OBSERVATION XXXII
MOURIQUAND, DECHAUME et RAVAULT (Lyon médical, 25 août 1923)
Femme de 34 ans. — Première diphtérie en 1918 traitée par ‘applications et lavages locaux de sérum. Seconde diphtérie en juillet 1922. Angine sans fausses membranes sur une amygdale culture positive. Désensibilisation et en quatre jours : deux injections de 40%, deux de 20% de sérum ordinaire dans les muscles fessiers et abdominaux. Guérison rapide. À aucun moment, n’a présenté de paralysie du voile, ni de l’accommodation, ni des muscles de la nuque, ni des membres inférieurs.
Quatre jours après la fin de la sérothérapie, apparition d’accidents sériques : éruption intense généralisée avec œdème pendant quatre jours. Dès le troisième jour après le début de l'éruption, douleurs articulaires intenses, généralisées, n'épargnant même pas la temporo-maxillaire, d’une durée de 24 heures. Seule l'épaule droite reste douloureuse malgré un traitem-=" médical.
La malade fut perdue de vue pendant plusieurs mois, mais dit que ces douleurs ont toujours persisté avec des paroxysmes durant
nuit
plusieurs semaines. [L’impotence du bras droit était presque complète plutôt, semble-t-il, à cause de la douleur. Pourtant, celle-ci diminuant, la malade remarqua que le bras devenait faible : elle avait de la peine à soulever un objet, à écrire.
Revue en mars 1923. — Diminution nette de la force dans les mouvements de projection en avant et d'abduction du bras droit, dans la flexion et l'extension de l’avant-bras à un degré moins marqué. La force de préhension des doigts est bien conservée. Atrophie musculaire localisée aux muscles sus- et sous-épineux, surtout et légèrement au deltoide. La musculature ne montre pas d'atrophie du bras, de l’avant-bras, ni de la main. Tous les muscles se contractent normalement : ni contracture, ni rigidité, ni secousses fibrillaires.
Troubles de la sensibilité subjective : douleurs dans les régions deltoïdiennes et sous-épineuses ; endolorissement de la racine du membre. Les mouvements de l'épaule, la palpation des masses musculaires, des troncs nerveux sont indolores. Aucun trouble de la sensibilité objective même pas de zone d'hypoesthésie.
Pas de modification de la réflectivité du membre supérieur réflexes égaux, non diminués, même plutôt vifs. Réflexes des membres inférieurs : normaux.
Pas de troubles vaso-moteurs au membre supérieur.
Examen électrique : hypoexcitabilité faradique et galvanique sans lenteur à la secousse du sus-épineux, du sous-épineux et du deltoïde.
Radiographies colonne cervicale et épaule : négatives.
La malade suit un traitement électrique qui paraît l'améliorer.
La localisation scapulaire, très rare dans les paralysics diphtériques, le cortège d’accidents sériques qui a accompagné l'apparition de l’amyotrophie, nous permettent, avec Mouriquand, de mettre le sérum en cause.
Ce qui ne veut pas dire que toute paralysie observée après une diphtérie traitée par la sérothérapie soit d’ori- £ine sérique et la théorie de Monsieur De Lavergne $arde
pe
toute sa valeur. Mais il faut savoir distinguer ; car, tandis que pour les unes la sérothérapie spécifique intensive est indiquée (Comby), pour les autres une thérapeutique due à une erreur de diagnostic conduirait tout au moins à un échec (Pisano).
Et nous en dirons tout autant en ce qui concerne les paralysies après tétanos (obs. XXXTI).
Le sérum peut donc déterminer des accidents semblables à ceux que cause la maladie.
Notre seconde série d'observations se compose de sujets traités préventivement et on peut les diviser en deux Sroupes : les blessés et les suspects de maladie infectieuse.
Pour les blessés, on pourrait penser au traumatisme. Bien qu’il soit indéniable que des malformations acquises, tel un cal exubérant, telle une luxation, puissent déterminer des névrites de voisinage, bien que Claude, Visou-
roux et Lhermitte aient signalé des accidents identiques après un trauma plus ou moins léger ou même une simple commotion distants de la région intéressée par la polynévrite, nous rejetons cette hypothèse en nous basant entre autres sur le fait que le malade de Souques, Lafourcade et Terris avait été atteint de luxation de l’épaule $auche et que c’est le côté droit qui présenta les troubles les plus accentués.