CHAPITRE IV
LES INFLUENCES QUI MODIFIENT, ET LES LOIS QUI DIRIGENT L'ACTION DES NERFS CARDIAQUES
§1- Action des changements de pression sur les nerfs du cœur.
L'action qu'exercent les modifications de la pression sanguine sur le système nerveux du cœur est d'une haute importance pour son fonctionnement régulier. Nous venons d'exposer un cas spécial de cette action : celle qui se manifeste par Tinlermédiaire du nerf dépresseur.
Comment les variations do la pression sanguine agissent-elles directement, sur les centres nerveux extra- et intracardiaques ? En d'autres termes, comment se comporte le cœur sous Tinfluence des variations de pression dans la boîle crânienne et dans la cavité du cœur lui-même en dehors de l'intervention du nerf dépresseur? Peu de problèmes touchant la physiologie du cœur ont donné lieu à tant de recherches contradictoires.
Celles qui furent entreprises dans cette direction avant la découverte du nerf dépresseur ne peuvent plus être prises en considération pour la solution du problème ; un important facteur inconnu, Finlervention du mécanisme de ce nerf, ayant forcément compliqué les résultats de ces recherches. Exception toutefois doit être faite pour l'étude de Ludwig et de Thiry, au moins pour leurs expériences, dans lesquelles toutes les communications du cœur avec le cerveau et la moelle épinière avaient été détruite par voie galvanocaustique. Ainsi qu'il a été dit plus haut (p. 19), les deux expérimentateurs avaient observé
très souvent dans ces cas une accc^lération considérable des battements du cœur, comme suite d'une augmentation de la pression sanguine, provoquée par la compression de Taorte ou par l'excitation de la moelle épinière. Plus rarement ils observèrent un ralentissement comme effet de Télévation de la pression.
Depuis la découverte du nerf dépresseur, les premières recherches dans cette voie furent exécutées par E. et M. Cyon (76), puis par Bezold et Sterzinsky. Les résultats obtenus sont presque identiques à ceux indiqués par Ludwig et Tuiry. Cyon attribue la différence dans les effets de Télévation de la pression sur le cœur, tous les nerfs extracardiaques étant détruits, àTélat du cœur lui-même, c'est-à-dire à sa capacité de réagir contre Taugmentation de la pression artérielle. Bezold et Sterzinski étudièrent également les effets de la baisse de la pression sanguine, qu'ils provoquèrent à l'aide de saignées. Ils établirent certaines limites, dans lesquelles pareille baisse produit une accélération des battements. Au-dessous d'une limite donnée, la dépression sanguine amène le ralentissement cardiaque.
Knoll (212) et Navrocki (213) arrivèrent à des résultats qui, pour une part au moins, étaient en contradiction flagrante avec les recherches précédentes. Le premier nie tout effet constant de l'élévation de la pression sanguine sur la fréquence des battements du cœur. Navrocki obtint des résultats très contradictoires ; de ses conclusions nous ne relèverons que la suivante qui se rapproche le plus de la réalité des faits : « La pression sanguine peut modifier par la voie des pneumogastriques la fréquence des battements du ca»ur; l'élévation de la pression augmente le tonus de ces nerfs et ralentit ainsi les pulsations ; une baisse de la pression diminue ce tonus et augmente la fréquence des battements. »
Le travail le plus complet sur la question a été exécuté par S. TscHiRiEw (21 i) à l'aide de méthodes d'une précision incontestable. Ses expériences sur les effets de l'élévation de la pression se divisent en trois groupes : 1) Les nerfs du cœur (pneu-
mogastriques, sympathiques et ddpresseurs) étaient coupés ; 2) indépendamment de la section de ces nerfs on avait de plus extirpé les ganglions cervicaux inférieurs et Ihoraciques supérieurs, et 3) on avait sectionné les nerfs du cou et de la moelle épinière au-dessus de Tatlas. A^'oici les principales conclusions du travail de Tschiriew :*Des variations brusques et considérables de la pression sanguine exercent une action sur le rythme cardiaque, aussi bien apn>s la section des nerfs du cou qu'après l'interruption de toutes les voies nerveuses extracardiaques^.. Elles impressionnent aussi bien l'appareil modérateur intérieur du cœur que ses ganglions moteurs, en accélérant ou en ralentissant les pulsations. Rarement elles les laissent sans changement. Le caractère définitif des changements de la fréquence des battements cardiaques dépend de l'action réciproque des excitations de ces appareils nerveux cardiaques... L'accélération des pulsations s'observe pendant la baisse de la pression sanguine, aussi bien après la section des nerfs du cou, qu'après l'entier isolement du cœur des centres nerveux, du cerveau ou de la moelle... »
Ainsi formulées, les conclusions de Tschiriew sont encore incontestables.
Les expériences très variées de Johansson (215), exécutées aussi avec beaucoup de soin, arrivent en général à des conclusions identiques à celles que nous venons de résumer. Cet auteur a surtout insisté sur le rôle prépondérant joué par la vitesse avec laquelle se produisent les variations de la pression sanguine. Plus ces variations sont rapides, plus est prononcée la modification de la fréquence des battements du cœur.
Nous devons nous arrêter plus longtemps sur les expériences de Marey (216), exécutées en 1873, également sur le cœur isolé des tortues. La position que ce physiologiste occupe dans la question est tout à fait particulière. Dès 1859 (217), Marey se prononça d'une manière trop catégorique sur l'influence de la pression artérielle sur la fréquence des battements du cœur. Faisant complètement abstraction du système nerveux extra- et inlracardiaque, Marey étudia l'action qu'une augmentation de la
15^ LKS NERFS Dl' CŒUR
tension dans rappareil circulatoire devait exercer sur le rythme et la force des contractions, à Taide d'expériences faites sur des animaux dont tous les nerfs cardiaques étaient restés intacts. 11 observa ainsi que l'augmentation de pression ralentissait souvent les battements, tandis que la diminution les accélérait. iNous avons déjà montré que cVst là Un phénomène purement nerveux provenant dans le premier cas de Texcitation des centres des nerfs pneumogastriques par suite de l'augmentation de la pression cérébrale, et dans le second, de l'excitation des accélérateurs par suite de l'effet contraire. Mais Marevuc voulait voir dans ce phénomène que la simple application d'une loi hydraulique au travail du cœur. « Le cœur règle le nombre de ses mouvements sur les résistances qu'il doit vaincre à chacune de ses systoles ; que si on élève la pression du sang dans les artères, le cœur, devant à chaque systole soulever une charge plus forte, ralentit ses battements, car chacun d'eux, constituant une grande dépense de travail, devra être suivi d'un plus long repos. » Cette dernière conclusion est trop exclusive. Le cœur peut vaincre des résistances plus grandes par diverses voies : par des contractions plus fortes et plus rares ou plus faibles et plus fréquentes. 11 ne suit pas les pures lois hydrauliques applicables, par exemple, à une simple pompe en caoutchouc, parce que, grâce à son mécanisme nerveux automatique, il est à même de régler son travail selon les causes de résistance qu'il a à vaincre, et selon les forces dont il dispose. Cela constitue précisément la supériorité du mécanisme cardiaque, qu'il possède un système nerveux lui permettant de varier dans de très larges limites les moyens pour arriver au but. La loi de la division du travail du cœur dans le temps, qui est la caractéristique de l'action des nerfs cardiaques, loi établie par Cyon, est notamment un de ces moyens. L'action des nerfs dépresseurs eu est un second, bien plus puissant encore : à l'aide de ces nerfs, au lieu de vaincre les résistances en variant seulement son mode de travail, le cœur les diminue, et fait ainsi une économie de forces. 11 peut de la sorte surmonter les résistances sans même modifier aucunement le nombre de ses battements (Cyon et Ludwig), comme dans le
cas OÙ raciion réflexe du dépresseiir sur le pneumogastrique est supprimée par la section de ce dernier, — ou môme en les accélérant par voie réflexe (Bayliss, Cyon). « On n'est plus en droit, écrivait avec raison Vlliman (218), d'appliquer au jeu de Tappareil cardio-vasculain» les données de la mécanique hydraulique, et, si on se laisse enlraîner dans cetle voie, on risque fort de commettre des erreurs regrettables. »
Les expériences de iMarp^y sur des cceurs de tortues séparés du corps furent exécutées dans des conditions bien meilleures, puisque l'influence des nerïs exiracardiaqnes était écartée. Mais il restait encore les mécanismes nerveux intracardiaques et, comme nous l'avons vu par les nombreuses expériences de TscHiHiEFF, Johansson et autres, Taugmentation de la tension produit encore des résultats bien différents selon l'état de ces centres nerveux et leur mode d'intervention.
Les expériences de Betzold et Sistschinskv (219), ScmFF (220) et surtout de I. Ludwk; et Luchsinger (221), sont particulièrement intéressantes à ce point de vue. KUes démontn»nt que, dans certains cas d'augmcîntation de la pression dans les cœurs de grenouilles séparés du corps, Taccélération des battements du civuY est si considérable que Texcilalion, même très forte, du pneumogastrique est incapable de la ralentir. Le ccpur est dans l'impossibilité absolue de « soulever à chaque systole une charge plus forte » et de « ralentir ses battements », comme l'exigerait la loi hydraulique de Marey : aussi parvieut-il au môme résultat en soulevant de petites charges à chaque systole, mais en multipliant le nombre de ces systol(»s. Le travail du cœur tend à rester constant , comme l'avait reconnu Marby (21 fi), mais ce but est atteint par des moyens très divers, que Cyon a indiqués dès l'année 1866 (Voir plus haut).
Les résultats si variés en apparence que les nombreux observateurs ont obtenus en modifiant la pression sanguine, même sur les animaux dont les nerfs extracardiaques avaient été sectionnés, provienm^nt justement de Tinlervention des multiples appareils régulateurs contenus dans le cœur lui-même. Pour observer les effets de pareilles variations sur le muscle
loi LES .NERFS DU CŒLB
cardiaque seul — qui, d^ailleurs, est lui aussi un appareil d*une construction extrêmement complexe, — il faudrait avoir le moyen de paralyser son système nerveux inlracardiaque. Or nous possédons bien plusieurs poisons, comme Fatropine, par exemple, qui paralysent absolument les terminaisons des nerfs pneumogastriques, mais nous manquons de substances agissant d^me manière aussi certaine sur les terminaisons des nerfs accélérateurs et sur leur système ganglionnaire central. Du reste, l'atropine elle-même n'agit que sur les terminaisons des pneumogastriques et reste sans effet sur les ganglions modérateurs du cœur lui-même, comme Ta démontré Tschirieff'214), justement à propos des expériences sur les effets des variations de la pression, dont nous venons de donner les conclusions.
Tout récemment KREutet Romberg .IO) ont cru établir que le ventricule des mammifères, même privé de ganglions, avait la faculté d'adapter la fréquence de ses battements aux augmentations de la pression. Nous avons déjà signalé la défectuosité des méthodes d'investigation employées par ces auteurs, ainsi que le caractère tout à fait arbitraire de leur alGrmation, que certaines ligatures appliquées par eux sur le cœur supprimaient toute action des cellules ganglionnaires. Mais, en admettant môme qu'ils aient réussi à travailler sur des ventricules entièrement privés lie ganglions, quelles preuves fournissent-ils à l'appui de leur thèse? Nous trouvons dans leur travail deux expériences se rapportant à cette question: 51 et 53 (p. 81 et suiv.). Or, dans la première de ces expériences, on nous donne des indications sur les changements de la pression sans nous apprendre quelles variations de la fréquence des battements correspondaient aux changements indiqués. Dans l'expérience 53, c'est l'omission contraire qui a lieu. Ce sont les indications sur les variations de la pression qui le plus souvent font défaut. Sur la fréquence même des battements, au lieu de chiffres précis, nous lisons: « sans changement »... « forte accélération », — données trop vagues pour avoir une valeur quelconque.
Que le ventricule isolé et privé des cellules ganglionnaires
puisse réagir efficaconieni conlrc raugmentation des résistances, le fait en lui-même est possible ; mais, fiU-il exact, on ne serait pas encore autorisé à en conclure que celle réaction provient du muscle cardiaque lui-môme. 11 est plus probable que le réseau nerveux qui entoure les fibres musculaires y joue un rôle prépondérant.
L'interprétation des phénomènes qui produisent les variations de la tension artérielle présente bien plus do difficultés encore quand, pendant ces variations, les nerfs extracardiaques sont restés intacts. Les phénomènes que nous venons de décrire se compliquent alors par Tact ion que Taugmentation de la pression doit forcément exercer sur les centres de ces nerfs situés dans le cerveau ou dans la moelle épinière. Les centres des pneumogastriques sont soumis, chez la plupart des animaux, à une excitation tonique qu'on a attribuée à des causes diverses : elle serait due, d après Traube (222), à Tacide carbonique du sang ; d'après Behnstein (223) et autres, à une action réflexe provenant en grande partie des excitations périphériques, notamment de celle des nerfs splanchniques (Asp). De nombreux physiologistes ont considéré la pression qui existe dans la boîte crânienne comme contribuant au maintien du tonus de ces centres. Le ralentissement des mouvements du cœur, que produisent les compressions directes du cerveau, ainsi que le fait déjà constaté par (k)oi»ER, Magendie et autres, que Tanémie cérébrale provoquée par la compression des carotides amène au contraire une' accélération des battements cardiaques, — semblent permettre d'attribuer une pareille origine au tonus des pneumogastriques (Voir dans le chapitre v, § 8, les nouvelles recherches de Cyon sur la résurrection des centres cérébraux des nerfs accélérateurs après une anémie complète du cerveau).
L'existence d'un tonus des nerfs accélérateurs est moins bien établie. Elle a cependant acquis une grande vraisemblance à la suite des expériences de Tschirieff (214), et de Stricker et Wagner (225) qui ont observé un ralentissement des pulsations après Textirpation des ganglions que traversent les nerfs accélérateurs. Le tonus en question proviendrait, en partie au
moins, des centres cérébraux de ces nerfs, dont Torigine anatomique est encore bien peu connue. Quoi qu'il en soit, les changements dans la pression sanguine doivent le plus souvent se manifester par une variation de la pression intracrânienne qui peut réagir dans Tun ou l'autre sens sur les centres des nerfs cardiaques. II est très difficile de déterminer de prime abord, d'après une variation donnée de la fréquence des battements du cœur, sur quel centre cérébral l'action de la pression s'est exercée : un ralentissement peut dépendre aussi bien d'une diminution du tonus des accélérateurs que d'une augmentation de celui des pneumogastriques, et même des deux causes à la fois. On peut en dire autant de l'accélération des battements. Il est extrêmement probable que les augmentations de pression agissent de préférence sur les centres des pneumogastriques et les diminutions sur les centres des accélérateurs. Cela résulte de la plupart des expériences faites jusqu'à présent, ainsi que des observations sur les effets contraires de Tanémieel de Thyperémie du cerveau. En ce qui concerne les centres intracardiaques, nous avons déjà vu que ces effets contraires se manifestent également dans le sens opposé sur les deux antagonistes.
La plupart des observateurs sont d'accord avec Cyon et TscniRiEFF, qui affirment que les elTets des variations de la tension artérielle sur les nerfs du ccrur, dépendent en grande partie de l'état d'excitabilité des divers centres nerveux cardiaques. C'est encore là une raison pour que, dans les limites des règles fixées par les conclusions du travail de Tsciiirikff citées plus haut, une diversité des résultats puisse se manifester.
Certains résultats de recherches récentes sur les glandes vasculaires, dont la destination physiologique est restée si longtemps un des plus irritants mystères de notre science, ont fait entrer dans une phase nouvelle la question de la tonicité des nerfs cardiaques. Nous parlons des recherches de [('yon (53) sur les rapports des nerfs du cœur et de la glande thyroïde ainsi que sur les fonctions de l'hypophyse (120-122-220) et des études entreprises par le même auteur (227^) et par IIowkll (228) sur Taction des extraits de celte glande.
Ces recherches de Cyon sur les fonctions de Thypophyse (120, 229), jettent une lumière nouvelle sur le mc^canisme intMne à Taide duquel Taugmentalion de la tension artérielle agit sur certains centres cardiaques.
Après avoir établi que l'excitation de Thypophyse par l'augmentation de la pression provoque une forte excitation des nerfs pneumogastriques, Cyon chercha à déterminer si l'excitation des terminaisons centrales de ces nerfs, qu'on observe pendant l'augmentation de la pression inlracrûnienne, ne se produit pas par la voie de l'hypophyse. Les compressions de l'aorte abdominale avant et après l'extirpation de l'hypophyse lui permirent de constater chez le lapin que tel est réellement le cas: l'augmentation de la pression artérielle reste sans effet sur les terminaisons centrales des pneumogastriques après une pareille extirpation. La pression intracrânienne agit par conséquent sur ces terminaisons par voie réflexe : elle met en excitation l'hypophyse, et c'est celte excitation qui se transmet au pneumogastrique. On voit à quel point- sont complexes les mécanismes qui permettent au cœur de maintenir son travail constant. En effet le but immédiat de l'hypophyse est de préserver le cerveau d'une trop haute pression. Mais, si cette pression est amenée par une augmentation des résistances dans l'appareil circulatoire, l'intervention de cet organe permet également au cœur de vaincre ces résistances, cette fois par un ralentissement de ses contractions et une augmentation de leur amplitude.
Comme on le voit, si les centres des nerfs cardiaques sont à même de modifier notablement leur action sous l'influence des variations dans la tension artérielle, cette faculté n'est pas une chose fortuite, mais possède au contraire une grande portée fonctionnelle. Nous sommes là en présence d'un des nombreux mécanismes automatiques dont nous avons parlé au début de notre exposé, par lesquels il est donné au cœur de régler la circulation dans les divers organes et de parer lui-môme aux divers accidents qui, à chaque instant, se rencontrent dans l'appareil circulatoire, si complexe par son rôle physiologique ainsi que par la multiplicité de ses organes.
Ajoutons encore que déjà, avant les recherches de Cyon, Roy el Adami (230), en étudiant la compression cérébrale et ses effets sur les centres des pneumogastriques, avaient émis l'avis qu'ils sont probablement destinés à protéger d'une manière quelconque le cerveau contre les dangers de la compression. Des recherches ultérieures démontreront certainement que l'excitation des nerfs accélérateurs par la diminution de la pression cérébrale ou par l'anémie du cerveau a une destination également protectrice. En effet, les conséquences de l'augmentation de la tension artérielle sur la pression intracrânienne doivent varier en sens opposé, suivant la cause qui Ta amenée. Une compression de l'aorte, par exemple, augmentera certainement cette pression. Par contre, un rétrécissement général des petites artères, tout en augmentant la tension artérielle, pourrait plutôt amener une diminution de la pression intracrânienne et même une anémie cérébrale, comme l'a établi Cyon (231,232). L'entrée en jeu des pneumogastriques, qui favorise l'écoulement du sang hors de la boîte crânienne, serait d'un grand secours dans le premier cas. L'excitation des accélérateurs et les conséquences de l'accélération des battements cardiaques pourraient, au contraire, agir efficacement contre l'anémie cérébrale.
On voit que les apparentes contradictions constatées par les différents auteurs dans la diversité d'action de la tension artérielle sur les centres nerveux cardiaques, ne sont pas le résultat d'accidents capricieux. Ces variations ont, au contraire, une grande portée physiologique et répondent aux besoins de l'organisme qui réagit différemment selon les causes qui ont amené les changements de la tension artérielle.
Action des nerfs sensibles sur les nerfs du cœur.
Tous les nerfs sensibles, comme tous les nerfs sensoriels, exercent une action rétlexe sur ceux du cœur. Dès 1858 Claude
INFLUtlNCES ET LOIS DES NERFS CARDIAQUES 159
Bernard (233) avait démonlré que Texcitalion des nerfs sensibles ou des racines postérieures de la moelle épinière provoque un ralentissement des battements du cœur. Depuis lors d'innombrables, recherches furent faites pour préciser les conditions dans lesquelles les nerfs sensibles influencent les divers nerfs cardiaques. Ces conditions sont encore plus complexes dans les expériences de ce genre que quand il s'agissait d'étudier les effets de la pression sanguine sur les mêmes nerfs. Non seulement, pu effet, les nerfs sensibles exercent une action réflexe sur les nerfs du cœur, mais ils en possèdent une autre bien plus puissante encore sur les nerfs vaso-moteurs; c'est-à-dire qu'à côté de leur action directe sur les premiers, ils agissent encore indirectement par l'intermédiaire des variations de la pression sanguine.
Mais là ne s'arrêtent pas les complications qui mettent obstacle à l'interprétation des phénomènes qu'on observe. L'excitation des nerfs sensibles agit également sur les vaso-moteurs du cerveau et sur ceux du cœur lui-même; de là une nouvelle source de modifications dans les contractions cardiaques, source d'autant plus difficile à préciser que ces vaso-moteurs euxmêmes nous sont encore très peu connus.
11 n'y a donc pas lieu de s'étonner de la diversité des résultats qu'on obtient par l'excitation des nerfs sensibles. Les effels de cette excitation varient d'abord selon que les nerfs extracardiaques sontrestés intacts, ou non. Dans le premier cas, les nerfs sensibles provoquent le plus souvent des ralentissements des battements du cœur, rarement des accélérations. Le choix du nerf sensible ainsi que la force et la durée de l'excitation ne sont pas sans influencer beaucoup les résultats. Ainsi les branches musculaires du nerf sciatique produisent des accélérations, tandis que les branches cutanées, au contraire, agissent plutôt sur les pneumogastriques (Voir Reynier, 234, 133). Les excitalions faibles provoquent par voie réflexe le plus souvent des ralentissements des battements du cœur. Le contraire a lieu pour des excitations intenses.
En dehors des nerfs de sensibilité générale qui donnent des
variaiions notables, il en est d'autres dont les effets présentent plus d'uniformité. Les nerfs intestinaux qui dépendent du grand sympathique exercent une action réflexe plus constante. Ainsi GoLTz (233) a constaté que l'excitation mécanique du ventre provoque chez la grenouille un arrêt du cœur, phénomène qui ne se reproduit pas après la section préalable des [mcumogastriques. Bernstkin (236) a démontré qu'on peut obtenir le môme résultat en excitant par des courants électriques les nerfs sympathiques du ventre. Asp (237) observa que Texcitation du bout central des splanchniques provoque un ralentissement des battements, accompagné d'une forte élévation de la pression sanguine. Cet auteur admet pourtant que dans certaines circonstances les splanchniques peuvent agir également sur les centres des nerfs accélérateurs.
L'action des organes intestinaux s'exerce certainement aussi par la voie de l'excitation des terminaisons nerveuses des pneumogastriques dont certains filets agissent par voie réflexe sur le centre modérateur du cœur situé dans la moelle allongée. Un exemple très intéressant de semblables réflexes nous est déjà donné par le nerf dépresseur. E. IIkring (238) a constaté que les terminaisons du pneumogastrique dans les poumons sont mécaniquement excitées par leur insufilation. Et quand celle-ci n'est pas trop forte, elle produit une accélération des battements du cœur. Cette action réflexe a très probablement une importance fonctionnelle. Sur les courbes respiratoires de la circulation on observe souvent que pendant l'inspiration le pouls est légèrement accéléré.
L'excitation du nerf laryngé supérieur agit de préférence sur les nerfs accélérateurs. Le nerf laryngé inférieur est sans effet notable sur les nerfs cardiaques.
Parmi les nerfs crâniens les nerfs optique, olfactif, acoustique et glosso-pharyngien agiraient, d'après les recherches de CouTY et Charpentier f239), tantôt sur les pneumogastriques, tantôt sur les accélérateurs. Par contre, le nerf trijumeau, suivant les expérienct^s de IIolmoren (2U)), Kratscumer (241) et autres, n'aurait d'action que sur les pneumogastriques. Selon
les récentes recherches de Cyon (120-226), les terminaisons de ces nerfs situées dans la muqueuse du nez agissent sur le centre des nerfs pneumogastriques par Tintermédiaire de l'hypophyse, au moins chez le lapin. Cet organe étant détruit, Firritation de la muqueuse nasale à Taide de Tammoniaque ou des sels anglais, par exemple, est sans effet sur le ralentissement des battements du cœur, alors même que les nerfs trijumeaux et pneumogastriques sont restés intacts. L'effet salutaire de l'action réflexe de la muqueuse du nez sur le cœur, en cas de syncope, se produit donc indirectement sur les nerfs cardiaques par l'entremise de l'hypophyse cérébrale.
Les poisons physiologiques du cœur.
Sous cette dénomination Cyon (132, 107, 231), désigne certains produits de sécrétion interne qui exercent une influence physiologique sur les systèmes nerveux cardiaque et vaso-moteur. Celte influence est destinée à assurer l'intégrité de leur fonctionnement en les maintenant dans un état d'excitation tonique ou à un degré d'excitabilité qui facilite leur entrée en fonction. Il est très probable que les deux manières d'agir se confondent le plus souvent.
Cyon les a appelées joowows du cœur, parce que leur action offre beaucoup de ressemblance avec celles de certains poisons cardiaques dont il est question plus loin. Souvent, en effet, elles constituent des contre-poisons destinés à combattre les effets de ces poisons extérieurs ; de plus, il n'est pas impossible qu'elles se rapprochent de ces derniers par leur composition chimique.
On a, depuis longtemps, reconnu dans l'organisme la présence de produits susceptibles d'agir comme excitants des nerfs cardiaques et vaso-moteurs. Rappelons seulement comme exemple Tacide carbonique. Mais c'étaient là des produits de l'oxydation, ou de la décomposition de substances organiques qui avaient déjà rempli leurrôle^physiologique, produits destinés De Cyon. 11
à être éliminés de rorganisme, leur accumulation pouvant présenter de graves dangers. Le groupe des toxines appartient à ce genre de poisons.
Tout autres par leur origine et leur rôle sont les poisons physiologiques dont il s'agit. Ceux-ci sont le produit de processus synthétiques \ des organes — et en première ligne les glandes vasculaires — les élaborent ad hoc et les versent dans le sang pour qu'ils y remplissent auprès des centres nerveux cardiaques et viiso-moteurs la mission que nous venons d'indiquer sommairement.
D'après Cyon, ce qui caractérise ces substances, c'est qu'elles sont élaborées dans des glandes qui remplissent, en outre, dans la circulation du sang, un rôle mécanique correspondant de tous points au rôle chimique de la substance sécrétée. Ainsi les glandes thyroïdes, par exemple, font l'office d'organes destinés à préserver le cerveau contre les grands et subits afflux sanguins ; à l'entrée des carotides dans le crâne, elles forment, pour ainsi dire, des écluses qui détournent une grande partie du sang de ces artères en le renvoyant dans les jugulaires. Elles obtiennent ce résultat en élargissant les vaisseaux glandulaires sous l'action du dépresseur et d'autres vaso-dilatateurs. Voilà pour le rôle mécanique des nerfs thyroïdes. Leur rôle chimique consiste dans la production d'une substance — Viodothyrine, un des poisons physiologiques du cœur, — destinée à augmenter l'excitabilité du dépresseur et du pneumogastrique, c'est-à-dire des nerfs dont l'action doit faciliter dans une large mesure à la glande thyroïde l'accomplissement de sa tâche physiologique. Â ce point de vue, Cyon a étudié jusqu'à présent les produits des trois glandes : de la thyroïde, de l'hypophyse et des capsules surrénales.
a) Les produits de la thyroïde. — On n'a encore isolé jusqu'à ce jour qu'une seule substance du corps thyroïde, laquelle peut être considérée comme son produit normal : c'est l'iodothyrine de Baumann. Les recherches de Cyon (53-242) sur l'iodothyrine tendaient à établir l'action qu'elle peut exercer sur les nerfs du cœur et des vaisseaux. Ces expériences furent exécutées sur des
lapins et des chiens. Voici le résumé des conclusions de plusieurs travaux que rexpérimentateur a publiés sur cette'questîon : 1) riodothyrine introduite directement dans le sang exalte Texcitabilité des nerfs dépresseurs et pneumogastriques, quand celle-ci est normale ou diminuée ; elle la rétablit quand, pour une cause quelconque, comme par exemple le goitre ou la thyroïdeclomie, cette excitabilité est abolie. 2) L'action de Tiodothyrine s'exerce sur les deux terminaisons des nerfs régulateurs du cœur : même après la section des dépresseurs et des pneumogastriques, rinjoction intraveineuse de cette substance augmente ou l'établit instantanément Fexcitabilité. 3) L'iodothyrine diminue notablement Texcitabilité des nerfs accélérateurs et vaso-constricteurs. Cyon n'a pas réussi à élucider si elle obtient ce résultat seulement par voie indirecte en renforçant leurs antagonistes, ou également par une action directe sur le système sympathique. Les deux actions sont probables. 4} Quand Texcilabilité des nerfs régulateur, dépresseur et pneumogastrique est diminuée ou abolie par suite d'un empoisonnement avec l'iode, l'atropine ou la nicotine, l'introduction intraveineuse de l'iodothyrine est à même de la' rétablir : ainsi une injection de deux centimètres cubes d'iodothyrine, qui renferme l'"'^'',8 d'iode, suffit souvent, chez le lapin, pour neutraliser l'effet de deux grammes d'iodure de sodium, c'est-à-dire de plus d'un gramme d'iode. Quant à l'excitabilité des pneumogastriques abolie par l'atropine ou la nicotine, Tiodothyrine ne la rétablit pas intégralement; elle rend les pneumogastriques susceptibles de provoquer des ralentissements des battements cardiaques avec augmentation de leur amplitude, mais ces nerfs ne peuvent plus amener un arrêt complet du cœur. (Nous verrons plus loin les conséquences que nous tirons de ce dernier fait pour la théorie de rinncrvation du cœur.)
L'iodothyrine est donc, en somme, destinée à entretenir les nerfs régulateurs du cœur, les pneumogastriques et les dépresseurs, dans un parfait état de fonctionnement et à combattre les influences morbides et toxiques qui menacent ce fonctionnement. L'absence do l'iodothyrine provoque des troubles car-
diaques considérables. Comme Fa démontré Cvon, chez les animaux goitreux ou thyroïdectomisés, l'excitabilité des dépresseurs et des pneumogastriques est notablement diminuée, sinon totalement abolie, tandis que celle de leurs antagonistes, les vaso-constricteurs et accélérateurs, est augmentée. L'iodothyrine remplit ainsi une tâche fonctionnelle très importante. Selon toute probabilité, la substance organique encore inconnue qui concourt avec Tiode à la formation de Tiodothyrine exerce sur le môme système nerveux une action toxique analogue à celle de riode lui-môme, que Barbera (121) a constatée. Cette formation est donc doublement utile au fonctionnement des nerfs régulateurs du cœur : elle les débarrasse de deux substances nuisibles et elle en compose un produit qui rend les plus grands services. (Nous faisons ici complètement abstraction de la propriété que possède Tiodothyrine d'augmenter notablement dans Torganisme les oxydations ; la preuve n'étant pas encore fournie que cette influence sur la nutrition s'exerce par l'intermédiaire de l'appareil circulatoire.)
Puisque nous venons de mentionner ici les recherches de Barbera sur l'action de l'iode sur le système nerveux cardiaque, nous croyons utile d'insister davantage sur l'action que cette môme substance exerce sur les nerfs vaso-moteurs.
C*est une grave erreur de compter Tiode comme une substance exerçant l'action hypotonique sur la pression sanguine. Cette erreur répandue dans tous les traités de thérapeutique a fait de l'iode une dos substances le plus fréquemment employées par les médecins dans les maladies du cœur pour combattre les accidents hypertoniques. Or, Piode par lui-même est un des agents thérapeutiques qui excitent le plus fortement les nerfs vaso-constricteurs ; €*est donc tm agent hy per tonique par excellence . Ce fait a été démontré d'une manière indiscutable aussi bien par les recherches de Barbera exécutées sous la direction de Cyon, que par les nombreuses recherches de Cvon lui-môme dans set études sur « Les poisons physiologiques du cœur » ; il a depuis été confirmé par de nouvelles recherches de Laddenbacii. L'action de Tiode sur les nerfs accélérateurs indique déjuque
celle substance agit dans le même sens sur les nerfs vasoconstricteurs. En effet, presque tous les poisons, qui excitent le système sympathique, agissent de même manière sur les accélérateurs et sur les vaso-constricteurs. Bien plus, selon la troisième loi de Texcitation des ganglions, les poisons qui excitent les vaso-constricteurs agissent d'une manière opposée sur les vasodilatateurs (voir plus loin le § 7, cti. ni, sur l'excitation des ganglions). L'iode exerce par conséquent non seulement une action excitante sur les vaso-constricteurs, mais paralysante sur les vaso-dilatateurs. L'antagonisme entre l'iodotliyrine et l'iode, dont nous venons de parler plus haut, repose justement sur les propriétés hypotoniques de cette substance. C'est ainsi que l'iodothyrine peut être considérée comme le contre-poison de l'iode ; c'est encore comme substance hypertonique que l'iode peut être considéré comme un contre-poison très actif contre des substances hypotoniques aussi puissantes que la nicotine et la muscarine. A ce point de vue l'iode pure peut être placée dans la même catégorie de substances que la suprarénine, la substance active de glandes surrénales. Nous reproduisons plus loin la fig. 29 empruntée aux recherches de Cyon, qui indique l'action d'une injection de iodure de sodium sur un animal empoisonné par la muscarine. On voit la pression sanguine s'élever immédiatement après cette injection et les battements du cœur très ralentis par la muscarine s'accélérer très puissamment. Or, c'est justement sous la forme de iodure de sodium et de iodure de potassium que les médecins emploient le plus souvent l'iode comme substance prétendue hypolonique. Les sels de sodium par eux-mêmes agissent déjà d'une manière excitante sur les nerfs d'origine sympathique comme les nerfs accélérateurs.
C'est probablement l'emploi fréquent des iodures de potassium qui a induit les médecins en erreur sur une prétendue action hypolonique de l'iode. En effet, l'action du sel de potassium en grandes doses a une action presque délétère sur le cœur, probablement sur ses fibres musculaires (voir plus loin le§ 8, ch. v, sur les solutions Ringer, etc.).
Si (le temps en temps les médecins observent après Temploi des iodures de potassium un léger relâchement du pools, cela n'indique encore nullement que le médicament produit a une dilatation vasculaire : ce relâchement ne provient que de Taffaiblissement de Taction cardiaque et ce n'est certainement pas des effets hypotoniques obtenus par cette voie-là, que les médecins cherchent à obtenir. Produire un rétréchsement des pentes arthes par l'emploi de l'iode, c'est-à-dire augmenter la résistance qui s'oppose à l'évacuation du cœur^ et en même temps a/faiblir la force des contractions du cœur, c'est un contresens^ dont les conséquences ne peuvent qu'être funestes aux malades cardiaques ; et elles le sont en réalité.
En dehors des maladies du cœur d'origine syphilitique, l'emploi de iodure de potassium ou d'autres préparations analogues doit Hre soigneusement évité chez les cardiaques.
L'étude des rapports entre les nerfs du cœur et les corps thyroïdes nous a donc révélé un des plus importants mécanismes autorégulateurs de la circulation. Tandis que les thyroïdes produisent des substances qui rehaussent les facultés régulatrices du cœur, ce dernier peut par les mêmes nerfs, dépresseur et pneumogastrique, influencer le fonctionnement de ces glandes en activant considérablement leur circulation et en leur facilitant ainsi raccomplissement de leur tâche comme organes préservateurs du cerveau.
b) Les produits de l'htjpophyse. — Dans leur rôle de préservateurs du cerveau contre les dangers de congestions subites, les corps thyroïdes sont puissamment aidés par les fonctions d'un autre organe, \ hypophyse cérébrale^ telles que Cyon lésa récemment établies (120, 243). Pourque les glandes thyroïdes puissent s'acquitter de cette tâche, il est indispensable, en effet, que le cerveau possède un appareil spécial qui lui permette d'invoquer leur intervention, chaque fois qu'il est menacé d'un afflux sanguin excessif. L'hypophyse constitue cet appareil. Enfermée dans une cavité à parois rigides situées elles-mêmes dans l'endroit le plus abrité de la boîte crânienne, se trouvant en communication avec le troisième ventricule du cerveau, abon-
damment pourvue de vaisseaux sanguins avec une disposition toute particulière des veines, entourée, en outre, de puissants sinus veineux, i^hypophyse est éminemment sensible aux fluctuation» de la pression soil du liquide cérébro-spinal, soit du sang. Or, toute pression exercée sur Thypophyse se manifeste immédiatement par une brusque variation de la pression sanguine et par un notable ralentissement des battements cardiaques dont Tamplitude est considérablement augmentée. Cie ralentissement, dû à l'excitation des pneumogastriques, amène de son côté une notable accélération du sang à travers les vaisseaux thyroïdes. L*hypophyse en un mot est Tautorégulaleur automatique de la pression intracr&nienne.
Telle est, esquissée à grands traits, la fonctiori mécanique de l'hypophyse. Ce qui nous intéresse davantage ici, c'est son rôle chimique qui consiste à élaborer plusieurs substances susceptibles d'exercer une action très forte sur le système nerveux du cœur et des vaisseaux. Comme chez la thyroïde, la fonction chimique de rhypophyse contribue puissamment à Taccomplissement de la même tâche que sa fonction mécanique. Selon IIowELL (228), qui a étudié l'action de l'extrait de l'hypophyse en même temps que Cyon, la substance agissante de l'hypophyse est produite parla partie médullaire de cet organe qu'il désigne sous le nom de infundibular body. Quanta Cyon, ses recherches l'ont amené à conclure que l'hypophyse produit plusieurs substances actives, dont l'une agit tout particulièrement sur la force et le nombre des battements du cœur, tandis que l'autre impressionne de préférence les vaso-constricteurs (229, 243).
C'est de la première, désignée par Cyon sous le nom d'hypophysine, que nous avons surtout à nous occuper ici. Cette substance — probablement une combinaison organique de phosphore — agit comme l'iodothyrine sur les deux nerfs régulateurs, le pneumogastrique et le dépresseur, mais son action est surtout puissante sur le premier. Toutefois, à la différence de l'iodothyrine qui n'agit qu'en augmentant l'excitabilité normale ou diminuée de ce nerf, l'hypophysine constitue elle-même un excitant très énergique. Introduite dans le sang, elle augmente
considérablement la force des battements du cœur en produisant un notable ralentissement rarement précédé d'une accélération passagère. Ce ralentissement est accompagné d'une élévation de ta pression sanguine. Les pulsations provoquées par les extraits de l'hypophyse, surtout ceux préparés à une température d'ébuUition, ont le caractère des contractions renforcées [AktioTispvlse) telles que nous les avons décrites plus haut. Elles persistent souvent pendant 5 à lîî minutes.
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CïON 1,243) a signalé une curieuse particularité de ers contractions : c'est leur tendance à se manifester par groupes ou oeries dont chacune dure 60 à 100 secondes et plus, et qui sont interrompues par des pulsations normales ou par de petites puisalions accélérées, comme les produit l'excitation des nerfs accélérateurs. La figure 28 représente une pareille série chez un chien (Voir aussi plus loin 29).
Voici les traits caractéristiques de ces séries [Hypophysenreihen) : 1) Les excitations ainsi que la section des pneumogastriques sont impuissantes à les empêcher de se produire ou à en interrompre la continuation. 2) L'atropine, susceptible de paralyser entièrement les pneumogastriques, ne parvient pas toujours à interrompre une série produite par l'extrait de l'hypophyse. 3} Dans les cas où l'introduction préalable de l'hypophysc a emp<^ché l'action paralysante de l'atropine sur les pneumogastriques, l'influence de ce poison peut néanmoins modifier le caractère des contractions renforcées, tantôt en les interrompant par des pulsations accélérées, tantôt en diminuant leur amplitude et en les rendant trop fréquentes pour qu'elles puissent conserver le caractère des pulsations renforcées. Souvent,
IMFLUEMCBS ET LOIS DES KERFS CABDIAQUES 169
dans de pareils cas, \cs pulsations alTcctent le caractère de pulsus bigemini. 4) L'excitation des nerfs accélérateurs parvient à interrompre les séries par des pulsations accélérées. 5) Souvent l'excitation d'un nerf cardiaque quelconque provoque une nouvelle série de ces pulsations.
Des extraits préparés à une température de 38° à iO" produisent rarement de telles séries. Plus souvent la courbe de la pression légèrement augmentée présente des oscillations périodiques dans le genre de celles décrites parTHAunt:. Les pulsations- renforcées atteignent leur maximum au point culminant de ces oscillations et déclinent dans la partie descendante de la courbe.
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Fie. Î9. — Pulsations renforfi
i'iodure de sodiu
L'action antagoniste entre t'hypophysine et l'atropine et la nicotine est encore plus forte que celle de l'iodothyrine. Pourtant, elle aussi est incapable de rendre au pneumogastrique la faculté d'amener un arrêt complet du ca-ur. Par contre, l'hypophysine parvient quelquefois k prévenir l'action de l'atropine sur le pneumogastrique.
Des expériences comparatives sur l'effet des extraits de l'hypophyse et celui de la muscarine ont montré qu'il existe de nombreuses analogies entre ces deux poisons. Abstraction faite de la supériorité des premiers comme antidote de l'atropine, la différence d'action des deux substances se manifeste surtout en ceci, que la muscarine abaisse la pression sanguine, tandis que l'hypophysine la relève plutôt. En ajoutant de I'iodure de sodium à la muscarine afin de combattre la baisse de la tension artérielle, Cvon a obtenu des courbes presque identiques à
170 LE8 HEBF8 Dt) CŒUR
celles que produisent les extraits de l'hypophyse. Bien plus, il a provoqué de la sorte des séries de grandes pulsations renforcées qui ne se distinguaient des séries dues ft l'hypophysine que par leur plus courte durée (fig. 29). Même résultat quand la muscarine agit au momenl où la pression sanguine est surélevée par une autre cause, par exemple, après l'excitation du pneumogastrique (fig. 30).
Quoique l'action des extraits de l'hypophyse et celle de l'iodothyrine sur les terminaisons centrales et périphériques des pneumogastriques présentent entre elles certaines analogies, CroN est disposé à admettre la possibilité que ces substances n'agissent pas sur les mêmes filets intracardiaques. L'hypophysine exercerait son action sur les cellules ganglionnaires de BiDDER, qui servent à augmenter la force des contractions ventriculaires, tandis que l'iodothyrine influencerait de préférence les filets des pneumogastriques qui diminuent la lonicité du muscle cardiaque. L'hypophysine possède, d'après Cïon, comme l'iodotliyrine, la faculté d'augmenter les oxydations dans l'organisme. Là aussi la question, s'il s'agit d'une action nutritive directe ou non, est restée en suspens,
c) Les extraits des capsules surrénales. — L'action des extraits des capsules surrénales sur les organes de la circulation a été, dans ces dernières années, l'objet de nombreuses recherches
de la part ({'Olivier et A. Schafer (244), de Szymonowicz (245), de Cybulski (246), puis de Velich (247), de Frënkel, de Gottlieb (248), de Langlois (249) et autres.
A quelques détails secondaires près, tous sont d'accord sur la nature de cette action : une augmentation considérable de la pression sanguine avec un ralentissement des battements du cœur. Les pneumogastriques étant préalablement sectionnés, plusieurs auteurs ont souvent constaté une accélération très persistante des pulsations. L'augmentation de la pression sanguine durait plusieurs minutes (5 à 15).
Sur l'explication des phénomènes observés l'accord est moins complet. Olivier et A. Schâfer attribuent l'augmentation de la pression à une excitation violente des muscles vasculaires et cardiaques ; la section préalable de la moelle épinière ne modifierait aucunement, selon ces auteurs, l'action de l'extrait sur la pression sanguine. Pour Szymonowicz, au contraire, cette action serait due uniquement à une excitation des centres médullaires et vaso-constricteurs. D'après Gottlieb, l'extrait des capsules surrénales agirait, en première ligne, sur les ganglions moteurs intracardiaques et ensuite sur les cellules ganglionnaires situées dans les parois vasculaires. Les autres auteurs se partagent entre ces diverses opinions. Quant au ralentissement des battements du cœur, tous l'attribuent d'un commun accord à une excitation des centres des pneumogastriques dans la moelle allongée.
Cyon (231, 232) dont les recherches sont de date plus récente, a surtout étudié l'action de l'extrait surrénal au point de vue de la théorie de l'innervation du cœur. Les résultats obtenus par lui diffèrent très notablement de ceux des auteurs précédents, surtout en ce qui concerne les efTots de cette substance sur les contractions cardiaques. La puissante action de l'extrait surrénal sur la pression sanguine, Cyon Ta observée comme ses prédécesseurs. Mais, pour ce qui est du ralentissement des pulsations, il ne l'a constaté au cours de ses recherches que très rarement, et encore uniquement comme effet initial et passager aussitôt après rinjection intraveineuse de l'extrait. L'effet dominant sur
le cœur se manifestait, au contmire, par une très forte accélération des battements. Chez les lapins aussi bien que chez les chiens, cette accélération était très persistante et durait presque toujours jusqu'à la fin de Texpérience. L'introduction de la muscarine modifie Taction des capsules surrénales en ceci que Télévation de la pression sanguine est moins importante; Taccélération disparaît entièrement et fait place à un léger ralentissement, avec augmentation de Tamplitude des pulsations.
Pendant Taction maximale de l'extrait surrénal, Texcitabilitc des dcpresseurs et des pneumogastriques est considérablement diminuée. Môme des excitations puissantes ne produisent que des effets très amortis : la dépression est insignifiante, de très courte durée, quelques secondes à peine ; elle est brusque et atteint immédiatement son maximum après une phase latente un peu prolongée. L'excitation des pneumogastriques comporte aussi une latence extrêmement longue ; le ralentissement obtenu par les plus fortes excitations n'est que très insignifiant ; en revanche, la baisse de la pression sanguine par suite de cette excitation est souvent assez considérable. La phase latente diminue avec les excitations successives.
La pression sanguine tombe généralement après plusieurs minutes fort au-dessous de la hauteur normale, mais l'accélération des pulsations persiste souvent jusqu'à la fin de l'expérience. Pendant cette phase l'excitation des dépresseurs est généralement sans effet sur la pression sanguine ; celle des pneumogastriques est plus accentuée. L'extirpation préalable des ganglions cervicaux inférieurs et thoraciques supérieurs, qui par elle--méme diminue notablement la fréquence des pulsations, modifie les effets de l'injection intraveineuse et de l'extrait surrénal : l'élévation de la pression se manifeste toujours, quoique dans des dimensions un peu moindres ; raccélération des pulsations est moins importante et manque quelquefois.
La section d'un nerf splanchnique, pendant le maximum de l'élévation de la pression, abaisse assez notablement la pression sanguine, mais cette baisse est passagère; la section du second
splanchnîque produit une nouvelle baisse d'une durée un peu plus longue ; toutefois la pression sanguine reste encore fort au-dessus de la normale.
De ces expériences Cyon tire les conclusions suivantes : 1" L'extrait surrénal excite très violemment tout le système sympathique vaso-constricteur, aussi bien les centres vasoconstricteurs situés dans la moelle allongée que les centres périphériques, ceux des ganglions du grand sympathique et ceux des cellules ganglionnaires terminales. 2* Cet extrait excite également les centres des nerfs accélérateurs, et cela aussi bien dans le cerveau que sur le parcours de ces nerfs et à leur terminaison. S** 11 produit, par contre, une dépression notable de Texcitabilité des nerfs modérateurs — pneumogastrique et dépresseur. i^^he ralentissement initial qui se manifeste souvent est dû à deux causes : au début, quand l'élévation de la pression est encore insignifiante, il est provoqué par une excitation des terminaisons des nerfs dynamiques (Aktionsnerven) et probablement du ganglion de Bidder. Au moment où la pression commence à monter notablement, l'élévation passagère de la pression cérébrale produit une compression de l'hypophyse, qui de son côté provoque une excitation des pneumogastriques (Voir plus haut, p. 135). Mais cette pression cérébrale est transitoire ; elle diminue bientôt et les nerfs accélérateurs prennent le dessus sur les pneumogastriques : les pulsations deviennent plus fréquentes et plus petites. 5** Si les centres vaso-constricteurs, et probablement aussi ceux des nerfs accélérateurs, sont paralysés par l'introduction de fortes doses de chloral, la pression sanguine reste basse, les pulsations deviennent rares et fortes, comme celles qu'habituellement produit le chloral.
Tout récemment Cyon a réussi à l'aide d'expériences, dont rinterprétation ne laisse plus de doutes, à préciser davantage l'action que les extraits des capsules surrénales exercent sur la pression sanguine : les centres nerveux vaso-moteurs cérébraux aussi bien que le système sympathique périphérique sont direrlement influencés par ces extraits. Ces expériences
furent exécutées à Taide de la méthode, dont nous avons déjà plusieurs fois eu l'occasion de parler, qui consiste à établir une circulation artificielle du sang dans le cerveau, entièrement indépendante de la circulation sanguine dans le cœur et dans le reste du corps. Celte méthode permettait donc d'introduire alternativement les extraits de capsules surrénales tantôt uniquement dans la circulation cérébrale, tantôt dans la circulation du reste du corps. Cyon a pu ainsi constater que les effets de ces extraits aussi bien sur les nerfs cardiaques, que sur les nerfs vaso-moteurs étaient identiques dans les deux cas. Toute excitation du pneumogaslrique manquait dans Tun et dans Tautre cas. Cela confirme en premier lieu que le ralentissement initial, dont je viens de parler plus haut, est bien dû à rélévatîon passagère de la pression cérébrale. Pareille élévation ne pouvait plus se produire dans les expériences en question, puisque dans les deux cas le cerveau était exclu de la circulation générale. Quant à Télévation de la pression provoquée par rinjection de Textrait surrénal, elle se manifestait dans le même sens, quand l'extrait agissait isolément sur les centres cérébraux ou sur les terminaisons périphériques des vaso-constricteurs. De légères différences toutes quantilatives se manifestent entre les deux manières d*introduire les extraits, etc., etc., en faveur de l'action périphérique, surtout grâce à Tabsence des troubles respiratoires qui suivent d'habitude les injections des extraits de capsules, et qui sont dus à leur action sur les centres respiratoires. Cette action manque naturellement quand le cerveau est exclu de la circulation générale.
Cette démonstration éclatante en faveur de la thèse que SzYMANowfcz a soutenue dès le début, n'empêche d'ailleurs psis plusieurs adeptes de la superstition myogène de soutenir que les effets des extraits des capsules surrénales proviennent d'une action directe sur les fibres musculaires des petites artères et non sur les nerfs sympathiques, et cela malgré l'évidence de certains de leurs propres observations. Ainsi, par exemple, Langley termine une longue étude expérimentale sur l'action de ces extraits en reconnaissant que presque « tous les
effets produits sont identiques à ceux produits par l'excitation de Tun ou de l'autre nerf sympathique » (259, p, 2S6). Cela n'empêche qu'il conclut plutôt en faveur de l'action sur les fibres musculaires, et cela en s'appuyant sur un argument fourni par Lewandowski. Ce dernier avait observé que l'extrait surrénal est à même de produire une dilatation de la pupille, quelque temps après l'extirpation du ganglion cervical supérieur, à un moment, où les libres nerveuses pouvaient ôtre considérées comme dégénérées. Conclusion d'autant plus extraordinaire que Langley reconnaît lui-même, que les effets observés par Lewandowski pouvaient aussi très bien être provoqués par une diminution des impulsions passant par le troisième nerf cérébi*al.
En somme, Textrait surrénal exerce une action excitante sur le système sympathique central et périphérique et une action opposée sur le pneumogastrique et le dépresseur. Il agit donc dans un sens opposé à Faction de Tiodothyrine et de Thypophysine. L'entretien de la tonicité des nerfs accélérateurs et vaso-constricteurs est en grande partie Tœuvre des capsules surrénales.
Dans une étude récente sur le fonctionnement de la glande pinéale Cyon a examiné également l'action des extraits de cette glande sur les nerfs du cœur (227).
Il a observé à cette occasion que de très faibles doses de ces extraits ne provoquent qu'une accélération des battements du cœur avec la diminution de leur amplitude ; l'effet sur la pression sanguine est presque nul. Des doses plus fortes de ces extraits augmentent par contre notablement ces battements en les ralentissant. En d'autres termes : des petites doses de ces extraits excitenl uniquement les nerfs accélérateurs du cœur, des doses plus fortes agissent également sur les nerfs pneumogastriques. On obtient ainsi par l'excitation simultanée de ces deux nerfs des pulsations dynamiques (Actionspulse), qui deviennent facilement irrégulières et forment des pulsations bi et Irigéminées.
Cyon hésite pourtant à reconnaître aux extraits de la glande
pinéale le caractère des poisons physiologiques dans le sens indiqué plus haut. En effet des expériences comparatives faites avec des phosphates de soude et des phosphates de chaux avaient montré que ces deux substances agissaient sur le cœur exactement de la même manière que les extraits de la pinéale. 11 se peut donc que les effets observés par Cyon ne sont pas dus qu'aux sels de phosphates de chaux et autres, accumulés dans les concrétions de cette glande, et nullement à des substances actives produites par une sécrétion ad hoc.
Nous venons de voir que les produits des glandes thyroïdes et de riiypophyse agissent, les uns sur les nerfs pneumogastriques, dépresseurs et vaso-dilatateurs, les autres sur les nerfs accélérateurs du cœur et vaso-constricteurs. Aussi toutes ces substances sont-elles en réalité antagonistes entre elles. Loin de nuire au bon fonctionnement des nerfs régulateurs de la circulation, leur antagonisme en est une condition indispensable. L'appareil circulatoire n'est pas, en effet, un simple appareil hydraulique fonctionnant dans des conditions immuables. La circulation du sang doit se modifier sans cesse pour s'adapter aux multiples besoins de chaque organe. Tantôt c'est le cerveau, tantôt c'est Testomac ou le système des muscles volontaires, qui exige un afflux de sang plus considérable afin de pouvoir accomplir sa tâche fonctionnelle. La quantité de sang dont dispose l'organisme est loin, en effet, de suffire à un fonctionnement simultané de tous les organes du corps. L'appareil de la circulation doit également s'adapter aux innombrables modifications qu'exercent constamment sur le corps les influences extérieures, telles que les variations de la température, de la pression barométrique, de l'humidité de Tair ambiant, etc. Les conditions de la circulation varient aussi avec l'état de repos ou de travail, avec l'attitude du corps (couché ou debout), elles sont différentes le jour et la nuit. Tantôt c'est une accélération des battements du cœur, avec une diminution ou une augmentation de la pression sanguine, qui répond le mieux au besoin momentané de l'organisme; tantôt, tout l'opposé.
Dans des conditions normales la somme des périodes d'acti-
vite et du travail du cœurdans un temps donné reste, il est vrai, la môme, quelle que soit la rapidité des pulsations cardiaques. Mais cette constance du travail du cœur (Voir ch. i, §4) ne peut s'obtenir que grâce à l'antagonisme entre les fonctions des divers nerfs du cœur. (Voir plus haut, p. 65.) Pour que le cœur puisse varier son rythme selon les besoins momentanés de Torganisme, sans que la somme de son travail utile soit diminuée, rintervenlion de nombreux appareils régulateurs (nerfs accélérateurs, nerfs modérattuirs, dépresseurs et vaso-moteurs du cœur) est indispensable.
La quantité de sang dont dispose l'organisme entier est égaleujent presque constante. Mais, pour que chaque organe puisse disposer, à un moment donné, de la quantité de sang qui lui est nécessaire, le jeu automatique des nerfs vaso-constricteurs et vaso-dilatateurs afTeclés au service de cet organe doit intervenir de manières div(Tses.
C'est donc sur l'harmonie entre toutes les influences antagonistes et modératrices des nerfs que repose le fonctionnement normal et régulier du co'ur et du reste de l'appareil circulatoire. Les glandes qui, par leurs sécrétions et produits divers, mainticnn<»nl les nerfs antagonistes en bon état de fonctionnement, remplissent par conséquent un rôle physiologique d'une portée considérable. 11 est évident que, suivant qu'une quantité plus ou moins grande de telle ou telle de ces substances actives arriverait dans la circulation, la prépondérance appartiendrait tantôt à certains nerfs, tantôt à certains autres. Il doit donc exister normalement entre ces quantités un rapport harmonieux qui ne saurait être troublé longtemps sans provoquer des accidents plus ou moins graves. Ce sont ces perturbations qu'on observe en premier lieu après l'ablation de la thyroïde ou de l'hypophyse. Ainsi j'ai pu constater que les battements irréguliers du cœur, qu'on désigner sous le nom de pulsus bigeminus ou Irigemimts, sont aisément provoqués par des introductions artificielles des produits de Tune ou de l'autre glande, ces pulsations étant dues aux troubles de l'harmonie entre les nerfs modérateurs et les nerfs accélérateurs du cœur.
De Cyon. 12
§4- Les ORiCwiNES des arhythmies, des assvstolies et d*altres
IRRÉGLLABITÉS DES RATTEMENTS DU CŒUR.
Les pulsations étranges qu'on désigne comme pulsus bigrminus et irigeminus furent pour la première fois décrites et étudiées par Traube. Depuis, plusieurs auleurs ont essayé d'en déterminer les causes et les origines. Dans ses études sur les rapports enlre les nerfs du cœur et les corps thyroïdes, Cvon a eu l'occasion d'observer que ces pulsations anormales se produisent constamment à la suite de la thyroïdectomie ou de l'introduction de substances toxiques agissant sur l'une ou l'autre catégorie des nerfs cardiaques. On voit, dans ce cas, se produire des pulsations, irrégulières en apparence, mais qui néanmoins présentent toujours deux traits caractéristiques: 1** le nombre de ces pulsations dans l'unité de temps est toujours égal à la moitié du nombre des pulsations antérieures et postérieures à leur apparition ; 2" la première moitié d'un pouls bigéminé possède le plus souvent plus d'amplitude que la suivante. Cyon considère donc qu'en réalité un pulsus bigéminus se compose de deux pulsations : la première est due à la prédominance du pneumogastrique, la seconde à celle des nerfs accélérateurs. Il les désigne comme des pulsations doubles, dues à un désaccord dans l'innervation de ces deux antagonistes. Il suffit d'augmenter artificiellement l'excitation de l'un d'eux pour lui donner la prédominance : si c'est le pneumogastrique qui est excité, on obtient les grandes et lentes pulsations régulières qui ajipartieniuMit à l'excitation de ce nerf. Si c'est un accélérateur, les pulsations deviennent aussi régulières, mais petites et fréquentes. JMusieurs fois Cyon a réussi à couper une série de ces pulsations doubles en excitant le nerf dépresseur : dans ces cas la prédominance de l'un ou de l'autre des nerfs antagonistes du cuuir était évidemment provoquée par voie
IXFLUENCES i
i CARDIAQUES
réflexe. Nous donnons ici plusieurs figures qui suffiront à démontrer l'exactitude de ces explications.
Fio. 31. — Celte Hgurf l'st ciiipriin On y ronsUilf i|iie la li)(aliirp siiL arrêter immi'diatrmvnt le piiUii!
big.'n
On voit aussi, dans la môme l'slude de Cvon, des acci^s de pulsations doubles reparaître par suite d'une excitation réflexe ou directe d'un des antagonistes, eliaquc fois que, par l'elTet
de troubles dans l'innervation cardiaqiie, il existe un di'saccord entre l'action du pneumogaslriqiic et celle de raccéléruteui'. L'augmentation do l'excilabililé d'un groupe de nerfs cl
ia diminution de celle de leurs antagonistes est la cause la plus fréquente d'un pareil désaccord.
Les dernières expi^riences de Cvon sur les poisons physiolo-
giques du cœur ont donc apportif do nouvelles preuves à l'appui de cette interpréta lion <iu pouls bigémineux. Ainsi on y observe souvent, quand ce genre de pulsations apparaît au moment où le cœur exécute des contractions renford'cs (Actionspulsc). que le poulsdoublc se compose d'une pulsation renforci-e h laquelle est accolée une petite pulsation accélérée. L'origine de ce pouls est ainsi rendue encore plus frappante.
Voici quelques figures qui démontrent avec quelle raeililé on peut produire le pulsus bigeminus par l'excitation des nerfs cardiaques, à condition que les nerfs antagonistes du cu-ur soient soumis simultanément h l'excitation électrique ou cliimique.
Dans les grapbiques suivants les pulsus bigemiuus ou trigenitnus sont provoqués par des injections sinuiltanées de deux poisons cardiaques antagonistes.-
Plus liant, à la pafje I61t nous avons reproduit dans la figure 2it les pulsations irrégulii-res provoquées par des injections simullaiiées de deux poisons antiij,'onistos, la muscarine et l'iodiire du sodium; la niiisiarii \cile violemment lo
pneumogastrique; l'iodure de sodium paralyse ce nerf et excite les nerfs accélérateurs.
no gastrique éUnt enlîére-
.1 empruntées aux rccliercliei de Gyon si
On voit par ces graphiques que le désaccord dans l'intervention des nerfs antagonistes du cœur peut se manifester également
par des pulsations triples, pulsus trigeminus. Deux pulsations de ce genre doivent être considérées comme égales k six pulsations ordinaires. D'habitude la première partie d'un pulsus trigeminus représente une pulsation due au pneumogastrique, et les deux suivantes, des pulsations accélérées. Etant donnée cette origine du pulsus bigeminus, on comprend que la durée d'une pulsation double doit être égale à celle de deux pulsations normales. Il en est ainsi, en effet, comme l'avait déjà démontré Knoll autrefois.
Le fait que le nombre des pulsus bigeminus dans l'unité de temps reste toujours égale à la moitié du nombre des pulsations antérieures et postérieure^ à leur apparition, donne une grande régularité réelle à l'irrégularité apparente de ce genre de pulsations.
Toutes les irrégularités des battements du cœur qu'on observe aussi bien chez Thomme que ' dans les expériences sur des animaux, sont loin de pouvoir èlre attribuées à des causes aussi nettes et précises que celles que nous venons de décrire. Leurs manifestations sont très diverses et cette diversité s'observe souvent dans le môme cas à des intervalles très rapprochés. Les irrégularités cardiaques se manifestent d'habitude aussi bien dans le nombre que dans la force des contractions successives ; ce qui complique l'étude de pareilles irrégularités, c'est que très souvent elles sont accompagnées de troubles vaso-moteurs, respiratoires et autres. Dans les expériences faites sur des animaux, surtout celles sur le cœur des animaux à sang froid ou à sang chaud séparé de l'organisme, on réussit souvent à fixer les causes immédiates de ces troubles cardiaques ; et ceci grâce à la perfection des méthodes graphiques qui servent à les enregistrer. Les troubles allorylhmiques qu'on observe chez rhomme se prôtent beaucoup plus difficilement à l'interprétation.
En effet, les systèmes d'enregistrement des pulsations cardiaques et de la pression sanguine chez l'homme n'admettent pas des conclusions bien rigoureuses. C'est doiic souvent par l'analogie avec les observations faites sur les irrégularités car-
diaques chez les animaux, que le clinicien peut arriver à une inlerprélalion juste des troubles cardiaques qu'il observe chez un malade. A ce point de vue, les études expérimentales de Knoll sont particulièrement intéressantes. Knoll a, en effet, étudié tout spécialement les irrégularités cardiaques que provoque l'augmentation de résistance à l'évacuation des deux ventricules. Les obstacles mécaniques provoqués par certains troubles valvulaires du cœur chez Thomme peuvent en effet présenter de grandes analogies avec les conditions expérimentales créées par Knoll. Plusieurs cliniciens avaient donc raison d'attribuer certaines irrégularités des pulsations cardiaques aux obstacles opposés par quelques affections valvulaires. Moins heureux était Fessai d'assimiler de pareilles irrégularités au pulsus bigeminus, observé chez les animaux, dont nous venons d'exposer longuement l'origine nerveuse. Ni chez l'homme, ni chez les animaux l'augmentation de résistance à l'évacuation des ventricules ne peut provoquer des pulsus bigeminus et trigeminus aussi réguliers que ceux dont nous venons de reproduire plusieurs exemples.
Cette assimilation repose, sur une confusion, commise, si je ne me trompe, pour la première fois par Wenkenbach (250), qui, dans une étude très intéressante sur les irrégularités des battements cardiaques chez l'homme, est arrivé à la conclusion, que les obstacles à l'évacuation des ventricules doivent provoquer des extra-systoles, qu'il supposait être la cause du pulsus bigeminus. Il est possible que les difficultés de se vider que les ventricules rencontrent dans certaines affections des valvules cardiaques, peuvent donner naissance à quelques extrasystoles. Langendorff avait déjà admis une possibilité pareille. Mais les changements qu'une extra-systole provoque dans la courbe de la pression sanguine ne ressemblent que bien peu à un pulsus bigeminus. Il faudrait que dans un cas pathologique de pareilles extra-systoles se produisent dans un certain laps de temps avec une régularité parfaite comme durée et comme intensité, pour qu'un véritable pulsus bigeminus se produise; et ceci est presque impossible. Une pareille régularité des
extra-systoles ne peut être obtenue chez un animal que par une régularité parfaite des excitations artificiellesy mais jamais far \a seule modificalion des obstacles que le cœur rencontre à se vider.
II.-E. IIering (231) a développé davantage la thèse erronée de Wenkenbach, surtout en vue de pouvoir attribuer à ces irrégularités cardiaques chez Thomine une origine myogène; il a ainsi greffé une erreur sur une autre : Texlra-systole, aussi bien que le pulsus bigeminus, ontune origine purement neurogène. Ceci n'empêche d'ailleurs nullement que cerlaines affections myocardiaques doivent rendre particulièrement irréguliers les battements du cœur, mais ni le pulsus bigeminus, ni les extrasystoles n'ont rien à voir dans de pareilles irrégularités.
Parmi les irrégularités cardiaques ce sont sùrlout les assystolies chez l'homme dont il serait important pour le médecin de pouvoir déterminer la cause et l'origine. Les arrêts du cœur dépendent-ils d'une excitation du pneumogastrique, ou d'une interruption dans l'excitation rythmique, c'est là un premier point important pour le diagnostique d'une affection cardiaque. Rien n'est plus facile que d'établir une pareille distinction chez l'animal, à l'aide d'une analyse de la courbe de la pression sanguine, ou d'une inspection du cœur lui-même. L'alternative est plus difficile à décider chez l'homme. Je suis à même de donner quelques indications générales à ce sujet grâce à des observations, que j'ai eu l'occasion de faire sur moi-même pendant une longue maladie du cœur.
On peut attribuer presque avec certitude une arythmie ou une asystolie à une excitation du pneumogastrique dans les deux cas suivants: 1° quand les arrêts du cœur sont accompagnés d'une grande angoisse analogue h celle que j'ai décrite plus haut (page 138) comme caractéristique pour l'angine de poitrine ; 2° quand ces arrêts sont provoqués dans le cours d'une affection cardiaque par des troubles stomacaux, par exemple aussitôt après l'introduction dans l'estomac d'une nourriture indigeste quelconque. Ici il s'agit évidemment d'une excitation réflexe des fibres pneumogastriques du cœur. Mais dans les deux cas, pareille distinction devient plus difficile à établir,
quand le malade est en même temps atteint d'une sclérose avancée des artères périphériques. Chez les sclérotiques d'un Age avancé on observe en effet des arrêts de cœur, qui se produisent régulièrement sans provoquer chez le malade aucune sensation pénible ; il s'agit donc, dans ces cas, souvent des interruptions simples des pulsations cardiaques déjà très ralenties par suite d'un manque d'excitation.
Dans le courant d'une myocardite infectieuse j'ai observé chez moi deux formes dilTérentes d'arrêts du ca?ur. L'une se manifestait par accès à des intervalles d'un ou de deux jours. Celte forme débutait ordinairement par un accès de tachycardie; les pulsations devenaient subitement, et sans aucune élévation de température, très accélérées jusqu'à 120-130 et plus par minute; ces pulsations étaient petites, régulières et rappelaient celles que provoquent les nerfs accélérateurs. Puis, des asystolies commencent à se produire rares, par exemple, au début, un arrêt du cœur après cinq pulsations, puis après trois, puis après chaque pulsation. J'ai pu observer pendant ces accès le phénomène curieux suivant : malgré ces arrêts le nombre des pulsations dans un certain laps de temps, par exemple dans trois, quatre minutes, restait le même qu'avant l'attaque; chez moi 80 pulsations dans une minute, était la moyenne normale du pouls; en 3 minutes j'arrivais à compter 240 pulsations, malgré les nombreux arrêts.
Ces crises, que j'ai observées surtout au début de la myocardite infectieuse*, étaient évidemment provoquées par une excitation des ganglions ou des terminaisons périphériques des nerfs accélérateurs, situés dans le sinus veineux; à en juger par le siège des douleurs aigui^s, c'est dans le voisinage de cette région que la myocardite, probablement, avait débuté.
La seconde forme des asystolies était beaucoup plus pénible,
1. Je fus atteint do celle myoranlite inreclieiise à Wicsbade, par suite d'une aUaque d*influenza, qui y règne d'une manière endémique. A cette occasion, il n'est pas sans intérêt de rappeler que déjà Garrod, dans sa célèbre monographie sur la goutte, s'est prononcé très énergiquement contre l'envoi des goutteux pour faire leur cure à Wiesbade. 11 déclarait en même temps les eau.\ de Wiesbade particulièrement funestes pour les goutteux dont le cœur n'est pas intact !
souvent même très douloureuse; celte asyslolie ne procédait pas par crises; mais au début de la maladie les intervalles libres de tout arrêt ne duraient pas plus de 8-iO minutes et ne se produisait qu'une ou deux fois par heure. La sensation douloureuse, que j'éprouvais au moment de l'arrêt, était localisée vers la sortie et l'entrée des grands vaisseaux ventriculaires. J'avais la sensation comme si le cœur se contractait à vide, comme par exemple dans les expériences sur le cœur séparé du corps, quand avant son arrêt complet par suite de hautes températures (voir ch. 1, § 4) il exécutait des contractions quasi péristaltiques.
Très probablement lès valvules atteintes remplissaient insuffisamment leurs fonctions, à moins que le muscle cardiaque, atteint lui aussi, ne se contractait plus qu'imparfaitement.
La cause de cette seconde forme de Tasystolie doit être cherchée soit dans une irrégularité de la production des excitations automatiques, soit dans des obstacles momentanés qui en empêchaient la transmission à travers les nerfs intracardiaques. Dans le courant de cette phase de la maladie, je suis arrivé à pouvoir par un effort de volonté provoquer ces arrêts. Je pouvais ainsi expliquer à des collègues consultants le mode de leur production. Bien plus : pendant plusieurs mois, après que les arrêts spontanés avaient cessé, il me suffisait de réfléchir au mécanisme de leur production, pour provoquer instantanément plusieurs arrêts. Même au moment où j'écris ces lignes, plus de deux ans après la crise aiguë, je ne puis en invoquer le souvenir, sans que les battements du cœur ne deviennent immédiatement irréguliers et que les arrêts ne se reproduisent. Je n'ai eu ainsi que trop d'occasions de regretter que dans ma controverse avec les adeptes de la théorie myogène, Terreur ne se trouvait pas de mon côté...
En général, on peut distinguer les irrégularités des battements du cœur dues au système nerveux cardiaque, de celles provoquées par les états inflammatoires des fibres musculaires, par cette différence que les premières conservent encore en certain caractère de périodicité régulière, comme c*est le cas
avec les pulsations bigéminées et trigéminées, tandis que les secondes ne laissent reconnaître aucune régularité, ni dans la force, ni dans la fréquence des battements du cœur.
Le tétanos du cœur.
Le cœur est-il susceptible de répondre par de véritables contractions tétaniques à des excitations qui se succèdent dans des intervalles assez courts pour permettre leur sommation? Gomme nous le verrons, la réponse à cette question touche directement aux problèmes les plus essentiels de Tinnervation du cœur.
LuDwiG et UoFFA (252) en 1849 et Ecrhard (253) en 1858, à la suite d'expériences qui paraissaient très concluantes, s'étaient prononcés dans un sens négatif. La démonstration faite par Marey que la contraction cardiaque normale n'était qu'une simple secousse musculaire et non une contraction tétanique semblait corroborer l'opinion de Ludwig et d'ËCKHARD.
Cependant en 1866 dans le courant des expériences exécutées sur le cœur de grenouilles isolé du corps et maintenu en bon état de fonctionnement, à l'aide de circulation artificielle, Cyon a pu constater, que dans certaines conditions déterminées de véritables contractions tétaniques pouvaient se produire. (Voir plus haut ch. i, § 4.) Ces conditions indiquaient, en outre, que si dans l'état de fonctionnement normal le cœur n'est pas susceptible d'entrer en tétanos, cela ne tient nullement aux particularités spéciales de ses fibres musculaires, mais à la présence de fibres inhibitrices et de cellules nerveuses. En effet, il suffisait d'amener l'arrêt du cœur et d'exclure l'intervention régulière de ces appareils inhibitoires par l'élévation de température jusqu'à environ 40° pour qu'une excitation artificielle du sinus veineux ou du pneumogastrique provoque un tétanos parfait du cœur. En parlant plus haut des études de Cyon sur l'action des variations des températures sur le cœur (chapitre i, § 4), nous
avons déjà cité ce îail observé par Schelske, iin peu avanl Cyox. Nous reproduisons ici un graphique montrant l'effet d'une pari'illc excitation du pneumogastrique.
raliirc de 40".
Le tétanos ainsi provoqué dure pendant loule la durée de l'excitation du sinus veineux. II est impossible d'obtenir une courbe tétanique plus caractéristique. La sommation des contractions h la hauteur des systoles est incontestable. (La courbe va de droite à gauche.)
Comme dans les autres expériences de ce genre, !(• tétanos ou les contractions tétaniques ne pouvaient ôlre obtenues qur lorsque les conditinns des expériences indiquaient nettement que les facultés inhibilrices du pneumogastrique, ou de ces terminaisons nerveuses dans ie cu'ur. avaient été abolies, .\insi, par exemple, Cvo> a pu obtenir un tétanos du ciiMir spontané, quand le crrur refroidi lentement jusqu'à 0° fut brusquement mis en contact avec du sénim et de Pair ayant plus de 40°. En eiïet, les appareils inliibitoires du cœur, qui sont excités par les variations descendantes de la température, cessent presque complètement d'être excitables, quand la tcmpéralure atteint 0", Dans ce cas la brusque élévation de température de 0° à 40" provoque, par conséquent, instantanément le tétanos d'un cœur, dont les fondions inhibitriccs sont presque supprimées. Il en est de mfme dans les expériences avec des températures ascendantes; entre 37 et iO' le cœur continue encore à exécuter des contrariions, mais ces contractions deviennent péristaltiquesel se propagent de la base du cœur vers la pointj». Elles ne produisent, par conséquent, aucun travail utile, le cœur
dans ces conditions ne pouvant plus se vider. A cette température les appareils régulateurs du cœur sont également hors fonction (voir les graphiques de la différente forme des tétanos du cœur, observés par Cyon (233) dans son travail « Tétanos du cœur » paru dans le Jourtial de physiologie et de pathologie générale, 1900).
Les expériences de Cyon furent exécutées sous la direction de LuDWiG qui, en voyant leurs résultats, revint de son ancienne opinion, sur l'impossibilité d'obtenir un tétanos du cœur. LuciANi, RosBACH ct d'autrcs élèvcsde LtDwiG, qui faisaient leurs recherches également sur un cœur séparé du corps, avaient de môme obtenu des contractions tétaniques du cœur.
Ce n'est qu'en 1884 que Kroneckbr et Stirling (254) crurent devoir exprimer des doutes sur la possibilité de produire un tétanos du cœur. Le fait, sur lequel Kronecker s'appuyait pour contester le tétanos du cœur, était l'observation, que dans une certaine phase de sa contraction, le cœur perd son excitabilité. Cette phase a été étudiée particulièrement par Marey et désignée par lui comme \a phase réfractaire du cœur. L'observation de Kronecker ne pouvait être considérée comme un argument contre les tétanos du cuîur que dans le cas où la phase réfractaire serait un phénomène purement musculaire ; c'est-à-dire dépendrait uniquement des propriétés particulières des libres musculaires. Telle fut en effet l'interprétation qu'au premier moment Kronecker donnait à son observation. Mais déjà les expériences de Cyon sur Tintluence des températures sur le cœur avaient montré que le phénomène, désigné plus tard comme phase réfractaire, était un phénomène purement nerveux : les températures élevées en abolissant l'irritabilité des nerfs régulateurs, abrégeaient en même temps la phase réfractaire ; au contraire, le refroidissement des centres nerveux du cœur, prolongeaient cette phase. Tout récemment Cyon a pu démontrer en refroidissant les centres cérébraux du pneumogastrique à l'aide de la circulation artificielle, établie dans le cerveau, que les températures basses en agissant cette fois uniquement sur ces centres prolongent également la phase ré-
fractaire. De nombreuses expériences d'autres auteurs avaient également établi Torigine nerveuse delà phase réfractaire. Rappelons seulement les recherches de Dâstre, de Gley, de Kaiser et de Lângendorff. D'autre- part, des recherches très minutieuses de VON Basch ont, plus tard, démontré d'une manière indiscutable, qu'une sommation des excitations peut parfaitement se produire, et cela même dans un cœur normal. Lia possibilité d'un tétanos d'un cœur a été également démontrée par Marey et par Rouget (256) ; par ce dernier, dans certaines circonstances parliculièrement intéressantes. Rouget produisait un tétanos du cœur en excitant simultanément le pneumogastrique et le muscle cardiaque lui-même, c'est-à-dire presque dans les mêmes conditions que Cyon, dans les tétanos à basses températures (voir plus haut). Plus récemment A. Walther(237) a réussi à oblenir un tétanos parfait du cœur de la même manière que Cyon et Rouget, mais en se servant de la muscarine pour l'excitation du nerf pneumogastrique ; de même 0. Frank. Dans les prochains chapitres je reviendrai encore sur la grande portée qu'a pour la théorie des battements du cœur la démonstration de l'origine nerveuse du tétanos et de la phase réfractaire du cœur.
En somme, la possibilité de produire dans des conditions déterminées un véritable tétanos du cœur démontrée pour lu première fois par Cyon, est actuellement reconnue par presque tous les physiologistes. Ni la phase réfractaire, ni le caractère particulier de la contraction cardiaque, comme secousse musculaire (Marey) ne sont en contradiction avec celte possibilité.
La loi de Bowditch.
Il nous reste encore à traiter un autre problème important, intimement lié au mode de fonctionnement des nerfs du cœur. C'est la question si importante de la relation qui peut exister
entre la force des battements du cœur et l'intensité de l'excitation .
Cette question est d'une grande portée théorique. BowDiTcna, comme on sait, établi que, l'excitabilité du cœur d'une grenouille étant constante, la force des contractions cardiaques reste indépendante de l'intensité de l'excitation. « L'excitation minimale est en même temps l'excitation maximale », selon la formule de Kroneckrr. Le cœur, comme s'est exprimé Ranvier, donne « tout ou rien ». On a observé depuis que le cœur des mammifères semble se comporter d'une manière analogue. Ziems- SEN, ayant eu l'occasion d'exciter chez une femme le cœur qui n'était recouvert que de la peau, est arrivé à une conclusion semblable : «L'effet de l'excitation, c'est-à-dire la contraction musculaire, quand elle se produisait, paraissait toujours d'une force égale, qu'elle fût provoquée par des courants faibles ou plus forts. »
La loi de Bowdicth conscrve-t-elle sa valeur quand, au lieu d'excitations artificielles, ce sont des excitations physiologiques qui provoquent normalement les contractions cardiaques? Si Ton admet, avec Kronecker, que « le cœur ne peut pas être amené à se contracter par des excitations mécaniques ou électriques » (262), c'est-à-dire que les excitants extérieurs n'agissent sur le cœur qu'en favorisant certaines échanges chimiques, qui constituent les véritables excitants cardiaques, la réponse ne saurait faire de doute : la loi de Bowditch s'appliquerait également aux excitations normales.
Mais, d'autre part les faits qui indiquent que la force des battements du cœur varie dans des limites très larges sont nombreux. Souvent ces variations sont spontanées ou se produisent sous l'influence d'excitations nerveuses, notamment par l'entrée enjeu des nerfs accélérateurs ou modérateurs. La variation, dans ce cas, est si brusque, qu'il est impossible de l'attribuer, comme le font plusieurs partisans des hypothèses myogènes, à une modification considérable qui se serait produite sous l'influence nerveuse dans l'état du muscle cardiaque. Pareille explication a, en outre, le défaut capital de
ne rien expliquer, en réalité, puisqu'elle ne peul même pas déterminer la nature de cette modification.
Il est bien plus rationnel d'admettre que pour le muscle cardiaque la force des contractions se trouve sous la dépendance de l'intensité des excitations normales, ou, du moins, quVIle est subordonnée à la nature des nerfs et des cellules ganglionnaires produisant l'excitation, et peut-être aussi, à Tétat donné des fibres nerveuses ou de leurs terminaisons. Mais les augmentations ou les diminutions de la force des contractions cardiaques dépendant des fonctions particulières des nerfs qui peuvent faire varier cette force, il resterait encore à déterminer les conditions spéciales dans lesquelles se produisent ces variations.
Nous avons vu plus haut que Texcilation des pneumogastriques ou de certaines de leiu*s branches augmente la force des contractions. Pareille augmentation peut avoir des causes diverses. Elle pourrait, par exemple, dépendre d'une simple prolongation de la période diastoliquc: le ventricule ayant eu plus de temps pour se n^mplir de sang en rejetterait une plus grande quantité dans les arlères; une autre cause possible serait raccroissenn^nt de rexcitabililé des cellules ganglionnaires motrices ou des fibres nerveuses motrices. Il y aurait môme une troisième possibilité : Ivs nerfs dynamiques seraient des nerfs vasomoteurs du cu»ur, destinés à augmenter les forces motrices des muscles ou les quantités des excitants cardiaques. Il estdiflî<'ile, pour ne pas dire impossible, de déterminer dès à présent laquelle de toutes des conjectures répond à la réalité. Les rapports entre la fréquence des pulsations et leur force sont très complexes. La durée des différentes parties qui constituent une évolution cardiaque complète peut aussi modifier c(»s rapports dans des limites assez larges: ainsi, par exemple, une systole très courte, mais suivie d'une diastole un peu prolongée, peut, sans changer la fréquence des pulsations, permettre aux ventricules de se remplir davantage et d'exécuter un travail plus considérable. Mais on comprend que ce sont là des cas exceptionnels et qu'en général les pulsations plus fréquentes doivent être plus faibles, comme les pulsations plus lentes, ceteris parilms,
doivont ^Ire plus fortes, et vice versa. Une contraction ti-^s forte des ventricules, c'est-à-dire l'expulsion d'une plus grande quantité de sang, — les résistances dans l'appareil circulatoire restant les mêmes, — peut prendre un temps plus long; l'augmentation de la force des contractions pourrait ainsi par ellemême produire un ralentissement.
central du sympatliiqi
La validité! de la loi de Bowditch pour les contractions normales du cu^ur est contredite également parle fait que certains poisons agissant incontestablement sur les nerfs du cœur peuvent diminuer ou augmenter la force des contractions. Il est vrai que les partisans de cette loi objectent que ces poisons introduits dans le sang peuvent en même temps modifier directement l'excitabilité ou la contractibilité musculaire. Mais pareille objection n'est plus admissible quand ces poisons agissent uniquement surles cenires cérébraux des nerfs cardiaques sans pouvoir pénétrer dans la circulation générale, comme dans les expériences de Cvon avec ta circulation artificielle, établie dans la boite crânienne. Or, certains de ces poisons introduits dans la circulation cérébrale h l'exclusion de la circulation cardiaque modifient dans une large mesure la force des battements. du cu?ur. Ici les modifications ne peuvent être attribuées qu'exclusivement aux cbangements de la force des exeilanls nerveux. La réfutation de la loi de Bowditch est devenue encore plus éclatante dans les expériences où la circulation cérébrale étant isolée de la circulation cardiaque, cette dernière a été ellemême exclue de la circulation générale du corps, par l'établis-
l)E CïON. 13
sèment d'une circulation directe entre l'aorte descnndantc ot la veine cave inférieure (méthode de Cvon}. Nous reproduisons ici trois graphiques d'une expérience semhlahle dont ht dêuionstration nous paraissait décisive.
FiG.iî. — Reproduit lation cérébrale a.vi limitée aux urganca
L roiirlip <!•' 1.1 |)rrs»iun suii)[iiiiii' an miiiiii'nt mi la l'iri-i t été l'ornpiétrnieiit almliu et uii lu riroiihitinii i-anliaqiic >■ liorai^iques (voir plus liant, la lig.37, p. 137).
On voit sur cette courbe deux genres d'oscillalions: les primaires, dépendant de la contraction cardiaque; et les secondaires correspondant aux oscillations respiratoires. (C'est ii cette courbe que, dans le chapiire m, § ■"> , j'ai renvoyé FniiDKniCQ et d'autres physiologistes qui confondent les oscillations secondaires respiratoires avec les oscillations deTRAiBE de troisième ordre, provoquées par l'aclion des centres vaso-moteurs. Ici on effet toute action vaso-motrice était exclue par les conditîous mêmes de l'expérience.
Ou voit dans la ligure i^ qu'uussiti^t la circuhiliou rétablie dans le cerveau, les pulsations cardiarpies sou! devi'unes bien plus forles. En effel, les centres des ueH's pneumogastriques et ceux des nerfs arcélérateurs ayant élé raninn's avaient instantanément renforcé les pul.salions cardiaques. On voit sur le graphique quelques pulsations dues à la prédominance do l'exci-
INFLlENCES ET LOIS DES \EBF8 CARDIA^LES 1 'JS
tation du pneumo{!;aslrique. Vingt secondes après, cette prédominance avait disparu. La collaboration harmonieuse entre les centres anlagonistest^taitrélablieetlcs pulsations cardiaques avaient pris nettement le caractère de pulsations dynamiques (Adionspulse) (fig. 44).
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FiG. 44. — Cptte mime rniirlie 10 si'.'nndrs après 1i? ri'tablisai'nienl
On voit donc dans ces deux graphiques un renforcement des baltemenls du cu'ur par suite de la n^surrection des centres