I. — Description et Climatologie
Bagnères-de-BigoiTe, chef-lieu d'arrondissement des Hautes-Pyrénées, se développe sur les deux rives de TAdour, mais la ville proprement dite et les Etablissements thermaux sont sur la rive o-auche.
Ville propre et coquette, égayée partout de fontaines et de ruisseaux, bien éclairée avec ses larges places et ses boulevards, donnant à la fois une impression de fraîcheur et* de lumière; ville tranquille et vivante, également ennemie de la léthargique monotonie des petites villes de province et du bruit importun de certaines stations à la mode , — Bagne res occupe un point intermédiaire à la vallée de Gampan , qui s'ouvre, au Sud, avec ses pâturages et ses forêts, et à la plaine
de TAdoiir, qui descend et s'élargit, au Xord, avec ses ahondantes cultures de blés et de maïs, et, plus loin, les prairies où grandissent ces chevaux de Tarbes dont la race est l'orgueil du pays.
Les environs immédiats de Bagnères offrent au promeneur des sites ravissants; une verte ceinture d'allées fraîches et ombreuses enlace la ville : les unes serpentent dans la montagne, vers les trois sources ferrugineuses, vers la Fontaine des Fées, vers la Madone du Bédat ; les autres courent dans la i)laine, entre un ruisseau gazouillant et une haie d'aubépine, ou longent les bords de l'Adour, à l'ombre des saules et des peupliers. Je n'ai vu nulle part, auprès des stations thermales de la France ou de l'étranger, une promenade comparable , par son charme paisible et sa pénétrante poésie, à la promenade de Salut. Le malade qui suit le vallon de Salut pour aller boire son verre d'eau, prendre son bain ou sa douche, fait en chemin une « cure de verdure « et sent déjà se. détendre son système nerveux.
Tandis que le promeneur valétudinaire trouve aux portes de la ville une nature si attrayante , l'excursionniste et le touriste vont chercher dans les hautes montagnes des spectacles plus vastes et de plus fortes émotions. Qu'il me suffise de mentionner en passant l'ascension classique du Pic^ du-Midi.
La vallée de Bagnères et la vallée de Campan qui la continue, ont une direction générale SSE — NNW ; le versant Est est formé , en regard
à Bagnères-dc-Bigorre 41
(le Bagnères, par un colcau qui n'a pas plus de 100 à 150'" d'élévation au-dessus du fond de la vallée.
L'allilude moyenne de la ville est de BSO'". Sa latitude est de 43"31 ; sa longitude (Ouest), de 2"! T.
Le versant Ouest, beaucoup plus élevé, présente une suite de hauteurs et de dépressions; en allant du N au S, nous voyons : l'entrée du vallon de Labassère, la croupe ondulante et boisée du Montalivet , un premier col, la cime du Bédat (891'"), un second col (Got-de-Ger), le groupe massif du Monné (1252'"). Plus au Sud, on devine la vallée de Lesponne.
De Bagnères pris comme centre paitent quatre routes qui ont une longueur approximative de 20 kilom. et qui aboutissent à Lourdes, à Tarbes, à Capvern et aux cascades de Gripp (route de Barèges et du Pic-du-Midi).
Le climat de Bagnères présente un très vif intérêt , qui a plusieurs fois attiré et captivé Fattention des hommes d'étude. Peyret, Maxwell- Lyte, Turon, ont patiemment recueilli des observations qui permettent de déterminer les caractères de ce climat.
Mais , désireuse d'obtenir une formule climatologique plus précise et en quelque sorte définitive; désireuse aussi de poursuivre des recherches parallèles à celles beaucoup plus importantes qui se pratiquent à l'observatoire du Pic-du-Midi, la Société Ramond a fondé, en 1887, une station météorologique dont l'outillage est installé , au
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nord de Bagnères, dans le beau parc de M. Léon Gérazet, à côté de la Grande-Marbrerie (1).
C'est en utilisant les documents anciens et les observations récentes que j'ai pu établir les caractères suivants du climat de Bagnères.
Pression atmosphérique. — La pression moyenne normale est à Bagnères de 715 millimètres, et ses oscillations extrêmes se font dans une amplitude de 40 millimètres, de 690 à 7oO""". C'est de décembre à mars qu'on observe les plus fortes perturbations atmosphériques; habituellement, la courbe barométrique ondule entre 705 et 725'""'.
Cette pression de 7l5'"'", intermédiaire à la pression atmosphérique des stations maritimes et aux faibles pressions des stations de montagne, est une pression moyenne qui convient en général aux personnes nerveuses et en particulier à celles qui souffrent de troubles circulatoires, palpitations, fausse angine de poitrine, etc. Pour ces malades et d'autres, Bagnères possède les avantages climatiques qu'on ajustement attribués aux stations de moyenne altitude.
Température, — La température moyenne de Bagnères est de 11°. — Elle est inférieure à celle de Pau, de Dax, de Salies, etc.; supérieure à celle de Luchon et des stations de montagne voisines, Cauterets, St-Sauveur, etc.
Les plus grands froids dépassent bien rarement — 11°; les plus grandes chaleurs n'excèdent guère
(i) Voir, pour les détails de cotte installation, le Bulletin de la Société Ramond , année 1888.
à Ba^nères-de-Bigorre 43
30'. — La iiioyciiiio tlicriniijiio <lo rété est de 18** (juin, juillet, août); celle de l'hiver est de 5^* environ (décembre à février).
Une des caractéristiques de notre climat, c'est le faible écart des températures extrêmes dans les '2ï heures; les observations donnent pour cet écart un chiffre moyen de 10'' dans Tannée; et si, au lieu de considérer la journée de 2i heures, on ne tient compte que de \i\ Journée médicale, c'est-àdire du temps pendant lequel peuvent sortir les malades tro[) impressionnables aux iniluences thermiques, depuis 8, U , 10 heures du matin, jusqu'avant le coucher du soleil, on tombe au chitfre moyen de 2*^ , preuve évidente de l'uniformité relative de la température dans notre pays.
Gomme il s'agit d'apprécier le climat dans ses effets sur l'organisme humain et non dans son essence abstraite, il faut noter. ici une remarque très juste qui a été faite depuis longtemps à propos d'un climat analogue, le climat de Pau; c'est que « le môme degré du thermomètre n'est pas toujours accompagné, bien s'en faut, du même sentiment de chaleur et de froid; que, dans une même journée, dans un même lieu, par une même tempéi*ature, on peut avoir alternativement froid ou chaud suivant qu'il y a du vent ou qu'il n'y en a pas. » Le célèbre docteur Louis, qui relevait ainsi cette remarque vulgaire , il y a quarante ans, ajoutait : « D'où la possil)ilité d'avoir froid à Rome et chaud à Pau par le même degré du thermomètre. »
44 Les névropathes
Dans cette citation, on peut aisément remplacer Pau par Bagnères (l) ou par Argelès.
Humidité. — L'humidité relative donne une moyenne approximative de 70. Les climats réputés secs ayant une normale de (30 , et les climats réputés humides une normale de 80 environ , on voit que Bagnères occupe une place intermédiaire.
Cette donnée , fournie par des instruments exacts et dans plusieurs séries d'années, cause une certaine surprise aux personnes qui s'occupent de météorologie. Il semble que Bagnères, avec l'abondance des eaux qui sillonnent le sol et la quantité de pluie que déverse le ciel, devrait posséder un état hygrométrique plus élevé.
Si l'on fait la part de la déclivité du sol, de la porosité naturelle des terrains et des courants aériens qui descendent la vallée , on s'explique sans peine que notre atmosphère ait si peu d'humidité.
La rareté des brouillards vient à l'appui de cette conclusion.
Pluie. — Il tombe par an , à Bagnères , une moyenne de 1200 millimètres de pluie, répartis dans un nombre de jours qui varie de 100 à 150.
Cette hauteur d'eau annuelle est due en grande partie aux averses abondantes qui accompagnent les orages de l'été, à la fin des grandes journées de chaleur. Remarquons en passant qu'il pleut
(i) Le D'" Williams met Pau et Bagnères sur le même rang au point de vue de rinflucnce sanitaire de leur climat. (The influence qf clùnats in the preventio?i and treatment of pulmonary consiunption. — London, 1877). — Cité par Musgrave-Clay.
à Bagnères-cle-Bl^orre 45
•davantage la nuit que le jour, dans la proportion d'un cinquième, soit 240 millimètres sur l'iOO millimètres d'eau.
C'est dans les mois d'hiver qu'on a observé les minimums de pluie (ou de neige). En février 1891, le pluviomètre n'a donné que 5"" d'eau ! C'est aussi en février qu'a été observé le minimum d'humidité relative : 8 degrés, le 26 février 1891, à midi.
En somme, le climat de Bagnères n'est ni humide ni très pluvieux; il n'y a guère dans l'année plus de cinquante jours pendant lesquels on ne peut sortir pour faire une promenade.
Vents. — Le régime des vents est d'une souveraine importance ; ce sont les vents qui actionnent en quelque sorte les autres éléments météorologiques , la température , l'humidité , la pluie , la nébulosité.
Les vents du NW, qui nous amènent le mauvais temps, quand ils ont un certain degré de violence, ont pour effet thermique de rafraîchir l'atmosphère en été et d'adoucir les rigueurs de l'hiver. Messagers de rOcéan, ce sont les vents qui soufflent avec le plus de fréquence, et la somme de leurs bienfaits remporte sur celle de leurs désavantages.
Les vents qui soufflent entre le Nord et l'Est éclaircissent le ciel et font les belles journées, sauf quelquefois en hiver quand leur haleine glacée précipite en flocons de neige la vapeur suspendue dans Lair.
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Les vents du SE sont secs et chauds; ceux du SW, chauds et humides , sont souvent les avantcoureurs de la pluie.
Comme toute la région continentale du Sud- Ouest, Bagnères est rarement visité par la tempête ; on ne compte guère phis de quinze à vingt jours de tempête p;ir an; ces tempêtes durent peu et n'ont jamais une extrême violence. ,
Saisons. — Le printemps est peut-être la saison hi moins favorisée au point de vue de la sérénité du ciel et de la fixité du beau temps. Mais ils sont très rares à cette époque les jours qui ne laissent pas quelques heures au soleil, et ces éclaircies permettent de faire en avril et en mai des promenades empreintes d'un charme indéfinissable.
LY'té , grâce à l'altitude, au voisinage des montagnes, à l'abondance et à la fraîcheur des eaux, est beaucoup phis'tcm[)éré que ne le comporterait la latitude méridionale de Bagnères.
Après les journées les plus chaudes, les nuits sont généralement fraîches, et pendant la journée un système de courants alternatifs réguliers, qui a été décrit pour la première fois par Maxwell- Lyte, a pour résultat de rafraîchir et d'assainir en même temps notre atmosphère. Ces courants parcourent la vallée dans deux sens successivement contraires, suivant telle ou telle phase de la journée. D'abord, au lever du soleil, c'est un courant ascendant qui souffle ; une brise descendante lui succède cjuelques heures après ; puis le premier courant remonte la vallée , et ainsi de suite la
à Bagnères-de- Bigorne 47
brise se renverse périodiquement comme pour établir dans la vallée un drainage aérien, efficace et bienfaisant.
L'automne est, au dire des étrangers qui s'oublient parmi nous après la clôture de la saison, la plus belle et la plus agréable période de l'année, et, ajoutons-le, la plus favorable pour les tempéraments nerveux.
Après les pluies qui marquent d'habitude l'équinoxe de septembre, le ciel s'éclaircit et redevient serein pour bien des jours. Alors les grandes chaleurs sont tombées ; l'air est plus pur, le ciel plus bleu et plus profond, les teintes des bois plus chaudes et plus variées, et la mélancolie de l'automne ajoute au paysage un attrait de plus.
L'hiver n'existe pas chez nous, au moins l'hiver tel que le conçoivent et se le représentent nos visiteurs de l'été : un linceul recouvrant la plaine et la montagne pendant cinq ou six mois de sibériennes rigueurs!
En réalité , nous n'avons que des fragments d'hiver, des séries assez courtes de mauvais jours, vent, pluie, neige, séparées par de larges intervalles de soleil et de temps sec. Tantôt c'est le mois de janvier qui est beau d'un bout à l'autre; tantôt c'est le mois de février ; il n'est pas jusqu'au mois de mars, le mois le plus mal famé de Bagnères, qui ne se pique parfois de coquetterie au point de nous offrir de longues séries de beaux jours. (1)
(i) Le mois de mars iSgS a donne' une tempe'raturc moyenne de 10 degrés 1/2 : et 21 millimètres de pluie seulement!
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Des instruments de météorologie qui ne saul'aient mentir, protestent mieux que je ne saurais le faire contre la fausse idée qu'on se fait au loin de noti'e hiver. Chez nous, les Heurs forment une chaîne ininterrompue et vivante à travers les saisons.
Après les colchiques d'automne qui couvrent nos prairies d'un manteau violet ; après les roses de Noël, qui semblent fermer le cortège des fleurs, on croirait que tout est fini pour de longs mois. Mais voici que la première neige fondue fait place à de petites fleurs blanches comme elle, les perceneige ; bientôt après, les hépatiques montrent sur la lisière des bois leurs corolles roses, bleues ou blanches. Les pervenches s'épanouissent; les narcisses et les bulbocodes mettent leurs tâches d'or au creux des vallons ; les gentianes font paraître leur bleu intense sur la pelouse des hautes montagnes, et l'on traverse ainsi l'hiver dans un sentier fleuri qui relie l'automne au printemps.
Aussi de tout temps y a-t-il eu des personnes qui ont reconnu à Bagnères les qualités d'une station d'hiver. Nous avons vu autrefois une colonie anglaise qui passait l'hiver à Bagnères, et cette coutume semble renaître depuis ces dernières années, avec cette circonstance précieuse à noter que la villégiature s'accompagne pour plusieurs de nos hôtes d'hiver (fin hiver et printemps) d'une véritable cure thermale.
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a Bagnères-de-Bigorre 49
II, — Sources et Etablissements.
La station de Bagnères comprend actuellement 37 sources minérales, réparties entre une douzaine (rétablissements.
Les fouilles et les travaux de captage exécutés sur la place des Thermes, il y a dix ou douze ans, ont amené la disparition de diverses sources et la fermeture des établissements où elles étaient exploitées : Bains Romains^ bains de la Guthière et Frascati, bains et buvette de Plnac et de Mora ^ bains et buvette de Santé.
L'établissement du Petil-Bain ou Dam-Lias, qui avait été fermé, a pu s'ouvrir de nouveau.
Les bains de Lasserre n'existent plus. Mais la buvette de Lasserre^ renommée pour ses propriétés laxatives, fonctionne toujours. Et l'une des sources qui alimentaient l'Etablissement de Lasserre est utilisée maintenant prés de son point d'émergence, avenue de Salut^ dans une jolie buvette : c'est la source de la Peijrie.
Les sources exploitées à Bagnères se divisent en trois groupes, sous le rapport de leur minéralisation : 1*^ les eaux sulfatées calcigues thevm3iles; 2° les eaux ferrugineuses froides; 3° une esiu sulfurée sodique (Labassère).
Les eaux sulfatées calciques thermales, de beaucoup les plus nombreuses et les plus abondantes, donnent à la station de Bagnères sa note dominante et caractéristique.
50 Les névropathes
Ces eaux « se font jour au travers des terrain& secondaires jurassiques supérieurs, crétacés inférieurs. Les principaux griffons, tels que ceux de la Reine, du Dauphin, de Roc-de-Lannes, de Salies, de Théas et de Cazaiix sont répartis à la limite inférieure de la formation crétacée, cette limite qui est en quelque sorte jalonnée par des affleurements d'ophite ; aussi , les rapports de position entre ces roches plutoniques et les eaux minérales y sont-ils plus étroits. Le Dauphin, Roc-de-Lannés émergent du sein de l'ophite; le griffon de Salies marque le sommet d'un dick de cette roche. (Filhol). »
Les différences qu'on remarque dans la température et la minéralisation de nos sources s'expliquent par les différences de profondeur des niveaux inférieurs qu'elles ont atteints avant d'émerger à la surface , et par la variété des terrains qu'elles ont traversés.
Ces sources sont à la fois sulfatées calciques, magnésiennes , ferrugineuses et arsenicales , et dans l'espèce elles forment, au dire de Filhol, le groupe le plus riche et le plus varié qui soit au monde.
Elles représentent un débit approximatif de deux millions cl demi de litres par jour, et la gamme de leur température va de 27° à 51°.
Le deuxième groupe se compose des sources ferrugineuses froides, utilisées en boisson.
Il existe quatre buvettes ferrugineuses : 1° la
à Bagnères-de-Bigorre 51
buvette de la ville ou (ÏAngoulênie (eu souveuir de la duchesse d'Augoulôme), située au nord-ouest de la ville, au haut de l'avenue dite de la Fontaine- Ferrugineuse ; 2^ la buvette des demoiselles Brauhauban ; 3" la buvette du docteur Lavigne ou de Métaon , — l'une et l'autre sur le chemin du Bédat; 4" la buvette du Grand-Pré, avenue de Salut.
M. Soye, pharmacien, comparant ces sources au point de vue du dosage du principe ferrugineux , a obtenu les résultats suivants :
pour 1 Titre d'eau
An^oulême Peroxyde de fer. 0,002
Graiid-Pré Id. 0,038
) Source haute. Id. 0,009
*■*'****"/ Source basse. Id. 0,059
La source Brauhauban se placerait dans cette série entre celle d'Angoulême et celle du Grand-Pré.
La source de Labassère^ une des plus importantes sources sulfureuses que l'on connaisse, a son point d'émergence à quelques kilomètres de Bagnères. Elle est transportée et exploitée dans notre station en boisson, pulvérisation, humage et bains, au moyen de procédés et d'appareils ingénieux qui lui assurent la conservation de ses vertus natives.
Il faut mentionner ici la source « sulfureuse » de la Tour, mince filet d'eau thermale qui sourd à côté de sa grande sœur du même nom et qui contient une quantité appréciable d'acide sulfhydrique.
52 Les névropathes
Les établissements thermaux cle Bagnères, au nombre de onze, sont : le Grand Etablissement de la ville avec son annexe, l'établissement de Théas^ les Néo-Thermes, — ces établissements sont la propriété de la ville, les établissements suivants sont des propriétés particulières : l'établissement de Cazaiix, l'établissement de Bellevue^ le Petit-Bain^ le Pelil-Priew\ le Pelil-Barvges^ les bains de Versailles, le Grand-Pré, — les thermes de Saint. '■
Le Grand Etablissement Thermal ou Thermes Marie-Thérèse, dont la première pierre fut posée en 1823 par Marie-Thérèse, duchesse d'Angoulême, comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée et un premier étage.
Dans le sous-sol ou soubassement se trouvent six baignoires du Foulon, deux baignoires du Platane, un cabinet à deux baignoires des Yeux (ou Marie-Thércse] et une baignoire de St-Barthélemy. C'est le quartier Combat, ainsi nommé en souvenir de l'illustre professeur de Montpellier qui a beaucoup contribué à établir la spécialisation du Foulon.
Au premier étage se trouvent les quatre bains du Dauphin (corridor septentrional), les six bains de St-Roch (corridor méridional), les quatre salles de douches de la Rei?ie , la douche du Dauphin , les douches ascendantes, bain de siège, etc., les deux bains-douches de la Reine et le service de la vapeur (étuves et bains russes).
Au premier étage, deux corridors, parallèles à ceux d'en bas, donnent accès, l'un aux bains
k Ba^nères-cle-Bigorre 53
de la Ilelnc ^ rautrc aux bains (roaii naturelle réchaufïee , sans mélange , par Timniersion des tuyaux dans un courant (Veau thermale.
L'annexe de Salles — • pavillon surajouté au nord des Thermes — comprend l'ensemble des services qui se rapportent au traitement des voies respiratoires. Un a réuni , sous un hall commun , les buvettes et gargarismes de Labassère et de Salies^ qui formaient précédemment des installations séparées, ainsi que les trois buvettes de la Rampe, la Reine et le Dauphin. Des salles distinctes pour hommes et pour dames sont affectées à la pulvérisation et au humage de Labassère et de Salies; appareils perfectionnés.
De nombreux pédiluves à eau courante sont à la disposition des malades, pour leur permettre de modérer , par une dérivation opportune , l'effet congestif produit par la douche pharyngée.
Dans l'établissement voisin, dit de Tliéas , se trouvent les sources de Tfiéas ou Salies supérieures. C'est là que se donnent les bains d"eau de Labassère^ mélangée à l'eau de Tliéas dans des proportions déterminées par les médecins.
Là aussi est utilisée, en bain et en douche, la précieuse Fontaine Nouvelle, dont l'efficacité, dans certaines atfections des os et des articulations, est depuis longtemps reconnue.
Les Néo-Thermes, qui font corps avec le Casino, sont affectés à l'exploitation balnéaire des deux sources les plus abondantes de la station : la source saline de la Tour, qui est une véritable rivière thermale, et la source de Salies.
La source de la Tour alimente la vaste piscine des Néo-Thermes, la plus vaste piscine thermale qui existe. Elle mesure 20"^ de longueur sur IS"* de largeur, et sa profondeur varie de 1"' à 1'" 60.
Cette piscine étant une piscine de natation, on a dû mitiger l'eau thermale, tant pour abaisser sa température à 29" que pour atténuer son activité minérale , avec de l'eau naturelle de la Sarre , excellente eau de source qui alimente les douches froides des Thermes et les fontaines d'eau potable de la ville entière.
Des piscines de moindre dimension, qui contiennent l'eau de Salies pure, abaissée sans mélange à la température de 35", sont destinées au traitement dit de Louèche, c'est-à-dire à la balnéation prolongée de 2 à 7 heures par jour.
Il existe, en outre, aux Néo-Thermes, trois baignoires de la Tour et autant de Salies.
L'établissement de Cazaux^ situé entre l'annexe de Salies et l'établissement de Théas , comprend trois sources (de 46" à 51") distribuées entre huit baignoires et trois douches.
L'établissement de Bellevue domine, sur la montagne, les Thermes de la ville. Il partage la
à Bagnères-d3- Bigorne 55
source de la Reine avec les Thermes. Neuf l)ai- «noires et trois douches.
Les deux baignoires du Petit-Prieur se trouvent sous la terrasse de THospice, en contre-bas de la place des Thermes.
Le Petit-Bain (rue de l'Archiviste), nouvellement restauré, comprend sept baignoires avec ou sans douche et une jolie salle d'hydrothérapie. Deux sources, à 28°3 et 46'^8.
Le Petit-Barèges , ainsi nommé à cause de son efficacité dans certaines manifestations de la scrofule , possède quatre baignoires qu'alimente une source de 33^5, élevée par une machine à gaz.
L'établissement de Versailles^ situé comme le Petit-Bain à l'entrée de l'avenue de Salut, contient quatre baignoires, avec deux sources de ;^3° et 36°.
Le Grand-Pré ^ avenue de Salut, vis-à-vis le Temple protestant, est un des établissements les plus intéressants de la vieille station bagnéraise. Buvette ferrugineuse, buvette d'eau saline (32°), iinalogue à l'ancienne buvette de Santé ; cinq cabinets de bains avec deux sources de 33° et 36°.
Plusieurs de ces établissements reçoivent des locataires, conformément à un usage autrefois très répandu et véritablement propre à faciliter une cure thermale.
Situé à l'extrémité des allées de ce nom, à un kilomètre de la ville , l'établissement de Salut utilise trois sources distribuées en bains et en douches : la source de la Montagne^ 34°8 ; la source
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de V Intérieur^ 33''2; la source de la Pompe, 32°.
C'est la source de Vlntérieiir qui alimente la buvette.
Le nouveau bâtiment, construit à l'ouest et à angle droit de l'ancien, comprend des salles de douches qui s'ouvrent sur un beau vestibule. Les travaux récemment exécutés ont permis, en outre, d'élever à 28 le nombre des baignoires qui était primitivement de 18.
L'ensemble des divers établissements de la station nous donne un total de 118 baignoires, qui permettraient d'administrer, à Bagnères, plus de quatorze cents bains par jour! Avec la piscine, ce chiffre s'élève aisément à deux mille.
III. — Nature et composition des eaux; leurs vertus thérapeutiques.
Les eaux de Bagnères ont été analysées par MM. Ganderax et Rosière, en 1827; par M. Filhol, en 1860 ; par M. Wilm, sous le contrôle de Wûrtz^ en 1882.
M, Garrigou a analysé l'eau de Salies en 1885.
M. Senderens a analysé les deux sources de la Tour en 1879.
Ces diverses analyses donnent des résultats généralement identiques au point de vue qualitatif et au point de vue des proportions respectives des éléments entre eux ; les différences consistent dans le dosage absolu de chaque élément. Ainsi
à Bagnères-de-Bigorre 57
Filhol ne Lrouvc que Ob'" 058 de carbonate de chaux dans Feau de Salies, tandisque Wilm en y trouve 06' 086; la même eau contient 08^21 de chlorure de sodium, d'après Filhol, et seulement Os' 18 d'après Wilm.
11 résulte de ces diverses analyses que les eaux de Bagnères appartiennent à la .classe des eaux salines sulfatées calciques , comme les sources thermales de Louèche , Weissembourg , Baden (Autriche) , Dax ; comme les sources froides de Contrexeville, Vittel, Aulus, Capvern.
Après le sulfate de chaux, viennent les sulfates de magnésie, de soude et de lithine; des carbonates de chaux, de magnésie, de fer; des chlorures de sodium et de potassium : le tout forme un résidu dont le poids varie, suivant les sources, de 2gl à 2s6.
Voici, d'après Wilm, l'analyse d\ine des sources les plus intéressantes, l'analyse du Foulon :
Carbonate ferreux (avec traces de manganèse . 0^ 0026
Carbonate de calcium 0 0764
Carbonate de magnésium 0 0006
Silicate de magnésium 0 0497
Silice en excès 0 0150
Sulfate de calcium 1 8321
Sulfate de magnésium 0 3492
Sulfate de sodium 0 0057
Sulfate de lithium 0 0008
Chlorure de sodium 0 1791
Chlorure de potassium 0 0098
Arséniate de sodium 0 00023
Azo'ate de sodium traces.
Matière organique et pertes 0 01937
Total 2» 5408
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IL convient de remarquer, à propos des carbonates, que la totalité de l'acide carbonique contenu dans l'eau minérale, n'entre pas dans cette combinaison. L'évaluation des carbonates en bicarbonates donne , d'après AVilm , les chiffres suivants (source du Foulon) :
Bicarbonate de fer. • 0«0036
Bicarbonate de calciam , . . , . 0 1100
Bicarbonate de magnésium 0 0009
C'est à dessein que nous n'avons pas encore parlé du principe arsenical. Nous voyons figurer dans le tableau ci-dessus, à la quatrième colonne des décimales, l'arséniate de sodium.
Filhol est le premier , croyons-nous , qui ait décelé la présence de l'arsenic dans nos eaux.
En 1870 et 1873, MM. Guitteau et de La Garde, Isambert et de La Garde, professeurs à l'Ecole de médecine et à la P'aculté des sciences de Poitiers, entreprirent de rechercher et de doser l'arsenic dans les eaux de Bagnères. Leurs travaux, très remarquables, firent le sujet de plusieurs communications à PAcadémie de médecine.
D'après ces recherches , le principe arsenical {arséniate de soude) contenu dans l'eau de Salies est de 06 0023, près de deux milligrammes et demi^ dose supérieure à celle de Plombières et même du Mont-Dore.
Quels sont les éléments qui agissent dans nos eaux ?
Est-ce le sulfate de chaux ?
à £a^nères-cle-3igorre 59
M. Duraiicl-Fardel va nous r('3pondre :
« Le sulfate de chaux n'est pas un médicament; bien plus, sa présence dans les eaux potables est nuisible, et rend les eaux séléniteuses impropres à une bonne alimentation. Et cependant nous voyons, dans une région intéressante des Vosges, toute une série d'eaux parallèles où le sulfate de chaux se prête à un traitement interne dans des proportions inusitées ailleurs...
» Il n'est pas besoin de rappeler que ces eaux minérales, dont nous retrouvons un pendant à Capvern, possèdent une spécialisation particulière relativement aux maladies de l'appareil urinaire... »
Ces lignes concernent les eaux sulfatées calciques prises en boisson et peuvent donc s'appliquer à nos buvettes de Salut^ de la Pcxjrie^ de la Rampe^ etc.
Le savant spécialiste aborde ensuite la médication externe : « Quant aux sulfatées calciques thermales, dit-il, elles fournissent... des médications spécialement externes, à caractère généralement sédatif, et dont les indications tendent à se confondre avec celles des indéterminées.
« Les eaux minérales indéterminées, que j'ai dénommées ainsi parce qu'elles échappent aux déterminations basées sur la constitution chimique des eaux minérales, et parce qu'il est impossible de déterminer leur appropriation d'après cette même constitution , fournissent assurément le type le plus curieux de la médication thermale. »
Retenons ce que M. Durand-Fardel dit du carac-
60 Les névropathes
tère sédatif des eaux sulfatées calciques et de leur assimilation avec les eaux indéterminées. La suite de cette étude confirmera cette manière de voir.
Pour revenir à l'action sur l'économie des eaux sulfatées calciques prises à l'intérieur, il est certain que l'association du sulfate de chaux avec les autres sulfates de magnésie, de soude et de lithine communique à l'eau minérale des vertus laxatives et diurétiques. — Les chlorures concourent à cette action, et ils agissent en outre comme reconstituants.
Quant aux bicarbonates, ils ont la propriété, de même que les silicates (Filhol), de rendre nos eaux alcalines et par conséquent propres à favoriser les diverses sécrétions et excrétions physiologiques.
Le fer leur communique une vertu tonifiante dont certains auteurs (Lemonnier, Filhol) ont vanté hautement les avantages thérapeutiques. « Je regarde comme précieux, dit Filhol, l'association de l'élément ferrugineux à l'élément salin que l'on rencontre dans les eaux de Bagnères , et je suis persuadé que des malades qui ne supporteraient pas l'usage d'une eau simplement ferrugineuse, supporteraient souvent avec beaucoup plus de facilité celui d'une eau dans laquelle le fer est accompagné de quantités plus ou moins notables de sulfate de magnésie, de soude, de chaux. »
Le docteur de La Garde attribue à l'arsenic un rôle important dans notre thérapeutique thermale : l'arsenic est un anti-déperditeur, un modificateur
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(lu système nerveux, un altérant, et cette triple propriété physiologique expliquerait ractiori reconstituante de nos eaux , leur action sédative, leur action spéciale (ou spécifique) dans les manifestations de la diathèse herpétique. L'ancienne réputation de Salies dans les affections des. voies respiratoires a été attribuée par le docteur de La Garde à la présence de l'arsenic, et les études de notre savant confrère ont eu pour effet de donner une hase scientifique et d'imprimer un essor nouveau à cette partie très intéressante de notre thérapeutique thermale.
Si l'eau administrée en boisson, en gargarisme, en pulvérisation, en douches intérieures, peut, dans une certaine mesure, être redevable de ses propriétés purgatives, diurétiques, toniques, altérantes, à tel ou tel élément dont on interprète l'activité par analogie avec le médicament pharmaceutique correspondant , cette explication ne saurait être acceptée en ce qui concerne la médication externe, l'action du bain.
Il faut adopter, sur ce point , les idées de Durand-Fardel , que nous citions tout-à-l'heure et que nous demandons la permission de citer encore.
a Ces eaux (les eaux indéterminées) n'offrent à l'analyse , et dans des proportions infiniment réduites, quelquefois inférieures à celles d'eaux douces et potables , que quelques-uns de ces principes auxquels j'ai cru ne pouvoir attribuer qu'un caractère purement contingent. Il n'y a pas
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lieu, en effet, de s'arrêter à quelques légères apparences d'arsenic , de fer ou de manganèse que l'on retrouve dans quelques-unes. Et, cependant, ces mêmes eaux minérales possèdent des appropriations thérapeutiques spéciales, et, dans leur ensemble, communes entre elles, qui leur assignent des spécialisations très formelles et très précieuses... Elle paraissent agir principalement sur le système nerveux , à titre de sédatives ou d'équilibrantes. Mais on y retrouve cependant, chose remarquable, des traces notables de l'action excitante et de l'action reconstituante, qui sont les caractères les plus généraux de la médication thermale. »
Nous resterons sur ces sages réflexions, d'un sens clinique si juste et si pratique à la fois.
Sans doute, les recherches scientifiques n'ont pas dit leur dernier mot, et nous devons espérer que des procédés nouveaux, de nouveaux moyens d'investigation feront la lumière là où les anciennes méthodes n'ont pu dissiper l'obscurité.
Récemment , reprenant les travaux de Scoutteten et de Lambron, le D' Garrigou, professeur d'hydrologie à la Faculté de médecine de Toulouse, a fait sur nos sources des recherches électriques d'un haut intérêt. Il les complétera et il les publiera un jour. Ce que nous savons, c'est que les résultats obtenus confirment les données de la clinique thermale et semblent leur fournir un point d'appui scientifique.
Quoi qu'il en soit, l'objet de notre étude n'est
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pas crapprufoiidir ce Lie question cVliydrologic ni d'autres semblables, mais seulement d'établir les aptitudes supérieures de Bagnères pour le traitement de la névropathie.
Théoriquement et par analogie avec les stations que nous avons précédemment décrites, la démonstration nous semble faite.
Par son altitude, par son climat, par son encadrement topographique, par les ressources de la ville et du pays, par la thermalité et la nature chimique de ses eaux, par leurs propriétés physiologiques, Bagnères se recommande au choix des malades atteints dans leur système nerveux.
C'est l'altitude de Ragaz, c'est le climat et aussi le décor montagneux de la station suisse, le même charme du paysage.
La thermalité de Bagnères est étendue et graduée : étendue , elle permet d'obtenir avec les sources hyperthermales la médication excitante de Wildbad ou de La Malou, et avec les sources tempérées, la médication sédative de Schlangenbad ou de Néris; graduée, elle permet de donner des bains à la température naturelle de l'eau, ce qui est toujours une condition des plus favorables pour leur efficacité.
Le sulfate de chaux rapproche Bagnères de Dax ; l'arsenic le rapproche de Plombières et de La Malou ; le principe ferrugineux permet de traiter l'anémie et la chlorose, comme à La Malou avec la source Capus , et sans qu'il soit nécessaire, comme à Schlangenbad, de recourir aux eaux
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ferrugineuses d'une station voisine (Schwalbach).
Par le nombre et le choix des buvettes, Bagnères possède les éléments d'une médication interne active, tout à fait comparable à celle de Contrexéville ou de Gapvern.
Mais, sous le rapport balnéaire, nous l'avons vu, Bagnères se place parmi les sources indéterminées de Durand-Fardel.
L'outillage balnéaire et hydrothérapit[ue est à la hauteur des ressources thermales et des applications médicales de la station.
Bagnères n'a rien à envier, sous ce rapport, aux stations les mieux organisées, telles que Plombières et Néris.
Nous donnerons, à ce sujet, dans la suite de notre travail, les précisions que comporte le traitement thermal complet des affections nerveuses. Il est temps de sortir du domaine théorique et d'entrer dans l'examen des faits. '
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