III. — Sarabeyroisi:, LiQrii:uE, Ganderax
Après DescauoeLs, Bordeu, CasteLbert, il nous faut arriver jusqu'à Sarabeyrouse (1818) pour signaler un ouvrage important de médecine thermale.
Le livre de Sarabeyrouse est intitulé : Observations Siii- la nature et les eJJ'els des Eaiix minérales de Bagnères-Adour, par B. Sarabeyrouse, cadet, de Bagnères , médecin de l'Hospice civil, membre correspondant de la Société de médecine de Toulouse, exerçant à Bagnères depuis 181 I.
Le prestige de Bordeu est encore si puissant, que ce livre est comme imprégné de sa doctrine et composé en partie des matériaux qui se trouvent dans les Recherches sur les maladies chronifjices. De nombreuses pages sont consacrées à réfuter certaines assertions passionnées des Bordeu contre les eaux de Bagnères, mais Sarabeyrouse ne prononce ce nom qu'avec respect et il ne parle qu'avec reconnaissance el vénération, et parfois avec enthousiasme, de Théophile de Bordeu.
Répondant à l'accusation que les Bordeu ont portée contre les eaux de Bagnères, d'être « uniquement propres à resserrer tous les organes , •> il démontre, soit par le témoignage de Théophile de Bordeu lui-même, soit par des preuves directes, que les eaux de Salut sont « adoucissantes, relâchantes, antispasmodiques; » qu'elles réunissent « les qualités tempérantes et doucement apéritives à la qualité
à Bagnères-de- Bicorne 77
légèrement tonique. Nous voyons, en effet, tons les jours, ajoute-t-il, céder à Teniploi de ces eaux des crampes ou des spasmes d'estomac et des premiers intestins, si souvent occasionnés par les veilles prolongées , les travaux du cabinet , le chagrin , l'ennui...
» Les eaux de Salut sont donc un remède extrêmement utile dans le cas de maladies nerveuses, oii les lésions de fexcilabililé sont avantageusement combattues par les antispasmodiques unis aux adoucissants et aux toniques. »
Nous ne pouvons analyser par le menu ce volume in-8'' de 272 pages. Il y a dans ce livre une partie descriptive, une partie doctrinale, une partie clinique très étendue et des renseignements variés sur le fonctionnement de la ville thermale. Ce serait répéter ce que nous avons dit à propos des auteurs précédents, que de citer les affections nerveuses dont Sarabeyrouse rapporte la guérison.
Il écrit, au sujet de ces atTections : « Nul doute que les maladies nerveuses en général, et spécialement l'affection hypocondriaque par atonie , faiblesse ou relâchement, soient tous les jours victorieusement combattus par le seul usage de nos eaux prises en bains et en boisson. » Et il constate que l'on envoie les malades excessivement irrités^ atteints de symptômes vaporeux , hypocondriaques ou hystériques, aux eaux minérales de Bagnères, comme à leur dernier refuge.
Pas plus que ses prédécesseurs, il est vrai, il ne limite la clinique thermale de Bagnères au groupe
75 Les névropathes
des affections nerveuses , car il dit des eaux de Bagnères « qu'avec les propriétés qui leur sont propres, on peut établir qu'elles sont plus généralement utiles que celles que l'on a pris à tâche de préconiser jusqu'à présent d'une manière exclusive. »
En 1820, le docteur Liquière, médecin à Autun, fait paraître une Notice sur Bagnères-de-Bigorre et ses établissements thermaux.
Dans ce travail fort intéressant, Liquière rapporte quelques observations démontrant Tefficacité des eaux, alors que d'autres eaux minérales ont échoué. Il établit aussi que des maladies, aggravées par l'eau d'une source de la ville, peuvent être soulagées ou guéries par l'eau d'une autre source de Ijagnères. (Dejeanne).
Parlant des eaux de Salut, il dit qu'elles constituent un genre particulier que l'on ne retrouve dans aucun autre lieu thermal.
Il signale, parmi les affections traitées à Bagnères, Vatonie, Virritation, Vhystéric^ les vapeurs^ les maux de nerfs.
Mentionnons en passant le bien que dit Alibert de nos eaux dans son Précis historique sur les eaux minérales, 1826. — « Je les conseille surtout aux hypocondriaques, dit-il, aux personnes qui seraient travaillées par une mélancolie suicide, » et arrivons au beau livre de Ganderax : Redierches sur les propriétés physiques., chimiques et médicinales des eaux minérales de Bagnères-de-Bigorre^ par Charles Ganderax, docteur en médecine de la Faculté de Paris , inspec-
à Ba^nères-de-Bigorre 79
teur des eaux minérales de lîagnères , membre correspondant de l'Académie Royale de médecine de Paris, etc. — Paris. 1827.
Cet ouvrage, le plus complet qui ait été écrit sur Bagnères par un médecin, comprend la description ou l'étude de tout ce qui concerne notre station et l'emploi de nos eaux.
Pour nous en tenir à la partie clinique proprement dite, disons tout de suite que les affections du tube digestif occupent quatorze ou quinze des vingtquatre chapitres qui composent cette partie. Les autres chapitres sont consacrés : deux aux maladies nerveuses, un au rhumatisme, deux aux atïections de la poitrine, deux aux maladies des femmes, un au catarrhe de la vessie.
Cette très large part faite aux affections des viscères abdominaux, et principalement du foie, ne laisse pas que de surprendre; cette impression de surprise s'accentue quand on lit les considérations, d'ailleurs fort bien écrites, dont Gandei'ax fait précéder ses intéressantes observations. Est-ce de Karlsbad ou de Bagnères qu'il veut parler quand il écrit : « Tous les dérangements lents des fonctions des viscères abdofriinaux, toutes les maladies qui intéressent la régularité, l'harmonie, les sympathies des organes digestifs et urinaires..., peuvent être traités par les eaux de Bagnères » ? Et un peu plus loin, il complète la série avec « les embarras, les empâtements , les obstructions de tous les viscères qui occupent la cavité abdominale.
Les chapitres sont intitulés :
SO Lgs névropathes
Diverses obstructions des viscères abdominaux^ — Obstruction du foie, de la rate, etc., — Symptômes généraux des affections chroniques du foie, — Pronostic^ etc., — Considérations générales sur le traitement, etc., ■ — Engorgements sanguins, et Engorgements et obstructions... par la bile et parles calculs biliaires, — Obstruction gélatineuse, etc., etc. C'est toujours du foie qu'il s'agit! Il y a même un chapitre sur Yengorgement du foie par la graisse, quoique l'auteur — il l'avoue — » n'ait pas eu l'occasion d'observer à Bagnères ce genre d'obstruction , » Mais il est convaincu qu'elle peut y être traitée avec succès, » et il n'hésite pas « de conseiller aux personnes qui en sont atteintes de se rendre dans nos montagnes parce qu'elles y trouveront fort souvent de nombreux moyens de guérison. »
Sans doute, nous n'aurions garde de le contester, on traite et on guérit à Bagnères, comme à Gapvern, par l'usage des buvettes laxaùves et diurétiques, de nombreuses affections qui sont comme la réduction de celles qui forment l'apanage de Vichy et de Carlsbad.
Mais jamais, dans les auteurs qui ont écrit sur Bagnères, avant ou après Ganderax, nous n'avons vu figurer dans une aussi forte proportion les maladies du foie et des autres viscères de l'appareil digestif. Si la réalité répondait exactement aux apparences, j'avoue que nos connaissances actuelles sur les eaux de Bagnères seraient quelque peu bouleversées.
Mais il y a là un « trompe l'œil »> , qu'on me permette de le dire. Il faut interpréter la langue et
à Bagnères-de- Bigorne 81
les idées de Ganderax pour pénétrer le fond des choses. Il a vu et jugé en homme de son temps et peut-être aussi avec une disposition d'esprit qui lui était personnelle.
Reportons-nous à l'époque où il écrivait : Broussais régnait sur les sciences médicales ; avec lui , la plupart des médecins rapportaient à un principe ôUrritatioii toutes les maladies, et comme il était convenu que cette irritation elle-même se localisait presque exclusivement dans l'estomac, il n'était plus question en médecine que de gastrite^ gastro-entérite ^ et autres affections inflammatoires des organes digestifs.
En même temps qu'il subissait l'influence dominatrice de Broussais, Ganderax était resté humoriste, il admettait la doctrine de Van Helmont au sujet de la prépondérance des fonctions de l'estomac dans l'ensemble de l'économie vitale.
Il croyait aussi avec les anciens que la guérison des maladies, aiguës est nécessairement liée à l'apparition de la crise (mouvement fébrile ou excrétion) et que les maladies chroniques, pour guérir, doivent passer par une période aiguë. Il pouvait s'appuyer sur l'autorité d'Andral qui venait de soutenir (1824) devant la Faculté de Paris la doctrine traditionnelle, des phénomènes critiques.
Ainsi éclairé et mis au point, le livre de Ganderax, qui est un livre de science et de bonne foi, nous permet de tirer des conclusions différentes et, pour ne parler que des maladies nerveuses , qui nous intéressent spécialement , elles occupent dans ce
82 Les névropathes