‹ Les névralgies, leurs formes et leur traitementChapitre 45 sur 59 · NÉVRALGIES DIABÉTIQUES · texte numérisé non relu

NÉVRALGIES DIABÉTIQUES

Malgré les recherches nombreuses dont le diabète a été l'objet de la part des physiologistes et des pathologistes modernes, et l'attention particulière que l'on a prêtée aux accidents cérébro-spinaux, on n'a signalé que quelques cas de névralgies susceptibles d'être rapportées au diabète.

C'est surtout la névralgie faciale que l'on aurait observée ; les diabétiques ressentiraient en outre fréquemment des douleurs céphaliques et lombaires. Billard (de Corbigny) (1) rapporte un fait de sciatique et de lumbago survenus chez un diabétique; en même temps que les douleurs se sont déclarées une soif vive et une extinction complète des facultés génésiques. Quoique dans cette observation il ne soit nullement question de diathèse urique, Marchai (de Calvi), qui rapporte cette observation dans son ouvrage (2), se demande, à tort suivant nous, si l'on ne doit pas considérer ces douleurs comme un symptôme de la dernière diathèse plutôt que comme un accident diabétique. Pour un autre cas de sciatique qui lui est propre, il regarde avec plus de raison l'affection douloureuse du nerf comme un phénomène tenant à la diathèse urique, au même titre que le diabète lui-même : l'un et l'autre dériveraient, pour cet auteur, de la dyscrasie urique. Il va même plus loin. 11 établit une sorte de balance, d'équilibration entre la sciatique et le diabète : l'un augmentant, l'autre diminue et vice-versâ(3).

SYMPTÔMES

Worms (4) a fait récemment des caractères propres aux névralgies diabétiques une étude approfondie. Voici textuellement les conclusions qui résument son travail :

1« Il existe une forme spéciale de névralgie propre au diabète qui présente pour caractère de siéger dans les deux branches symétriques d'un même nerf;

2" Jusqu'à présent , cette névralgie symétrique a été observée dans la sciatique et le nerf dentaire inférieur;

3" La névralgie diabétique paraît être beaucoup plus douloureuse que les autres névralgies;

(1) Gazette des hôpitaux, année 185'i, numéro du 4 max-s.

(2) Recherches sur les accidents diabétiques. Paris, 1864.

(3) Op. cit., pp. 379 et 380.

(4) Académie des sciences. Séance du 28 septembre 1880.

4° Elle ne cède pas au traitement habituel des névralgies (quinine, morphine, bromure, etc.) ;

5" Elle s'aggrave et s'atténue parallèlement à l'intensité de la glycémie.

L'auteur laisse irrésolue la question de savoir s'il s'agit ici d'une véritable névralgie ou d'une affection douloureuse causée par une lésion appréciable du nerf,

— îl importe de ne pas confondre les névralgies diabétiques proprement dites avec les névralgies mélitnriques de Rosenstein. Le professeur de Goettingen a rencontré en effet des cas de sciatique — presque toujours alors limitée aux branches périphériques du nerf — coexistant avec une glycosurie : mais ici la névralgie n'était pas la conséquence de cette dernière. La névralgie et la glycosurie dépendaient l'une et l'autre d'une hyperémie des organes abdominaux : la disparition de cette hyperémie entraînait en effet la cessation simultanée des deux accidents, tandis que le traitement habituel de la sciatique était absolument

inefficace.

Un cas bien remarquable, qui ne peut être rangé ni dans l'une ni

dans l'autre des deux catégories précédentes est celui qu'a rapporté Léon Gros sous le titre de diabète accidentel lié à une migraine occipitale. Dans ce cas, le développement de la glycosurie coïncida avec des douleurs hémicrâniennes occupant la région occipitale. Sous l'influence du traitement, le sucre disparût rapidement des urines, mais la migraine persista, et l'on vit que chacune des crises douloureuses ramenait une glycosurie qui durait autant qu'elles. Plus tard, le sucre finit par manquer même lors des accès et la guérison fut complète.

Si la névralgie est sous la dépendance exclusive du diabète, on devra essayer de combattre la crase glycémique par un régime convenable (abstention des féculents, usage habituel du pain de gluten et d'un régime animal auxquels ii est permis d'ajouter du beurre, du fromage, des légumes verts, clu lait, \q s eaux de Spa, de Vichy et de Carisbad). On y joindra des frictions excitantes, des bains sulfureux ou salés et un exercice modéré au grand air. Certains médicaments, comme les alcalins, la glycérine, le salicylate de soude, l'hypermanganate de potassium, l'arsenic, sont aussi susceptibles de diminuer dans une certaine mesure la disposition glyscosurique et par suite les accidents douloureux qu'elle occasionne.

Si la névralgie, au contraire, paraît être une manifestation de la diathèse urique, laquelle produirait en môme temps le diabète, on devrait, d'après le conseil de Marchai (de Caivi), entretenir un certain degré de glycosurie qui suflfirait pour modérer les douleurs névralgiques.

Nous avons vu plus haut qu'il était à peu près inutile, d'après Worms, de recourir aux médicaments antinévralgiques ordinaires.

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