‹ Les névralgies, leurs formes et leur traitementChapitre 14 sur 59 · II. — SIÈGE · texte numérisé non relu

II. — SIÈGE

Valleix a trouvé que l'affection névralgique ne se répartissait pas également sur tous les nerfs du système encéphalo-rachidien. Elle manifesterait, d'après lui, une triste prédilection pour les nerfs superficiels et, parmi eux, pour les branches nerveuses qui se distribuent à la face.

D'autres circonstances peuvent également influer sur la localisation de la névralgie. C'est ainsi que l'on a observé de tout temps la prédisposition spéciale du côté gauche, au moins pour la névralgie intercostale et la névralgie sciatique. Henle (1) a donné de ce fait une explication assez satisfaisante reposant sur des données anatomiques ; le sang des plexus rachidiens s'écoulerait moins facilement dans la veine cave du côté gauche que du côté droit, en sorte que les nerfs gauches, au niveau de leur émergence, seraient plus facilement exposés aux effets de la stase veineuse. C'est une raison du même genre qui rend la première branche du trijumeau plus accessible aux influences algésiques.

Le sexe lui-même n'est pas sans exercer quelque action sur la détermination topique du mal. La femme est en effet plus sujette aux névralgies faciale, intercostale et lombaire, l'homme aux névralgies du sciatique et du crural. Il n'est pas jusqu'à certaines conditions d'âge qui ne disposent plus particulièrement certains nerfs à subir les atteintes du mal névralgique. Avant l'âge de la puberté, par exemple, ce sont les névralgies faciales et occipitales que l'on rencontre le plus fréquemment ; passé cet âge, la répartition des névralgies devient plus uniforme {Anstie).

Il existe d'ailleurs, dans le cours même des attaques, une variabililé remarquable dans la localisation de la douleur. Il est rare d'abord qu'elle frappe du premier coup tous les rameaux destinés à souffrir; elle commence, d'habitude, par atteindre une branche, puis elle se propage de là dans les ramifications, ou s'étend aux autres branches (lu même tronc. Lorsque l'attaque ou même l'accès est dans son cours,

'11 Hknle. Handb. il. rationnelle Patholocjie. Bd. II. S. 2 u. 135.

la douleur suJjit souvent des déplacements remarquables; elle se dissémine, se concentre, abandonne un nerf pour occuper un filet voisin ou pour passer dans un autre nerf quelquefois assez éloigné.

Valleix avait déjà constaté que les névralgies limitées à une seule branche sont relativement rares : on les observerait dans un tiers des cas tout au plus.

Cette diffusion de la douleur névralgique devient pour ainsi dire la règle dans certaines névralgies diathésiques que nous étudierons plus loin ; les névralgies cérébro-spinales idiopathiques sont encore celles qui offrent à un moindre degré ces singuliers déplacements. Ils sont cependant encore assez communs pour que Sandras n'hésite pas à considérer la névralgie en général comme essentiellement voyageuse. Dans presque tous les cas où l'on rencontre de la fixité dans la douleur, il faudrait s'attendre, d'après le même auteur, à trouver une lésion matérielle sur le trajet môme du nerf.

Dans une autre catégorie de cas, ce n'est pas une extension plus ou moins capricieuse de la névralgie que l'on observe. L'algésie abandonne subitement, complètement et définitivement un nerf pour se fixer dans un autre. Cotiigno a vu la suppression des douleurs sciatiques provoquer l'apparition de la névralgie cubitale. Chaussier{[), une névralgie plantaire faire place à une névralgie sous-orbitaire. Grisolle (2), au dire de Valleix, a rencontré une névralgie faciale qui alternait avec une gastralgie. Fleury (3) a observé une malade chez laquelle la névralgie occupait successivement, avant de disparaître, le nerf sciatique, l'estomac, le cœur et les nerfs de la cinquième paire.

C'est à ces névralgies erratiques que les anciens donnaient plus particulièrement le nom de névralgies anormales; certains auteurs, Bourguignon entre autres, les rangent parmi les névralgies sympathiques. — L'ancienne désignation est impropre, car elle ne rappelle en rien la caractéristique de ces névralgies. La qualification de sympathique ne nous semble pas convenir davantage : elle doit être réservée exclusivement à certaines névralgies dont nous avons donné plus haut la définition et sur lesquelles nous aurons à revenir plus tard.

Enfin, dans des circonstances exceptionnelles, on a noté l'existence simultanée de deux névralgies bien distinctes et également bien carac-

(1) Comxiendiuni de médecine %iratique. T. VI, 1845, p. 179.

(2) Valleix. Op. cit., p. 703.

(3) Réflexions et observations pour servir au diagnostic des névralgies viscérales, m Journal de médecine, N" d'avril 1843, Obs. 2

térisées, occupant des nerfs tout à fait différents (Cotugiio) ou bien des nerfs congénères ou symétriques comme André, Foiujuet, Blchat et plus récemment Worms en ont vu des exemples. On peut leur appliquer la qualification d'associées.

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