ÉVOLUTION
Quel sera l’avenir des malades ayant présenté des signes de névrite due aux pieds de tranchées ? Évidemment, même dans les cas qui, au début, paraissaient devoir être graves, la restitution ad integrum a été la plupart du temps observée, elle fut également très fréquente chez ceux qui avaient présenté des troubles névritiques tardifs. Malgré tout, on peut penser que, dans un certain nombre de cas où les nerfs ont été profondément altérés dans leur pareuchyme, on pourra observer une évolution prolongée des accidents et prévoir une marche chronique de l'affection. Nous ne possédons pas, il est vrai, d'observations portant sur de pareils cas, mais Terrier et Germain, Desnos, dans des altérations névritiques dues à des gelures, Ont décrit autrefois des sequelles et des accidents tardifs que lon pourrait très vraisemblabiement observer de nouveau dans les névrites des pieds de tranchées.
L’atrophie musculaire pourrait avoir une marche intensive.
Les troubles trophiques pourraient progresser aussi, altérant l’épiderme, donnant des proliférations cornées ou, au contraire, lPamincissant .et la rendant rouge lisse, luisante, fragile et facile à infecter. On a déjà signalé de véritables maux perforants survenant dans les névrites tardives des pieds de tranchées, ces cas pourront survenir à plus grande distance encore des accidents primitifs et donner lieu à des erreurs dans l’étiologie. Si la fonction trophique est de plus en plus altérée, on pourra voir survenir, comme dans des cas de névrite par gelure décrits avant la guerre, des lésions d’ostéoporose, avec des déformations des surfaces articulaires. Enfin, des infiltrations œdémateuses chroniques, du trophœdème pourra survenir également sile processus d’altération névritique continue à remonter le long des nerfs primitivement atteints, il sera possible de voir apparaître tardivement, comme dans les observations de névrites par gelures de Terrier et Desnos, antérieures à la guerre, des tas de névrite, voire de myélite ascendante dont la pathogénie paraîtra singulièrement obscure, si l’on ne songe pas que le malade a été jadis atteint de névrite des pieds de tranchées et que le processus a pu suivre une marche ascendante, remontant jusqu’à la moelle et déterminant des lésions de névrite et de myélite ascendante analogues à celles qui furent décrites consécutivement à des polynévrites par Philippe et de Gothaut (1900). Ces considérations permettent de faire quelques réserves au sujet de l’avenir des malades ayant eu des atteintes sérieuses de névrites par pied de tranchées et elles sont susceptibles de faire prévoir des accidents très
tardifs possibles.