Inflammation
Le processus peut être ici spontané ou provoqué.
L'inflammation spontanée des nerfs est rare ; elle constitue la névrite primitive. La plupart du temps, la névrite résulte de la propagation aux cordons nerveux d'une phlegmasie développée dans les tissus circonvoisins ou d'un traumatisme.
Nous examinerons successivement ces différents cas.
(I) Loc. cit., p. 782.
NÉVRITE.
La névrite primitive ou spontanée n'offrirait, en raison de sa rareté, qu'un intérêt médiocre si elle n'était très aisément confondue avec la névralgie. Or, nous avons exposé avec trop de détails, dans un chapitre précédent (p. 96), le diagnostic différentiel des deux affections pour que nous ayons besoin d'y revenir ici. Il est cependant une névrite spontanée à laquelle nous devons nous arrêter quelques instants : c'est celle qui donne lieu à l'herpès zoster.
NÉVRALGIE HERPÉTIQUE.
La douleur intercostale qui accompagne le zona en représente le type, mais il en existe encore d'autres ; celle de l'herpès sciatique, celle de l'herpès trifacial, notamment l'herpès ophthalmique et frontal, celle de l'herpès des organes génitaux, etc.
Le zona névralgique, qui mérite d'être étudié avec quelque détail, est en réalité mie névrite intercostale particulière. On sait en effet que l'herpès zoster peut exister sans autre douleur que la souffrance cuisante et continue de l'éruption cutanée — et que d'autre part, certaines névrites intercostales, celle de la pleurésie par exemple, ne s'accompagnent pas d'irritation tégumentaire. Mais il est tout aussi positif que, dans certains cas, les deux accidents sont en corrélation intime. Est-ce alors l'affection nerveuse qui détermine l'éruption, ou bien est-ce l'éruption qui, par voie réflexe, amène la douleur névralgiforme? On admet généralement aujourd'hui que l'origine du mal réside dans une altération du nerf s'étendant aux centres trophiques qui président à la nutrition de la peau. Voici les arguments qui militent en faveur de cette opinion. L'herpès suit le trajet du nerf, et cela non seulement quand il s'agit des nerfs intercostaux, mais encore du sciatique, du radial, du trijumeau. Il est pour ainsi dire constamment unilatéral. Presque toujours enfin, des troubles nerveux précèdent la rougeur prémonitoire de l'éruption, et disparaissent quand l'éruption s'est définitivement établie.
Mais de quelle nature est l'altération du nerf? S'agit-il d'une simple névralgie ou d'une névrite? Si l'on considère que les névralgies, même celles des nerfs superficiels, sont fréquentes, tandis que le zona est relativement rare, — que l'on observe de véritables paralysies dans l'herpès sciatique, — que des troubles trophiques immédiats et très accentués se montrent dans le zona ophthalmique, — qu'il se produit même parfois des accidents médullaires sérieux explicables seulement
dans l'hypothèse d'une névrite ascendante, on ne peut guère douter de la nature inflammatoire de la lésion. — Les résultats des autopsies pratiquées par Haighl et d'autres sont venus d'ailleurs confirmer ces présomptions. Mais il est très certain aussi que d'autres lésions que la névrite peuvent occasionner l'herpès : l'englobement du nerf dans un foyer infarctique, par exemple {Charcot).
Les symptômes algésiques sont les suivants :
Une douleur de forme névralgique se manifeste le long du nerf intercostal ; elle présente parfois une intensité excessive ; on constate souvent la présence des trois points douloureux typiques : point rachidien, latéral et parasternal. Cette douleur tend à disparaître quand l'éruption vésiculaire s'établit.-
Le traitement consiste d' abord dans des applications de collodion, ou mieux encore dans la pose d'un vésicatoire ; si ces moyens ne réussissent pas à faire avorter le mal, il faut recourir aux cataplasmes chauds, aux enveloppements humides, aux liniments calmants, aux bains tièdes et aux injections de morphine.
L'herpès génital névralgique, si bien étudié par Mauriac (1), présente les symptômes suivants :
La douleur occupe le prépuce, le scrotum, le périnée, mais s'irradie vers les lombes, les aînés et les membres inférieurs. Comme les douleurs d'origine névralgique, elle est intermittente et parfois même périodique.
La plupart du temps, suivant en cela l'exemple du zona névralgique, elle précède l'éruption et cesse dès que l'herpès apparaît; quelquefois cependant, on la voit persister pendant l'éruption et même en dépasser la durée.
Comme circonstances étiologiqiies, Mauriac a mentionné l'herpétisme et l'arthritisme. Il ne l'a observé que chez l'homme; mais il est probable qu'il existe aussi chez la femme.
Le zona ophthalmique présente aussi parfois des douleurs névralgiformes aiguës, dont la violence est telle que Bowman n'a pas craint de proposer, pour ces cas, la section du nerf sus-orbitaire et sous-trochléaire. On sait que des troubles trophiques graves affectant la cornée et l'iris et même une paralysie des muscles de l'œil animés par loculomoteur commun peuvent se joindre à la douleur.
(1) Mauriac. Leçons sur l'herpès névralgique des organes génitaux. Gaz. des hôp. 1876, no 51.
Les douleurs résultant de la compression et peut-être de l'inflammation des nerfs dans les ostéites, la souffrance pleurodynique occasionnée par une névrite consécutive à la pleurésie simple ou tuberculeuse, les douleurs névralgiformes causées par la carie dentaire, etc., n'offrent qu'un intérêt secondaire ; elles sont généralement faciles à distinguer des névralgies idiopathiques, parce que la lésion qui les provoque est aisément accessible à l'exploration.
NÉVRALGIES TRAUMATIQUES.
Un grand nombre de névrites reconnaissent pour cause le traumatisme chirurgical ou accidentel. Ce sont les soi-disant névralgies traumatiques. Elles ont été soigneusement analysées par les médecins américains, et notamment par Weir MitcheU. Verneuil et OUivier en ont fait également en France une étude approfondie.
Elles sont produites, en général, par des piqûres, des coupures et quelquefois de simples contusions des nerfs, Aiistie dit que les nerfs lésés doivent avoir une certaine importance pour que les accidents névralgiques se produisent. C'est là une erreur. La ténuité relative du rameau intéressé favorise au contraire le développement des accidents douloureux. Nous avons vu, entre autres, des douleurs névralgiformes occupant le collatéral externe de l'index se développer à la suite d'une blessure de ce rameau produite par un éclat de verre. On a constaté aussi que la section incomplète des nerfs exposait davantage aux douleurs névralgiques, sans doute parce que la rétraction des faisceaux divisés exerce sur les faisceaux intacts un tiraillement irritant.
Au point de vue des symptômes, il y a lieu de distinguer les cas où les douleurs se manifestent très tôt (quelques jours) après l'accident ou l'opération, et ceux où l'apparition des douleurs n'a lieu qu'après un laps plus ou moins long.
Les premiers comprennent les névralgies traumatiques secondaires précoces de Verneuil (1). Les seconds, les névralgies traumatiques tardives, qui sont les névralgies traumatiques ordinaires.
Les névralgies précoces se montrent le plus souvent dans le point lésé et s'accompagnent d'irradiations périphériques ou à distance; quelquefois cependant la région blessée reste indolore tandis que les douleurs se manifestent dans des points plus ou moins éloignés. La névralgie, en d'autres termes, est tantôt directe, tantôt réflexe.
(1) Verneuil. Des névralgies trautnatiqites secondaires précoces. Arch. gén, deméd. Dec. 1874.
LES NÉVRALGIES, LEURS FORMES Eï LEUR TRAITEMENT. 341
La souffrance est ordinairement intermittente; elle s'accompagne fréquemment de contractions cloniques et toniques, d'anesthésies, de parésies, de troubles trophiques des vaisseaux amenant des ecchymoses et même des hémorrhagies, de vomissements réflexes, d'élévation thermique, de rétention d'urine. Le dernier accident ne peut guère être attribué qu'à une myélite consécutive. — Malgré la « matérialité » de ces douleurs, la quinine réussit souvent à les calmer.
D'après A^istie, les douleurs précoces se montreraient surtout dans les cas de division partielle d'un rameau nerveux.
Les névralgies traumatiques ordinaires se déclarent quelques semaines au plus tôt après la lésion. Elles peuvent guérir ou bien persister longtemps après la cicatrisation définitive de la plaie, ou se perpétuer jusqu'à la fin de l'existence. Les blessures par armes à feu sont celles qui déterminent le plus souvent ce genre de douleurs. — Ces douleurs ont parfois l'apparence névralgique la plus parfaite ; d'autres fois elles se distinguent des douleurs névralgiques typiques par leur acuité ou leur forme. Il en est en effet qui sont d'une violence et d'une opiniâtreté telles qu'elles plongent le malade dans un état névropathique lamentable; il en est d'autres qui s'accompagnent d'un sentiment de brûlure intolérable ; d'autres enfin se manifestent sous forme d'élancements subits et passagers, sous forme d'éclairs douloureux qui se reproduisent pendant des années sous l'influence de circonstances accidentelles souvent des plus légères. — Ici encore, ce n'est pas toujours au point lésé que se manifeste la douleur; elle peut se localiser dans une région située à une distance plus ou moins grande. Cette particularité trouve son explication dans l'existence des fibres récurrentes et peut être aussi de connexions centrales préétablies.
Au bout d'un certain temps, il s'ajoute parfois aux symptômes douloureux des troubles trophiques portant principalement sur les tissus cutanés : hypertrophie ou atrophie; dans le dernier cas, l'épiderme et le corps papillaire s'atrophient comme le reste, en sorte que la peau devient à la fois rosée, mince et luisante [Glossy Skin des Anglais) : ces dernières altérations s'observent surtout aux extrémités.
Des dyscrinies ou des arthrites viennent quelquefois encore compliquer la situation. .
Nous n'avons pas à énumérer ici toutes les névralgies consécutives au traumatisme. Elles sont extrêmement nombreuses et extrêmement variées. Il nous suffira de citer comme exemples celle qui succède à la phlébotomie pratiquée sur la médiane céphalique et qui persiste souvent
toute la vie, les douleurs qui se manifestent plus ou moins tardivement dans les cicatrices du sein après l'extirpation des tumeurs sans récidive du néoplasme, celles qui sont entretenues par la présence d'un corps étranger, etc.
hetraitement consistera dans l'application des calmants et des résolutifs (1) et dans l'excision de la région douloureuse quand la chose est possible.
A côté des névralgies traumatiques proprement dites viennent se placer celles qui succèdent à une commotion physique ou -morale. Ces névralgies sont rares ; elles se développent généralement assez longtemps après l'accident ; elles ne diôèrent point, par leurs symptômes, des névralgies idiopathiques [Anstie).