‹ Les névrites postsérothérapiquesChapitre 34 sur 47 · MATE · texte numérisé non relu

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de fréquence des accidents sériques, la question des doses est à écarter de suite : 20 fois les névrites sont apparues après des injections préventives de 10-12, 11 fois après des doses moyennes variant de 20 à 120, 6 fois après des doses massives allant jusqu’à 760° (obs. XXVIII) et même 1.340® (obs. XXVIÏT) pour les 37 cas sur lesquels nous avons des renseignements précis.

Le nombre des injections, leur fréquence est très variable ; tantôt il s’agit de deux ou trois injections à un ou deux jours d'intervalle, tantôt d’un traitement prolongé, les injections ayant lieu plusieurs fois dans la même journée et pendant plusieurs jours consécutifs.

La question de la voie d'introduction est plus discutable. Presque toujours le sérum est fait par la voie souscutanée dans des régions électives : abdomen, cuisse. L'observation suivante est assez curieuse par ce fait qu'une fois le sérum avait été injecté dans la région deltoïdienne du membre supérieur $auche et que celui-ci fut atteint de parésie dix jours plus tard.

OBSERVATION XXXIV GANGOLFE et GARDÈRE (Soc. de chir. de Lyon, 17 janvier 1908)

B.., 55 ans, blessé le 26 octobre 1907 d’un coup de fusil chargé à plombs dans le pied gauche, accuse huit jours plus tard de la gêne de la déglutition et un léger trismus. Le 10 novembre, soit quinze jours après l'accident, le tétanos se confirmant, il reçoit 0°°,10 de sérum antitétanique.

Le 18 novembre entre à l'hôpital où on pratique une première injection de 10%, puis consécutivement quatre autres de trois en trois jours. Onze jours plus tard, entre en convalescence.

Cependant le malade est très faible et amaigri et se plaint de l’engourdissement de son membre supérieur gauche qui est le siège

À ÉhCE

d'une parésie motrice fort nette. Le malade ne peut opposer aucune résistance à la flexion ou à l'extension de l’avant-bras sur le bras. Mais la parésie est surtout accusée dans les mouvements de flexion des doigts ; ces derniers sont en griffe et la flexion sur la paume de la main pour serrer un objet est complètement impossible

Zone d’anesthésie au niveau de la main et de l’avant-bras répondant exactement à la zone de distribution du cubital. Réflexes tendineux abolis.

Régression rapide de la parésie pour les divers mouvements du membre, mais la flexion reste beaucoup plus difficile pour les deux derniers doigts.

Janvier 1908. — Légère diminution de la force musculaire : zone d’hypoesthésie persistante dans la sphère du cubital.

À noter que le malade reçut une des injections de sérum dans la région deltoïdienne du membre supérieur gauche.

De même Dycke note dans son observation que par deux fois l'injection fut faite à la face antérieure du bras droit qui fut le siège des accidents névritiques.

OBSERVATION XXXV DyckE (The Lancet, 20 avril 1918)

G. C.…., blessé le 13 décembre 1917 au bras gauche, reçoit le même jour 750 unités de sérum antitétanique dans le flanc droit : puis le 14, 750 unités à la face antérieure du bras droit et le 24, 500 unités à la même place.

Le 28 décembre, douleur et raideur dans le bras droit et l’épaule droite, attribuée au tétanos ; le 29, injection de 16.000 unités de sérum dans l’abdomen et le 30 de nouveau 16.000 unités dans la Culsse.

La douleur disparaît en cinq jours, mais le blessé est incapable de lever le bras droit au dessus de l'épaule.

Revu le 9 mars 1918. — La blessure du bras gauche est complètement guérie et le fonctionnement du membre parfait. Le deltoïide et les sus- et sous-épineux droits paraissent épuisés et sans

force ; inexcitables au courant faradique, la réponse est faible mais normale au galvanique. Pas d'’altération de la sensibilité cutanée.

On a signalé que les accidents sériques en général s’observeraient plus fréquemment après injections intraveineuses qu'après injections sous-cutanées et même intrarachidiennes ; mais Courmont est d’un avis opposé et écrit à propos du sérum antidiphtérique : « Chez les adultes, on peut éviter les accidents sériques en faisant l’injection intraveineuse. » Sans aller jusque-là, nous n’incriminerons pas la voie d’introduction, car, lorsqu'il faut frapper fort et vite, comme dans le tétanos par exemple, toutes les voies sont bonnes et les accidents ne sont pas plus fréquents pour cela.

Monsieur le Professeur Etienne, qui fut un des premiers à lancer le traitement du tétanos par la sérothérapie à doses massives et par toutes les voies à la fois, n’a pas pour cela observé plus d’accidents névritiques puisque nous n’avons retrouvé que les deux observations XXVII et XXVIII sur le $grand nombre de cas guéris par cette méthode.

En somme, l’élément «sérum » n’explique pas la rareté des névrites postsérothérapiques et la question du « terrain » se pose tout naturellement.

Terrain

Si l’on pouvait établir le rapport des sujets ayant présenté des névrites postsérothérapiques à ceux traités par la sérothérapie, on trouverait certes un nombre infiniment petit. Des tonnes de sérum furent employées pendant la guerre, des milliers, des millions d’individus furent injectés et cependant nous n’avons trouvé en

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France que les trois cas publiés par Lhermitte ! On peut donc affirmer, à priori, la nécessité d’une prédisposition quelconque.

Est-ce une question d'âge ? Lereboullet, Lesné, entre autres, font remarquer qu’ils n’ont jamais observé de tels accidents chez les enfants et cependant les accidents sériques sont fréquents chez eux. De même le vieillard semble en être exempt et nos observations portent exclusivement sur des adultes de 20 à 58 ans, c’est-à-dire dans la force de l’âge.

Le sexe n'intervient pas non plus, car, si la femme semble moins atteinte (10 cas sur 39) la raison en est à sa situation sociale qui la met plus à l'abri des affectiors nécessitant un traitement sérique.

Est-ce une prédisposition acquise du fait d’injections entérieures ? [1 nous faut écarter aussi cette hypothèse, puisque nous voyons les accidents éclater au premier traitement (30 cas) aussi bien qu’au second (8 cas) ou au troisième {1 cas). — Du fait d’une suppuration ? Monsieur Martin-Sisteron pense qu’elle pourrait jouer le rôle de mordant. Cette hypothèse pourrait être admise si la suppuration avait déterminé un état profondément infecté ; mais ce n’est le cas pour aucune de nos observations.

YŸ aurait-il une prédisposition personnelle ou héréditaire ? Nous savons que les réactions sériques sont particulièrement à craindre chez les asthmatiques, les épileptiques, les eczémateux, les sujets enclins à l’urticaire ou au rhume des foins, les insuffisants hépatiques. Cot et

Pasteur font grand état du terrain $outteux qu’ils ont découvert chez leur malade et vont jusqu’à affirmer que

dans ce cas il ne s'agissait que de l” « extériorisation d’une soutte latente ».

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