Troubles trophiques
D'habitude ces altérations sont tardives et pennanentes. Il faut généralement, pour qu'elles parviennent à s'établir, que la névralgie ait duré longtemps et ait offert une assez grande intensité. Mais on a vu aussi ces accidents se produire au moment même de l'accès et disparaître avec lui. Nous n'avons jusqu'ici rencontré aucun de ce? cas exceptionnels. Mais Anstie dit avoir observé des pigmentations tout à fait temporaires de la peau. Les surfaces cutanées se teintaient pendant l'accès névralgique pour reprendre aussitôt après leur coloration normale. E. von SloffeUa (1) a noté un phénomène plus curieux encore. Chez une femme souffrant de névralgie cervico-brachiale du côté gauche, une tumeur lisse, ferme, élastique et indolore se montrait dans la fosse sus-claviculaire au moment où se déclarait l'accès et disparaissait dès que la douleur venait à se dissiper.
Il est moins rare de voir une hyperplasie épithéliale se montrer soit spontanément, soit à la suite de l'ingestion d'une forte dose d'alcool {Anstie) sur une moitié de la langue du côté névralgie.
La tuméfaction aiguë du périoste aux environs des points douloureux est également assez commune. Enfin, nous citerions l'herpès zoster accompagnant les douleurs intercostales, s'il ne s'agissait vraisemblablement alors d'une névrite et non d'une névralgie proprement dite.
(1) E. V. Stoffella. Schwellung cler Gegend der Unhen Fossa supraclavicularis hei nenrulgia cerv/co-braclmdis. — Wien. nied. Wochenschr. 1878, nosl5el 10.
En dehors d(! ces accidents immédiats, il existe toute une série d'altérations qui se développent plus lentement et offrent un caractère plus persistant. Telles sont les hypertrophies qui se montrent d'une façon presque constante dans les régions attectées de névralgies rebelles: hypertrophies de la peau, des os, des cheveux, des poils, etc. Dans un cas de sciatique, Anstie a vu la jambe malade se couvrir d'une couche épaisse de poils. Bien plus fréquente est Yatrophie générale du membre inférieur que tous les praticiens ont observée et qui semble, dans certains cas, être indépendante de la névrite. On a cité aussi la décoloration permanente des cheveux, l'alopécie, et même le g] a uco m e ( Wegn er) .
On le voit, ces lésions ne correspondent pas toujours exactement aux filets névralgies; plusieurs d'entre elles sont de véritables irradiations (1).
ff. TrouMes généraux.
La manifestation générale la plus constante et la plus marquée de la névralgie au moment de l'accès est l'expression souffrante de la face. Les sourcils sont rapprochés, le front plissé, le regard fixe et anxieux, les lèvres contractées; quand la douleur se calme, cette expression fait place à un air d'abattement mêlé d'une sorte d'inquiétude, car le patient ne cesse d'appréhender le retour de ses douleurs.
A cet aspect particulier de la physionomie se joint une certaine faiblesse et comme un timbre plaintif de la voix, une précautionneuse lenteur dans les paroles et dans les mouvements, une inaptitude plus ou moins complète aux travaux intellectuels, une indifférence profonde ou au contraire une susceptibilité exagérée à l'endroit des impressions extérieures, enfin, une privation absolue du sommeil pendant toute la durée des accès.
L'intensité des douleurs peut même susciter des désordres généraux dans la sensibilité et les mouvements : convulsions des membres, crises hystériformes, exaltation délirante. D'autres fois, la douleur devient à ce point intolérable qu'elle fait tomber le malade en défaillance.
A ces accidents se joignent fréquemment des désordres menstruels et des phénomènes de gastricisme; inappétence, apepsie, nausées, vomissements, constipation, quelquefois de la diarrhée. Comme con-
(d) On peut trouver dans la thèse de Boisson (Étude clinique sur les troubles tropMqxies de la névralgie trifaciale. Paris, 1876), une énuméi'ation détaillée des lésions de nutrition qui apparaissent comme complication de la névralgie.
séquences de ces troubles digestifs surviennent une anémie plus ou moins prononcée et une dépression graduelle des forces, — lesquelles deviennent h leur tour la source d'un érélhisme qui favorise la perpétuation de la névralgie. La maladie se trouve ainsi parcourir un cercle vicieux dont le médecin cherche trop souvent en vain la tangente.