‹ Les Névrites Consécutives au Pied des TranchéesChapitre 7 sur 17 · EG DRE · texte numérisé non relu

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sans éveiller autre chose qu’une vague sensation de contact. L’hypéresthésie s’observait aussi.

La sensibilité profonde ne fut qu’exceptionnellement atteinte. Parfois, on observa de la douleur à la pression des masses musculaires ou des points douloureux sur le trajet du sciatique poplité interne.

Des troubles de la sensibilité thermique se rencontrèrent, certains malades distinguaient mal le chaud du froid ; dans un article italien, Vidoni rapporte des cas où il y avait de la dissociation des sensibilités, on observait alors avec de l’hypéralgésie de l’anesthésie tactile et thermique. Pour lui, le champ de l’anesthésie thermique serait plus étendu que celui de l’anesthésie tactile. Fréquemment, dans tous ces troubles de la sensibilité, on notait des erreurs de localisation, du ralentissement dans la transmission.

Lorsque ces troubles étaient étendus, le malade pouvait perdre le sens des attitudes de ses pieds et surtout il perdait la notion du sol sur lequel il marchait, celui-ci lui semblait mou et élastique.

La topographie de ces troubles de la sensibilité était en général diffuse, parcellaire et ne suivait jamais le trajet d’un nerf.

20 Troubles moteurs. — Les troubles moteurs furent, dans les névrites précoces, beaucoup moins marqués que les troubles sensitifs. Dans un grand nombre de cas, ils furent très légers.

Ces troubles consistèrent surtout en un degré variable d’impotence fonctionnelle des orteils due à leur parésie, leurs mouvements étaient plus ou moins limités, mais exceptionnellement complètement supprimés.

Parfois, l’impotence s’étendit à tout le pied. On rapporte des cas où le pied était tombant, sa pointe traînant sur le sol pendant la marche, par suite de la paralysie des extenseurs des orteils et des péroniers.

Ces paralysies ne furent jamais massives, mais au contraire

dissociées, parcellaires, n’affectant parfois qu’un muscle.

Dans ces névrites précoces, les troubles moteurs se localisèrent dans le domaine du sciatique poplité externe, qui ne fut presque jamais pris en totalité, mais qui présentait des troubles très variés et souvent discrets dans le domaine de ses branches terminales, le musculo-cutané et le tibial antérieur.

Ces paralysies ou ces parésies étaient fréquemment bilatérales et symétriques, mais cette règle n’était pas absolue.

Des attitudes vicieuses consécutives à ces paralysies furent rarement rencontrées ; cependant, on observa des pieds varus dus à l’action antagoniste des muscles de la loge postérieure de la jambe, dont les nerfs ne manifestèrent, pour ainsi dire jamais cliniquement, leur atteinte dans les névrites précoces.

Ces paralysies furent rarement assez marquées pour entrainer de gros troubles de la démarche ; on a rapporté quelques cas de steppage, mais il semble que lorsqu'il y avait des troubles de la marche dans les névrites consécutives aux pieds de tranchées, ils étaient surtout dus à l’intensité des phénomènes sensitifs, qui rendaient celle-ci douloureuse et parfois incertaine lorsqu'il y avait une anesthésie plantaire ou des dysesthésies trop considérables.

3° Troubles des réflexes. — Les réflexes du membre inférieur étaient souvent normaux dans les pieds de tranchées, dans un certain nombre de cas ils furent pourtant modifiés, mais seulement les réflexes cutanés-plantaires et achilléens.

Heitz et de Jong, sur 38 cas, trouvèrent le réflexe cutanéplantaire dans 12 cas et absent dans 26 cas.

Sur ces mêmes malades, ils trouvèrent le réflexe achilléen absent dans 7 cas et affaibli dans 6.

En comparant l’état du réflexe plantaire avec l’achilléen, ces auteurs constatèrent que les deux étaient absents chez neuf malades ; chez dix-huit, le réflexe plantaire était absent et l’achilléen conservé ; dans quatre cas, 11 y avait atteinte isolée de l’achilléen, le réflexe plantaire était normal.

Il ne semblait pas y avoir un rapport constant entre l’intensité des troubles réflexes et celle des lésions de la peau. On put

Serre

voir chez certains malades les réflexes. abolis à une période précoce de la maladie, alors que chez d’autres, examinés à une période plus tardive, ils étaient au contraire présents.

Cette modification des réflexes dans les pieds de tranchées est une nouvelle preuve de l’origine névritique de ces aeci-

dents.

40 Troubles vaso-moteurs et trophiques. — Ces troubles étaient constants, mais extrêmement variés et affectaient un caractère de gravité très différent, car ils allaient en effet du simple crythème à la formation d’escarres.

Disons tout de suite que lorsque celles-ci se produisaient, elles avaient une allure toute autre que celles que l’on a déerites dans les eas de gelures proprement dites. Dans les pieds gelés, affection uniquement due à l’action du froid sur les tissus et où les néeroses ne sont pas secondaires à des troubles de la fonction trophique des nerfs, le sphacèle, d’après les descriptions des auteurs, était massif d'emblée et intéressait tout un segment du pied, les orteils ou le métatarse, parfois les deux à la fois.

Dans les pieds de tranchées, les troubles observés furent très comparables à ceux que l’on observe dans les lésions des nerfs périphériques.

Tout d’abord, on observait une phase érythémateuse.

Les téguments des extrémités inférieures prenaient une couleur rouge diffuse plus ou moins sombre et finissaient souvent par être violacée, parfois apparaissaient une ou plusieurs plaques eechymotiques. La peau était luisante, tendue.

A cette phase et venant la compliquer, succédait en général une phase crythémato-ædémateuse, l’ædème pouvait être décelé au début sur le dos du pied, à la racine des orteils, il augmentait souvent, noyant la saillie des tendons, le contour des malléoles et donnant l’aspect succulent que l’on observe dans certaines affections du système nerveux, comme la syringomyélie. À la longue, survenait un épaississement du derme

et du tissu cellulaire, très souvent et même en l’absence de

tout œdème notable apparaissaient des phlyctènes entourées d’une aréole d’un rouge brun, ces phlyctènes contenaient un liquide louche séro-hématique. Parfois, se produisaient des épanchements sanguins s’étendant en nappes sous l’épiderme, qu'ils coloraient en noir par imbibition. Lorsque les phlyctènes s’ouvraient, elles laissaient des ulcérations à fond gris, presque insensibles et torpides.

Ces ulcérations prenaient fréquemment l’aspect clinique de véritables maux perforants dus à des lésions névritiques.

A un stade plus avancé apparaissaient des nécroses plus étendues.

Parfois, la nécrose était sèche, cette gangrène rappelait alors absolument la maladie de Raynaud, elle attaquait un ou plusieurs orteils, s'étendant ensuite progressivement sur une plus grande partie du pied avec formation d’un sillon d’élimination.

Parfois, au contraire, la nécrose était humide, il apparaissait des îlots bruns de consistance molle, laissant, après s’être détachés, des ulcérations fongueuses, insensibles, creusant dans les masses musculaires, mettant à nu le squelette.

Toutes ces lésions s’expliquent aisément, si on les rattache à des troubles de la fonction trophique des nerfs, on ne comprend pas en effet que l’abaissement de température, le plus souvent peu marqué, ait suffi à lui seul pour produire des lésions aussi considérables.

‘L’atrophie musculaire précoce fut peu fréquente dans les pieds de tranchées ; on en signale quelques cas dont la topographie était peu nette. Nous verrons qu’au contraire dans les névrites tardives ces atrophies se multiplièrent.

Réactions électriques. — L’électro-diagnostic montra parfois une diminution de l’excitabilité électrique pour les nerfs scia-

tiques poplité interne et externe.

Formes cliniques. —- À côté de la grande forme que nous venons de décrire et qui comprend des troubles se rapportant

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