‹ Les névropathies à Bagnères-de-BigorreChapitre 14 sur 61 · II. — Les BoRDEu, Castetbert · texte numérisé non relu

II. — Les BoRDEu, Castetbert

Entre la première édition de Descaunets et celle de 1793, les Bordeu avaient fait paraître leurs importants travaux sur les maladies chroniques et les eaux minérales.

Déjà, en lt46, Théophile de Bordeu publiait ses Lettres à Madame de Sorberio sur les Eaux minérales du Béarn, du Bigorre, etc.

Deux Lettres traitent de Bagnères. Elles se ressentent de la jeunesse de l'auteur (24 ans) et du vent de polémique qui soufflait alors sur les stations thermales des- Pyrénées. Plusieurs de ces stations venaient d'être découvertes ou étaient depuis peu exploitées; la mode s'en mêlait; une littérature nouvelle, celle de la médecine thermale, passionnait les esprits cultivés : le nom des Bordeu reste attaché aux travaux et aux progrès de l'hydrologie médicale pendant le xvni^ siècle ; l'œuvre de Théophile de Bordeu vivra autant que la science dans ses parties saines et solides ; mais d'autres parties n'ont plus qu'un intérêt de curiosité historique, ce sont ■celles où l'on retrouve trop profonde l'empreinte des erreurs et des passions du temps.-

Les deux Lettres sur Bagnères sont écrites dans

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un esprit plaisant et railleur; elles contiennent pourtant des aveux utiles à recueillir.

La première commence ainsi :

« Vous savez combien Bagnères est à la mode, on attend les saisons avec impatience, on fait des provisions et des parties, pour aller se réjouir dans une ville, oi^i il y a réellement très bonne et très nombreuse compagnie pendant l'été. La liberté du pays, la mode, le goût, tout porte à faire connaissance; on se lie avec les étrangers, on est bientôt amis, on y vit à bon marché, tout y abonde.

» Si l'on y trouve Tagréable, les malades y trouvent aussi de bons remèdes, et je ne sais combien il me faudrait de temps pour compter toutes les infirmités qui vont y guérir... »

Bordeu, comme Descaunets, fait deux classes des eaux de Bagnères : celles qui sont très chaudes et les moins chaudes.

Dans la seconde Lettre , il semble vouloir se défendre du reproche de partialité : « Je connais réellement, dit-il, le mérite des sources de Bagnères; elles en ont beaucoup, mais je ne parle que contre les abus qu'il faudrait réformer; sans doute, ce& minérales sont excellentes; la quantité des malades qui s'y rétablissent nous en convainquent, et les qualités que nous leur connaissons nous l'indiquent. »

Parmi les maladies auxquelles pourrait convenir «ces eaux pénétrantes, actives, toniques et purgatives, » Bordeu cite les paralysies, « surtout celles qui sont accompagnées de relâchement, de rhumatismes^ engourdissemens, tremblemens... »

à Bagnèrôs-cl 3- Bigorne 73

» Des filles qui ont les pâles couleurs, (jui ont leurs solides relâchés, peuvent avoir recours à Bagnères, oii elles trouveront souvent leur spécifique. »

Pour aller à Bagnères et y prendre les eaux avec avantage, il faut être « d'un tempérament bien spongieux. •)

« Mais tant de filles qui ont la poitrine délicate, tant de gens qui ont desséché leur sang par les veilles et la débauche, tant de personnes qui sont en fièvre lente, avec des suppurations sourdes, avec des ulcères cachés, etc., tant de malades de cette sorte que l'on voit à Bagnères sont-ils spongicu.v? Doiventils être desséchés...? »

Assurément, non, ces malades ne sont pas spongieux et ils ne pourraient dès lors se bien trouver de Bagnères.

Nous reconnaissons dans cette boutade l'influence des idées médicales qui régnaient k cette époque et dont Théophile de Bordeu devait plus que personne ébranler le crédit dans la suite, lui qui, par ses recherches anatomiques, prépara les voies à la doctrine de l'organicisme et qui fut véritablement le précurseur de Bichat.

Mais dans l'ardente rivalité des stations ossaloises contre Bagnères, le fondateur de la renommée thermale d'Eaux-Bonnes et d'Eaux-Chaudes montra souvent un patriotisme exclusif et étroit, et il mit au service de sa rancune des idées systématiques dont il devait être le premier à suspecter la valeur.

D'après la doctrine du solidisme, à laquelle se

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rattachent les noms de Sanctorius, Borelli, Bellini, Baglivi, Boerhaave, les maladies proviennent d'un excès ou d'un défaut de tension des fibres de l'organisme, ou encore d'une oscillation trop forte ou trop faible de ces mêmes fibres, ou enfin d'une solution de continuité « commencée ou entière, qui produira rupture. »

Ces idées ont engendré la théorie du strictum et du laxum ; dans la striction, les eaux sulfureuses sont indiquées, parce qu'elles ont la propriété de détendre et de relâcher les fibres; dans l'état opposé, il faut s'adresser aux eaux salines , qui favorisent la contraction des tissus.

En 1775 parut le premier volume des Recherches sur les maladies chroniques, que Théophile publia avec la collaboration de son père et de son frère , Antoine et François de Bordeu. Nous trouvons dans ce livre impérissable de très nombreuses observations sur les eaux thei'males des Pyrénées, et parmi ces observations un bon nombre concernant Bagnères : elles ont d'autant plus de prix que, nous venons de le voir, les Bordeu n'accordaient pas leurs faveurs à nos eaux.

Ces observations relatent des guérisons de mélancolie, de migraine, de sciatique, d'aphasie, d'hémiplégie, de palpitations, etc. On voit dans le livre de Bordeu, comme dans celui de Descaunets, que les maladies nerveuses forment un contingent considérable aux Thermes de Bagnères.

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Le Traité de GasLetbert, publié en 17G2, sur les Eaux minérales de Baigncres ^ Baredgcs^ Cautcrets^ Eaux-Bonnes, Eaitx-Chaudes , etc., porte la trace très sensible de l'influence régnante de Bordeu.

Les indications et les contre-indications pour les eaux de Bagnères sont posées conformément aux idées du maître, pent-étre avec plus de justice et de sincérité.

Gastetbert nous parle en termes intéressants de la (c grande vogue » de Salut, qui attire chaque année un « concours prodigieux » de malades. « La vertu des eaux de Salut s'est pi-incipalenient fait remarquer dans la passion hypocondriaque , mal qui est recueil de l'art chez certains sujets qui ont l'imagination plus altérée que le corps, et qu'on connaît à cause de cela sous le nom de vapeurs chez les grands et folie chez les gens du peuple... La boisson -de cette eau est à préférer, au jugement de feu M. Salignac, médecin de la ville, à celles de toutes les minérales de baignères. »

Gastetbert compte 39 sources à Bagnères et des bains assez nombreux pour permettre à 1,500 personnes de se baigner en un jour. Il appelle, après d'autres auteurs, Bagnères « la métropole des lieux où l'on trouve des minérales. »

Il nous donne de précieux renseignements sur la vie thermale : « On va aux eaux de Baignères depuis le mois de mai jusqu'à la Saint-Martin. Gette dernière saison, qu'on appelle le petit été de Saint-Martin (estibet, en gascon) n'est pas tumultueuse, le mois de •septembre est le temps de la plus grande foule. »

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