‹ Les névrites postsérothérapiquesChapitre 31 sur 47 · OBSERVATION XXXI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXXI

SICARD, DE GENNES et COSTE (Soc. méd. hôp., Paris, 17 octobre 1924)

L..., 47 ans, cantonnier, vacciné contre la typhoïde en 1914 : injection de sérum antitétanique en 1915. B. W sang négatif.

28 août 1924. — A Ja suite d'une coupure de la paume de la main, injection de 10% ou de 20°” de sérum antitétanique dans le tissu sous-cutané abdominal sans Besredka préalable. Un érythème

BMÉTOR

local apparaît d’une durée de cinq ou six jours, occupant toute la partie inférieure de l’abdomen.

2 septembre. — Urticaire généralisée, intense, avec bouffissure de la face.

4 septembre. — Les symptômes nerveux entrent en scène : une

douleur vive s’installe qui part de la nuque et irradie dans les deux bras, en suivant la face antéro-externe puis le bord externe de l’avant-bras, respectant la face interne du membre et dessinant le groupe radiculaire supérieur. Le cou s’enraidit en flexion légère, de vives souffrances s'opposent au redressement de la tête. Les douleurs s’accompagnent de secousses musculaires dans la nuque et les membres supérieurs.

On craint un début de tétanos et le malade reçoit de nouveau en une injection rapide 60° de sérum. Loin d'amener une accalmie, cette injection redouble les douleurs qui prennent le caractère de brûlures intenses, limitées toujours au même territoire. Les contractions disparaissent, mais il s’y substitue un affaiblissement musculaire. Il existe, localisés aussi sur le territoire de la bande douloureuse, des troubles vaso-moteurs : hyperémie, sudation. Fièvre modérée (38° le jour de l'invasion des douleurs).

On cesse la sérothérapie et dès lors les symptômes vont s'amendant peu à peu : les douleurs ont à peu près disparu depuis le 14-15 septembre. Seuls subsistent des « tiraillements intermittents » L''affaiblissement régresse aussi.

17 septembre. — Entre à l'hôpital : attitude de myopathique ; muscles scapulaires émaciés, bras collés au corps et incapables de déplacement étendu dans l'élévation et l’abduction. Les lésions sont d’ailleurs asymétriques, le côté gauche plus atteint que le droit. Les épaules sont tombantes, surtout à gauche où la saillie du trapèze est: légèrement effacée et le creux sus-claviculaire moins profond. Le deltoïde est aplati. Les masses sus- et sous-scapulaires font des méplats entre lesquels l’épine de l'omoplate fait une saillie plus accusée à gauche qu'à droite.

Troubles moteurs. — Côté gauche. — 1° Ceinture : abduction et élévation du bras presqu’impossible, le malade ne développe aucune force dans ce mouvement. Le deltoïde atrophié se con-

to

tracte à peine. Contraction saccadée et faible des pectoraux. Rotation du bras en dehors, impossible, aucune force ; en dedans, faible. Elévation du moignon de l'épaule normale, le sterno se contracte bien. [| semble que la force du trapèze soit conservée. Tous les muscles de la ceinture scapulaire (deltoïde, trapèze, muscles de l’omoplate) sont douloureux au pincement.

2° Bras et avant-bras. La mobilisation de l’avant-bras réveille quelques douleurs. Les tentatives d'extension provoquent en particulier des tiraillements au pli du coude. Dans la flexion de l’avantbras, le biceps. se contracte, le long supinateur ne fournit aucune contraction : force globale du mouvement diminuée. Extension affaiblie : le vaste externe se contracte énergiquement ; la longue portion et le vaste interne semblent inertes. Supination affaiblie, l'avant-bras étant fléchi. Le biceps est douloureux au pincement.

3° Mains et doigts. Tous les mouvements ont perdu de leur force : flexion, abduction, extension de la main, des doigts moins énergiques qu'à droite. Seuls l’adduction de la main et le jeu des interosseux paraissent tout-à-fait intacts.

Côté droit. — Dans la fiexion de l’avant-bras, le biceps ne se contracte pas, le mouvement est assuré par le long supinateur seul ; la flexion est très aflaiblie quand l’avant-bras est en pronation. Affaiblissement général mais beaucoup moins accusé qu à gauche. Mouvements du bras : en particulier, difficulté à élever le bras verticalement et à mettre la main sur la tête. Les muscles du côté droit ne sont pas douloureux au pincement.

Réflexes. — Idio-musculaires : normaux partout ; tendineux tous faibles : olécranien, tricipital : faibles à droite et à gauche ; osseux du radius et cubito-pronateur : existent des deux côtés.

Sensibilité. — Tactile : normale à droite et à gauche ; douloureuse : hypoesthésie dans la zone du circonflexe gauche ; thermique : aucun trouble ; osseuse : normale au diapason.

Ni troubles trophiques, ni vaso-moteurs.

Motricité, sensibilité et réflectivité normales aux membres inférleurs.

Réactions électriques. — 19 septembre, D. R. pour nerf musculo-cutané droit et muscles tributaires, pour le nerf circonflexe gauche et deltoïde gauche.

Diminution de l’excitabilité galvanique et faradique pour tous les autres nerfs et muscles des deux membres supérieurs, mais simplement diminution quantitative. Pas de troubles qualitatifs. Il en est

de même pour les sus- et sous-épineux droits et gauches, les grands dentelés et les trapèzes.

Monsieur le Professeur De Lavergne parlant des paraivsies consécutives à une diphtérie traitée par le sérum pense que la toxine en est l’agent causal « Au cours d’une diphtérie traitée de façon précoce et intense par le sérum..…., la voie sanguine est pour ainsi dire barrée par la présence de l’antitoxine... et la toxine n’a d’autre propagation possible que le long de la voie nerveuse. »

Peut-on admetre cette étiologie dans l’amyotrophie scapulaire douloureuse du cas suivant ?

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