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NÉVRALGIES CHLOROTIQUES

Les névralgies symptomatiques de la chlorose sont une des manifestations les plus fréquentes de cette crase particulière du sang (2).

SYMPTÔMES

La scène s'ouvre ordinairement par des douleurs de tête, des douleurs d'estomac ou des douleurs musculaires dont un examen attentif révèle bientôt la nature névralgique. D'abord légères et fugitives pendant la première période de la chlorose, ces algésies ne tardent pas à prendre un caractère plus aigu, se prolongent, se multiplient et envahissent peu à peu l'organisme tout entier qu'on voit alors devenir le théâtre de toute espèce de désordres névropathiques. « L'économie tout entière, disent Trousseau et P'idoux (3), n'est plus qu'un sens pour la souffrance. »

Il est à remarquer toutefois que ces troubles nerveux conservent toujours, soit dans leur aspect séméiologique, soit dans leur succession, des caractères qui permettent à un observateur sagace de reconnaître leur origine, alors même qu'aucun symptôme d'un autre ordre n'est là

(1) Op. cit., page 382.

(2) Traité d'hydrotliérapie, etc., p. 369.

(.3) Trousseau et Pidoux di.sent que " les névralgies sont un symptôme presque constant de la (chlorose; à ce point que, sur vingt femmes chlorotiques, dix-neuf peut-être ont des uovralgies. <•

pour la révéler. Un de ces caractères est leur mobilité remarquable ; il s'opère à chaque instant des espèces de métastases, non-seulement entre les névralgies cérébro-spinales, mais encore entre celles-ci et les névralgies ganglionnaires. Lorsqu'elles sont fixes, ce qui arrive rarement, elles n'occupent guère que la tête, l'estomac ou quelques nerfs intercostaux; quelquefois cependant, elles viennent se fixer dans le cœur, le clitoris, le plexus cervical superficiel.

Dans chacune de ces localisations, la névralgie chlorotique conserve des caractères qui lui sont propres.

La céphalalgie , qui est la plupart du temps une pesanteur de tête plutôt qu'une douleur lancinante, s'exaspère par le mouvement, mais diminue et cesse même complètement par le repos au lit, — tandis que la céphalalgie hystérique, par exemple, ne se calme pas dans les mêmes conditions et empêche souvent le sommeil.

La gastralgie (et ici, nous ne parlons pas de la cardialgie symptomatique d'un ulcère de l'estomac) revêt également une forme spéciale; des tiraillements ressemblant aux tiraillements de la faim, des crampes, une chaleur plus ou moins vive, se font sentir par intervalles derrière le sternum ou dans le dos, au niveau de l'estomac; dans ces intervalles, la malade éprouve, d'une manière presque continue, un sentiment de pesanteur et de gêne dans la région épigastrique. Cette sensation s'accompagne presque toujours d'un certain degré d'oppression, sans doute à cause de la distension démesurée du ventricule gastrique, plus ou moins de temps après le repas, ou immédiatement à la suite d'une émotion pénible. — Il arrive enfin souvent que la gastralgie se complique de névralgies intercostales dont elle semble parfois n'être qu'une irradiation {Bassereau). — Malgré ces phénomènes inquiétants, la chymification s'opère d'une manière complète, et à part peut-être un certain degré de constipation, la digestion intestinale s'accomplit aussi normalement. Il en résulte que, sous ce rapport, la santé pourrait ne pas en ressentir de graves atteintes si les malades s'astreignaient à des repas réguliers et à une alimentation convenable : mais trop souvent, un appétit capricieux, une dépravation du goût, une anorexie invincible ou une faim insatiable finissent par altérer la nutrition par des jeûnes prolongés, des repas trop copieux ou l'absorption d'aliments indigestes.

Les névralgies musculaires enfin ont pour caractère de produire la sensation d'une grande fatigue ou d'une véritable courbatiire qui invite les malades au repos; ou bien, au contraire, c'est une agitation légè-

rement douloureuse qui ne leur permet pas de rester en place. Elles ne s'accompagnent ni de raideur, ni de douleurs vives comme les névralgies musculaires rhumatismales.

Il se présente encore ici la double indication signalée déjà à propos d'autres névralgies symptomatiques : 1° calmer la douleur, 2° modifier rétal hémopathigue .

i" Nous recommandons spécialement, pour remplir le premier but, les narcotiques introduits par la voie endermique au moyen des vésicatoires ammoniacaux, car les antispasmodiques que nous avons vu prescrire souvent dans ces cas nous ont paru sans action. HaUopeau recommande de donner à la partie une position déclive.

2° Pour reconstituer le sang, rien n'est comparable, quand cela est possible, aux préparations inartiales , et parmi celles-ci les sels solubles, particulièrement le tartrate de Béral, le lactate, le citrate et le pyrophosphate de fer. On donne ces sels à la dose de 20 centigrammes àl gramme; nous croyons qu'il n'est jamais nécessaire de dépasser cette dernière dose.

Certains auteurs ont dirigé contre la chlorose d'autres agents thérapeutiques. Le manganèse, Varsenic, Vor sont ceux qu'on a surtout préconisés ; mais ces prétendus succédanés du fer lui sont de beaucoup inférieurs, parce qu'ils ne s'appliquent pas aussi bien que lui à la généralité des cas.

Pour que la médication ferrugineuse ressorte tous ses effets , l'organisme doit y être préparé, et l'on doit associer aux composés martiaux certaines substances destinées à en favoriser l'assimilation. De bonnes conditions hygiéniques, physiques et morales, et l'addition aux préparations ferrugineuses des amers rempliront cet otRce avec succès. Souvent même, on n'obtiendra la guérison qu'en instituant au préalable un traitement et surtout un régime exclusivement dirigés contre la dyspepsie.

Les bains et les douches froides sont encore un moyen puissant qui par ses propriétés reconstitutives et stimulantes , répond admirablement aux indications multiples de la chlorose. Fleury aurait guéri par Vhydrothérapie, au bout d'un temps relativement court, si l'on prend en considération la ténacité ordinaire du mal, des jeunes filles chlorotiques dont l'affection avait résisté aux préparations ferrugineuses et à tous les modificateurs hygiéniques et pharmaceutiques.

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