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TRAITEMENT DES NÉVRALGIES SYPHILITIQUES

Nous n'avons pas donné le traitement respectif de chaque espèce de névralgie syphilitique, parce qu'au point de vue de la médication, la diathèse prime toutes les indications particulières fournies par le siège ou par la forme de la douleur. Nous ne voulons pas dire par là qu'il faille complètement négliger le traitement local, car, combiné aux moyens généraux, il ne laissera pas que d'avoir son utilité; mais la condition essentielle d'une guérison définitive, la diathèse une fois reconnue, sera l'administration du traitement général antisyphilitique.

Les moyens locaux sont ceux que nous avons indiqués à propos des névralgies idiopathiques ; et parmi eux, on donnera la préférence aux narcotiques.

Le traitement général comprendra les mesures hygiéniques et les agents pharmaceutiques.

On a reconnu de tout temps que V hygiène devait jouer un certain rôle dans la thérapeutique de la syphilis; mais c'est à Diday qu'on doit d'en avoir bien démontré l'importance, et d'avoir tracé, ex professo, les règles qui doivent présider à son application (2).

Le malade devra éviter tout refroidissement, toute émotion vive, toute boisson trop excitante, il consacrera au sommeil un temps sutfisant; on lui fera observer un juste milieu entre une alimentation irritante et une nourriture relâchante, tout en prenant en considération le régime habituel et les goûts du sujet. L'atmosphère qui l'entoure devra être sèche, égale et assez élevée. Diday conseille l'émigration vers les pays méridionaux.

Quant au traitement pharmaceuticiue que l'on devra presque toujours

(1) YiRCHOw. Ueber clieNatur cler constitutionneU. si/philitischen Affectionen. Obs.3.

(2) Op. cit., page 195 et suiv.

employer concurremment avec les prescriptions hygiéniques, on n'aura pas le choix immense qu'offre la thérapeutique pour toutes les maladies incurables ; mais, ce qui vaut bien mieux, on pourra mettre en œuvre quelques médicaments dont le nombre est restreint par cela même que leur efficacité est éprouvée. Ces médicaments sont : le mercure, Viode, Varsenic et l'or.

Le premier est celui qui mérite la palme dans le traitement des névralgies syphilitiques : nous avons vu que celles-ci accompagnent le début et le cours de la seconde période de la syphilis, et tout le monde sait que le mercure est le spécifique le plus sûr contre les accidents secondaires. Une des préparations favorites des médecins français est le protoiodure de mercure ; sous cette forme, le mercure est parfaitement supporté; on le donne en pilules à la dose initiale de 0,05; on va jusqu'à 0,20 et même davantage. La formule de Ricord est la plus généralement adoptée. Voici cette formule :

R. Protoiodure de mercure ... 60 centigr. Résine de gayac ...... -I gramme.

Extrait gommeux d'opium ... 50 centigr. Mêlez et faites selon l'art 12 pilules. A prendre progressivement 1, 2, 3 par jour.

Un procédé d'administration plus sûr, mais d'une application moins facile est celui que Leivin a proposé il y a une quinzaine d'années : c'est l'injection hypodermique d'une solution mercurielle. On a d'abord employé les injections d'une solution aqueuse de sublimé. Mais on a récemment perfectionné la méthode en substituant à cette solution une solution de peptonate de mercure {Bamberçjer). C'est un mélange d'eau distillée, de sublimé, de chlorure sodique et de pepsine; ce mélange est titré au centième, en sorte qu'une seringue de Pravaz contienne 1 centigr. de peptonate de mercure. On injecte une ou deux seringues dans le tissu sous-cutané du dos, de la cuisse ou du bras. — Les essais faits par Zeissl, Neumann, Rinecker, Terrillon, Martineau et d'autres ont démontré l'excellence de cette méthode. Comme la préparation du peptonate de mercure présente une certaine difficulté, Yvon a proposé la solution suivante :

R. Biiodure de mercure i

lodure de potassium 1

Phosphate tribasique de soude 2

ï^au distillée, q. s. pour obtenir oOe. c. i',e solution.

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Dans les cas même où l'on ne fait que soupçonner la nature syphilitique d'une névralgie, on sera toujours autorisé à tenter la médication mercurielle, car le mercure administré à dose modérée augmente le nombre des globules rouges du sang, aussi bien chez les individus sains que chez les individus syphilitiques {Wilbouchewitz et Keyes).

LHodure de potassium ne sera employé pour combattre les névralgies syphilitiques que si les préparations mercurielles administrées d'une manière convenable venaient à échouer dans les douleurs rhumatoïdes, par exemple; il réussirait peut-être aussi dans d'autres cas en opérant la curation d'une lésion organique tertiaire propre à entretenir le mal, et qu'on n'aurait pas soupçonnée. Le sel potassique se donne dans l'eau pure ou bien additionnée de quelques gouttes d'essence de menthe ou de quelques grammes de suc de réglisse, sans sirop, à la dose de SO centigr. à 2 gr. dans les vingt-quatre heures.

Viodure de sodium ou d'ammonium remplace quelquefois avec avantage l'iodure de potassium, lorsque l'action de ce dernier sel est émoussée {Gamberini). Dose : 30 à 80 centigrammes.

Uarseiiic se donne aussi dans la période tertiaire, lorsque l'iodure de potassium n'a pas réussi, ou lorsque la constitution aura été détériorée par le mal ou l'administration vicieuse des deux autres altérants. On le prescrit à petites doses sous forme d'acide arsénieux ou de liqueur de Fowler; le malade prend chaque jour 10 à 40 gouttes de cette dernière.

L'or constitue une ressource assez précieuse. On administre le perchlorure d'or et de sodium suivant la formule de Chrestien, c'est-à-dire en frictions sur la langue, à la dose de 2 milligrammes à 2 centigrammes, mêlé à de la poudre de lycopode, ou en granules à la dose de quelques milligrammes.

Enfin, le bichromate de potasse à petites doses [Vicenti] jouirait de propriétés antisyphilitiques. On en donne de 13 milligrammes à 8 centigrammes par jour.

Les toniques névrosthéniques et analeptiques devront quelquefois venir en aide à la médication spécifique.

Les bains de sublimé (8 à 15 grammes pour chaque bain) n'auront ici aucun avantage particulier attendu que le médicament n'est pas absorbé. Les eaux sulfureuses thermales seront plus efficaces. Elles posséderaient en effet, ainsi que V hydrothérapie, la propriété d'évoquer pour ainsi dire la syphilis, et de déceler par là l'origine vérolique d'un mal indéterminé. C'est donc un moyen de diagnostic que Ton devra ajouter

Î^Ofi LES NEVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT.

à ceux que nous avons déjà notés : ce sera, en outre, un moyen curatif, car on prétend que les eaux sulfureuses, comme l'hydrothérapie, favorisent l'action thérapeutique du mercure et empêchent les accidents hydrargyriques de se produire, ou au moins en atténuent notablement les effets lorsqu'ils existent déjà. Les bains de Louesche jouiraient à peu près au même titre que les eaux sulfureuses de cette faculté détective.

Remnii (1), enfin, a combattu les névralgies syphilitiques par des couranls galvaniques constants appliqués sur le point affecté ; cette médication aurait, d'après lui, soulagé le malade et accéléré l'effet du traitement interne.

Disons en terminant pourquoi nous avons tant insisté sur les névralgies syphilitiques : c'est parce qu'elles sont généralement peu connues et que cette ignorance est d'autant plus regrettable qu'il suffit de savoir les distinguer pour les guérir; le traitement est, en effet, des plus simples et jouit d'une efficacité à peu près constante.

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