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THÉORIES DE L'INNERVATION DU CŒUR

Myogène ou neurogène?

Nous avons analysé les mécanismes automatiques et régulateurs, connus jusqu'à ce jour, qui permettent au cœur de remplir sa fonction vitale avec une perfection sans pareille. Depuis qu*au commencement de ce siècle la doctrine de Galien et de Haller, qui considéraient le cœur comme indépendant du système nerveux, a été ébranlée jusque dans ses fondements par les travaux de Legallois, de nombreuses découvertes scientifiques, mettant à la disposition de Texpérimentateur des méthodes d'ime précision irréprochable, ont rendu possible une étude plus approfondie des mécanismes nerveux extra et intracardiaques. La découverte des ganglions du cœur (Remak, LuDwiG, Bidder) et de leur mode de fonctionnement (Volkmann, Stannius), la découverte des fonctions inhibitrices des pneumogastriques (frères Weber), celle des nerfs vaso-moteurs (Claude Bernard, Schiff), du nerf dépresseur (Cyon et Ludwig), des nerfs accélérateurs (E. et M. Cyon) ont créé des bases solides et inébranlables pour la théorie de l'innervation du cœur. Le retour aux idées de Galien, qui se manifeste dans les recherches de plusieurs physiologistes contemporains, ne peut être considéré que comme un mouvement passager et sans avenir. Nous disons « retour aux idées de Galien » et non à celles de IIaller, car, ainsi que nous l'avons fait remarquer plus haut (ch. u, §4), le grand physiologiste du xviii* siècle reconnaissait aux nerfs

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du cœur une part dans Tentretien de Texcitabililé du muscle cardiaque. Or, les jeunes protagonistes des théories myogènes s'efforçaient d'enlever au système ganglionnaire et nerveux du cœur la part considérable et déterminante qu'il exerce dans le fonctionnement et la régulation de son mécanisme. Cette élite de nos organes cellulaires ne jouerait qu'un rôle tout à fait secondaire, presque celui de parasites inutiles, dans le cœur. Les fibres musculaires qui, jusqu'à présent, n'étaient considérées que comme les producteurs du travail mécanique dans l'organisme, en quelque sorte comme la machine produisant la force motrice, seraient chargées elles-mêmes de remplir les fonctions régulatrices et réparatrices du cœur; c'est d'elles que partiraient les excitations, ce sont elles qui conduiraient ces excitations, les subiraient et y répondraient par des contractions rythmiques. L'irritabilité, l'automatisme, la rythmicité appartiendraient en propre aux cellules musculaires. Pour ce qui est des ganglions de Remak, de Ludwig, de Bidder et autres, de ces nombreux nerfs aux ramifications multiples, de ces plexus à mailles étroites qui forment autour des fibres musculaires un réseau si serré, pour ce qui est même des terminaisons nerveuses de ces fibres, peu s'en fallait qu'on ne regardât leur présence dans le cœur comme une gêne pour l'exercice des facultés merveilleuses, des capacités innombrables, dont les cellules musculaires du ca»ur seraient douées depuis les premières heures de la vie embryonnaire! Pendant quinze ans quelques physiologistes s'étaient appliqués avec énergie et persistance à rechercher des preuves expérimentales quelconques à l'appui de cette conception bizarre du fonctionnement du cceur et, chose à peine croyable, la stérilité absolue de leurs efforts ne décourageait nullement les adeptes de cette théorie. Il y a quelques années, un semblant de preuves parut enfin récompenser tant de zèle. Nous parlons des recherches de IIis jr. sur les contractions rythmiques du cœur des poulets, dès les premiers jours de leur vie embryonnaire, quand on ne réussit pas encore à constater la présence d'aucun élément nerveux dans ses parois. Nous verrons tout de suite le peu de valeur de celte

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constatation négative ; elle fut néanmoins le point de départ d'une transformation complète de la théorie myogène. Se croyant sûrs de leur triomphe, les partisans de cette théorie sont arrivés à dénier au système nerveux cardiaque, à ces admirables mécanismes régulateurs, dont nous venons de décrire ici le fonctionnement, tout rôle physiologique. Quelques myogénistes plus généreux voulaient bien accorder à ces nerfs, pourtant en grande partie centrifuges, le rôle un peu effacé des nerfs sensibles.

Ces exagérations aiiraieut dû sulBre pour prouver l'inanité de toutes les théories par la démonstration ad absurdum. Il n'en élait rien pourtant. Par son apparente simplicité la théorie myogène continuait à se maintenir et même à gagner beaucoup de partisans, surtout dans le monde des cliniciens, et cela au grand détriment des malades cardiaques. La théorie était en effet très séduisante pour les médecins : du moment que tous les fonctionnements du cœur reposaient sur les vertus extraordinaires de la simple fibre musculaire, il devenait oiseux de s'adonner aux études difficiles du système nerveux cardiaque. La pathologie des maladies du cœur, à part quelques affections valvulaires, se réduisait à une seule maladie : la myocardite. La thérapeutique de ces mêmes maladies se simplifiait également; du moment qu'il ne s'agissait que d'un muscle, il suffisait de recourir à la gymnastiqqe musculaire et à d'autres exercices destinés à fortifier les muscles cardiaques. Le meurtrier système d'OERTEL et bien d'autres furent les fruits funestes de cette simplification.

Aussi longtemps que les sévices, exercés par la théorie myogène, restaient limités aux laboratoires, les autres physiologistes, demeuraient fidèles à la théorie neurogène, telle qu'elle fut créée par le milieu du siècle passé, par les grands maîtres de notre science, tels que les frères Weber, Volkmann, Ludwig, Claude Bernard, et autres, pour ne parler que des morts, l'avaient établie, se contentaient de regretter la confusion créée dans des chapitres établis^de la physiologie expérimentale.

En présence de la tournure nouvelle prise par l'hypothèse

depuis les recherches de His, Romberg, Krehl et autres, tournure qui en faisait presque un véritable danger, grâce à la faveur qu'elle gagnait dans le monde des cliniciens, les neurogénistes entamèrent une campagne contre les entraînements de la nouvelle école : elle fut courte et décisive. De nouvelles recherches expérimentales ont fourni des preuves irrécusables de rinanité de l'hypothèse myogène ; elles ont élargi et consolidé les bases de la théorie neurogène de manière à la mettre désormais à Tabri de toute contestation. Aussi vit-on bientôt le représentant principal de la théorie myogène, Engelmann, faire volte-face (v. plus loin p. 222). D'autres se sont convertis plus ou moins ouvertement.

Il y a des errements scientifiques, qu'il ne suffit pas de réfuter ; il faut encore rendre leur retour impossible. C*est pourquoi je crois utile de reproduire ici les principaux arguments apportés pour et contre la théorie myogène dans la controverse de ces dernières années. Les expériences décisives, qui ont rendu cette hypothèse dorénavant insoutenable, viendront ensuite (v. § 8).

Les arguments sur lesquels on s'appuyait pourattibuer une origine myogène au rythme et à l'automacité du cœur étaient de natures diverses : les principaux furent empruntés h l'embryologie et à l'anatomie comparée ; les autres reposaient sur des faits de pharmacologie et de physiologie expérimentale.

Argumentation basée sur l'embryologie et l'anatomie

comparée.

Le point culminant de ces arguments est le fait que le cœur commence à se contracter d'une manière rythmique dès les premiers jours de la vie embryonnaire, quand on ne réussit pas encore à constater la présence d'éléments nerveux dans ses parois (Dis jun.). Ce qui ôte à ce fait un peu de sa signification au point de vue de la théorie myogène, c'est cet autre fait, connu

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