NÉVRALGIES RHUMATISMALES
Ces névi^algies rhumatismales sont les seules auxquelles soit applicable la dénomination de Remak (rhumatisme nerveux). Nous ne comprenons en effet sous ce titre que les douleurs nerveuses sans lésion appréciable qui résultent de la diathèse rhumatismale, laquelle se reconnaît à sa transmission héréditaire ou à des phénomènes réactionnels ou arthritiques. Nous avons souligné les mots sans lésion appréciable parce que nous ne parlons ici que des névralgies indépendantes du processus exsudatif propre à l'affection rhumatismale.
La cause prédisposante de ces névralgies rhumatismales se trouvera dans une disposition, héréditaire ou acquise, aux affections rhumatiques ; les causes occasionnelles sont ordinairement l'action prolongée d'une atmosphère humide et froide, ou l'impression brusque du froid sur le corps en sueur. Ces deux ordres de causes n'agissent presque jamais exclusivement sur le système nerveux : elles produisent en même temps une diminution de l'alcalinité du sang (Lépine), une lithiase uratique, des phénomènes fébriles et des déterminations morbides du côté des séreuses et du tégument externe. La coïncidence de ces altérations est un des principaux signes auxquels on pourra reconnaître la nature rhumatismale d'une névralgie : il en est encore un autre peutêtre plus certain que cette concomitance, c'est la substitution de la névralgie aux autres accidents rhumatismaux, ou celle de ces accidents à la douleur névralgique.
Considérée en elle-même, la névralgie rhumatismale offre déjà des caractères spéciaux qui suffisent parfois pour la distinguer de toutes les autres névralgies, en dehors même de toute coïncidence rhumatismale.
Il est à remarquer d'abord que les terminaisons musculaires des cordons nerveux sont le siège le plus ordinaire de la manifestation névralgique du rhumatisme. Après les muscles, viennent, dans un ordre décroissant, les viscères, les cordons nerveux, les centres, enfin la peau. La douleur névralgique rhumatismale peut atteindre à peu près tous les muscles de la vie de relation, aussi bien ceux des cavités splanchniques que ceux des membres. Les muscles de l'épaule, des lombes, du dos, du cou et des membres inférieurs en sont le plus communément affectés.
11 se présente assez souvent aussi des cas de névralgies. cérébro-spinales ramiculaires accompagnées des symptômes généraux du rhumatisme aigu, et survenues sous l'influence de la cause occasionnelle que
nous avons signalée; la sciatique est celle qu'on a le plus observée. On a constaté que d'habitude, la douleur occupait plusieurs branches nerveuses à la fois.
Parmi les viscéralgies, la gastralgie et plus encore l'entéralgie rhumatismales se rencontrent fréquemment; nous avons eu l'occasion d'en observer plusieurs cas. La cystalgie est encore assez commune. Un cas de pharyngalgie rhumatismale a été vu par Requin. Enfin, Trousseau assigne à certaines sternalgies une origine arthritique.
Pour ce qui regarde les névralgies centrales, nous sommes persuadé que des douleurs rhumatismales de la moelle en ont plus d'une fois imposé pour des lésions organiques de cet appareil ou de ses enveloppes.
Nous n'avons pu trouver d'exemple authentique de dermalgie rhumatismale.
SYMPTÔMES
La névralgie musculaire nous servira de type pour l'exposé des symptômes, attendu qu'elle est la plus commune et la mieux caractérisée.
Elle éclate presque exclusivement à l'occasion de l'impression brusque et locale du froid sur la peau couverte de sueur. La douleur plus ou moins diffuse et qui semble s'étendre jusqu'au tissu fibreux est ordinairement sourde et très tolérable lorsque le muscle est à l'état de repos ; mais le moindre mouvement ou une pression un peu forte réveillent de très vives douleurs ; elles sont parfois assez intenses pour condamner la partie malade à l'immobilité la plus complète. Ces exacerbations douloureuses diffèrent beaucoup des élancements névralgiques; il est très difficile de les caractériser : plusieurs malades ont comparé devant nous cette sensation à un coup brusque et violent porté sur un membre où l'os est entouré d'une masse musculaire volumineuse.
La douleur sourde, contusive, peut être remplacée par une sensation de chaleur ou -de froid due sans doute à cette circonstance que les nerfs musculaires affectés à la perception de la température des corps sont particulièrement le siège du rhumatisme. Les variations thermiques de l'atmosphère et les heures de la nuit augmentent notablement l'intensité des douleurs qui sont rarement intermittentes.
Cette souffrance s'accompagne très souvent d'une contracture musculaire qu'on ne peut vaincre sans les plus vives douleurs. Les rapports
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des parties en sont naturellement modifiés, et il en résulte, lorsque la rétraction persiste longtemps, des dégénérescences musculaires, des atrophies et des ankyloses. Les muscles du cou sont ceux qu'elle affecte particulièrement. La peau qui recouvre les muscles malades présenterait une élévation notable delà température (1).
Tels sont les phénomènes locaux. Il s'y joint quelquefois un frisson suivi de chaleur, en l'absence même de toute inflammation articulaire concomitante. Ces symptômes généraux ne se montrent que dans la névralgie rhumatismale aiguë qui, d'ailleurs, est la forme la plus commune.
Les douleurs rhumatismales musculaires sont particulièrement sujettes à des variations et à des déplacements répétés : la douleur quitte le point primitivement malade pour se porter sur les muscles voisins ou des muscles éloignés, ou même pour atteindre, soit des conducteurs nerveux, soit le système ganglionnaire. C'est ainsi que Lombard, de Genève (2), a constaté sur lui-même que le lumbago se transformait aisément en une véritable sciatique. — On a remarqué aussi que l'afïéction était très sujette aux récidives — et que les points atteints une première fois étaient particulièrement prédisposés à des atteintes nouvelles.
La névralgie rhumatismale aiguë, que nous avons eue surtout en vue dans la description qui précède, dure d'un jour à plusieurs semaines; au bout de ce temps, elle disparaît ou passe à l'état chronique : c'est dans ce dernier cas que se produisent des paralysies qui ne sont pas sans gravité à cause de l'atrophie qu'elles entraînent après elles.
Le traitement à diriger contre la névralgie rhumatismale, traitement que nous signalons encore comme un moyen de diagnostic, devra comprendre celui de l'état local, et celui de la diathèse.
C'est toujours le premier auquel on devra recourir d'abord, à moins qu'il ne soit facile d'appliquer à la fois les deux médications.
Traitement local.
Il consistera d'abord dans les divers moyens que nous avons indiqués au chapitre des névralgies idiopathiques; il sera seulement con-
(1) Chomel et Requin. Dict. de niédec, 2^ édit. Art. Rhumatisine.
(2) Gaz. niéd. de Paris, 1863, p. 640 et 662.
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venable d'en exclure, si la névralgie est récente, ceux qui ne sont habituellement prescrits que contre un mal fixe et tenace. A ces antinévralgiques généraux, il faudra joindre et quelquefois préférer l'application de certains moyens mis spécialement en usage pour combattre les localisations de la maladie rhumatismale. C'est ainsi qu'on devra recouvrir, si c'est possible, la partie malade de ventouses sèches ou scarifiées, de linges chauds, de cataplasmes arrosés de laudanum, d'une couche d'ouate iodée ou autre, de flanelle, d'une peau de chat ou de mouton, afin d'y maintenir une chaleur égale, continue et modérée; que des fumigations excitantes ou aromatiques (benjoin, baies de genévrier, etc.) seront dirigées sur le membre souffrant dans le cas de névralgie musculaire; que des courants labiles d'électricité galvanique [Remak] parcourront les points endoloris; que des frictions excitantes avec le baume à l'éther acétique ou le baume-de-vie de Hoffmann, ou bien des onctions avec une pommade à la vératrine seront pratiquées sur la peau; que les parties névralgiées seront soumises à l'hydrosudopathie, ou plongées dans des bains tièdes très prolongés ou des bains de vapeur; que les bains locaux ou les douches de certaines eaux thermales sulfureuses (Barèges, Bagnères-de-Luchon, Aixla-Chapelle, Amélie-les-Bains) seront prescrits avec le plus grand avantage. Enfin, les succès obtenus par Duchenne (1) au moyen de l'électrisation musculaire exclusivement appliquée aux muscles sains dans les cas de contracture rhumatismale feraient croire qu'une extension forcée, obtenue à l'aide de mouvements communiqués, pourrait faire cesser, au prix d'une souffrance aiguë, mais passagère, la contracture et la douleur.
L'état général, suivant qu'il sera fébrile ou apyrétique, apportera dans le traitement local des indications et des contre-indications qui seront assez patentes pour qu'il soit inutile de les noter ici.
Traitement général.
Le traitement général surtout différera suivant que le rhumatisme sera aigu ou chronique.
Dans le premier cas, on devra rechercher parmi les nombreuses médications préconisées tour à tour contre le rhumatisme fébrile, y compris même Vexpectation, relie qui paraîtra le mieux appropriée à l'état du sujet. Les circonstances qui guideront le praticien dans son choix seront l'intensité de la douleur et de la fièvre, -- la marche de
(1) Oj). citât., page 890 et suiv.
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la maladie, — sa simplicité ou ses complications, — l'état des voies digestives, — et enfin, l'état général et la constitution du rhumatisant. Tout en obéissant à ces diverses indications, on fera choix, autant que possible, des agents thérapeutiques qui posséderont en même temps une action hyposthénisante plus ou moins marquée sur le système nerveux : c'est ainsi que, toutes choses égales d'ailleurs, l'extrait d'aconit d'après la méthode de Lombard, de Genève (1), la belladone, suivant la formule de Lebreton (2), le sulfate de quinine, comme le prescrivent Brujuet et Legroux (3), l'émétique à dose rasorienne, la vératrine, la lithine, le cyanure de zinc [Luton), les eaux alcalines — et les injections narcotiques procureront dans les névralgies rhumatismales aiguës, des guérisons remarquables. —
On voit que le traitement général du rhumatisme aigu accompagné de manifestations névralgiques se réduit, à peu de chose près, à l'administration interne de certains médicaments. — Il n'en est pas de même du traitement des douleurs névralgiques qui sont l'expression d'une ancienne diathèse rhumatismale. Ici, la thérapeutique interne devient presque complètement impuissante : certains altérants [iodure de potassium, arsenic, platine), et quelques moyens employés également à l'état aigu {sulfate de quinine, belladone), feront tous les frais de cette médication.
La thérapeutique externe, au contraire, est de la plus grande importance : elle se compose des agents mentionnés à propos du traitement local, avec cette différence qu'on en étend ici l'application à une plus grande partie de la surface du corps. On pourra réunir en outre plusieurs conditions avantageuses en envoyant les rhumatisants, quand leur défaut de fortune n'y mettra pas obstacle, dans certains thermes du midi de la France, où ils trouveront à la fois des eaux sulfureuses et un climat propice. — Dans le cas contraire, il faudra suivant le conseil de Desguin (4), procéder à des applications méthodiques d'eau froide pour accoutumer les téguments aux variations atmosphériques.