Pathogéjiie des troubles vaso-moteurs
Il était souvent difficile, autrefois, de concilier avec l'idée d'une paralysie l'apparition d'une hyperémie intense dans le cours d'un processus irritatif. Aujourd'hui que des expériences bien faites ont démontré positivement l'existence de nerfs ou tout au moins de filets vaso-dilatateurs, cette apparente contradiction disparaît.
Il est également avéré que les influences vaso-constrictives ou vasodilatatrices peuvent s'exercer à distance. On parvient en effet à modifier la pression sanguine et le calibre des vaisseaux en agissant sur la moelle, sur le sympathique ou sur les nerfs cérébro-spinaux. Pour ce qui regarde notamment les nerfs sensitifs ou mixtes, Ludivig et Lovén (2) ont depuis longtemps constaté que l'excitation des nerfs sensitifs produisait par action réflexe une dilatation des artères du voisinage. D'après les recherches récentes de I\um,pf[Z), la réflexion s'opérerait même d'un côté à l'autre, suivant un mode qui rappelle le transfert métalloscopique.
Si l'on envisage spécialement l'excitation douloureuse des nerfs sensitifs, on voit, par les résultats des expériences de Bernard, de Vulpian, de François- Franck, de Duret, de Couly, etc., que cette excitation peut amener par voie réflexe une suspension des battements du cœur et que cette suspension est parfois assez prolongée pour déterminer la syncope. Les vaisseaux artériels subissent également, dans ces conditions, un resserrement spasmodique plus ou moins prononcé. L'irritation des cordons restiformes qui constituent, comme on le sait, la voie sensitive principale de la moelle allongée est, de toutes, celle qui produit le spasme vasculaire de la façon la plus apparente {Duret) (4).
L'abaissement notable de la température qu'a obtenue Mantegazza en soumettant à des incitations douloureuses intenses et répétées des lapins et des chiens est vraisemblablement la conséquence de la constriction vasculaire.
(1) Leyden. Ueb. ReflexUihmungen, in Samml. kl. "Vortrfege, n» 2. Leipzig, 1870.
(2) Arheiten der pliysiolog. Anstalt zu Leipzig, 1866, S. 1.
(3) RuMPF. JJeber Réflexe. Deutsche med. Wochensch. 1880, no 29.
(î) Duret. Étude sur l'action du liquide céphalo-rachidien dans les traumatismes cérébraux. — Arch. de physiologie normale et pathologique, 1878, no 3.
François-Franck, dans un travail fait avec la précision qui caractérise habituellement ses recherches, a examiné la question de savoir s'il était indispensable que la douleur fût perçue pour qu'on obtînt la réaction vasculaire. Il est arrivé à cette conclusion que « la douleur n'est sans doute pas une étape nécessaire et que l'acte réflexe est un acte réflexe simple » (1).
Il ressort de toutes ces données physiologiques que les troubles vaso-moteurs devraient être la règle dans les névralgies. Les observalions modernes tendent en effet à faire admettre la constance des réactions vasculaires. De même que dans les expériences, c'est généralement de l'ischémie que l'on rencontre au début; l'hyperémie survient plus tard. En sorte que l'on serait autorisé à supposer que les éléments vaso-constricteurs sont ceux qui entrent d'abord en action tandis que les vaso-dilatateurs subissent plus tardivement l'effet de l'excitation douloureuse. On comprend au surplus que le mode et le degré de l'excitation d'une part, le nombre relatif des fibres constrictives et des fibres vaso-dilatatrices contenues dans le nerf d'autre part, puissent faire varier la forme, l'intensité et la durée de ces troubles vasculaires.
L'intensité de l'hyperémie peut même être telle que Vinfîammation s'ensuive, comme dans les cas cités par Brown-Séquard où la névralgie iléo-scrotale a provoqué l'apparition d'une orchite. Dernièrement, ilallopeau et Neumann (2) ont signalé, dans le même ordre de faits, l'indammation des glandes sébacées de la mamelle droite survenue h la suite de l'application d'un vésicatoire sur le sein gauche. Plus récemment encore des phénomènes analogues ont été observés en Allemagne dans la production expérimentale des ophthalmies sympathiques.
Quant aux désordres permanents de la vascularisation, ils résultent sans doute du retour fréquent des accidents, ainsi que de l'habitude morbide.
Jî. Patliogénie des trouMes sécrétoires.
Les troubles sécrétoires sont ordinairement en rapport avec les désordres vasculaires, mais il est bien certain que ce rapport n'est pas constant. On doit en conclure que, dans certains cas au moins, des fibres spéciales que l'on a désignées sous le nom de fibres sécrétoires
(1) François-Franck. Recherches expérimentales sur les effets cardiaques, vasculaires et respiratoires des excitations douloureuses. Acad. des se, 4 déc. 1876.
(2) Hallopeau et Neumann. Co7itribution à l'étude des inflammations réflexes. Gaz. méd. de Paris, déc. 1878, no 49, p. 602.
interviennent dans le processus. Elles sont particulièrement intéressées dans la névralgie faciale.