PRÉFACE XI
n'ont-elles pas servi de point de départ pour déterminer l'action importante de la leucocytose dans la défense de Torganisme contre les processus morbides ?
L'illusion que la bacWriologie pourrait à elle seule créer une base sufBsanle pour la médecine s'est surtout manifestée dans k^s milieux peu au courant de l'évolution subie par la médecine sous l'influence de la physiologie expérimentale. Et chose triste à constater, pareille erreur a pris naissance et tend à s'enraciner justement dans la patrie de Claude Bernard, l'auteur de V Introduction à la médecine expérimentale !
Je touche ici à un point excessivement douloureux pour tous ceux qui ont à cœur la situation de la physiologie en France. Pourquoi ne l'avouerais-je pas? En traitant dans cetle préface la question des rapports entre la médecine et la physiologie, mon but principal a bien été d'indiquer la grande portée que les progrès de la physiologie du ca;ur ont pour le diagnostic et pour le traitement des maladies cardiaques. Mais je voudrais également, à cette occasion, exposer la situation précaire faite à l'enseignement de la physiologie dans les facultés de médecine, eu France. Certain qu'eu le faisant je réponds au vœu de beaucoup de physiologistes français, qui s'épuisent en efforts stériles pour maintenir leur science à la hauteur où l'avaient placée leurs prédécesseurs illustres : Flourens, Le Gallois, Magendie, Longet et surtout Claude Bernard.
Il y aura bientôt quarante ans que le célèbres chimiste Wïîrtz, rendant compte d'une visite faite aux laboratoires de l'Alhîmagne, critiqua vivement le triste» état des laboratoires scientifiques en France. Il insistait particulièrement sur la cave humide, dans laquelle Claude Bernard avait ruiné sa santé, tandis qu'il enrichissait la physiologie de toutes ses glorieuses et fructueuses découvertes. La brochure de VVCrtz produisit une douloureuse impression en France. L'émotion gagna môme les Tuileries. A l'invitation de Napoléon III de lui exposer toute la vérité sur les accusations de Wurtz, Claude Bernard répondit : « Sire, ce que le gouvernement français fait pour la physiologie, est tout simplement misérable », et il exposa dans quelles
XII PBÉFACE
pénibles circonstances Magendie et lui avaient travaillé au CoU
lège de France et Longftt à l'Ecole de Médecine. La promesse d'une donation de 400 000 francs pour la construction d'un laboratoire de physiologie fut le résultat de cet entretien. Claude Bernard consentit au sacrilice d'échanger sa chaire à la Sorbonne contre celle du Muséum, qui seul disposait de l'emplacement nécessaire *.
Hélas, une fois au Muséum, Claude Bernard au lieu des 400 000 francs n'en reçut que 40 000, qui sutfirent à peine à installer le petit chalet, qui, après Claude Bernard, a abrité longtemps Rolge^f et Philippealx, et dont Gréhant et Gley peuvent actuellement apprécier toute l'insuflSsance.
En 1869 j'ai fait avec Longet une tournée dans les laboratoires à l'étranger. Nous commençâmes ce voyage au mois d'août par le laboratoire de Kûhne à Amsterdam et de Donders à Utrecht. De là nous partîmes directement pour Leipzig, où LuDwir. venait de s'installer dans son nouvel Institut. Déjà l'extérieur du bâtiment, bien modeste pourtant en comparaison avec les magnifiques édifices consacrés depuis à la physiologie, frappa vivement Longet. Mais quand il aperçut dans la galerie l'installation des courroies de transmissions qui distribuaient la force motrice aux appareils du laboratoire, il pâlit et me dit d'i'nc voix étranglée : « Savez-vous, mon cher Cyon, ce qui me reste à faire, à moi physiologiste français, qui ai passé ma vie à travailler dans la petite cabane au fond d'une cour que vous connaissez, c'est de me jeter la tête la première en bas de cet escalier! » Ce n'est pas sans peine que Ludwig et moi nous réussîmes à calmer son émotion.
Trente-cinq années se sont écoulées depuis et les physiologistes français sont en droit de formuler les mêmes plaintes et d'éprouver certainement des émotions analogues. La situation de la physiologie et des physiologistes n'a fait qu'empirer en France. Ce n'est certes pas la faute de ces derniers, dont on ne
I. Je tiens ces dc^lails de Claude Ilcrnard qui, tout heureux de la promesse impériale me pria de lui envoyer d»'s plans de laboratoin»s allemands, qu'il désirait étudier avant de commencer la construction du sien.
PRÉFACE Xlll
peut que trop admirer l'amour désintéressé de leur science et Fardeur avec laquelle ils s'acharnent à sacrifier leur temps et leurs forces aux recherches physiologiques, certains d'avance, que devant l'indifférence du gouvernement et do la plupart des facultés, ils ne parviendront jamais à faire profiter les élèves en médecine des fruits de leurs sacrifices personnels.
Tout autre est la situation partout ailleurs, en Europe et aux Etats-Unis; les gouvernements et les particuliers rivalisent d'empressement pour doter renseignement de la physiologie de magnifiques laboratoires et d'un nombreux personnel enseignant. Môme de petits pays comme la Belgique et la Suisse possèdent des instituts de physiologie modèles, comme ceux de Bruxelles*, de Liège, de Berne et autres.
L'Université de Koloszwar (Hongrie) vient de s'enrichir d'un nouveau laboratoire parfaitement installé et richement pourvu ; à Vienne on doit inaugurer un nouvel Institut de physiologie qui dépasse en grandeur et en outillage tous les autres, tirâce à Mosso l'Italie vient de créer sur le Monle-Rosa, à 4000 mètres d'altitude, un laboratoire de recherches physiologiques dont profiteront les savants de tous les pays. ïlt pendant ce temps les physiologistes français n'osent même pas inviter le congrès de physiologistes en France, faute d'un laboratoire digne de les recevoir, d'un outillage indispensable pour permettre à leurs collègues de faire des démonstrations de leurs nouvelles découvertes !
L'enseignement de la physiologie dans Tlnstitut de la faculté de médecine à Berlin est dirigé par le titulaire de la chaire et par quatre professeurs extraordinaires, dont chacun dispose d'un laboratoire spécialement destiné, l'un aux organes de sens, les autres à la chimie physiologique, à l'histologie et au système nerveux et chacune dispose d'un personnel d'aidesassislanis. La Faculté de Paris pour un nombre d'étudiants bien plus considérable 'ne possède qu'un titulaire de chaire, un agrégé et un
I. Dans ceUe dernière ville M. Solvay, le Mécène si entendu et si généreux a édifié à ses frais Tlnstitut qui porte son nom, qui a fait l'admiration des membres du dernier Congrès des physiologistes.
S. Nous conseillons à ceux que cette question intéresse de lire les rapports si