NÉVRALGIES SYPHILITIQUES
a La syphilis du système nerveux, ainsi que le disaient Gros et Lancereaux, il y a vingt ans déjà, ne saurait plus être niée de nos jours (2). » Il résulte des recherches des syphiliographes modernes, que non-seulement il se développe, sous l'influence de la diathèse syphilitique, des altérations organiques telles que méningites, névrilemmites, névrites, gommes, qui peuvent produire d'une manière indirecte des manifestations névropathiques, mais encore que la syphilis peut intéresser directement le système nerveux, créer des névroses syphilitiques essentielles.
Les névralgies tiennent un rang assez élevé parmi ces diverses expressions de la vérole. Elle? afïectent toutes les parties du système nerveux, mais avec une fréquence variable. Les névralgies musculaires sont les plus nombreuses, puis viennent après elles, par ordre de fréquence, les névralgies ramiculaires, les viscéralgies, les névralgies centrales, les névralgies cutanées. Chacune de ces névralgies offrira des caractères particuliers tenant à sa localisation , mais toutes , en leur qualité de manifestations syphilitiques, présenteront plusieurs traits de famille. Nous décrirons les premières plus tard, à propos de leur élude respective; mais nous allons immédiatement indiquer les signes qui leur sont communs.
(1) Depuis la première édition du présent ouvrage, Sprmg a admis, dans sa Symptomatologie, (t. II, p. 104), la réalité des névralgies scrofuleuses en se fondant sur des faits de guérison obtenus par l'administration des iodures, des chlorures et de l'huile de foie de morue. Erb f-àit également mention de névralgies scrofuleuses.
(2) Gros et Lancereaux. Des affections nerveuses syxjhilitiques, Paris, 1861, p. il.
1° Elles ont toujours été précédées d'accidents syphilitiques primitifs et quelquefois aussi d'accidents secondaires;
2" Elles se montrent surtout dans les cas où le traitement antisyphilitique a été ou nul ou incomplet;
3° Elles peuvent exister pendant longtemps comme seule manifestation syphilitique (1);
4» Elles se développent le plus souvent lors de la deuxième période de la syphilis; elles accompagnent, précèdent ou suivent l'apparition des accidents externes ; elles peuvent se substituer à l'un de ces accidents, ou être remplacées par lui ;
5" Elles résistent à tout traitement autre que le traitement antisyphilitique : la médication spécifique les fait disparaître au contraire avec une facilité remarquable.
Ce dernier signe est un des plus importants parce qu'il est presque pathognomonique, et que, dans certains cas, il existe seul : voici ce que dit à ce sujet Franceschi (2) qui a rencontré plusieurs faits de ce genre : « De toutes les formes cachées qu'affecte la diathèse syphilitique, la plus décevante est sans doute celle où elle ne se traduit que par une simple névralgie sans antécédents ni concomitants spécifiques. De tels faits n'ont pas seulement l'intérêt d'un fait rar^ ; ils constituent un avertissement en permanence pour les médecins appelés à se trouver au milieu de pareilles ténèbres. » On conçoit en effet que dans de telles circonstances, alors qu'il n'existe aucune lésion actuelle, topique, nettement spécifique, le diagnostic des névroses syphilitiques, soit, comme le dit justement Diday, purement conjectural.
Cette exposition des caractères communs terminée, nous passons à chaque forme de névralgie syphilitique en particulier.
Névralgie musculaire .
Ces douleurs névralgiques appelées par Gamberini : rhumatalyie musculaire vénérienne, et par Gros et Lancereaux : douleurs rhumatoïdes syphilitiques, ou rhumatalgie syphilitique, ont encore reçu le nom de douleurs prodromùiues parce qu'elles s'observent d'une manière assez constante pour caractériser le début des accidents secondaires; elles sont en général les premiers signes de la généralisation du mal ; on les observe rarement à la période tertiaire.
(1) Ibicl., p. 77.
(2) Gaz. médicale de Paris, année 1848, p, 614.
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. i29S
Elles semblent quelquefois occuper d'autres parties que les organes musculaires, mais il est possible qu'une étude analogue à celle qu'a faite Briquet pour les douleurs hystériques en arriverait à démontrer leur localisation presque exclusive dans les muscles : une circonstance propre à appuyer cette dernière supposition, c'est qu'un résultat très fréquent de ces douleurs est la faiblesse, l'engourdissement de la partie, ou un certain degré de contracture; on a même remarqué que lorsque cette dernière accompagnait les douleurs au lieu de les suivre, elle présentait des exacerbations lors des crises douloureuses. Or, s'il est établi que les muscles sont le siège le plus ordinaire des douleurs prodromiques, il nous semble juste de rejeter les expressions vagues de rhumatalgie, de douleurs rhumatoïdes syphilitiques, pour adopter la dénomination à la fois plus précise et plus exacte de névralgie musculaire syphilitique.
SYMPTÔMES
Les caractères de la névralgie musculaire syphilitique sont assez tranchés.
Ces douleurs musculaires succèdent ordinairement à une douleur de tête sur laquelle nous reviendrons; on les rencontre le plus souvent dans les masses musculaires et au voisinage des articulations ; elles n'ont pas une grande intensité {Diclay}', elles subissent des exacerbations, mais ces dernières sont à peu près indépendantes de l'époque de la journée : elles se présentent aussi bien le jour que la nuit. Ce ne sont pas là les seuls signes qui les distinguent des douleurs ostéocopes : d'après Ricord, les douleurs appelées rhumatoïdes syphilitiques n'ont pas la fixité des douleurs ostéocopes; elles ne se réveillent point par des pressions exercées dans l'intervalle des crises, mais elles sont excitées par les contractions musculaires; leur siège est tantôt superficiel, tantôt profond; enfin il est impossible au malade de les soumettre à une délimitation précise. On pourrait ajouter qu'elles se montrent dans la période de transition, ou au milieu des accidents secondaires, tandis que les douleurs ostéocopes, même essentielles, se montrent généralement plus tard.
La nature essentielle de ces douleurs comparée aux altérations organiques fixes qui sont la source ordinaire des douleurs ostéocopes, la différence de structure et de fonction des organes, et les points différents du corps (Ij où elles se présentent, expliquent et confirment
(1) Les douleurs ostéocopes occupent le plus souvent les os de la tète et ceux de la
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tout à la fois les signes diagnostiques que nous venons d enumérer.
Les névralgies musculaires syphilitiques laissent quelquefois après elles des troubles dans la motilité.
Ricord (i) attribue la production de ces douleurs à une olighémie particulière démontrée par l'analyse, à laquelle cet auteur a donné le nom de chlorose syphilitique.
Diday, de Lyon (2), rapporte aussi à l'hypoglobulie les accidents nerveux prodromiques (douleurs musculaires et céphalée), mais il établit une sorte d'indépendance entre ces phénomènes nerveux et la syphilis. L'état chloro-anémique dont font partie ces phénomènes nerveux n'aurait, d'après lui, « vieil de propre à la syphilis «; ses manifestations n'auraient rien de spécifique; ce ne serait qu'un symptôme et non un signe pathognomonique de la vérole. Il en tire la conséquence inattendue que ces accidents doivent être traités par Viode; les faits auraient démontré sa vertu presque constante, en même temps que l'inefficacité du mercure.
Nous avons plus d'une critique à adresser à cette manière de voir :
1° On voit souvent des affections nerveuses ou autres, dont la nature diathésique n'est pourtant pas douteuse, ne présenter dans leur expression symptomatiquPjSi l'on fait abstraction de signes concomitants, aucun indice de leur origine. La pureté de la chloro-anémie prodromique ne prouve donc en aucune façon qu'elle n'est pas l'effet direct, immédiat, protopathique du virus.
2" En admettant même qu'elle n'en soit que le produit médiat, elle n'en est pas moins engendrée, de l'aveu de l'auteur lui-même, par le virus syphilitique. Or, en saine pratique, la médication la plus rationnelle et la plus efficace sera toujours celle qui s'attaquera à la cause même, au virus [ablatâ causa, etc.) Si l'iode guérit, c'est donc parce qu'il neutralise l'action malfaisante du virus, et non pas parce qu'il rend directement au sang les éléments qui lui manquent; comment d'ailleurs reconstituerait-il le sang en cinq jours (3)?
3'^' Le mercure n'a pas été efficace entre les mains de Diday, c'est
jambe, tandis que les douleurs rhumatoïdes affectent de préférence les muscles du tronc et les régions avoisinantes des membres.
(1) Bulletin général de thérapeutique, tome XXVII, p. 111, — Leçons sur le chancre. Paris, 1860.
(2) Histoire natiirelle de la syphilis, Paris 18C3, pp. 97 et suiv. - (3) Ibid., p. 100.
vrai ; mais il a réussi en d'autres mains (1) ; serait-ce au surplus le premier exemple où l'on aurait vu l'un des deux spécifiques empiéter sur le domaine de l'autre?
4° Nous demanderons enfin pourquoi ces accidents auraient une tendance aussi remarquable à guérir, s'ils n'étaient une expression du principe vérolique, disparaissant par cela même nécessairement, comme plusieurs accidents secondaires, par la marche naturelle d'un mal dont les manifestations suivent presque toujours un ordre successif.
Nous croyons, (juant à nous, que c'est là un résultat direct, protopathique, du virus, en ce sens qu'un appauvrissement appréciable du sang ne doit pas être forcément invoqué pour rendre compte de ces douleurs : il suffit que le liquide nutritif soit imprégné du virus syphilitique pour que celui-ci, mis en contact par l'intermédiaire de ce véhicule avec le système nerveux, y donne naissance à des troubles fonctionnels de la sensibilité.
Névralgie osseuse ou douleur ostéocope.
Nous ne dirons qu'un mot de celle-ci, car il est rare que les douleurs syphilitiques des os se fassent sentir sans que ceux-ci soient le siège de lésions appréciables. Mais comme il se rencontre des cas où ces lésions n'ont pas été constatées, on doit admettre en principe, malgré l'autorité de Vidal {'2,), l'existence idiopathique de ces douleurs; la disparition extrêmement rapide des douleurs sous l'inttuence d'un traitement antisyphilitique ou dès que paraît l'éruption syphilitique {Anstie) ne pourrait d'ailleurs s'expliquer que difficilement si l'on rejetait d'une manière absolue l'essentialité des douleurs ostéocopes. Elles ne diffèrent guère, au surplus, par leurs symptômes subjectifs des douleurs ostéocopes causées par une lésion locale facilement appréciable.
On a signalé cependant l'existence d'un véritable point douloureux siégeant à l'union des deux tiers supérieurs avec le tiers inférieur du tibia et se manifestant surtout dans la période initiale de la syphilis (Denis Dumat).
Les douleurs ostéocopes symptomatifjues se distinguent par leurs exacerbalions nocturnes déterminées par la chaleur du lit plus que par
(1) Voy. Gros et Lancereaux. Op cit., obs. 2, 3, 4, 5, pp. 31 et 32.
(2) Traité des maladies vénériennes, p. 475.
l'heure de la journée. Elles siègent le plus souvent à la tête et particulièrement au front ; puis au tibia, à la clavicule et au sternum ; elles peuvent même occuper plusieurs de ces points à la fois. Elles sont le plus communément bilatérales et symétriques. Elles sont tardives c'est-ik-dire qu'elles ne se montrent généralement que dans les stades avancés de la syphilis; nous les avons vu cependant survenir deux mois après l'inoculation.
Névralgie ramiculaire.
La névralgie rainiculaire s'observe moins fréquemment que la névralgie des muscles. Le plus souvent, il s'agit de simples douleurs plutôt que de véritables névralgies. Ces dernières ne se rencontrent qu'exceptionnellement dans la période de transition; elles accompagnent presque toujours les phénomènes secondaires; lorsqu'elles surviennent dans une période plus avancée, elles sont ordinairement le fait d'une lésion appréciable (1) dont il est quelquefois bien difïicile de reconnaître le début.
Il n'est aucun cordon nerveux sensitif un peu important qui soit indemne de l'algésie syphilitique; mais certaines branches y sont plus accessibles que d'autres. Fournier (2) a rangé comme suit, au point de vue de leur fréquence relative, les névralgies ramiculaires syphilitiques : les névralgies sus-orbitaires sont les plus communes; puis viennent les névralgies frontales, mastoïdiennes, occipitales, sciatiques, intercostales, lombo-abdominales, crurales et mammaires. — On a constaté toutefois que la douleur suivait rarement avec exactitude la distribution des branches nerveuses et qu'il n'existait non plus qu'exceptionnellement des points douloureux typiques. Quant à l'intensité de la douleur, elle peut égaler celle des affections idiopathiques. Anstie cite entre autres un cas de sciatique extraordinairement douloureux.
Enfin Fournier affirme que ces névralgies sont sensiblement plus fréquentes chez la femme que chez l'homme.
SYMPTÔMES
En supposant que l'on néglige les renseignements anamncstiques et ceux que fournissent l'état actuel du malade et la marche générale
(1) Gros et Lancereaux. Op. cit., p. 407.
(2) YovK^i^VL. Leçons s\ir la syphilis étiidiée purtïCiiUèrement chez la femme. Paris, 1 873, p. 774.
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de l'affection, on ne trouverait, d'après Gros et Lancereaux (1), aucun symptôme spécial qui permît de les distinguer des autres névralgies.
Si, par sijmpiôme spécial, ces auteurs entendent un signe pathognomonique, nous voulons bien admettre avec eux que ce signe n'existe pas; mais s'ils comprennent par là que l'ensemble symptomatologique considéré en lui-même ne peut fournir aucune donnée sur la nature syphilitique de la névralgie, nous ne craindrons pas de contester leur assertion. Il appert, en effet, de la lecture des observations rapportées par ces auteurs eux-mêmes que, dans plusieurs cas, les douleurs ont revêtu :
1" Un caractère d'intensité extraordinaire exprimé par les qualifications diverses cVatroces, intolérables, insupportables, cruelles, assez vives même pour faire pousser des cris et faire naître des idées de suicide.
2° Un type franchement intermittent, quelquefois périodique; les accès sont assez souvent nocturnes.
Ces deux signes, lorsqu'ils existeront simultanément, constitueront une forte présomption en faveur d'une origine syphilitique. Or, comme la névralgie peut subsister pendant longtemps comme unique manifestation de la vérole, les deux caractères particuliers que nous venons de noter pourront devenir assez précieux. Dans les autres cas, l'étude des commémoratifs, l'état du malade, le traitement, etc., fourniront des données certaines sur la nature de l'algésie.
Lorsque le mal reste ignoré, ou que sa spécificité n'est pas reconnue à temps, il amène parfois à sa suite des paralysies de la sensibilité.
Viscéralgie.
Les cas authentiques de viscéralgie syphilitique recueillis dans les annales de la science ne sont pas encore très nombreux. Cependant, leur existence est admise depuis assez longtemps déjà et Sanclras ne refuse pas plus au vice syphilitique qu'aux diathèses rhumatismale et goutteuse la funeste propriété de donner naissance à des névralgies ganglionnaires.
La plus fréquente est la gastralgie. Après elle, vient l'entéralgie, puis l'hépatalgie.
SYMPTÔMES
Elles n'affectent d'autre caractère particulier que leurs exacerba-
(1) Op. cit. p. 72.
tions nocturnes qui sont encore loin d'être constantes; ce signe a servi à Trousseau et Pidoux (1) à reconnaître et à guérir une gastralgie syphilitique. Nous avons remarqué aussi, dans la description de ces gastralgies, qu'elles s'accompagnaient toutes de vomissements', mais nous ne savons s'il faut accorder à ce signe une bien grande importance.
Les viscéralgies disparaissent souvent pour faire place aux déterminations cutanées de la vérole; elles se compliquent fréquemment aussi d'autres symptômes nerveux syphilitiques, et entre autres, de névralgie musculaire. Par contre, on les a vu constituer le symptôme unique de la vérole (2).
C'est dans le cours de la seconde période qu'on les rencontre le plus communément.
Névralgie centrale.
On a signalé des céphalées syphilitiques dans lesquelles la douleur ordinairement continue, quelquefois intermittente, ne suit aucun trajet nerveux, occupe les parties profondes sans intéresser la surface cutanée, et ne s'exagère point par les mouvements des muscles souscutanés épicrâniens, mais s'exaspère le soir ou la nuit. Ces céphalées ne peuvent guère se rattacher, nous semble-t-il, qu'à une lésion organique de l'os, des méninges ou du centre nerveux, ou bien à une simple perversion de la sensibilité de l'encéphale; or, la guérison, dans quelques cas, a été obtenue avec une telle rapidité qu'il est impossible d'admettre la résolution d'une affection organique : ce qui doit faire pencher en faveur de la dernière supposition.
Le fait suivant, ajouté aux remarques qui précèdent, donnerait à notre opinion un caractère de haute vraisemblance : la céphalée marque presque toujours le début de la syphilis constitutionnelle. Or, nous avons vu que l'époque de transition et la deuxième période étaient caractérisées bien plutôt par des douleurs purement nerveuses (névralgies musculaires, névralgies ramiculaires, viscéralgies), que par des douleurs périostiques ou osseuses, qui sont d'ordinaire l'apanage de la période tertiaire de la syphilis. — Enfin, ce qui nous paraît plus démonstratif encore, c'est que les céphalées en question s'accompagnent assez souvent d'apathie intellectuelle, d'étourdissements, de vertiges,
(1) Op. cit., t. L, page 231.
(2) Gros et Lancereaux. Op. cit., page 67.
de troubles visuels sans altération appréciable de l'œil et quelquefois même de subdelirium. Aussi, Fournier, qui signale ces phénomènes, considère-t-il les céphalées comme de véritables cérébralgies.
Plusieurs des douleurs ostéocopes sans lésion appréciable dont nous avons parlé plus haut sont peut-être une seconde variété de cérébralgies syphilitiques : ce qui rendrait applicable à ces douleurs ostéocopes la définition de Bedel (1) dans laquelle il n'est en effet question que d'une céphalalgie prodromique de la syphilis cérébrale, sans l'indication d'aucun signe propre à faire préjuger sa nature. Voici cette définition : « La céphalalgie est ordinairement continue, accompagnée d'exacerbations, surtout pendant la nuit; quelquefois aussi, elle est intermittente. Elle est presque toujours nettement localisée en un point de la voûte crânienne où la pression du doigt la réveille et l'exaspère; son intensité est souvent très grande... Un malade comparait ses sensations à la douleur que causerait une boule de feu, roulant dans la tête, une vrille perforant le crâne ; il disait que sa tête était sur le point d'éclater Celte céphalalgie, en général, est d'autant plus intense qu'elle est plus ancienne, et sa marche suit les progrès de l'affection générale. »
Gros et Lancereaux rapportent cette définition aux douleurs ostéocopes ordinaires; ils n'ont pas remarqué qu'au dire de Bedel, cette céphalalgie devient plus intense à mesure qu'elle est plus ancienne, tandis que Ricord (2), en parlant de la douleur ostéocope vraie, c'est-à-dire accompagnée de périostose, professe qu'au fur et à mesure que la lésion organique fait des progrès, la douleur caractéristique diminue.
Si l'on place en regard de cette description de la céphalalgie prodromique de la syphilis cérébrale, celle qu'a donnée Bicord de la céphalée qui caractérise la période d'invasion, on peut remarquer entre elles des différences notables; tandis que la première description se rapproche beaucoup de celle des douleurs ostéocopes symptomatiques d'une lésion osseuse, la seconde dépeint un mal tout différent. Bicord dit en effet que les douleurs rhumatoïdes prodromiques sont moins fixes que les douleurs ostéocopes, que leur siège n'est pas le même à chaque accès, qu'il est tantôt superficiel et tantôt profond, que le malade éprouve une grande difficulté à se rendre compte de leur point de départ et de leur trajet, que des pressions exercées en dehors des accès
(1) De la syphilis cérébrale. Dissertation inaugurale, Strasbourg, 1851, in Gros et Lancereaux. Op. cit., page 36.
(2) Gazette des hôpitaux, année 1846, page 2.
ne les réveillent pas; qu'enfin, elles peuvent se faire sentir dans tous les points du corps (1).
Il y aurait donc deux espèces de douleurs céphaliques que nous regardons toutes deux comme essentielles, comme protopathiques :
1° La céphalée prodromique qui constitue un des premiers effets de l'intoxication syphilitique ;
2° La céphalée avant-coureur de la syphilis cérébrale, qui ne survient que plus tard.
SYMPTÔMES
Nous n'avons, pour distinguer la névralgie cérébrale syphilitique, que les caractères assignés par Bedel à la céphalalgie prodromique de la syphilis cérébrale, et ceux que Riconl reconnaît aux douleurs nerveuses prodromiques, à condition de rechercher surtout les caractères différentiels entre cette douleur centrale et les douleurs ostéocopes vraies. On les reconnaîtrait surtout à leurs crises atroces (Diday), et au cortège des accidents prodromiques.
Quant à la névralgie syphilitique de la moelle épinière, nous pensons aussi qu'on aurait pu considérer comme telles des douleurs vives ressenties dans les membres inférieurs, et quelquefois suivies de paralysie, sans lésion appréciable de la moelle ou de ses enveloppes. Bertherand (2) cite un de ces cas sous le titre de rachialyie syphililique.
Névralgie cutanée.
Gros et Lancereanx rapportent plusieurs exemples, les uns pris dans les auteurs, les autres leur appartenant en propre, d'algésie cutanée développée dans le cours de la période secondaire de la vérole ; la douleur cutanée s'est accompagnée, dans un cas, de névralgie cubito-digitale aux deux membres supérieurs.
Il nous a semblé remarquer qu'à l'instar de la névralgie ramiculaire, la dermalgie syphilitique atteignait un degré d'acuité extrême; dans le cas mentionné plus haut, le moindre attouchement de la peau algésiée (main et avant-bras) provoquait des douleurs atroces.
Nous avons vu que dans la dermalgie hystérique, les couches sous-
(1) Gros et Lancereaux. Op. cit., page 24.
(2) Recherches sur les névralgies syphilitiques, m Journal de médeci)ie, de Bruxelles. , 33e vol., page 35, 22e observation.
cutanées participent souvent à l'algésie ; il n'en est pas de même ici : la surface seule de la peau est douloureuse. Mais si elle ne gagne pas en profondeur, la douleur peut, en échange, s'étendre à tous les nerfs tégumentaires (1).
Nous ne parlons ici, bien entendu, que de la dermalgie syphilitique essentielle, et non des douleurs cutanées qui tiennent à une lésion appréciable de la peau, des tissus sous-jacents, du cerveau ou de la moelle. — Car ces dernières appartiennent à la division des douleurs iiévralgifoimes symptomatirjues, et non à celle des névralffies diathésiques qui nous occupe actuellement.