‹ Les névralgies, leurs formes et leur traitementChapitre 11 sur 59 · Troubles vaso-moteurs · texte numérisé non relu

Troubles vaso-moteurs

Ici encore on peut se trouver en présence de troubles locaux ou de troubles éloignés qui pour la plupart se manifestent dans le cours même des accès à leur début, à leur acmé ou au moment de leur déclin, — mais qui s'observent aussi, bien que plus rarement, dans l'intervalle des accès et même dans l'intervalle des attaques.

Quand on examine de près la région névralgiée dans la prosopalgie, par exemple, on y remarque souvent des pulsations artérielles exagérées. La perception de ces battements est objective et subjective. Un vaisseau qui, à l'état normal, ne donne aucune pulsation appréciable, devient le siège d'une diastole apparente; une artère aux battements ordinairement visibles acquiert, dans l'accès névralgique, un volume plus considérable et une dureté inaccoutumée. Le malade perçoit lui-même une partie de ces phénomènes : la diastole artérielle devient beaucoup plus sensible pour lui, dans les points où il la sentait déjà, et il la perçoit d'une manière évidente là où elle avait toujours passé inaperçue.

Ces troubles de la circulation se produisent d'habitude dans les points les plus douloureux, et ce n'est ordinairement non plus que durant le cours des accès que ces troubles circulatoires se manifestent. Chacune de ces pulsations exagérées ou anormales devient en outre l'occasion d'une recrudescence dans les douleurs ; il arrive souvent même que la sensation de l'ampliation artérielle s'efface devant l'acuité de la souffrance, et le malade n'accuse plus alors qu'une douleur pulsative dont le rythme correspond à celui des battementsdu cœur. C'est généralement au début de l'accès que l'on observe cette augmentation de la tension artérielle. Elle reconnaît pour cause la contraction des petjts vaisseaux qui se manifeste objectivement par la pâleur initiale du visage lorsqu'il s'agit d'une névralgie faciale. Plus tard, au contraire, l'artère devient bondissante et molle par le relâchement de ses parois.

Comme ce sont les nerfs sensitifs qui renferment le plus de libres vaso-motrices, on conçoit que les affections intéressant ces nerfs — et la névralgie en est une — déterminent l'apparition de phénomènes vasculaires plus ou moins prononcés.

Mais ces désordres circulatoires ne se montrent pas seulement dans la région du tronc algésié, on les voit aussi apparaître dans le domaine desservi par les autres branches du nerf ou même dans un autre nerf.

L'irradiation j)eut aller plus loin encore : elle peut atteindre, comme le fait remarquer Anstie, les ganglions du sympathique lui-même et l'action vaso-motrice peut alors se propager au loin.

La constatation de ces troubles éloignés n'est pas toujours facile. Il faut interroger les troncs artériels voisins, comparer surtout le côté malade avec l'autre, lorsque le vaisseau n'est pas impair. On peut, du reste, réveiller instantanément l'énergie des pulsations, en donnant à la partie malade une position qui favorise l'afflux et gêne le retour du sang, en lui imprimant des secousses brusques, enfin en y provoquant, par la pression, le retour de la douleur.

Aux modifications de la tension artérielle se rattachent des phénomènes d'ischémie et de congestion capillaires. L'ischémie ouvre la scène et se maintient jusque vers la fin de l'accès. Elle fait place alors à un afflux sanguin parfois très prononcé et qui se maintient surtout dans les parties où les téguments présentent un haut degré de vascularisation. A la face, par exemple, où la peau est fine, les artérioles superficielles et les capillaires très développés , le décours de la névralgie est marqué par la turgescence et la vascularisalion plus prononcée de la peau et des muqueuses, ainsi que par une impression de chaleur plus vive. 11 se produit, en un mot, une fièvre locale que les anciens avaient déjà notée et qui avait reçu de Van Swieten le nom significatif de febris topica.

Nous avons vu dans un certain nombre de cas ces troubles circulatoires persister dans l'intervalle des accès et môme se maintenir longtemps après la fin d'une attaque névralgique. Chez une damequi^ durant de longues années, avait souffert de névralgie sous-orbitaire, la joue du côté malade avait fini par prendre — et par conserver d'une manière permanente — une teinte rosée due à l'injection des capillaires et des veinules de la peau.

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