COLIQUE VÉGÉTALE
Depuis que les travaux de Briquet ont fait de la colique saturnine une espèce de névralgie musculaire cérébro-spinale, on pourrait se deman-
(1) Journ. de méd. 1828, t. 105, page 160.
(2) LER.OY DE MÉRicouRT, daiis ces derniers temps, a même cru pouvoir identifier certaines épidémies d'acrodynie avec la trichinose.
\Z) Journal hebdomadaire, no 9.
der si les coliques épidémiques ou endémiques décrites par divers auteurs et comprises sous la dénomination générique de végétales, ne participent pas du même genre de névroses. Nous croyons pourtant que l'ancienne appellation doit être conservée parce que, jusqu'ici, l'attention des observateurs n'a pas été suffisamment attirée sur ce point pour bien élucider la question. La colique épidémique présente d'ailleurs des symptômes qui l'éloignent de la myosalgie saturnine, et la rapprochent au contraire d'un groupe d'affections telles que le choléra et la fièvre jaune, qui sont caractérisées surtout par des accidents du côté des voies digestives. Les circonstances épidémiques ainsi que les conditions étiologiques au milieu desquelles elle sévit la séparent aussi de la colique saturnine.
SYMPTÔMES
La colique végétale a porté les noms de colique du Poitou, colique du Devonshire, colique de Madrid ; mais il ne faut pas croire pour cela qu'on ne l'ait rencontrée que dans ces localités ; on l'a observée dans d'autres provinces de France ou d'Angleterre, dans le Nord de l'Europe (Belgique, Suède) et aux Indes. On peut en tracer la description générale suivante :
Des douleurs vives à l'épigastre suivies bientôt de phénomènes adynamiques (prostration, petitesse du pouls, affaiblissement de la circulation capillaire, et de la calorification) ouvrent ordinairement la scène.
Puis surviennent des douleurs quelquefois atroces dans le ventre, s'accompagnant de vomissements et de constipation souvent opiniâtres et de strangurie.
Dans les coliques du Poitou et du Devonshire, à ces douleurs abdominales se joignaient ordinairement des élancements aigus dans différents points du corps, et particulièrement dans les extrémités inférieures. Le mal durait ordinairement dix à douze jours.
Le traitement est prophylactique et curatif. Le premier consiste à éloigner les causes du mal ou bien à s'y soustraire. Or, ces causes résident, pour les uns, dans les variations atmosphériques brusques (Espagne et Guyane), pour d'autres, dans l'usage du cidre (Devonshire) ou de boissons fermentées et acides (Normandie). Certains auteurs considèrent la colique végétale comme le résultat d'une intoxication
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. 32o
miasmatique (1). D'autres l'assimilent, à tort, à la colique saturnine.
On échappera peut-être à ces influences morbifiques en se couvrant de vêtements chauds et évitant de s'exposer aux vicissitudes atmosphériques, en s'abstenant de toute boisson nuisible, en se plaçant, en un mot, dans de bonnes conditions hygiéniques. Si l'on supposait que des émanations marécageuses eussent joué le principal rôle dans la production du mal, on pourrait avoir recours au sulfate de quinine.
La maladie, une fois déclarée, on la traiterait avec le plus d'avantage par les évacuants et les narcotiques. Ceux-ci sont particulièrement indiqués lorsque les douleurs constituent le symptôme prédominant de l'affection.