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Troubles moteurs

Parmi les désordres de la motilité, les uns sont immédiats, c'està-dire contemporains des accès, les autres sont postnévralgiqiies ou tout au moins se développent indépendamment des accès dans le cours de la névralgie.

Comme accidents moteurs immédiats, nous avons à mentionner tout d'abord les phénomènes convulsifs. On observe en effet assez souvent dans la région animée par le nerf névralgie des mouvements brusques, des contractions instantanées et involontaires qui occasionnent une recrudescence subite de la douleur (tic douloureux de la face). Ces contractions affectent parfois le caractère d'une véritable crampe : c'est le cas dans certaines sciatiques. 3Iais les névralgies faciale et sciatique ne sont pas les seules dans lesquelles on observe ce clonisme musculaire. Nous avons vu plus d'une fois une sorte de tremblement convulsif se manifester dans des névralgies brachiales. Anstie prétend même qu'on peut le constater, — si l'on y prête une attention suffisante, — dans la plupart des autres névralgies.

Parmi ces mouvements réflexes, il en est d'extrêmement remarquables. Nous citerons, comme exemples, ceux que nous avons observés chez une femme atteinte d'une névralgie elle-même très singulière.

Chaque jour, à des intervalles irréguliers, il se produisait tout à coup des crises douloureuses qui se répétaient en moyenne trois fois dans les vingt-quatre heures. Le mal partait du gros orteil droit, remontait le long de la jambe sans suivre le trajet d'aucun nerf, mais en intéressant particulièrement la région antérieure du membre, atteignait le côté droit de l'abdomen, puis gagnait de là le thorax et s'élevait jusqu'au dessus du sein. Parfois môme, la sensation se propageait jusque dans les doigts. La douleur était atroce. En même temps se manifestaient des mouvements alternatifs d'extension et de flexion du gros orteil, assez brusques, séparés par des intervalles de plusieurs secondes. Ces mouvements, absolument incoercibles, s'étendaient rapidement à la jambe et à la cuisse; il se produisait même de petites secousses du tronc. La durée de la crise algésique et motrice était de 1 à 6 minutes.

Pendant tout ce temps, le membre intéressé était pris d'une sorte de parésie qui rendait tout mouvement volontaire impossible et qui se prolongeait habituellement pendant un quart-d'heure à une demi-heure. Du côté gauche, on n'observait rien de semblable si ce n'est quelques mouvements très bornés que l'on ne parvenait à constater qu'en observant le sujet de très près, et qui n'étaient accompagnés d'aucune sensation douloureuse.

Dans l'intervalle des crises, la santé était parfaite.

La malade était âgée de 48 ans, et l'affection durait depuis un an. La ménopause s'était accomplie sans le moindre accident deux années auparavant; on ne constatait, en fait de lésion objective, qu'une très légère inflltz'ation des extrémités sans altération cardiaque.

La constitution était d'ailleurs excellente : pas de névralgie antérieure ; pas le moindre accident hystérique, épileptique ou ataxique dans le présent ni dans le passé. Aucun antécédent héréditaire.

Les viscéralgies offrent des exemples plus nets encore de contractions involontaires. Qui ne connaît le spasme douloureux de l'anus, du rectum, du vagin, du larynx, du pharynx occasionné par des douleurs névralgiques siégeant dans ces organes ?

Quant à l'immobilisation parétique ou non du membre névralgie, c'est un phénomène d'observation quotidienne. Est-il nécessaire de citer l'inertie relative ou complète du membre abdominal dans la sciatique, celle des muscles masticateurs dans la névralgie faciale, celle des muscles thoraciques dans la névralgie intercostale? Anstie a établi l'existence pour ainsi dire objective de cette complication parétique au moyen de la faradisation. Tandis qu'un courant passant par un sciatique névralgie ne parvenait à produire que de très légères contractions des jumeaux, le môme courant appliqué au nerf sain donnait lieu à des mouvements musculaires énergiques. — Nous pensons avec l'auteur anglais que cette action paralysante de la névralgie, sans être habituelle, est néanmoins fort commune. On est encore en dessous de la réalité en avançant qu'elle s'exerce dans plus d'un tiers des cas.

Il n'est pas rare d'ailleurs — et c'est là un fait assez remarquable — de rencontrer ici une succession analogue à celle qui s'observe dans les troubles sensitifs, des phénomènes d'excitation musculaire se manifestant en premier lieu et la parésie survenant après elle.

Les accidents postnévralgiques de l'ordre moteur sont encore des parésies. Nous n'avons point observé et nous pensons que l'on n'a jamais rencontré jusqu'ici de contractures. C'est surtout à la suite de la sciatique que surgissent ces inerties musculaires qui se caractérisent objectivement par l'incertitude de la marche et notamment le trébu-

chement du pied, la claudication, l'impossibilité même de soulever la jambe. Elles s'accompagnent ou non de la réaction électrique de la dégénérescence et d'atrophie musculaire. On les voit apparaître dans certains cas avant même que les douleurs aient entièrement disparu; mais le plus souvent, elles tardent quelques semaines avant de se manifester. Elles ont d'habitude une longue durée, mais elles guérissent toujours.

Sans aucun doute un assez grand nombre de ces accidents doivent être attribués à des névrites ; mais le fait qu'ils peuvent survenir sans dégénérescence et sans atrophie tend à prouver qu'au moins quelquesuns d'entre eux sont le résultat d'une affection purement névralgique.

Irradiations motrices.

Les contractions musculaires réflexes que nous avons mentionnées parmi les troubles moteurs locaux peuvent aussi se manifester dans des régions plus ou moins éloignées du domaine névralgique. 11 en est de même des phénomènes parétiques.

Les mouvements désordonnés et incoercibles auxquels se livrent certains malades souffrant de violentes douleurs faciales, le piétinement, le balancement incessant du tronc, le tremblement général du corps, les frictions convulsives exercées par les mains sur le visage, les cris aigus que pousse le malade, tout cela peut être considéré comme des irradiations motrices de la douleur. Chez un malade atteint de sciatique que nous avons récemment traité, chaque élancement un peu violent s'accompagnait d'une flexion involontaire de la tête.

On sait que les muscles involontaires ressentent plus facilement encore le contre-coup de la douleur névralgique. C'est ainsi que la migraine et la névralgie faciale elle-même provoquent très souvent les vomissements; les névralgies lombo-abdominales peuvent occasionner une rétention d'urine ou une constipation opiniâtre. Il n'est pas jusqu'au cœur qui, d'après certaines observations d'Anslie, ne se mette quelquefois, au milieu d'un accès très douloureux, à battre avec une grande violence après avoir présenté un arrêt de quelques moments, comme cela arrive sous le choc d'une grande émotion. — Tûrk a vu le pouls diminuer de fréquence quand la douleur acquiert une intensité exceptionnelle.

La faiblesse musculaire générale, l'anéantissement dans lequel les sujets névralgiques tombent parfois dès les premiers accès, les évacua-

lions involontaires qui viennent surpendre certains malades au moment des paroxysmes sont assurément des phénomènes d'inhibition réflexe suscités par la souffrance névralgique, mais ne peuvent être considérés comme de véritables irradiations.

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