I. — SYMPTOMES
Nous ferons remarquer au préalable que cette exposition ne sera pas aussi détaillée que celle des névralgies cérébro-spinales. Nous n'avons en effet décrit si longuement ces dernières que parce que nous avons voulu qu'elles servissent de type à toutes les autres ; leurs traits principaux s'appliquant à tout ce qui est névralgie, nous n'aurons plus, pour les névralgies viscérales, qu'à indiquer les caractères qui les séparent des névralgies encéphalo-rachidiennes, nous contentant de renvoyer à celles-ci pour les symptômes qui leur sont communs.
La douleur est, pour les viscéralgies comme pour les névralgies cérébro-spinales, le symptôme essentiel et prédominant. Mais ses caractères ne sont pas aussi tranchés et surtout aussi constants que dans les névralgies encéphalo-rachidiennes. Elle est, en efiét, tantôt sourde, tantôt lancinante, tantôt légère, tantôt assez violente pour
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. StH
exciter du délire et des convulsions (1) ; dans certains cas, elle est passagère et revient par accès tout à fait intermittents; dans d'autres cas, la douleur se fait sentir d'une manière presque continue. Et cela, suivant le viscère atteint, ou suivant des dispositions individuelles.
L'impression douloureuse est rarement simple; il s'y ajoute communément des sensations particulières offrant parfois une netteté des plus remarquables : le malade accuse, par exemple, un sentiment de vacuité, de tension, de constriction, de brûlure, de morsure, de crampe.
La plupart du temps aussi, la douleur est diffuse, et ne présente guère de points douloureux limités. Presque toujours, en raison des échanges de fibres qui ont lieu entre les différentes circonscriptions du sympathique ainsi qu'entre le sympathique et le système cérébrospinal, on observe des irradiations dans divers sens, portant parfois sur des régions très éloignées.
La pression peut accroître la douleur, mais le plus souvent, lorsqu'elle est pratiquée méthodiquement, c'est-à-dire graduellement et sur une assez grande surface, elle diminue notablement la souffrance. Une circonstance remarquable qui différencie les névralgies ganglionnaires des névralgies cérébro-spinales, c'est que jamais la pression ne réveille un accès.
Les crises surviennent quelquefois sans cause occasionnelle appréciable; la plupart du temps, elles résultent de l'excitation physiologique de l'organe (respiration dans la sternalgie, miction dans la cystalgie, ingestion des aliments dans la gastralgie, coït dans l'hystéralgie). Souvent aussi, une émotion morale fait éclater un accès.
Jolly, en comparant à la douleur des névralgies cérébro-spinales celle des névralgies ganglionnaires, prétend que cette dernière est moins vive et que ses exacerbations sont ordinairement matinales : nous venons de voir que ces différences sont loin d'être constantes. Ce qu'on peut dire avec plus d'exactitude, c'est que les douleurs viscéralgiques sont presque toujours complètement intermittentes au début et que les accès ne deviennent subintrants que dans les cas où la maladie est ancienne.
Ces accidents ne peuvent guère exister sans amener quelque trouble dans les fonctions de l'organe. Aussi observe-t-on le plus souvent un désordre passager, variable suivant les attributions du viscère inté-
(1) Fleury. Réflexions et observations pour servir au diagnostic des névralgies viscérales , in Journal de médecine, N° d'avril 1843.
ressé. C'est ainsi que la gastralgie s'accompagne souvent de boulimie ou de pica, de pneumatose, de vomissements; l'angine de poitrine, de dyspnée avec accélération du pouls, la cystalgie, de besoins fréquents d'uriner, etc.
Lorsque la névralgie persiste longtemps, on peut voir en outre survenir des altérations organiques d'une certaine gravité. Les troubles généraux sont à peu près ceux que nous avons décrits à propos des névralgies cérébro-spinales. Il est cependant une différence à noter. Toutes les fois que l'algésie aura pour siège un des organes participant directement à la nutrition, l'élat général subira beaucoup plus rapidement et beaucoup plus profondément les atteintes du mal. Nous n'avons ptis besoin de donner l'explication d'un fait aussi naturel.
D'après JoUy, ce serait particulièrement dans les névralgies ganglionnaires que l'on aurait observé une réaction fébrile intermittente. Mais cette assertion est inexacte : il est rare, en effet, que la fièvre — discontinue ou non — accompagne les viscéralgies pures de toute complication. Il n'y a guère que la fièvre hectique que l'on voie se déclarer, non pas dans le cours, mais à la fin de certaines névralgies du grand sympathique, et particulièrement, comme nous l'avons fait pressentir plus haut, dans la gastro-entéralgie. Trnka attribue avec raison ces symptômes marasliquos, non-seulement à la douleur et à l'insomnie, mais encore à l'insuffisance de la nutrition résultant de l'anorexie, des vomissements et des autres troubles digestifs (1).
La marche des viscéralgies est d'habitude assez irrégulière. La douleur et les troubles fonctionnels subissent fréquemment des fluctuations assez marquées qu'on peut rapporter, soit à des causes morales, notamment de l'ordre affectif, soit à des influences hygiéniques, soit à la médication employée, soit enfin à des causes tout à fait indéterminées.
Elles durent plus longtemps que la plupart des névralgies cérébrospinales, offrent une tendance extrêmement marquée aux récidives et quittent souvent un viscère pour en atteindre un autre plus ou moins éloigné.
Leur terminaison est ordinairement favorable. Cependant, nous avons vu plus haut qu'elles pouvaient finir par donner lieu à des phénomènes réellement inquiétants, et nous ne doutons pas, malgré l'opinion contraire exprimée par la plupart des auteurs, qu'elles ne puissent abréger l'existence, soit en amenant des lésions locales, soit plutôt en
(1) Historia cardialgiœ. Vienne, 1785.
livrant sans défense à des causes léthifères une constitution profondément détériorée.