‹ Les névralgies, leurs formes et leur traitementChapitre 46 sur 59 · NÉVRALGIES ALBUMINURIQUES · texte numérisé non relu

NÉVRALGIES ALBUMINURIQUES

On sait que l'albuminurie donne lieu, lorsqu'elle est arrivée à une période avancée, à des phénomènes nerveux très remarquables. Plusieurs de ces névropathies (l'amaurose, par exemple), qu'on considérait autrefois comme essentielles, sont devenues, à la suite des recherches modernes, purement et simplement le résultat d'altérations anatomiques constatées même sur le vivant. Mais il en reste d'autres qui doivent être regardées comme de véritables névroses ; il serait étonnant que l'altération du liquide sanguin qu'entraîne inévitablement l'excrétion albumineuse n'exerçât point une action nuisible sur le système nerveux, car ce dernier a besoin, plus que tout autre appareil, d'un sang physiologique pour remplir d'une manière normale les fonctions qui lui sont dévolues.

Parmi ces névropathies doivent figurer sans nul doute des troubles algésiqnes. Bourguignon fait mention de leur existence, mais sans leur assigner de caractères définis. Dans une observation d'albuminurie recueillie dans le service de Fournier, à l'hôpital Devillas, ce médecin signale des douleurs de tête existant indépendamment de tout autre phénomène encéphalopathique et offrant comme signes particuliers : leur apparition précoce, leur siège au front et au sommet de la tête, leur continuité, leur longue durée (six semaines environ), leur caractère térébrant, leur exaspération par le bruit et la lumière, leur résistance aux moyens thérapeutiques tels que l'eau froide, les pédiluves sinapisés, le cyanure de potassium, enfin leur disparition spontanée. — L'ensemble de ces conditions caractérise pour Fournier la migraine iirémique. Ajoutons qu'il lui accorde une grande importance au point de vue du pronostic : il la considère comme un signe d'un fâcheux augure chez les individus atteints de lésions des organes uropoiétiques.

;;il) LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT.

NÉVRALGIES ZYMOTIQUES.

On a observé, dans le cours des maladies infectieuses aiguës, des accidents névralgiques qui semblent provenir directement de l'altération spécifique du sang, attendu qu'on peut les rencontrer dès les premiers stades de la maladie. C'est ainsi que Bosenbach (1) a signalé des névralgies du trijumeau tout à fait différentes de la céphalalgie habituelle dans la période initiale dutypluis. Grieslnger a vu survenir des accidents du même genre dans la fièvre jaune et Imbert-Gourbeyre dans la rou- (jeole.

Dans la diphtérie, Headlam Greenlww (2) a signalé des perversions douloureuses de la sensibilité musculaire : la plante des pieds, les mollets, les masses musculaires de l'avant-bras sont endoloris.

Pendant la convalescence des fièvres éruptives, du typhus, du choléra, de la fièvre jaune et de la diphtérie, il survient assez fréquemment des douleurs à caractère névralgique qui, cette fois, ne peuvent plus être rattachées à la présence des micrococcus dans le sang, mais à des lésions tardives du système nerveux, ou à l'épuisement amené par une maladie longue ou sérieuse.

Ce sont ces névralgies des convalescenis qui forment le pendant des paralysies des convalescents de Gubler.

Leur traitement sera celui de la douleur — et celui de la convalescence. C'est surtout le second objectif qu'il conviendra d'avoir en vue, car la cause de la névralgie résidant dans un état passager, l'indication la plus rationnelle est de rendre la plus brève possible cette situation transitoire. Une alimentation convenable, des conditions hygiéniques excellentes, quelques toniques névrosthéniques, l'hydrothérapie abrégeront la durée de ces douleurs névralgiques en diminuant la longueur de la convalescence.

NÉVRALGIES MÉTASTATIQUES.

La disparition de quelques écoulements physiologiques ou pathologiques amène assez souvent des névralgies.

L'arrêt brusque des menstrues, — d'une blennorrhée ancienne, — de l'écoulement leucorrhéique utérin ou vaginal, — du flux hémorrhoïdal — de catarrhes pulmonaires chroniques, — d'ulcères anciens,

(1) RosENBACH. Ueber Kem'ahjieti iii Beginn des Ileotyphus. Archiv 1'. kh Med.. Bd XVII, p. 252.

',2) Edînb. meû. journ., 1863.

— et même d'un écoulement artificiel provoqué comme celui d'un ancien exutoire, sont autant de causes susceptibles de déterminer des hyperalgésies.

Parmi les cas de ce genre relatés dans les annales de la science, il en est certes qui ont été trop légèrement rapportés à cet ordre de causes; mais ces cas douteux une fois éliminés, il reste encore assez de faits authentiques pour que la possibilité de cette filiation ne puisse plus être mise en doute. Nous citerons entre autres une observation de Barras (1) où la suppression d'un flux hémorrhoïdal habituel a déterminé l'apparition d'une gastralgie, et une autre de Mondière où l'arrêt brusque de la sueur des pieds aurait également occasionné des douleurs gastralgiques.

SYMPTÔMES

Les formes que les névralgies affectent sont celles des névralgies idiopathiques ; quelques-unes cependant prennent les caractères des névralgies congestives dont nous parlerons plus loin : ces dernières sont habituellement le produit de la suppression d'un flux sanguin.

L'indication précise, une fois le diagnostic bien établi, est de rappeler par des moyens convenables le flux supprimé.

L'exposition de ces différents moyens nous entraînerait trop loin dans le champ de la pathologie spéciale ; aussi nous contenterons-nous de faire remarquer que si l'écoulement chronique s'est arrêté spontanément, il n'est pas toujours facile de le faire apparaître de nouveau : toute la sagacité du praticien, et quelquefois aussi toutes les ressources de l'hygiène et de la thérapeutique seront vainement mises en œuvre, dans la plupart des cas, pour rappeler un écoulement disparu.

Dans les cas où ce traitement rationnel restera sans succès, il faudra recourir aux médications antinévralgiques proprement dites qui triompheront quelquefois du mal sans atteindre pour cela la cause qui l'a fait naître.

Sous ce titre, nous rangeons les névralgies saluDiines, meiciirielles, arsenicales, nicotiques, alcooliques, paludiqiies, pellagreuses elergotiques. (1) Op. cit., p. ne.

NÉVRALGIES SATURNINES.

Ces névralgies sont le produit d'un élément toxique venu du dehors. L'intoxication ne se développe qu'à la longue, et encore faut-il que l'introduction du plomb dans l'économie ne se fasse pas exclusivement par la voie interne; la peau et les organes respiratoires semblent jouer en effet le principal rôle dans l'absorption des émanations saturnines.

S'il est des voies que le plomb choisit de préférence pour pénétrer dans l'économie, il est aussi des points du système nerveux pour lesquels son action toxique affecte une prédilection marquée : une de ses premières et de ses plus constantes manifestations est une névralgie abdominale à laquelle on a donné le nom de colique saturnine.

Les expériences de Briquet tendaient à démontrer que ces douleurs n'intéressent pas les organes contenus dans la cavité abdominale, mais tout simplement les muscles pariétaux. Gubler croit que l'intestin n'est pas tout à fait aussi étranger à la douleur que le prétend Briquet, mais il reconnaît que la névralgie des parois abdominales est bien celle qui prédomine. Le terme de colique saturnine devrait donc être banni de la technologie médicale, pour ne pas perpétuer dans la science une erreur dont les conséquences pourraient être assez sérieuses.

SYMPTÔMES

La névralgie musculaire qui résulte de l'empoisonnement plombique n'est comparable en rien aux névralgies musculaires idiopathiques ou symptomatiques que nous avons vues jusqu'à présent; certaines névralgies hystériques seules peuvent en être rapprochées. La courte description que nous allons en donner suffira pour montrer qu'indépendamment de tout commémoratif, il sera presque toujours possible de remonter à la source qui l'a produite.

Les accès sont presque toujours précédés de phénomènes généraux portant déjà le cachet de l'intoxication plombique : le sujet devient cachectique, son teint jaunit, son sang se déglobulise; il est pris en même temps d'une faiblesse croissante ; certains points du corps s'analgésient, les gencives s'altèrent, l'anorexie survient, la constipation se déclare, et, enfin, la névralgie éclate.

Le malade est saisi d'une douleur plus ou moins vive partant ordinairement de ruinhilic, s'irradiant dans toute l'étendue des parois ab-

LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. 31o

dominales et même vers les lombes. Elle se calme par une pression exercée progressivement et sur une large surface, et s'exaspère par le pincement des parois abdominales; elle présente spontanément des paroxysmes irréguliers pendant lesquels la souffrance devient parfois tellement atroce que les malades se roulent sur le sol en poussant des gémissements ou des cris. — Le ventre est habituellement rétracté, surtout lorsque les coliques sont intenses : il y a ordinairement aussi des nausées, des vomissements et une constipation opiniâtre : François prétend que cette constipation est loin d'être constante.

Des douleurs se font sentir en même temps dans différents points du corps ; elles occupent, par ordre de fréquence, les muscles des membres inférieurs, des membres supérieurs et des lombes, la tête et les cordons testiculaires ; elles affectent des caractères névralgiques. Une grande anxiété de la face, de la prostration, de l'insomnie accompagnent habituellement les douleurs. L'apyrexie est complète.

Les accès ont généralement une durée assez longue, jusqu'à plusieurs semaines, quand la maladie est abandonnée à elle-même ; ils cessent beaucoup plus rapidement lorsqu'on dirige contre eux un traitement convenable.

A part les cas où elle se complique d'accidents cérébraux, la colique saturnine ne se termine pas par la mort. Elle récidive presque toujours quand on ne soustrait pas le malade aux émanations saturnines ; puis enfin, elle disparaît pour faire place aux accidents plus graves de Vencéphalopatlne.

Les antispasmodiques et les calmants employés d'une manière isolée échouent souvent. Les narcotiques associés aux purgatifs drastiques donnent des résultats plus avantageux. Ils constituent la plupart des traitements compliqués qui ont été dirigés contre cette cruelle affection, et notamment celui de la Charité : l'ipécacuanha, l'opium, l'émétique à haute dose, donnés plusieurs jours de suite sont les principaux éléments de cette dernière médication. L'électricité appliquée sur les parois abdominales, le chloroforme intùs et extra sont encore des moyens avantageux. La diète et des boissons délayantes formeront le complément des médications précédentes. En dehors des accès de colique saturnine, on doit prescrire avant tout l'éloignement de toute émanation plombique, ou, à son défaut, les soins de propreté les plus minutieux et l'exercice au grand air. On devra veiller surtout avec soin

à prévenir la constipation qui a la plus grande tendance à reparaître. En fait de traitement pharmaceutique, la limonade suKurique {Gendrin), la noix vomique [Serres], sont restées sans succès. L'iodure de potassium [Melsens-Guillot) et les bains galvaniques [Semmola] jouiraient au contraire d'une efficacité réelle.

Nous avons mentionné déjà des douleurs nerveuses coexistant avec la névralgie abdominale. Ces douleurs peuvent se manifester indépendamment de cette dernière. Elles offrent plusieurs des caractères de la colique saturnine : elles ont comme celle-ci une marche irrégulière, une durée variable, une terminaison heureuse; elles sont continues, mais présentent des exacerbations ; elles se calment par une pression méthodiquement exercée. Les paroxysmes qui sont ordinairement nocturnes privent le malade de tout sommeil.

Elles sont, comme les douleurs névralgiques, contusives ou lancinantes, térébrantes, dilacérantes {Grisolle).

Leur siège le plus fréquent se rencontre dans les grandes articulations {arthralgie saturnine de Tanquerel des Planches), mais elles atteignent aussi les masses musculaires des membres ou du tronc (/7mmatisme métallique de Sauvages); nous avons indiqué déjà les points qu'elles occupent de préférence. Grisolle fait remarquer à ce sujet qu'elles n'ont pas la mobilité des douleurs rhumatismales. Les bains sulfureux et les préparations opiacées à l'intérieur ou par la voie endermique suffiront pour triompher de ces douleurs.

Page 1