‹ Les Névrites Consécutives au Pied des TranchéesChapitre 13 sur 17 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

Nous devons maintenant nous poser une question qui domine l’ensemble de ce travail.

Avons-nous bien affaire à des névrites dans ces troubles des pieds de tranchées ?

Nous avons décrit un ensemble sypmtomatique de trou-

oi

bles moteurs, sensitifs, vaso-moteurs et trophiques ; il nous faut montrer qu'ils ne peuvent être produits que par des altérations névritiques dues à l’agent causal des pieds de tranchées.

Nous nous proposons d'examiner successivement chaque modalité de troubles et nous nous efforcerons d’en démontrer

l’origine nerveuse.

19 Troubles moteurs. — Les adversaires de la théorie névritique des pieds de tranchées ont soutenu que les troubles moteurs, dans les mouvements ou la marche, n’étaient jamais dus à un trouble d’origine parétique ou paralvtique. La gêne fonctionnelle serait causée par l’engourdissement du pied et la douleur, qui rendaient les moindres mouvements pénibles.

D’autres ont pensé qu’il s'agissait simplement de pithiatisme. Enfin, on a voulu faire rentrer ces troubles dans les troubles physiopathiques d’origine réflexe. |

S'agit-il simplement d’attitudes antalgiques prises par Île malade pour éviter ou diminuer sa douleur et qu’il conserverait dans la suite par habitude vicieuse ? On ne pourrait expliquer ainsi la localisation des phénomènes moteurs dans le domaine de nerfs déterminés comme le tibial postérieur et le nerf plantaire interne. Il devient, par cette hypothèse, impossible de concevoir la modification des réflexes observés dans un grand nombre de cas, ainsi que celles de l’excitabilité électrique. Si nous avions affaire à des troubles d’origine pithiatique, nous n’aurions pas des paralysies dissociées tout à fait semblables à celles des polynévrites toxi-infectieuses, on serait en présence de paralysies beaucoup plus étendues à type segmentaire et sans prédominance marquée pour les extrémités, enfin les phénomènes se manifesteraient, non seulement aux membres inférieurs, mais encore aux membres supérieurs.

Les partisans de l'hypothèse physiopathique ont pensé qu’il s'agissait de troubles réflexes déclanchés par une lésion irritative due à l’agent causal des pieds de tranchées et constituée

par des lésions locales des tissus des extrémités, des nerfs en

particulier, ces lésions devenant le point de départ de troubles réflexes sans qu’il y ait d’altérations névritiques dans le domaine des nerfs où on a pu les observer.

Les troubles physiopathiques, que l’on a décrit aux membres inférieurs, déterminent presque toujours de la contracture, ce qui ne fut jamais observé dans les pieds de tranchées dont nous avons rapporté la description. De plus, dans l’immense majorité des cas de troubles physiopathiques, il y avait une exagération nette des réflexes et une surexcitabilité mécanique marquée des muscles. Dans les pieds de tranchées, lorsqu’il y avait modification des réflexes, c'était dans le sens d’une diminution. Qu'il y ait eu des troubles réflexes à la suite de cas de pied de tranchées c’est très possible, mais la grande majorité des cas observés ne paraissent pas devoir être rapportés à cette origine.

20 T'roubles sensitifs. —— Les troubles de la sensibilité subjective, qui furent souvent si intenses dans les pieds de tranchées, ne pouvait évidemment se concevoir que comme étant dus à l’irritation des filets nerveux de la région atteinte, mais on observe de pareilles douleurs dans nombre d’affections caractérisées par des altérations des tissus et en dehors de tout processus névritique. Cependant, dans les pieds de tranchées les douleurs étaient persistantes et présentaient très souvent des irradiations le long des troncs nerveux de la région sciatique poplité externe et surtout sciatique poplité interne, tibial postérieur et plantaire interne.

On a particulièrement soutenu que les troubles de la sensibilité objective observés dans les pieds de tranchées n’étaient autres que des troubles fonctionnels de nature névropathique et l’on envisageait comme raison que les troubles n’avaient pas de disposition topographique correspondant aux nerfs de la région et que souvent les zones d’anesthésie ou d’hypéresthésie étaient limitées par des plans perpendiculaires à l’axe du membre. Mais, même dans les polynévrites classiques, la topographie des troubles sensitifs est peu nette et les limites

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