PRÉFACE XXI
cytaire ne se révèle à nous par aucun acte de conscience ». Car telle est Toblusilé de cette conscience humaine, qu'elle est incapable de percevoir môme « les sensations particulières des spermies et des ovules » (209) !
C'est sur les qualités guerrières de ces chasseurs infatigables que repose d'après la science le salut de l'humanité. Il ne s'agit pas d'ailleurs d'une simple chasse aux microbes : « Si je dis lutte, ce n'est pas par métaphore. 11 s'agit bel et bien d'une vraie bataille » (p. 312). Aussi la science imitant les sobriquets des Peaux-Rouges désigne- t-elle les leucocytes sous le nom sonore et très belliqueux de phagocytes. Ainsi baptisés, les globules blancs ne sont pas seulement doués d'une sensibilité propre. « Ils ont une sorte d'odorat ou de goût qui leur permet de reconnaître la constitution du milieu qui les entoure. Selon l'impression ressentie ils s'approchent des corps qui les provoquent, ou restent indifférents et môme s'en éloignent » (314). Munis d'une sensibilité extn^me, et de sens aussi parfaits que l'odorat et le goût, ces globules batailleurs possèdent encore la science militaire la plus parfaite. Outre leur faculté de reconnaître les ennemis dans l'obscurité', ils ont un système de mobilisation qui fonctionne à merveille.
Leurs centres de mobilisation et les dépôts de leurs cadres se trouvent dans la moelle des os. Aussitôt que les phagocytes reconnaissent la présence des microbes qui nourrissent des desseins homicides par infection, ils avisent par une sorte de télégraphie sans fil tous leurs dépôts ^ Aussitôt surgissent des millions de combattants encadrés par les vétérans réunis dans ces dépôts. Et comme les phagocytes ont le goût militaire,
et sentent l'odeur de la poudre dès leur âge le plus tendre, la
moelle des os par une production accélérée est à môme d'envoyer sur le champ de bataille des quantités inépuisables de jeunes guerriers instruits qui, sitôt arrivés sur les champs de
1, D'après d'autres expérimentateurs relie défense de l'organisme s'opère selon la formule ancienne ubi irritatio, ihi afjflujrus, simplement par la voie des nerfs; mais la vraie « science » ignore complètement le système nerveux et daigne à peine mentionner son exislence dans l'étude de la nature humaine. Leur sensibilité est si inférieure à celle des globules blancs ou des protozoaires! (Voir plus loin.)
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bataille, se mettent à dévorer leurs ennemis. Aussi habiles tacticiens que stratégistes sagaces les phagocytes n'en font qu'une bouchée, et le plus souvent la victoire leur est acquise.
Mais, même en temps de paix, quand l'organisme n'est pas menacé d'invasions étrangères, ces infatigables guerriers sont loin de s'adonner à l'oisiveté ; leur insatiable voracité les en empêcherait d'ailleurs. Ils s'occupent alors d'absorber « les épanchements sanguins et les divers autres éléments qui pénètrent dans les endroits oîi ils ne peuvent remplir aucun rôle utile ». En cas d'apoplexie « les phagocytes se réunissent autour du caillot sanguin et le dévorent avec les globules de sang qu'il renferme » (312). En un mol, en temps de paix, en bons gendarmes comme les appelait Duclaux, ils maintiennent l'ordre à l'intérieur, ramassent les éléments vagabonds et ne reculent pas devant la mise à mort de leurs frères rouges égarés dans le caillot.
Mais toute médaille a son revers. L'excès du militarisme est aussi dangereux aux individus qu'aux Etals. M. Metschnïkoff remarque judicieusement que trop de militarisme amène la décadence des peuples; trop de phagocytes provoquent peu à peu la déchéance de l'organisme humain ! Il y a deux grandes catégories de phagocytes : les petits, lee microphages, sont mobiles, « et les grands, tantôt mobiles, tantôt fixes », désignés sous le nom de macrophages. Ces macrophages se déguisent « tantôt sous forme d'une certaine catégorie de globules blancs du sang, de la lymphe et des exsudais, tantôt sous forme de cellules fixes du tissu conjonctif, de la rate, des ganglions lymphatiques, etc. M (313). Les macrophages sédentaires forment une sorte d'armée territoriale.
Malheureusement à la longue ces macrophages deviennent de vrais prétoriens et manifestent la déplorable tendance à s'attaquer aux « éléments nobles» de l'organisme, affaiblis par Tàge et même à les dévorer.
La vieillesse et la mort de rhomme ne sont que les tristes conséquences de l'excès de Vesprit militaire des macrophages. Et comme la science n'affirme rien sans prouves, M. Metschmkoff
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reproduit à la page 316 une préparation de Técorco cérébrale d'une femme de H7 ans empruntée au D*" Marinesco, qu'il reconnaît être « une autorité pour tout ce qui touche le système nerveux ». Sur cette figure (13) on aperçoit une cellule nerveuse, dont les parties atrophiées sont remplacées par des cellules ordinaires. M. Marinesco déclare n'avoir jamais trouvé dans ses préparations traces de macrophages. Pour lui, « l'atrophie sénile n'est donc pas la fonction de l'invasion de la cellule nerveuse par les phagocytes ». Mais la « science » qui connaît l'art des macrophages de se déguiser en cellules variées, même en cellules de tissu conjonctif, n'est pas dupe de ce déguisement. M. Metschnikoff n'hésite pas à affirmer que cette figure 13 représente bien des macrophages pris en flagrant délit de satisfaire leur voracité aux dépens « des cléments nobles ».
Pour corroborer cette affirmation, il produit une seconde figure (16) représentant celle-ci, un cheveu en train de blanchir. Cette figure est censée montrer des macrophages de l'arme des pigmentophages, en train d'enlever le pigment des cheveux, afin de le déposer dans la peau. Et voilà pourquoi les cheveux blanchissent ! Ces pigmentophages accomplissent ainsi de véritables travaux de gnomes de contes de fées. Leur tâche doit être bien lourde, surtout dans les cas de blanchissement subit des cheveux, par suite de violentes émotions; ils déplacent alors en quelques heures le pigment entier d'une chevelure abondante d'une personne encore jeune ! Exploit d'autant plus méritoire de leur part, qu'en véritables gnomes ils accomplissent cette rude tâche dans un moment de « surexcitation » pour s'amuser, sans aucun but intéressé, puisqu'ils ne dévorent pas le pigment et se contentent de le déposer ailleurs. L'auteur ne dit pas si ces pigmentophages se chargent aussi de rapporter ce pigment de la peau, dans les cas où les cheveux imparfaitement blanchis reviennent à leur couleur normale. Il garde aussi le silence sur l'endroit où les microphages déposent ce pigment chez les nègres dont les cheveux grisonnent.
En réalité la figure 16 ne montre qu'un cheveu dont le pig-