‹ Les névrites postsérothérapiquesChapitre 30 sur 47 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

INGELRANS et MINET (in thèse DERVEAUX, Lille 1922-23)

J... R..., 31 ans, mineur, à la suite d’une piqûre par un fil de fer à l’auriculaire de la main droite, reçoit le lendemain de la blessure — 12 mai 1922 —— une injection de 10° de sérum antitétanique.

Le 20 mai, soit huit jours après l'injection, le malade présenta quelques signes d'intoxication sérique ordinaire : urticaire généralisée avec prurit, arthralgies, myalgies fugaces.

Le lendemain, 21 mai, on constate des signes de tétanos : contractures toniques et douloureuses, trismus, wopisthotonos ; traitement par des injections de morphine. La maladie suivit son cours et le 31 mai la contracture douloureuse se localise dans la région scapulaire droite. Le malade resta alité depuis le début de sa maladie deux mois environ ; très amaigri et affaibli considérablement, les premiers jours de juillet le voient en convalescence ; à ce moment la gêne: fonctionnelle des membres inférieurs disparaît peu à peu, mais persiste dans les deux épaules et reste stationnaire.

Le 16 octobre, il entre à l'hôpital. On constate qu'il est maigre, qu’il présente une asymétrie faciale aux dépens du côté droit ; ses omoplates se détachent considérablement du thorax, surtout dans les mouvements ; au repos, également aspect de scapula alata. La tête est presque continuellement rejetée en arrière et paraît rentrée dans les épaules, le rachis est cependant normal. Cette attitude est en rapport avec une atrophie notable des muscles qui s’insèrent sur le bord spinal de l’omoplate. Les mouvements sont permis avec une force diminuée. À l'examen des épaules, on constate un amaigrissement plus marqué du membre droit qui est grêle et il y a une disproportion entre le bras et l’avant-bras de ce membre droit. Au dynamomètre on a 7 à droite, 9 à gauche.

Les membres inférieurs sont maigres, mouvements normaux. L'exa-

fes

men de l'œil montre des pupilles égales réagissant bien. Tous les réflexes sont normaux, pas de Babinski. Pas de troubles de la sensibilité subjective ; légère douleur à la pression des muscles.

Le malade se plaint de dysurie, de mictions prolongées, d’absence d'érection, de gêne dans la défécation. Etat neurasthénique.

Réaction B. W. négative. Radiographie : colonne vertébrale normale, pas de lésions osseuses, vertèbres de hauteur normale et bien calcifiées ; les disques intervertébraux n'ont pas subi d’affaissement et ne présentent pas d’altérations.

17 novembre. — Malade très maigre ; les muscles des jambes, cuisses, membres supérieurs sont tous fondus mais ne présentent pas de secousses fibrillaires rapides constatées dans toute amyotrophie d'origine spinale. Les mouvements des membres inférieurs ne sont pas gênés et le malade dit n'y point ressentir de douleurs. Par contre, il se plaint d’en ressentir dans toute la ceinture scapulaire droite, moindrement à gauche.

À première vue, l’amaigrissement de ces régions ne paraît pas plus accusé qu'au niveau des autres parties du corps ; pourtant en regardant bien, on note que les muscles sus-épineux sont davantage atrophiés par rapport aux autres muscles de la région. Les mouvements de l'épaule sont permis jusque simplement à l'horizontale pour le membre droit. Le tour du bras est de 24,5. Les émoplates des deux côtés sont franchement décollées du thorax. Aucun trouble de la sensibilité. Réfiexes tendineux des deux bras normaux, peut-être un peu diminués à droite : le patellaire, droit et gauche, est aboli. Toujours absence d'érection qui affecte le malade et lui donne cet état neurasthénique.

De plus, nombreuses sont les observations de polynévrites consécutives à de telles intections non traitées par le sérum.

Huateck, Kollmann ont publié des observations de polynévrites des membres supérieurs et inférieurs après tétanos non traité par le sérum ; Durand rappelle que des observations de paralysies périphériques des membres

ont été signalées par les chirurgiens des armées du Premier Empire, qui avaient eu l’occasion de voir beaucoup de tétaniques ; et la névrite faciale de Rose est classique.

Perrin rapporte un cas de polynévrite consécutive à une pneumonie franche et un autre par infection puerpérale légère ; Etienne a ésalement observé jadis un cas après pneumonie.

Crouzon, Lévi et Teyssier, Lévi-Valensi et Feil citent plusieurs cas au cours de la tuberculose. Enfin, les névrites périphériques sont classiques dans la dyphtérie.

Pour expliquer l’étiologie des névrites diphtériques, certains auteurs ont invoqué les produits de sécrétion des bacilles.

Sahli, Richardson incriminent la toxine, tandis que d’autres, s’appuyant sur les expériences d’Ehrlich, pensent aux toxones. Ehrlich, en effet, dans ses recherches sur la composition du poison diphtérique, a démontré qu’il existe à côté de la toxine d’autres produits de sécrétion des bacilles appelés toxones qui possèdent une affinité moindre pour l’anticorps et ne sont neutralisés par l’antitoxine que lorsque toute la toxine est détruite. Il a remarqué que si on injecte à un lapin un mélange dans lequel seul les toxones sont maintenues comme substance active, il se produit de la paralysie entre le quatorzième et le vingt-huitième jour, le plus souvent dans la troisième semaine. Ainsi les toxones ont un autre effet toxique que la toxine, c’est-à-dire que leur $roupe toxophore est dif- {érent de celui de la toxine, tandis que le $roupe haptophore est identique dans les deux cas, puisque les deux se combinent avec le même anticorps.

D'autre part, Morgenroth a démontré que le poison

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tétanique avait une constitution semblable à celle du poison diphtérique.

On peut donc considérer que les névrites sont l'effet des toxones et, comme déduction des expériences d’Ehrlich, qu’elles ne se produisent pas quand la dose d’anticorps, en d’autres termes de sérum, est assez élevée pour détruire et la toxine et les toxones.

A l’appui de cette thèse, signalons que jamais les accidents n’apparaissent au cours du traitement sérique et que de nombreux auteurs, parmi lesquels Bloum, Dufour et Duhamel, Flandin, insistent sur les effets des réinjections sériques pour empêcher l’évolution des accidents.

Cependant notre attention est attirée par ce fait que d’une part, dans nos observations du premier groupe, la maladie étant confirmée, le traitement fut curateur et le sérum employé à des doses quelquefois formidables : 760 c. c. (obs. XXVIII), 1.340 c. c. (obs. XXVII) et d’autre part que, dans l’observation de Sicard, de Gennes et Coste, ces accidents ayant été mis sur le compte du tétanos, il fut procédé à une nouvelle injection de sérum qui, loin d'amener une sédation, ne fit qu’empirer les symptômes, ce qui nécessita l’abandon du traitement.

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