II. — SIÈGE
La névralgie ganglionnaire, telle que nous venons de la décrire, peut atteindre à peu près tous les viscères de l'économie : le système circulatoire n'en est pas même exempt.
C'est ainsi que toutes les parties de l'appareil respiratoire (larynx, trachée-artère, ramifications bronchiques, poumon\ tout le tube digestif avec ses annexes (pharynx, œsophage, estomac, intestin, anus, foie, rate), l'appareil urinaire (reins, vessie, urèthre', les organes delà génération chez la femme (vagin et utérus), enfin le cœur et les gros troncs artériels dont BouiUaud nie à tort la susceptibilité névralgique,— c'est ainsi, disons-nous, que tous ces organes peuvent devenir le siège de névralgies ganglionnaires, au même titre que les organes animés parles nerfs sensibles du système encéphalo-rachidien.
11 n'existe pas encore dans la science d'observations parfaitement authentiques de toutes ces viscéralgies, et le tableau qu'on voudrait en tracer ressemblerait un peu à celui qu'a dressé Clumssier pour les névralgies cérébro-spinales en se fondant sur des données anatomophysiologiques plutôt que sur des faits avérés. Mais comme l'observation est venue consacrer ultérieurement la réalité de presque toutes les névralgies cérébro-spinales hypothétiques de Chaussier, nous sommes en droit d'espérer que des recherches attentives ne tarderont pas à démontrer aussi l'existence des viscéralgies qui ne sont encore que probables '.quelques-unes d'entre elles, primitivement instituées d'après des vues théoriques, ont déjà été mises hors de doute par plusieurs observateurs. Laennec avait signalé déjà l'entité pathologique des névralgies pulmonaires. Barras a isolé la gastralgie et Ventéralgie essentielles de la gastro-entérite (1) et de Verteuil a fait connaître la névralgie du pharynx (2). M. Mackenzie (3) ne cite pas moins de 13 cas de névralgies du larynx. Il a noté cette particularité que, dans tous, il existait une douleur intermittente qui s'irradiait du larynx à l'oreille (sans doute en suivant le rameau auriculaire du nerf vague). Un fait cité par Champaiynac ne peut être considéré autrement que comme
il) Op. cit.
(2) Remarques sur les névralgies. Thèse de Paris, 1835.
(3) MoRELL Mackenzie. Die Krankheiten des Halses und der Nase. Deutsch v. Semon . Berlin, 1880, p. 571.
un cas de névralgie anale (i) ; celle observation montre en même temps qu'il existe une névralgie vaginale. De nombreuses observations ont démontré depuis lors {Velpeaii, Charcot) chez des ataxiques et dans d'autres conditions, l'existence de la névralgie anopérinéale. La réalité d'une névralgie du cœur [angine de poitrine, sternalgie), admise par Laennec, rejetée à tort par Bouillaud (2), n'a plus besoin aujourd'hui de démonstration. Une autre observation de Fleiiry se rapporte évidemment à une liépatalgie essentielle. Sydenham connaissait déjà la néphralgie. Becquerel et Scan;so??i (3) admettent la névralgie ganglionnaire idiopathique de Vutérus. Sims et W. Neftel (4) considèrent comme indubitable l'existence de dysménorrhées purement névralgiques. Neftel a même institué dans ces cas, avec un succès complet, un traitement électrique consistant dans l'application d'un courant constant agissant principalement sur !e centre génito-spinal et les nerfs splanchniques. Nous en avons nous-môme rencontré plusieurs exemples. Malgaigne a vu également des cas non douteux d'hystéralgie. L'oophoralgie est commune chez les hystériques. La névralgie des testicules n'est malheureusement pas rare. La cystalgie n'a rien non plus d'exceptionnel. Enfin, la névralgie des troncs artériels, que Laennec avait déjà décrite, s'appuie sur deux observations concluantes de Bourguignon (o).
Jusqu'ici, le péritoine, la moelle des os, les glandes salivaires, les glandes lymphatiques, bien que susceptibles de devenir douloureux, ne semblent pas avoir été le siège de véritables douleurs névralgiques.