pour le respect du roi d'Angleterre, je m'en plains encore davantage; car ils ne doivent nous traiter également en cas semblables, puisque je ne fais difficulté d'offenser leurs ennemis pour les assister, comme fait ledit Roi, et qu'ils ne se peuvent passer de ma bourse.
J'approuve, au reste, la réponse que vous avez