Troubles vaso-moteurs
Ici, les troubles vasculaires ne sont plus l'effet de la douleur : ils en sont la cause. Ils peuvent se traduire par une hyperémie qui affecte la
forme active, fluxionnaire, et l'on se trouve alors en présence de ce que l'on a appelé la névralgie congestive.
NÉVRALGIE CONGESTIVE.
Fleury avait déjà émis, dans son Tra'Ué d'hydrothérapie, l'idée que la névralgie en général était le résultat d'une congestion sanguine, en s'appuyant sur des observations nécroscopiques consignées par différents auteurs {Cotug no, Siebold,CyrUlo, Ollivier (d'Angers), Martinet, Van de Keer, etc.), et sur une prétendue analogie de causes, de symptôme et de marche. Mais cette opinion sur la pathogénie des névralgies, trop générale et soutenue par des arguments insuffisants, n'avait pas pris crédit dans la science.
Gubler a plus récemment apporté dans cette question les lumières de son esprit sagace. Il a prouvé qu'un certain nombre de névralgies seulement reconnaissaient pour cause une hyperémie sanguine. Il a donné à quelques-unes de ces névralgies le nom de névralgies acrodyniques, à cause sans doute de leur ressemblance, sous le rapport de la pathogénie locale, avec cette espèce de névralgie épidémique.
Les accès de névralgies fluxionnaires ont ceci de particulier qu'ils se réveillent lorsque les tissus circonvoisins et le nerf lui-même deviennent le siège d'une hyperémie active ou passive, et qu'ils disparaissent en même temps que la congestion sanguine.
Si nous prenons pour exemple la névralgie congestive de l'œil, nous y rencontrons les phénomènes suivants :
1° Injection, c'est-à-dire, coloration rouge, chaleur et tuméfaction légère.
2° Douleur ordinairement gravative, quelquefois aiguë dans le globe de l'œil, fixe et s'accompagnant assez rarement d'élancements.
3° Disparition de la douleur lorsque le malade est éveillé, debout et en repos. Réapparition lorsque le malade se baisse ou qu'il est pris d'un accès de toux ; quand il s'endort, elle devient assez violente pour l'arrachera son sommeil.
On voit, par cette courte description que nous avons tracée d'après nature à l'hôpital Beaujon, quels sont les principaux signes auxquels on pourra reconnaître une névralgie congestive. Ordinairement le mal se déclare subitement à la suite d'un refroidissement ou d'une caléfaction trop active ou trop prompte de la partie, d'une suppression des règles ou d'un flux pathologique habituel. On le voit quelquefois aussi se manifester dans la période initiale d'une maladie infectieuse.
Un assez grand nombre de céphalalgies et de douleurs dans les viscères du petit bassin ne sont pas autre chose que des névralgies hyperémiques.
Le traitement consiste à éloigner toute cause de congestion par une position convenable et des soins hygiéniques bien dirigés. Si la congestion persistait, il faudrait alors avoir recours aux émissions sanguines locales, en usant toutefois avec la plus grande modération de ce dernier moyen qui finirait par débiliter l'économie tout en ne procurant qu'un bénéfice local passager et même incertain.
Les révulsifs rempliront plus avantageusement cet office, et, au premier rang, des ventouses sèches appliquées en grand nombre non loin du point malade.
Remak (1) a traité avec succès les névralgies congestives par les courants galvaniques constants. Grapengiesser , au contraire, n'en aurait rien obtenu.
Gubler (2) dit avoir combattu efficacement les névralgies congestives à l'aide de ïaconitine à la dose de 2 milligrammes par jour : il trouve dans sa double action hyposthénisante sur le système nerveux spinal sensitif et les nerfs vaso-moteurs la raison de ces succès.
L'hydrothérapie rationnelle est appelée aussi à rendre dans les névralgies fluxionnaires les plus incontestables services.
Il est des névralgies cérébro-spinales qui s'accompagnent d'hyperémie et qui ne sont cependant ni des névralgies idiopathiques avec troubles réflexes dans la circulation locale, ni des névralgies congestives. Dans cette espèce nouvelle, l'hyperémie n'est pas plus le résultat obligé de l'excitation douloureuse des filets cérébro-spinaux névralgies que la cause des douleurs névralgiques : elle est le produit d'une influence morbide intéressant directement le grand sympathique. C'estune névrose vaso-motrice.
Cette névrose accompagne le plus fréquemment les névralgies faciales, et en particulier la névralgie sus-orbitaire. Elle se rencontre aussi, mais plus rarement, dans la névralgie des organes génito-urinaires (névralgie iléo-lombaire et cystalgie). Calien, qui a fait en 1863 une étude approfondie de ce genre de névrose, croit pouvoir établir son indépendance par des observations où l'on voit la névrose congestive du globe oculaire exister seule dans certains accès, et s'accompagner
(1) Op. cit., p. 152
(2} Bulletin de thérapeutique, année 1864.
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES ET LEUR TRAITEMENT. 3?>o
de douleurs névralgiques bien caractérisées dans des accès survenus avant ou après les premiers. — Il en a obtenu la guérison par l'emploi de l'acide arsénieux à la dose de 4 centigramme.
Au lieu d'une vaso-dilatation active, le processus peut prendre les apparences d'une paralysie vasculaire. L'afltection douloureuse qui se manifeste dans ces conditions s'appelle, lorsqu'elle occupe les membres, paralysie vaso-motrice des extrémités ou érythromélatgie. Nous la désignerons sous le nom de névralgie angio-paralytique par opposition à la névralgie angio-tonique dont nous parlerons tout à l'heure.