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MÉDICATIONS COMPOSÉES

Nous avons examiné individuellement, dans les précédents articles,

les divers agents thérapeutiques employés à combattre les névralgies. Mais il arrive à chaque instant dans la pratique que l'on est amené à diriger contre ces affections des traitements complexes , par la raison que l'on se trouve en présence de plusieurs indications qu'il importe de remplir à la fois.

Le cas se présentera déjà souvent pour les névralgies idiopathiques ; il se rencontrera presque constamment pour les affections symptomatiques où il faudra intervenir simultanément par les agents antinévralgiques proprement dits et par les moyens propres à faire disparaître la cause primitive du mal. Il serait superflu d'en citer des exemples.

Mais il est encore d'autres circonstances où les traitements mixtes sont indiqués ; c'est lorsque les indications ne sont pas assez nettes pour qu'on puisse s'en rapporter sûrement à l'action d'un remède unique. On en associe alors un certain nombre pour augmenter les chances de succès de la médication.

De là sont nées ces formules composées dont beaucoup de praticiens sont tentés d'exagérer la valeur.

Il serait oiseux de faire ici l'insipide énumération des mille et une recettes antinévralgiques qu'on rencontre à chaque page dans les publications périodiques. Ou bien elles ne sont autre chose qu'un assemblage presque toujours confus, souvent même incompatible, des substances simples qui ont été administrées dans le traitement des névralgies avec plus ou moins de succès, et alors elles sont un peu moins efficaces que celles-ci employées isolément parce qu'elles ne permettent de remplir d'une manière précise aucune indication particulière ; — ou bien elles se composent de remèdes douteux ou in actifs, et dans ce cas, elles réussissent bien moins encore.

En supposant même que le besoin de ces prescriptions se fît sentir, il serait loisible à chaque praticien d'en créer à sa guise qui vaudraient certes tout autant que celles qu'il aurait pu recueillir.

Il est toutefois certaines formules à composition rationnelle que la pratique a consacrées et qui peuvent être jusqu'à un certain point recommandées aux praticiens. Le lecteur nous saura peut-être gré de les avoir réunies ici. — Nous y avons joint quelques mixtures d'une efficacité plus douteuse que nous aurions pu passer sous silence si certains auteurs ne faisaient dépendre de l'intégrité d'une formule le succès de toute une médication.

En dehors de ces deux catégories de prescriptions, il existe des re-

mèdes soi-disant antinévralgiques dont la composition est inconnue. Telles sont, par exemple, les pilules de Cronier, la liqueur de Verdé de risle, etc. Mais ces préparations n'offrent aucune garantie; elles peuvent même être dangereuses. Aussi le praticien ne devra-t-il jamais les prescrire. Tout au plus pourra-t-il autoriser son client à en faire usage quand tous les moyens rationnels auront échoué.

Usage interne.

Pr. Extrait de stramoine 0=^, 50

Extrait^aqueux d'opium 0»"^, 50

Oxyde de zinc O»"", 08

Pour 40 pilules. — De 1 à 8 dans les 24 heures {Trousseau).

Pr. Extrait alcoolique de jusquiame. . . . 0^^,05

» " valériane .... O^"", 05

Oxyde de zinc 0^,05

Pour 1 pilule. — De 1 à 10 par jour {Méglin).

Pr. Sulfate de quinine O^"", 05

Tannin Qgr, 05

Aconitine 0^^, 001

Pour 1 pilule. — De 1 à 4 par jour. — Contre la migraine {Hervez de Chégoin).

Pr. Citrate de fer et de quinine 20=^, 00

Extrait alcoolique de noix vomique . . 0=^, 70 belladone . . . O^r, 70

Sulfate de morphine 0=^, 30

Pour 70 pilules. — 3 par jour. — Contre la névralgie faciale (Levi).

Pr. Sulfate de quinine O»'", 30

Hydrochlorate de morphine O^r, 03

Valérianate de zinc O^'^, 10

Pour 3 pilules. — De 1 à 3 par jour {Jacquemot).

Pr. Eau distillée de tilleul SO^f, 00

» ■» fleurs d'oranger . . . 50^^", 00

Esprit de Mindererus 4sr, 00

Hydrochlorate de morphine 0°^, 05

Extrait de suc de belladone 0"^, 03

Sirop gommeux 30°^, 00

1 cuiller à bouche toutes les heures jusqu'à amendement. — Contre la névralgie faciale {Foissac).

Pr. Liqueur de Van Swieten 45^^, 00

Vin de semences de colchique .... 15^^, 00

30 gouttes toutes les 2 heures. — Contre le tic douloureux {Burdach).

Pr. Musc Os^ 05

Extrait de digitale O^r, 10

thébaïque . . , O^r, 025

Pour 1 pilule. — 1 pendant l'accès (Boiron).

Usage externe.

Pr, Alcoolat de mélisse 4^1", 00

Teinture d'aconit 2^'^, 00

Chloroforme W, 00

Pour frictions {H. Guéneau de Mussy).

Pr. Extrait alcoolique de belladone r » jusquiame

» " stramoine

Lactucarium

Eau de laurier-cerise ....

0^^ 60 Os^ 80 Os^ 90 2S'', 00 12^^ 00

On étale la mixture sur la région douloureuse et Ton recouvre d'un cataplasme de farine de lin. Ce même mélange peut être administré à l'intérieur à la dose de 6 à 15 gouttes 3 fois par jour {Liégard).

Pr. Éther acétique 80^=", 00

Teinture alcoolique d'aconit .... 15^^, 00 Teinture de racines d'arnica .... IS^'", 00

On frictionne la région douloureuse avec le liquide et l'on recouvre de flanelle imbibée du môme médicament.

Pr. Savon animal 6^^, 00

Éther acétique SO"»", 00

Camphre i^r^ 00

Huile volatile de thym 0^^, 40

En frictions contre les névralgies musculaires et rhumatismales {Pelletier).

Cette mixture est avantageusement remplacée par l'alcoolé de savon à l'éther acétique de la Pharmacopée.

Pr. Alcoolature de racine d'aconit. . . . 3^^,00

Axonge 10^^^, 00

Ajoutez :

Cliloroforme S^r, 00

HydrocMorate de morpMne 1^"^, 00

On étale sur la partie malade et l'on recouvre d'ouate ou de baudruche. Toutes les heures jusqu'à soulagement. — Contre les névralgies musculaires.

Pr. Ammoniaque à 25° 15^^ 00

Chloroforme . . • 10^^, 00

Camphre lo^^^, 00

Teinture thébaïque 5=^, 00

Alcool à 90° C . . 60"^ 00

En frictions contre les névralgies raraiculaires et musculaires.

La baume de vie de Hoffmann et une série de liniments, baume tranquille, baume opodeldoch, Uniment ammoniacal camphré, qui ne sont guère employés que contre les douleurs musculaires, ont leur composition indiquée dans toutes les Pharmacopées.

Maintenant que nous avons terminé l'exposé symptomatologique et thérapeutique général des névralgies idiopathiques des branches cérébro-spinales, ce serait le lieu de faire une description complète de chacune de ces névralgies en particulier et de faire connaître les moyens qu'il convient de leur opposer.

Mais outre que cette étude nous entraînerait beaucoup trop loin, elle nous semble à peu près inutile. Tout ce que nous aurions à dire se réduirait, en somme, à l'indication du trajet de la douleur et des points douloureux propres à chacune des névralgies, plus la mention de quelques symptômes spéciaux ù telle ou telle espèce. Or, les premières notions, abstraction faite des ditiicultés résultant parfois de la récurrence des fibres, seront aisément déduites des données anatomiques, telles que nous les avons interprétées au chapitre de la douleur; quant aux caractères appartenant spécialement à certains trajets névralgiques, ils acquièrent rarement assez d'importance pour fournir une indication thérapeutique particulière.

Il arrive cependant quelquefois que la localisation ou la physionomie propre de la névralgie (névralgie faciale, névralgie périodique,

névralgie épileptiforme, etc.) sont de nature à spécialiser le traitement. Mais nous avons eu soin, dans les articles précédents, de noter les indications particulières qui s'y rattachent.

B. — HEVRitLGIi: AIUSCULAIRE OU lIYitUGIE.

11 n'y a pas longtemps que ce terme a pris cours dans la science pour désigner spécialement l'état pathologique que nous allons étudier. On confondait en effet, et l'on confond encore souvent aujourd'hui, sous le nom générique de j^hiimatisme musculaire, douleurs rhumatismales musculaires, douleurs rhumatoïdes , rhumatisme nerveux, rhumatisme apyrétique, des affections douloureuses dont la nature est essentiellement diverse. Toutes les fois qu'il était difficile d'assigner aune douleur assez mal localisée, mais paraissant occuper particulièrement les muscles, plus ou moins continue, mais s'exagérant par les mouvements ou pendant la nuit, toutes les fois qu'il était difficile, disons-nous, de découvrir à cette douleur une cause bien déterminée, ou que la seule cause appréciable était l'action du froid humide ou l'impression brusque et prolongée du froid, on lui appliquait le nom de douleur rhumatismale, on prescrivait le repos et des révulsifs cutanés, et tout était dit.

Roche (4), l'un des premiers, a signalé cette confusion et tenté d'éblir l'existence des névralgies musculaires non rhumatismales. Les auteurs du Compendium de médecine pratique (2) font mention de douleurs particulières lancinantes auxquelles ils donnent le nom de rhumatisme névralgique, mais dont il font encore cependant une variété du rhumatisme musculaire. Longtemps avant eux, Scudamore avait rencontré dans ce qu'on appelait rhumatisme musculaire des douleurs comparables à des décharges électriques, douleurs que des auteurs regardent comme appartenant spécialement à la névralgie.

Valleix (3) admet qu'en principe le rhumatisme musculaire et la névralgie sont les mêmes affections dont le siège est seulement différent,

(1) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques , art. arthrite, t. III, p. 458.

(2) Op. cit., t. VII, p. 405.

(3) (jifzVZe cZzt HiécZecî'n ^r«{2Cten. Paris 1847, t. X, page 194. — Études sur le rhumatisme muscidaire, in Bulletin de thérapeutique, année 1848, page 296,

et cela suffirait, d'après lui, pour en faire deux espèces nosologiques différentes.

Duchenne (deBoulogne) (1) adopte la dénomination de névralgie musculaire, mais ne distingue point encore celle-ci du rhumatisme musculaire. Les deux caractères qui l'empêchent de faire rentrer ce genre d'affection dans le cadre des névralgies sont : 1° la non-identité de siège (houppes nerveuses terminales d'un côté, branches nerveuses de l'autre), et 2° la continuité des douleurs. Or, la première de ces deux distinctions devrait au contraire rapprocher ces douleurs nerveuses musculaires des névralgies, car il ne serait pas rationnel d'admettre que la douleur cessât d'être névralgique par cela seul qu'elle occupe les extrémités des branches nerveuses terminales. Van Holsbeek {% a vu en effet des névralgies dans lesquelles la douleur n'occupait primitivement que le tronc du nerf s'étendre progressivement vers la périphérie et envahir définitivement les muscles d'un membre tout entier ; l'inverse s'est également produit sous ses yeux.

Quant au second caractère différentiel, il est loin d'être exact : le fût-il que cette seule différence ne justifierait pas une séparation radicale (3).

Dupuy (de Frenelle) (4) et Bourguignon (o) sont les premiers auteurs qui ont établi d'une manière nette et rationnelle l'existence fréquente de la névralgie musculaire ou nujo-névralgie d'un côté, — et, de l'autre,

(1) Archives générales de médecine, années 1850-1851.

(2) Compendiimi d'électricité médicale, 2e édit. Bruxelles, 1861, page 356.

(3) Les douleurs continues doivent être attribuées, lorsqu'elles existent, plutôt à une in/lanimatio7i qu' k une pure névrosthénie. Plusieurs circonstances tendraient à le dé montrer : ces douleurs continues sont presque toujours augmentées par la compression; elles suivent souvent une marche régulièrement progressive; elles ont communément, pour complication primitive ou consécutive, des paralysies plus ou moins complètes [Bourguignon etSandras, op. cit., t. II, page 22). — Rejnah [op. cit., page 361) — déclare d'une façon expresse que " dès qu'il existe des douleurs dans les muscles ou les troncs nerveux avec une augmentation rapide de la faiblesse et un amaigrissement notable, sans contractions musculaires, et sans signes d'inflammation articulaire ou tendineuse, il s'agit de névrite aiguë [neuritis nodosa, c'est-à-dire d'une inflammation exsudative des nerfs de ces muscles. " Dwc/ie^me rapporte lui-même dans son ouvrage plusieurs cas qui nous paraissent rentrer complètement dans le même ordre de douleurs. Il les qualifie de rhumatismes musculaires et révoque leur nature inflammatoire, attendu que ces douleurs ont cédé à l'excitation électro-cutanée. Mais chez plusieurs malades, elles ont reparu plus ou moins longtemps après l'électrisation, et on les a vurevenir plus vives que jamais quand les individus, se croyant guéris, reprenaient leurs travaux. Duchenne lui-même attribue au repos qu'ils nécessitent la plus grande part dans l'efficacité des moyens ordinaires (sangsues, ventouses scarifiées, vésicatoires, etc.).

II nous semble que l'interprétation judicieuse des remarques qui précèdent aurait dû conduire ce praticien distingué à reconnaître la nature inflammatoire de ces douleurs continues.

(4) Op. cit.

(5) Op. c«.,pag. 41 et suiv. *

la présence beaucoup plus rare dans les troncs nerveux et dans les muscles de douleurs véritahlement rhumatismales. « Je ne considère pas comme rhumatismales, dit le dernier auteur, les douleurs musculaires ressenties sur une large surface, lorsque la phlegmasie générale rhumatismale a fait défaut. Nous n'accepterons donc, comme dépendant de la diathèse rhumatismale, que les névralgies observées chez des sujets qui, à un moment donné, ont réellement été affectés de fièvre rhumatismale et de tous les accidents généraux qu'elle comporte, ou qui, héréditairement, ont reçu une prédisposition congénitale à cette diathèse. »

En conséquence, c'est à ces dernières seules qu'on devra désormais réserver le nom de névralgies rhumatismales.

Les douleurs appelées rhumatoides, qu'on observe si souvent chez les vieillards et particulièrement les anciens militaires, dans les pays à température inégale et généralement assez basse, — et cela, en dehors de toute pyrexie rhumatismale, — devront perdre leur qualification ordinaire pour rentrer dans le cadre des névralgies musculaires. Parmi celles-ci se rangeront également les cas nombreux de ces douleurs musculaires dont Bourguignon rapporte une observation typique (1), et qu'on a considérées jusqu'ici comme rhumatismales, à cause surtout de leur développement brusque sous l'influence d'un refroidissement local.

Nous comprenons difficilement d'ailleurs qu'on ait conservé si longtemps cette dénomination vicieuse, car ces douleurs ne présentent ni les signes locaux, ni les symptômes généraux de la maladie rhumatismale : on ne retrouve en effet ni les exsudations propres à la phlegmasie rhumatismale, ni l'arthrite, ni les accidents cardiaques, ni la réaction fébrile, ni les sueurs profuses odorantes particulières au rhumatisme aigu. Pourquoi donc appeler rhumatismales des affections qui ont si peu de points de contact avec le rhumatisme?

Pour nous résumer, nous dirons que les douleurs musculaires, ou bien sont véritablement sous la dépendance d'une holopathie de nature rhumatismale, et alors on a affaire à des névralgies qu'on ne peut appeler que rhumatismales, ou bien n'ont rien de commun, soit par leur coïncidence, soit par leurs symptômes spéciaux, avec un principe diathésique rhumatismal, et alors il faut rejeter comme absolument impropre le nom de rhumatisme nerveux ou de névralgie rhumatismale pour adopter une dénomination plus juste, celle de myalgie ou névralgie musculaire.

(1) Op. cit., pag. 27.

Les névralgies musculaires ainsi isolées du rhumatisme viennent prendre place dans le cadre nosologique à la suite des névralgies ramiculaires.

Nous allons étudier, comme nous l'avons fait pour celles-ci, leurs symptômes et leur traitement.

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