CHAPITRE
Les GRANDES NÉVROSES - La NEIR4STHÊME
Le mot est nouveau , la chose est ancienne.
Sans remonter jusqu'à Galien et jusqu'à Hippocrate, nous voyons les auteurs du xvi^ siècle (Willis, Sydenham , etc.) décrire, sous le nom de Mal liypocondriaque ou d'allection hystérique, des états nerveux hien différents de l'hystérie proprement dite.
Au siècle suivant. Pomme trace dans son Trallà des affections vaporeuses des deux sexes (174D) (I) un tableau à peu près complet de notre neurasthénie.
Quelques années plus tard, Whytt essaie de fonder l'indépendance de ce type pathologique au milieu
(i) Pomme est cite par certains dos auteurs anciens dont nous avons analyse les ouvrages sur Kagnères.
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des autres affections du système nerveux {Observations on nervous diseases^ 1765).
Mais ce type nouveau n'ayant pas reçu de WhyLt une dénomination spéciale , les auteurs continuent à confondre dans leur description, les vapeurs, le mai hypocondriaque, la passion hystérique...
De nouveaux efforts sout tentés en 1802 et en 1816 par Louyer-YiMermay, pour séparer des autres névroses une calégoi'ie spéciale de troubles nerveux qu'il appelle hyUérirlsme. Recherches sur l'hypocondrie et l' hystérie (1812). Traité des maladies nerveuses ou des vapeurs (1816).
Cette fois le divorce est prononcé : sous des aspects et sous des noms variés, nous trouverons cet état nerveux décrit séparément par les auteurs qui suivent :
Dupau (1819) invente l'êrcthisme nerveux.
Browu (1829) introduit Y irritation spinale, qui restera dans la terminologie névrologique.
Plusieurs auteurs, peut-être avec raison, conservent à cette névrose le nom d'hypocoudrie et s'attachent à la distiuguer de l'hystérie (Brachet, 1844 ; Dtbois, 1845; Michea, 1845).
Valleix (1848) décrit la névralgie générale ; Monneret (1860), \ hyper cslhésie générale : Bouchut (1860 et 1877), le nervosisme.
Avec Bouchut, l'individualité de cette maladie est étabUe d'une manière absolue, et ses caractères sont définitivement tracés.
Mandl (1863) étudie « la forme sexuelle de la neurasthénie » dans son travail sur les Névroses génitospinales liées ci la spermatorrhée.
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Krishaber décrit une autre variété très importante : la Névropathie cérébro-cardiaque (1873).
Lereboullet décrit un des phénomènes psychiques de celte maladie : De l'amnésie dans certaines névroses^ (Lereboullet et Egger, 1877).
Enfin, en 1880, paraît l'ouvrage de Beard oi^i la maladie est décrite sous le nom qui lui appartiendra désormais : neuraslhenia (l).
Ew 1883, Huchard publie, le premier en France, une étude sur la « neurasthénie » , dans le Traité des névroses d'Axenfeld et Huchard.
Et, dans ses Leçons du Mardi (1889-91), Gharcot dégage de la symplomatologie trop touffue de cette nouvelle névrose quelques stigmates qui en sont les traits essentiels et en quelque sorte les signes révélateurs.
Les renseignements qui précèdent et les notions qui vont suivre sont empruntés soit aux maîtres que je viens de nommer, soit aux auteurs qui ont consacré à cette affection des monographies étendues ou des articles spéciaux (Bouveret, Levillain, Mathieu, Blocq, André).
Il est loin de ma pensée d'écrire quoi que ce soit qui puisse ressembler à une étude sur la neurasthénie. Mais la nouveauté du sujet me commande d'entrer dans certaines précisions, soit pour retrouver cette maladie dans les observations des anciens
fi) Le traité de Beard, devenu classique, a eu plusieurs éditions. La dernière, 1890, contient la monographie fondamentale de la neurasthénie.
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auteurs, soit pour déterminer dans la variété et la complexité des faits actuels, ceux que je suis en droit de classer sous cette étiquette.
La iàclie serait malaisée de reconnaître la maladie de Beard dans la « poussière cosmique » des désordres nerveux, sans la lumière jetée sur ce sujet par les cliniques de Charcot.
Les stigmates ou symptômes types, au nombre de sept, créés par le professeur de la Salpétrière, sont : la céphalée neurasthénique, Finsomnie, la rachialgie, l'amyosthénie, les troubles gastriques, les troubles génitaux, l'état mental des neurasthéniques.
Ces symptômes sont nécessaires, sinon tous, du moins quelques-uns d'entre eux , pour poser le diagnostic de neurasthénie. Ils seront définis et décrits dans la suite de ce chapitre, à l'occasion des faits cliniques qui seront rappoi'tés.
D'autres symptômes, de moindre importance, sont d'une réelle utilité pour compléter le tableau de la maladie ou pour aider à la reconnaître.
Notons le vertige , les troubles sensoriels , les troubles de la sensibilité généi-ale, les troubles de la rnolilité, ceux de la circulation et de la respiration, divers troubles digestifs, les troubles des sécj'étions et de la nutrition générale; certains troubles des fondions cérébrales... De même que les stigmates, ces symptômes secondaires seront l'objet, s'il y a lieu, d'une mention explicative, quand ils se présenteront dans le cours des observations.
Comme, d'une part, tous ces symptômes, dont la liste détaillée remplirait de nombreuses pages, ne
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sont jamais réunis sur ua même sujet; comme, d'autre part, chacun de ces symptômes peut jouer dans l'ensemble clinique un rôle plus ou moins important, on doit s'attendre à rencontrer dans la pratique les combinaisons les plus variées.
D'où la pensée est venue aux auteurs de distinguer des variétés cliniques fondées sur la présence de tel ou tel groupe de symptômes et sur la prédominance de tel ou tel des symptômes présents.
Nous avons la classification de Beard, celle de Bouveret, celle de Levillain, celle de Blocq.
Blocq propose une division ingénieuse qui a le mérite de se prêter mieux que les antres à l'infinie variété des cas.
Premièrement : Neurasthénie sans prédominance excessive d'aucun syndrome, Neurasthénie générale.
Deuxièmement : Neurasthénie avec prédominance d"un syndrome particulier.
Sous ce second titre, on peut ranger autant de variétés distinctes qu'on observera de syndromes prédominants.
C'est ce système très simple que nous adopterons, en faisant bien remarquer que ce classement embrasse, non pas l'immense domaine, de la neurasthénie, mais le modeste champ clinique qu'il, nous a été donné de défricher.
Il convient aussi, avant d'aller plus loin, de se rappeler, avec Charcot « que le complexus symptô-, matique de la neurasthénie répond à une espèce morbide dont la fixité nosographique ne saurait être sérieusement contestée » et que « le type
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morbide neurasthénique , à part quelques modifications d'ordre secondaire . reste à peu près immuable. »
§ i^'". — Neurasthénie généi'aîe.
observaiiou M, J... appartient à nne famille honorable '" du Midi. Il a 30 ans. Il se présente avec un air timide et discret, qui attire dès le premier abord l'attention bienveillante du médecin.
Dès les premiers mots échangés , il tire de la poche intérieure de son paletot une feuille double sur laquelle est écrite en lignes fines et serrées l'histoire de sa maladie. C'est déjà , comme dit Gharcot, un commencement de diagnostic.
Voici quelques extraits de ce document, trop long pour être reproduit en entier :
Fonctions digestives : « A la suite d'un repas trop copieux, sentiment de plénitude, d'embarras, d'oppression ; quelquefois ballonnement du ventre ; quelquefois aussi, en dehors des repas, sentiment de chaleur aux intestins. — L'appétit est bon, et je serais même porté à manger beaucoup aux repas, si je voulais écouter mon appétit, mais les digestions sont perverties, c'est-à-dire que quelquefois je ressens, aussitôt après avoir mangé, des troubles de la digestion; quelquefois, je ne les ressens que longtemps après : borborygmes, renvois ou éruclation, flattuosités, sentiment de brûlure... »
Tout cela est caractéristique de la dyspepsie des
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neurasthéniques : appélit excellent, même exagéré, entraînant à faire des l'epas copieux ; troubles digestifs ne survenant parfois que longtemps après Je repas et consistant dans divers symptômes qui traduisent, ta n'en pas douter, la distension de l'estomac.
Continuons.
Après une description trop minutieuse de l'état de la langue et de la bouche (langue fendillée, chargée d'un enduit blanc jaunâtre, — mauvais goût dans la bouche , ou goût des aliments déjà absorbés) , le malade nous parle de ses alternatives de diarrhée et de constipation, celle-ci très pénible et obligeant le malade à faire des elïbrts qui provoquent des crampes intestinales, des pertes séminales, des vertiges... Tout cela est encore caractéristique.
« Quelquefois je remarque, si je n'aboutis à aucun résultat, un peu de sang à l'anus ou un peu de matières glaireuses. J'ai eu aussi des hémorrhoïdes qui ont disparu d'elles-mêmes. Depuis que je fais usage de pain de son aux repas , je vais plus régulièrement à la selle. Mais , après un certain temps de l'emploi de ce pain , il survient une diarrhée, etc. »
A côté de ces symptômes précis et véritablement logiques, voici quelques-unes de ces impressions bizarres qui ne sont pas moins caractéristiques de la maladie de Eeard : « Je ressens bien souvent un liquide qui me court dans les intestins, et des spasmes ou troubles nerveux. Ce liquide a l'air d'être en ébuUition, il court aussi quelquefois dans
toute la poitrine, comme si j'avais à l'intérieur des courants d'un liquide quelconque. Aux intestins, ce liquide fait le môme eiiet que celui que produit l'eau d'un lavement que l'on cherche à retenir à l'intérieur. Bien souvent aussi , du côté du cœur, je ressens un bruit comme celui que ferait un caillou qui tombe dans l'eau. •>
Voici des symptômes appartenant à l'innervation vaso-motrice : « Les ongles sont décolorés et ils prennent bien souvent une teinte d'un noir bleuâtre, surtout sous l'influence du froid. Devenu très sensible au froid, je m'enrhume assez facilement. J'ai les mains et les pieds froids bien souvent, avec une légère sueur ; on dirait que le sang abandonne ces parties pour se porter ailleurs : alors les mains et les pieds deviennent tous blancs avec une teinte un peu jaune. « Le froid aux pieds le réveille en hiver.
« Système nerveux très impressionnable, sensation de faiblesse. » La faiblesse irritable des auteurs. « Désordres circulatoires... Je sens les nerfs battre dans toute la partie du corps... Sujet à avoir très souvent des crampes aux pieds et aux jambes, ainsi que des fourmillements et engourdissements. »
Tout cela a été décrit. On croit lire une monographie de la neurasthénie.
Ce qui suit n'est pas moins significatif; on y reconnaît la curiosité inquiète du neurasthénique : a Tout ce que j'éprouve a beaucoup de rapports avec certaines maladies, telles que : congestion chronique du foie, dyspepsie et anémie, que, d'après la lecture
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d'un ouvrage, j'ai vu être traitées avec succès par l'hydrothérapie. »
Suit la description d'un traitement par l'eau froide, bain de siège et douches.
Le diagnostic était fait dès les premières lignes de ce document. Les détails circonstanciés donnés par le malade ne sont pourtant pas inutiles pour diriger la cure.
Il y a d'abord des troubles digestifs à combattre. Comme ils paraissent tenir à une atonie des organes plutôt qu'à un état d'inflammation ou même d'excitation, je permis l'eau stimulante de Salies à l'intérieur; mais je conseille aux repas l'eau de Salul, à cause de ses propriétés doucement laxatives.
Comme bains je prescris le Foulon, parce que je remarque chez mon malade une impressionnabilité rhumatismale qui pourrait se mal trouver des bains de Salut. Je prescris en outre des douches de la Reine, tempérées et à jet brisé, pour stimuler les fonctions de la peau.
Au départ le résultat est des plus satisfaisants : amélioration de l'état gastro-intestinal et de l'état général.
Je profite des bonnes dispositions de M. J... pour l'engager à faire de l'hydrothérapie en chambre dès qu'il sera chez lui.
J'ai soigné pendant plusieurs années un autre observation
V homme aux petits papiers, » qui était venu d'un département du Nord et qui avait hxé sa résidence
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dans le Midi, taiiL à cause du climat que pour fuir des ennuis de famille. Jeune, très intelligent et très instruit, il avait déjà l'air d'un vieillard ou plutôt d'un malade atteint d'une de ces affections diathésiques qui ne pardonnent pas.
Certaines dyscrasies, l'anémie, le scorbut (?) , et un catarrhe gastro-intestinal avaient, il est vrai, altéré assez sérieusement sa santé. Mais des troubles considérables, d'ordre purement nerveux, s'étaient surajoutés à ces lésions et leur avaient survécu. Il réalisait un des plus beaux cas d'hypocondrie qu'on puisse imaginer, j'entends le mot dans son sens le plus large, l'hypocondrie des anciens avec ses symptômes multiples et mobiles, siégeant principalement aux hypocondres et à l'épigastre (l), et l'hypocondrie des modernes qui est synonyme de nosomanie.
LdL nosomanie, la manie des maux imaginaii'es, empoisonnait sa vie. J'ai gardé des petits papiers, des notes étendues et minutieuses où il racontait ses souffrances et décrivait l'état de ses organes.
Il avait aussi, comme le malade précédent, une disposition rhumatismale qui le rendait impressionnable à la moindre fraîcheur, au moindre courant d'air, d'où des terreurs continuelles et des précautions ridicules.
Les bains du Foulon et l'hydrothérapie froide prise avec modération, ont considérablement amélioré son état; mais il faudra renoncer à le guérir complètement de ses manies qui paraissent tenir à un état mental originel.
(0 Beau.
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Il y a quelques années, un de mes confrères, qui observaUon exerce loin d'ici, fut atteint, à la suite d'un travail excessif, de troubles digestifs tenaces et d'une inquiétude d'esprit que ces troubles ne semblaient pas justifier. Jl vint à Bagnères et me consulta. — Je crus avoir affaire à une dyspepsie banale, comme en ont si souvent les hommes qui vivent trop par le cerveau ; je lui conseillai du repos, un régime approprié et des eaux alcalines.
Il revint mevoir une seconde fois, une troisième fois, et je m'aperçus bientôt que d'une part mon traitement ne modifiait pas sensiblement ses fonctions digestives, que d'autre part son caractère changeait et qu'il tournait à l'hypocondrie.
Je pensai alors que mes soins ne devaient pas se circonscrire à un état fonctionnel local, mais qu'il fallait soigner un malade, probablement un névropathe. Dans l'espèce, ce névropathe était un arthritique. Cette considération me fit préférer Foulon à Salut, dans le choix des bains, comme pour les deux malades dont je viens de parler.
Je lui prescrivis, en outre, l'eau de Salut en boisson, avec la promenade à pied à l'aller et au retour; et des douches écossaises aux Thermes.
Mon confrère éprouva, dès les premiers jours de ce traitement, une amélioration sensible qui ne lit que progresser.
Rentré chez lui, il put se remettre au travail, mais il continua pendant près d'un an à prendre
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des douches, tantôt écossaises, tantôt simplement froides.
Il est aujourd'hui dans un parfait état de santé. 11 a gardé un souvenir très pénible de l'état physique et moral dans lequel il se trouvait quand je soignais vainement sa dyspepsie. En poursuivant le traitement dans une fausse direction, il aurait pu voir se développer en lui une neurasthénie des plus graves.
observaiiou Unc formo de neurasthénie assez complète et très tenace a fini pourtant par céder a phisieurs cures répétées aux eaux de Bagnères.
M. L... se présenta à ma consultation pour la première fois, en septembre 1888.
Il avait été traité pour deux maladies différentes, pour des hémoptysies qui avaient nécessité une saison au Mont-Dore, et pour des crises de gravelle qu'il était venu soigner à Bagnères.
Il s'agissait maintenant d'autre chose. Tout en gardant sa susceptibilité thoracique et sa disposition à la gravelle, dues probablement l'une et l'autre à une diathèse arthritique congestive, il présentait plusieurs syndromes que je finis, à la longue, par rapporter à la neurasthénie, et la suite confirma ce diagnostic.
Du côté du cerveau, douleurs sourdes, inquiétude, peur de la foule et inaptitude au travail (c'est un homme d'étude) ; sensation pénible à la nuque. Du côté des forces, affaissement musculaire général ; dn côté des fonctions digestives , paresse et atonie. —
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Sentiment de fièvre. — Froid aux pieds. — Spermatorrhée.
Traitement : Labassère et Salies, en boisson, pour fortifier la poitrine; bains de Salut, déjà pris autrefois; douclies tempérées d'abord, froides plus tard.
Certains phénomènes rhumatoïdes et congestifs lui firent interrompre le traitement.
L'année suivante, je le revis, un peu plus aguerri contre l'eau froide, ayant fait pendant l'hiver de l'hydrothérapie en chambre.
11 put prendj'e trente-cinq douches froides, de 40 à 50 secondes, et autant de bains de Salut à 33° ; mais il ne se baignait qu'à mi-corps pour éviter certains phénomènes pénibles que le bain entier avait provoqués dans la région du cœur. Il avait soin , en outre, de recevoir de l'eau chaude sur les pieds à la fin de la douche.
Il y avait manifestement chez lui une impressionnabilité de forgane central de la circulation et une atonie des vaisseaux périphériques, causées par un principe arthritique et exagérées par un état nerveux.
En 1890, le cœur étant moins impressionnable, il prend des bains entiers ; il réagit mieux après la douche. Les forces physiques semblent revenir; il peut faire des courses dans îes environs.
A la suite de cette saison, l'hiver est bien meilleur : il ne soufîi'e plus, sa tête est plus libre, il peut travailler, s'occuper de questions économiques, mais non encore sans être obligé de s'arrêter de temps en temps. Il fait toujours des ablutions froides sur tout le corps.
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Quatrième saison, en 1891; même traitement. Il éprouve encore ces états d'esprit qu'on appelle des pfiobies, peur de se produire en public, peur de remplir une fonction, peur d'accepter une responsabilité, etc.
Mais l'hiver gui suit est excellent : il travaille beaucoup, se mêle plus que jamais à ses concitoyens et prend même une part active à une campagne électorale. Ce qui lui reste de sa neurasthénie consiste dans une certaine défiance de lui-même qui le trouble et l'inquiète quand il doit porter la parole en public.
La saison de 1892 est de beaucoup la meilleure de toutes. M. L... peut se considérer comme guéri; il reviendra pourtant, parce qu'il aime le séjour de Bagnères, parce que ce climat lui convient et qu'il lui semble que, pendant les cinq ou six semaines qu'il passe ici, il fait provision de calme et de force pour le reste de l'année.
Ces trois observations sont nécessairement très abrégées. J'ai l'absolu devoir d'être concis dans un sujet qui prête plus que tout autre à la profusion des détails.
Les cas suivants pourraient être aisément développés ; je les indiquerai à peine , par quelques traits suffisant pour les caractériser.
Observation M, G..., adrcssé à Bagnères par le professeur Grasset, est un riche propriétaire du bas Languedoc. Ce n'est pas le surmenage intellectuel qui l'a rendu
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neurasthénique. Si l'horizon de ses vignobles est vaste, celui de sa pensée est très restreint. C'est peut-être une fortune trop rapidement acquise qui a ébranlé ce faible cerveau. Gomme symptômes neurasthéniques, il faut signaler chez lui la céphalée, la dépression mentale, des idées hypocondriaques, des palpitations et des angoisses du cœur, des tremblements.
La boisson et les bains de Salut, les douches froides, ont relevé son moral, dissipé ses inquiétudes et les divers symptômes douloureux ou pénibles qui l'éloignaient du travail. Il a pu reprendre l'administration de ses biens. Dans celte cure , l'analyse de l'observation m'autorise à attribuer le principal rôle au bain de SaliiL
M. M..., industriel, doit également au bain de observation
Salut, secondé par la douche froide, le rétablissement de son système nerveux profondén:ient troublé et affaissé : impotence iutellectuelle , vestiges, céphalée, dyspepsie, palpitations et oppi'essions, etc. — 11 était devenu tout à fait impropre au travail. Il a repris la direction de ses affaires.
L'abbé M..., de Paris, rendu malade par des excès observation
de travail (il a appris en peu de temps toutes les langues de l'Europe) , présente le tableau à peu près complet de la neurasthénie. Il a inutilement essayé d'un grand r^ombre de médications et de médicaments contre les symptômes variés qu'il éprouve.
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Huit bains du Platane et douze bains de Salut améliorent sensiblement son état.
* * Observation Volcl uu cas de neurasthénie chez une jeune ûUe;
il mérite d'être exposé avec quelques détails.
MlleJ..., 22 ans, m'est adressée par un médecin de mes amis. « Je te recommande, m'écrie-t-il, Mlle J..., qui est, je crois, une malade qui t'intéressera. C'est une anémique, mais d'une espèce particulière, sans doute. Ce qui prédomine chez elle, c'est une céphalalgie plus tenace et plus intense qu'il n'est d'usage dans l'anémie et une constipation tout aussi tenace.
» Elle présente, d'ailleurs, un symptôme particulier, un ptyalisme assez abondant pour fatiguer ma cliente.
» Aménorrhée complète depuis plusieurs mois.
» Cette malade est aussi un peu une détraquée du rentre. Elle a un rein mobile (droit) et on perçoit assez nettement chez elle la corde colique. »
Mon confrère note un ralentissement du pouls et il ajoute que Mlle J... a maigri depuis quelques mois. D'ailleurs, pas de signes de lésions dans la poitrine.
Avec une lettre aussi explicite et mettant si bien en lumière les points essentiels , ma tâche était facile. Mon ami, excellent praticien, me laissait seulement la petite satisfaction d'amour-propre de mettre sur le tableau l'étiquette neurasthénie.
Les stigmates y étaient : la céphalalgie tenace, la constipation tenace, la corde colique. Le pouls lent.
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le rein mobile et le pLyalisrne ont été enregistrés aussi par les auteurs parmi les symptômes, rares, il est vrai, de cette maladie. Le rein flottant du neurasthénique est une sorte de splanclinoptose, de la catégorie de celles qu'a décrites Glénard ; cette splanclinoptose du rein ou nephroptose peut être moins prononcée et moins durable que lorsqu'il s'agit du rein flottant des chirurgiens. A l'examen du venLre, je ne l'ai plus trouvée. Mais je retrouvais tous les autres symptômes indiqués par mon confrère, avec un degré d'anémie et de maigreur confinant à la cachexie.
Cet état était grave.
Je crus devoir commencer par des bains modérément excitants pour relever cette constitution affaissée. Je prescrivis les bains de la Reine à 35°, et la douche de la Reine ^ à jet brisé et à forme écossaise.
Gomme boisson, l'eau ferrugineuse de Mêlaou et l'eau de la Reine , plus tard l'eau laxative de la Rampe. Au bout de quelques jours, quand la malade se sentit moins faible, je l'envoyai à Salut, où elle se baigna chaque jour jusqu'à la veille de son départ.
Son séjour fut de six semaines.
Lentement et successivement, les symptômes si caractéristiques, de cet état s'amendèrent, puis cédèrent pour la plupart.
Quand elle quitta Bagnères, M"^ J... était transformée et méconnaissable; elle avait presque doublé de volume, elle avait cessé de souffrir, elle avait repris goût à la vie.
Ces observations et celles des paragraphes sui-
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vants seront commentées plus loin sous forme do conclusions générales. Je me conteute, dans cette partie de mon travail, de relater les faits.
§ 2. — Neurasthénie gastrique
[Maladie cérébro-gastrique de Leven).
Il s'agit ici, ne l'oublions pas , non point des symptômes digestifs qu'on observe dans la plupart des cas de neurasthénie (nous en avons déjà relevé), mais de ces cas spéciaux où ces symptômes constituent le syndrome prédominant.
Ces troubles digestifs ne sont pas, cette précision est importante, la cause ni surtout l'essence de la maladie; car, s'il en était ainsi, ce n'est plus sous la rubrique de maladie nerveuse qu'il faudrait classer cette forme morbide , mais sous la rubrique de maladie de l'estomac ou de l'appareil digestif.
Tous les auteurs qui ont écrit sur la neurasthénie sont d'accord pour poser cette distinction fondamentale.
Le D' A. Mathieu, qui est entré le dernier dans le débat et qui s'était déjà fait connaître par ses recherches personnelles sur les maladies de l'estomac, consacre à la question une étude des plus concluantes. Il déclare que « cette dyspepsie est d'origine nerveuse et de nature névropathique. » Il distingue trois formes de cette dyspepsie nerveuse : dyspepsie nervo-motrice avec ou sans hypochlory-
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drie , — liyperchlolydrie , — hypochlorydrie et slase gastrique permanente.
La première forme, la plus fréquente, comprend les cas nombreux qui vont depuis la distension modérée de l'estomac (pesanteur épigastrique, tête lourde, malaise général, pendant la digestion) jusqu'à la dilatation décrite par Bouchard.
Dans la deuxième et la troisième forme, les troubles digestifs peuvent exceptionnellement arriver à un degré de gravité qui prime tout.
Mais, dans la majorité des cas, M. A. Mathieu nous affirme que l'élément nervo-moteur, avec ses alternatives de spasme et d'atonie (excitation et dépression) suffit à expliquer la dyspepsie des neurasthéniques, (l)
Voici, à l'appui de cette doctrine, l'exemple d'un observation
neurasthénique chez qui le traitement de la dyspepsie n'a pas réussi à enrayer les accidents nerveux.
M. B... a été soigné à Paris pour une dilatation de l'estomac accompagnée de constipation opiniâtre et de quelques phénomènes nerveux. On l'a même envoyé à Fougues, et non sans résultat, car la dilatation a sensiblement diminué et la dyspepsie a presque disparu.
Mais les troubles nerveux ont persisté, et, après quelques mois de répit , l'estomac recommence à souffrir.
(i) Glénard considère l'enteroptose et les autres ptôses abdominales comme la cause de la neurasthénie, alors qu'elles en sont plutôt l'effet, et il décrit quatre signes qui sont loin d'être constants : la Haccidité de l'abdomen, le prolapsus de la masse abdominale (enteroptose, etc.),
étroitesse du colon (corde colique), le clapotement gastrique.
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Son médecin de Paris l'envoie à Bagnères « pour y faire une cure et s'y reposer. »
J'examine le malade, je trouve quelques signes certains de dilatation; les renseignements qu'il me donne confirment sur ce point le diagnostic déjà porté. M. B... accuse en outre des symptômes nerveux, de la céphalée, des bourdonnements d'oreilles, de la faiblesse musculaire des jambes et un vertige très marqué qu'il est difficile de rapporter uniquement à f estomac.
Je lui prescris le bain du Platane, le plus calmant de nos bains de la ville.
M. B... appartient à une famille de rhumatisants et est sujet lui-même, pour le moindre froid, à des rhumes de cerveau et à des douleurs articulaires. Cette raison me fait préférer le Platane à Salut, comme dans d'autres cas analogues j'ai préféré le Foulon. J'aurai foccasion de m'expliquer sur ce point délicat de thérapeutique thermale.
Avec les bains du Platane, je prescris à M. B... l'eau de la Rampe, feau de Salut, la douche écossaise et quelques douches ascendantes.
M. B... est venu deux années à Bagnères; après la première année, il a passé chez lui trois mois très satisfaisants. Puis les symptômes se sont réveillés.
La seconde cure thermale a agi plus énergiquement. Sauf la constipation, contre laquelle j'ai dû m'aider des pilules d'évonymine, les divers symptômes ont cédé peu à peu à faction des eaux.
La tête s'est dégagée , toutes les douleurs ont disparu, ainsi que le vertige; f appétit est excellent,
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et resLomac à la hauteiu' de sa tâche : M. D... s'est atlVanclii du ré.^ime alimentaire qu'il suivait depuis lougleuips, il mange de tout et il mange beaucoup.
La force est revenue aux jambes, et la tonalité générale de l'organisme s'est relevée. M. ]]... a traversé une période de mauvais temps sans en éprouver la moindre incommodité.
Le traitement de la névrose a obtenu un succès complet qu'on avait vainement demandé jusqu'alors au traitement de la dyspepsie.
M. W..., jeune artiste d'origine danoise, qui a observation fait en Allemagne son éducation musicale et qui appartient actuellement à l'orchestre de TOpéra- Comique, traîne depuis plusieurs années une dyspepsie rebelle. On l'a vainement envoyé au.x eaux de Ivarlsbad. Ou n'a jamais obtenu qu'un soulagement momentané et incomplet.
Son médecin, le D' B..., croit avec raison que cette dyspepsie est sous la dépendance du système nerveux. Nature ardente et passionnée, W... a de bonne heure surmené ses nerfs par toute sorte d'excès, parmi lesquels il faut, pour être juste, faii'e une part à l'étude et au travail.
Après chaque repas, W... est pris d'un engourdissement irrésistible qui lui enlève toute activité physique et morale et l'oblige à s'étendre quelques moments. (Vest bien la dyspepsie nervo-motrice par atonie, de iMathieu.
Il se plaint /en outre, d'une ^mQ douloureuse au
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cœur et d'un ensemble de maux vagues qui l'obsèdeiU et font penser à Thypocondrie.
Je lui prescris la buvette, le bain et la douche froide de Salut.
L'effet est prompt et progressif. Les digestions se font de mieux en mieux, la sieste consécutive au repas devient inutile. ^^^.. s'en va avec un entrain qu'il n'avait pas le jour de son arrivée. Il s'est remis au travail, et j'ai eu de lui les meilleures nouvelles.
Observation J'ai traité, pour un cas à peu près semblable, un ^' étudiant en médecine qui avait dû interrompre ses études et qui était même arrivé à un état de consomption véritablement inquiétant.
Sans vouloir méconnaître l'utilité de l'hygiène et du traitement qu'il a suivi à domicile, je puis légitimement attribuer à plusieurs cures qu'il a faites à Bagnères une part considéi'able dans la guérison de sa neurasthénie gastri(]ue très caractérisée.
C'est par l'eau de Salut et par la douche écossaise que je suis parvenu à régulariser ses fonctions digestives qui étaient en proie au spasme et à l'atonie, et que j'ai rétabli l'équilibre profondément troublé de son système nerveux cérébro-spinal.
Observation Parfols , l'estomac paraît si gravement atteint, ^" qu'on est porté à diagnostiquer une affection organique, telle que dégénérescence squirreuse.
à Bagnères-de-Bigorre 119
C'est la pensée que j'eus en recevant pour la première fois, dans mon cabinet, M. L..., de la Gironde. Entre autres symptômes, il avait des crises violentes de gastralgie, des vomissements fréquents (non alimentaires), une constipation marquée, un faciès et un état général très suspects. L'examen local me fit penser à une tumeur du pylore ! Il me rassura à peine en me disant que l'analyse de son urine avait décelé un excès d'urée; c'est le contraire qui s'observe dans les lésions carcinomateuses.
N'ayant pas de motif sérieux pour le renvoyer chez lui, je lui conseillai un traitement aussi peu agressif que possible.
Eau de Salut à table ; quelques douches tempérées ou écossaises ; l'usage du petit-lait le matin.
A la visite suivante, je le trouvai un peu mieux.
A son départ, il était merveilleusement mieux (ce sont les expressions de mon registre d'observations) ; il mangeait et il digérait bien; son moral, précédemment déprimé, était changé; la vigueur était revenue; il avait pu faire l'ascension du Pic.
Décidément, il n'y avait pas là de squirre, mais une neurasthénie profonde que l'action réunie des eaux, de l'air, du climat, de la distraction, a dissipée comme par enchantement.
C'est encore à l'eau de Salut, mais à un traitement observation plus actif (boisson, 2 verres, matin et soir, bains, douche écossaise), que M. L..., du Lot-et-Garonne, a dû le rétablissement d'une santé sérieusement
120 Les névropathes
compromise par des désordres fonctionnels, en tête desquels se plaçait nne dyspepsie remontant à trois ans. Cette dyspepsie, nervo-motrice, paraissait comporter, en outre, un certain degréd'hyperchlorhydrie.
Les autres troubles étaient des troubles circulatoires (phénomènes congestifs, oppression) et des troubles nerveux (céphalée, vertige, insomnie). Il était très affaibli. La nutrition générale était ralentie; les urines étaient rares et épaisses.
Après quelques oscillations dans les premiers effets du traitement, l'amélioration a pris^ une marche régulière : l'appétit, le sommeil, le calme, la force, ont reparu; les digestions sont redevenues à peu près normales; les urines, claires et abondantes, et le malade est parti dans un état de bien-être qui se lisait sur sa physionomie transformée.
Observation Gcrtalus malades sont arrivés à un tel degré d'intolérance digestive et d'épuisement nerveux, qu'il faut renoncer à leur faire suivre un traitement thermal.
C'est le cas de M. C..., agent de change. Les fatigues de la guerre de 1870, un travail excessif de jour et de nuit, de graves mécomptes finahciers ont ruiné sa santé. Il y a certainement chez lui plus d'un signe de Glénard, prolapsus de l'estomac et des intestins, atonie digestive extrême.
Il n'y a pas plus de ressort dans les muscles de la locomotion que dans ceux des viscères abdominaux; c'est à peine s'il se tient sur sesjambes(amyosthénie).
à Ba^nères-de- Bigorne 121
Tout ce que j'ai pu obtenir, comme médicalioii minérale, s'esl réduil à lui faire boire un peu d'eau de Salai à table. Le principal traitement a consisté dans le i-epos , l'aérothérapie , une distraction modérée; je l'ai fait vivre au grand air le plus possible, je l'ai remonté moralement. Il s'est mis à manger, il a repris un pen de force, il a recommencé à dormir et surtout, surtout, le grand résultat obtenu a é!é de lui faire reprendre confiance en lui-même et dans son prochain rétablissement.
Le# bonnes nouvelles que j'ai eues dans la suite ont confirmé mon impression.
Huelques malades présentent ui'e telle sensibilité aux influences atmosphériques, qu'il est nécessaire d'en tenir compte dans la direction du traitement.
Ainsi M. M..., hypocondriaque et dyspeptique, obieivutio.i vrai neurasthénique du cei'veau et de l'estomac, est envoyé par moi à Salut^ pour y boire et s'y baigner. Mais il pleut et le temps se rafraîchit ; M. M... sent ses douleurs se réveiller après le bain.
Je l'envoie au Grand-Pré ; le résultat est médio're. Le temps étant i-edevenu beau, je renvoie M. M... à Salut. Cette fois, il se trouve tout à fait bien des bains. Il arrive bientôt à supporter la douche froide- 11 a bu l'eau de Salut tous les jours. Au terme de son traitement, Tamélioration est générale et très.
marquée.
Voici, pour terminer ce paragraphe, deux obser^
122 Les névropathes
vations de neurasthénie gastrique chez la femme, et des observations empruntées aux anciens auteurs, observniioii M"^ M..., 18 aus, cst malade depuis deux ans. Sa
maladie a débuté par des crises violentes de l'estomac allant jusqu'à la perte de connaissance. Puis ses membres inférieurs ont été frappés d'une paralysie de la sensibilité qui a duré deux mois et qui a fini par céder à Tapplication de l'électricité (courants faradiques).
Actuellement,' M"'' M... a des digestions laborieuses et pénibles, qui s'accompagnent d'une torpeui^ considérable. Elle est d'une grande impressionnabilité et d'une incapacité presque absolue pour le travail intellectuel ou pour toute occupation demandant une certaine tension de l'esprit. Les nuits se passent en grande partie sans sommeil.
Traitement : Bains du Grand-Pré, douches tempérées, et plus tard froides.
Résultat excellent pour l'estomac et l'ensemble du système nerveux. (Observation de M. Dejeanne).
'observation M"'*" S.... d'Algcr, vcuve, doit à des causes morales
XVII o ) j
les troubles dyspeptiques et nerveux dont elle se plaint. Son estomac est distendu, peut-être même dilaté. Points douloureux. Désordres dans l'innervation vaso-motrice. Dépression morale marquée.
¥A\e, est au régime du lait.
Circonstance à noter au pYinl de vue de son tempérament nerveux : l'air de la mer lui est contraire; elle regrette Constantine qu'elle habitait précédemment.
à Bagnères-de- Bigarre 123
Traitement : Buvette et bain (33") de Salut. Douches froides. Douches ascendantes.
Elle partit un peu améliorée. Trois mois après, je recevais d'Alger une lettre dont voici quelques e.xtraits : «... Je suis ravie, mes parents avec moi, du mieux notable qui s'est produit en si peu de temps malgré tout ce qui, à mon l'etour, aurait dû contrarier mon complet rétablissement. Sans être astreinte à un régime (elle était au régime lacté), je me porte aussi bien que possible. Si ce n'était quelque* éructations et le froid persistant aux pieds, je ne me souviendrais plus d'avoir été malade. »
Il faut lire dans Ganderax la deuxième observa- observation
xvui
tion du chapitre intitulé : les engorgements sanguins du foie. Il s'agit d'un M. L..., âgé de 4i ans, que des « études prolongées >' ont rendu malade : « violents maux de tête... malaise précordial... sensibilité de la région gastrique... Parfois... les fonctions intellectuelles se suspendaient... : bruissement, tintement d'oreilles... Indilférent, dans cet état, à toutes les questions qu'on pouvait lui faire, il éprouvait même parfois une sorte d'impossibilité d'y répondre... A la moindre fatigue, violente oppression... Ventre paresseux, urines rares..., tension et douleur de l'hypogastre...
« A peine eut-il commencé à prendre quatre verres d'eau de Salut que les urines devin lent plus abondantes. Comme le ventre restait toujours resserré, dès le cinquième jour je substituai l'eau de Lasserre à celle de Salut... 11 s'en suivit une selle asse^; copieuse. »
124 Les névropathes
Ganderax fait baigner son malade. Il lui donne du sulfate de magnésie et, suivant l'usage du temps, des sucs de plantes chicoracées et de cresson. Les douleurs, l'oppression, la tension de l'hypocondre disparaissent. Les sucs amers sont alors remplacés par l'eau ferrugineuse à la dose maxima de cinq verres. Le bain, d'abord (Quotidien, n'est plus administré que trois fois par semaine.
Exercice h pied et à cheval.
Les fonctions digestives se rétablissent.
« Neuf semaines suffirent pour faire disparaître tous les accidents et pour obtenir un parfait retour à la santé. »
* * Observa lion L'obscrvatiou publiée par le docteur Lacoste, sous le titre : H\jpocondrie^ gastralgie, vertiges, me semble pouvoir entrer dans le même cadre de faits. Le malade a 42 ans. « Son altitude dénote une faiblesse très grande, sa physionomie exprime l'ennui, le découragement, ses réponses sont presque forcées, peu avantageuses pour les confrères qui ont déjà eu l'occasion de le soignei*. »
Gastralgie violente, vomissements, pesanteur à droite. Aucun signe de cirrhose. Etourdissements , vertiges; bourdonnement continuel. Congestion hépatique.
Il a fait usage des eaux de Vichy et de Vais sans amélioration notable.
Le docteur Lacoste ordonne les bains de Salut, et 3 à 4 verres de cette eau tous les matins ; plus tard des douches tempérées et môme des douches froides.
à Bagnères-de- Bigorne 125
A son départ, le malade était presque totalement changé. »
Ldi Gazelle thermale de Bagnères-dc-Bigorre a puhVié, en 1882, nne série intéressante de dyspepsies traitées avec snccès par le docteur Laurent Cazalas. Plusieurs de ces dyspepsies semblent pouvoir être l'apportées à la neurasthénie gastrique. Le traitement a consisté généralement en boisson de Salai , de Salies ou de la Hampe ; bain de .Sa/ii^; douches tempérées ; douches ascendantes.
§ 3. — Neurasthénie cérébrale ou Cérébrasthénie.
Il est superilu de faire remarquer que nous pouvons retrouver ici quelques-uns des symptômes gastriques décrits au paragraphe précédent. Ce qui caractérise le groupe de faits que nous allons passer en revue, c'est la prédominance des symptômes cérébraux : céphalée, impuissance au travail intellectuel, diminution de la mémoire, insomnie, vertige, inertie de la volonté, préoccupations hypocondriaques, etc.
Les préoccupations hypocondriaques et certains états d'anxiété décrits par Beard sous le nom de phobies^ ressemblent parfois à s'y méprendre aux troubles mentaux des vésaniques. Assurément, rien n'empêche un neurasthénique d'être en même temps un dégénéré et de présenter les stigmates d'une véritable psychose. Mais, sans sortir du cadre de la neurasthénie, il est possible et même assez fréquent d'observer ces phobies, ces peurs, qui dépendent,
126 Les névropathes
coinaie tous les autres phénomènes neurasthéniques, de l'affaissement et de l'épuisement du système nerveux (Levillain). Il y a là un état d'indécision, une inertie de la volonté qu'on a justement appelée V aboulie.
Ces courtes explications suffisent pour l'intelligence du sujet. Passons aux exemples.
observniion M. G... m'est adrcssô par son docteur, médecin des hôpitaux de Bordeaux, avec une lettre contenant le diagnostic et la description de sa maladie.
« iM. G... est atteint de neurasthénie. D'une bonne santé antérieure, il s'est trouvé fatigué au cours d'un voyage d'affaires dans une région marécageuse, et il a contracté quelques accès de hèvre intermittente. Sur ces entrefaites, la mort subite d'un parent l'a violemment ému, et il est rentré à Bordeaux souffrant de la fièvre et d'un état nerveux mal défini. »
A l'origine de ces états nerveux, on trouve presque toujours une cause morale : ici cette cause a été soudaine comme un choc traumatique.
« Quelques doses de quinine ont jugé cette infection paludéenne légère. Mais le système nerveux est resté débile : palpitations sans lésion cardiaque, insomnie, réveils en sursaut, gèae précordiale, esprit timoré, inquiétude de la santé, en un mot tout ce qui constitue fétat moral des neurasthéniques.
» Quelques douches ont déjà amélioré la situation. J'espère que l'air de Bigorre et vos eaux achèveront la cure, etc. »
à Bagnères-de-Bi^orre 127
Après cette lettre si nette et si conciliante, le rôle (in médecin thermal était tout tracé.
M. 0... présentait tons les symptômes de la neurasthénie mentale; il avait, symptôme non mentionné dans la lettre précédente, cette céphalée caractéristique , cette douleur lourde et obtuse qui coitfe la tête comme d'un casque; il avait aussi de la rachialgie et il était devenu impropre au travail. Rien à l'estomac.
Je prescrivis : les bains de Salut, [SS"*) ; des douches écossaises et, plus tard, froides.
Après un mois de traitement , il s'est reùiré avec des signes certains d'amélioration.
Il a repris ses occupations professionnelles.
M. A..., d'origine norvvégienne, habitant pour ses observation
affaires un port français du littoral atlantique, a perdu le sommeil depuis trois ans. Affaiblissement progressif, spermatorrhée, symptômes subjectifs de dilatation stomacale. Etat d'anxiété presque continuel; inaptitude intermittente au travail. Le bromure de potassium et les douches froides n'ont pas sensiblemeuL amélioré son état.
Je lui ordonne SaUit en boisson et en bains. Une première saison d'un mois modifie son état au point de lui procurer un assez bon hiver. Il peut s'occuper de ses affaires.
L'année suivante, il vient faire une seconde saison qui donne les meilleurs résultats.
. Observation
M. A.... compositeur bien connu, a contracté un xxii
128 Les névropathes
certain degré de neurasthénie à la suite de ses travaux de compositions et des émotions par lesquelles l'a fait passer la représentation de ses œuvres sur plusieurs grandes scènes lyriques.
Son cerveau fatigué et inquiet réclame une cure h la fois sédative et tonique. L'eau et les bains de Salut, secondés par les douches froides, lui rendent le calme et la force. (Observation empruntée aux notes de M. le D'' Dejeanne).
Observation La première fois que M"^ G... fut adressée à
Bagnères, elle avait 16 ans. Le médecin, ami de la famille, m'avait écrit au préalable pour me recommander cette enfant devenue fille unique par suite de la mort d'un frère emporté par une bronchite bacillaire et d'une petite sœur emportée par une méningite de la même nature.
M"*" G... avait éprouvé elle-même une crise de rhumatisme aigu. Mais le motif pour lequel on l'envoyait à Bagnères était autre : « Depuis quelques semaines, m'écrivait le confrère distingué qui la soignait, son système nerveux est devenu un peu inquiet. Elle témoigne souvent de quelques scrupules, craint toujours d'avoir mal fait ou de faire imparfaitement ce qu'il faut faire. Elle ne veut pas rester seule, dort mal ou trop, a perdu l'appétit, et est devenue un peu pâle et faible. »
On devait la conduire à Bigorre comme par hasard, sans paraître avoir prémédité une cure.
J'apportai toute mon attention à la direction de ce traitement.
à Bagnères-de-Bigorre 129
Je conseillai, sous prétexte de tuer le temps, une promenade chaque jour ta la Fontaine ferrugineuse de la Ville ou de Métaou, et les bains du Platane.
Bientôt les doutes et la tristesse semblèrent se dissiper, et certains antres symptômes neurasthéniques qu'elle éprouvait s'amendèrent ou disparurent : la céphalée, l'inappétence, l'afFaissement.
Il restait encore des cauchemars , des réveils effrayants.
Je risquai les douches. L'essai fut encourageant. Et, depuis, le traitement se poursuivit régulièrement et l'amélioration aussi.
Elle revint une deuxième et une troisième année pour compléter et consolider la guérison. Le traitement suivi fut le même , sauf les hésitations qui avaient marqué le début de la première cure.
Chaque année, M"^ G... revenait plus gaie, plus vivante, plus forte, plus en train en un mot. Parfois, dans l'année, elle était reprise de ses scrupules, de ses inquiétudes. Elle a fini par les dominer, et aujourd'hui c'est une jeune fille saine d'esprit et de corps, heureuse de vivre et ne se doutant guère qu'elle a inspiré autrefois à ses parents les plus sérieuses
inquiétudes.
Certaines manies neurasthéniques confinent de si ouservotion
près à la vésanie que l'on se demande parfois si l'on fait fausse route en attribuant à l'épuisement nerveux de Beard les symptômes physiques que l'on observe.
Voici un cas dont la guérison fut entreprise pa,r
130 Les névropathes
les eaux de Bagiières, mais ne put être achevée que par l'isolement.
M'^^ de L..., belle jeune fille de vingt ans, est envoyée à Bagnères par son médecin qui occupe une] grande situation à Paris. Il m'écrit :
« M''^ de L..., que je recommande à tonte votre sollicitude, est atteinte d'une forme assez rebelle de neurasthénie. Depuis plusieurs mois, sans présenter aucun symptôme pouvant faire supposer une lésion organique quelconque, M"^ de L... souffre de troubles névropathiques variés. — Les fonctions digestives sont manifestement troublées. L'estomac est dilaté et souvent rempli de gaz. L'appétit est très capricieux, presque nul à certains moments... Leucorrhée. Le caractère change ; il devient irritable, difficile, ce qui ne peut s'expliquer que par l'altération générale de la santé. — Une grande lassitude, une apathie profonde, des moments de découragement et d'abattement que rien n'explique coexistent avec de l'hémianesthésie droite et de l'anesthésie de la cornée. »
Je n'ai pas su retrouver ces derniers signes hystériques ou pseudo-hystériques. D'ailleurs, dans la pensée de mon confrère, c'est bien la neurasthénie qui dominait la scène, et la neurasthénie mentale, — les troubles gastriques, en dépit de leur intensité,'' n'étant que secondaires.
Traitement : boisson de Salut à dose modérée; bain de Salut à 34''; douches écossaises. — Promenades à pied et à cheval.
J'obtins l'exécution passive , résignée du traitement. Mais pour l'alimentation, je me heurtai à une
à Bagnères-de- Bicorne 131
inertie digestive, entretenue et dominée par une inertie plus grande encore , celle de la volonté. M"^de L... ne voidall pas manger, non par le fait d'une résistance volontaire et préméditée , mais parce qu'elle s'était persuadée qu'elle ne pouvait pas manger.
La cure thermale de Bagnères eut pour résultat d'ébranler cette inertie, mais non de la vaincre.
L'année suivante, M"'' de L... fut reconduite cà Bagnères, mais cette fois laissée seule, en compagnie d'une sœur garde-malade. Il n'y eut pas de traitement thermal régulier.
La distraction, l'air de la montagne et surtout l'isolement achevèrent la guérison ébauchée l'année précédente.
Aujourd'hui, M'^*^ de L..., — ou plutôt M'"^ de '^*'^ — est complètement rétablie.
Voici, pour continuer la série des femmes atteintes observation de neurasthénie mentale, deux cas intéressants que nous a communiqués M. le D' Dejeanne :
M"*^ T..., à la suite d'épreuves morales et de fatigues d'esprit, est tombée dans un état de mélancolie aiguë, qui a nécessité l'éloignement de sa famille et l'isolement. Elle était obsédée par des idées de culpabilité imaginaire, par des préoccupations maladives sur sa santé et par un sentiment de découragement profond. Avec cela , atonie fonctionnelle générale, insomnie, aménorrhée, dyspepsie, anémie et amaigrissement progressif.
L'isolement a amélioré cet état. Elle vient achever
132 Les névropathes
(.)bservalion
son rétablissement à Bagnères. Il lui reste des idées hypocondriaques, une inquiétude continuelle, un sentiment d'impuissance et d'affaissement.
Les bains de Salut, l'eau de Salut et quelques douches froides dissipent les restes de cet état nerveux.
M'"*" L... fit, il y a dix ans, une chute de voiture qui détermina, en sus des lésions externes (fracture des deux malléoles avec plaie) , un ébranlement cérébral tel que, depuis cette époque, elle est sujette à des accidents nerveux bizarres (c'est l'expression de son médecin). Ces accidents cessent quelque temps et on croit M'"^ L... guérie; mais ils reviennent toujours avec une désespérante ténacité.
Ce sont surtout des peurs ou des inquiétudes : peur de marcher seule dans la rue, peur d'être malade, peur de mourir, peur de perdre la tête; inquiétude vague, besoin de changer de place sans motif appréciable. Avec ces phobies , dépression mentale profonde, tristesse, crises de pleurs.
L'hydrothérapie a fait du bien un temps. Puis, elle a paru fatiguer la malade ; c'est alors qu'on l'a envoyée à "Bagnères , dans l'espoir heureusement justifié, qu'elle y retrouverait l'équilibre de nos système nerveux et de ses idées.
Le traitement suivi a consisté en bains de Salut et douches écossaises.
obseryation Nous trouvous dans la thèse de Cascua sur Salul^
^^^" l'observation XXXII, qui rentre dans le groupe que
nous étudions. M. P..., après s'être livré à de grands
à BagnèreS'de-Bigurre 133
travaux intellectuels , est tombé dans un état d'anémie profonde avec une extrême surexcitation nerveuse. 11 éprouve de violentes névralgies.
Salul, en boisson et en bains, lui procure une amélioration qui s'est maintenue.
Dans la brochure du docteur Couzier sur Salât , il observation
1 , • 1, -iw 1 . .1 XXVIII
y a a relever une observation détaillée de cerebrasthénie chez un jeune homme de 19 ans. Nous la résumons : le surmenage scolaire a été le point de départ de la névrose ; après des excès de travail et un brillant examen, M. S... a contracté un malaise et une fatigue générale; l'appétit et le sommeil ont disparu. Il a passé un an dans cette dépression de tout son être physique et moral.
Après plusieurs traitements infructueux, on s'est décidé à l'envoyer à Bagnères.
L'eau et les bains de Salut , avec les douches froides , l'ont rétabli. Il est parti « aussi bien que possible. »
Descaunets prétend que le bain de St-Roch est propre, dans certains cas, pou?- rétablir la mémoire affaiblie, et il rapporte, à l'appui de son dire, le fait suivant :
« Un jeune étudiant en philosophie, âgé de 22 ans, observation d'un tempérament pituiteux, fit une chute qui lui causa une grande faiblesse dans les jambes, et peu de temps après , étant venu à Bagnères , je lui fis prendre le bain de St-Roch; et m'ayant dit que sa mémoire s'était rendue ingrate depuis peu de temps, JQ lui conseillai de prendre la douche de ce même
134 Les névropathes
bain sur la tête, à mesure qu'il baignerait son corps; et je sais de bonne part que, sans aucun remède, sa mémoire se rétablit et ses jambes reprirent en peu de temps leurs premières forces. »
C'est généralement aux eaux de Salut que sont adressés les mélancoliques et les hypocondriaques, comme le prouvent les deux cas suivants, dont le premier est encore rapporté par Descaunets :
observntiou « Uu tliéologleu âgé de 42 ans, d'un tempérament atrabilaire , tombé dans une mélancolie des plus noires, qui lui rendait la compagnie à charge, fut promptement guéri de sa maladie par les eaux de Salut. »
Le dernier cas est de Borde u :
observntion a Un homuie quadragénaire, chagrin de n'avoir pas réussi dans ses études, dans lesquelles il avait employé beaucoup de travail, devint mélancolique; la vie et le commerce des hommes lui étaient à charge, et il ne trouvait de tranquillité d'esprit que dans une continuelle et profonde solitude. Il fut guéri par les eaux de Bagnères de la fontaine de Salut. »
§ 4. — Neurasthénie arthritique.
(Variété rhumatoïde de la neurasthénie , — rhumatisme vague ou nerveux, — irritation spinale, — neurarthritisme).
Plusieurs des malades qui ont figuré dans les paragraphes précédents étaient certainement arthritiques. Mais les symptômes de celte diathèse n'occu-
à Bagnères-de- Bigorne 135
paient pas le premier plan, et cette diatlièse ellemôme n'imprimait pas son cachet spécial à l'ensemble de la maladie : ces deux conditions sont au contraire réalisées, séparément ou simultanément, dans les cas dont nous allons maintenant nous occuper.
11 s'agit de rhumatisants ou de goutteux qui n'appartiennent à la névrose de Beard que par certains stigmates révélateurs ou par la forme neurasthénique que revêlent les manifestations de leur diathèse. Autrefois ces malades auraient été classés sous l'étiquette ù^irrUalion spinale ou de rhumatisme nerveux, l'une et l'autre de ces expressions servant à désigner, à deux points de vue différents, les douleurs vagues et multiples, l'hyperesthésie générale ou diversement localisée , l'impressionnabilité des téguments et des organes internes, la dépression des forces, etc.
Huchard assimile ces trois termes : neurasthénie, rhumatisme vague, irritation spinale, et il déclare, sous forme d'aphorisme que, dans la plupart des cas, la neurasthénie est une névrose arthritique.
Cette opinion a paru excessive à plusieurs auteurs. Il nous suffit, à nous, de savoir que, dans un certain nombre de cas , la neurasthénie est une névrose manifestement arthritique, par son origine et par son caractère.
Ce sont quelques-uns de ces cas que nous allons examiner.
M"*-^ V..., 15 ans, m'est adressée en 1890 par un de ' xTxiT"
136 Les névropathes
ses proches parents , médecin à Paris. Elle est accompagnée de sou père et de sa mère.
Le diagnostic porté sur elle est : rhumatisme erratique, anémie, neurasthénie.
Ses parents sont « névralgiques et migraineux. »
Elle vient de perdre un frère aîné, d'une crise de rhumatisme articulaire aigu.
Elle a de la tarsalgie au pied gauche.
Traitement : Eau ferrugineuse, bains de piscine de Salies, douches écossaises.
Je me préoccupe surtout de tonifier l'organisme et de combattre le principe rhumatismal. Mais j'observe, pendant la cure, des signes non équivoques de névrose : étouffements , sternalgie , crise de hoquet, troubles vaso-moteurs (taches ecchymotiques)...
Le résultat est bon. L'hiver se passe bien.
Je revois cette jeune fille en 1892. Elle vient faire une cure de reconnaissance. Elle espère aussi laisser à Bagnères certains phénomènes douloureux qui persistent, tels que céphalée, coliques menstruelles...
Le caractère rhumatismal du sujet s'étant un peu effacé, je fais suivre un traitement plus sédatif : bain du Platane ou de Salut.
J'ai des nouvelles récentes de M"^ V... : elle est dans un parfait état de santé, sa famille s'applaudit tous les jours de l'aA^oir menée à Bagnères.
Voici une observation plus complexe , qui peut
passer pour un cas type de neurasthritisme.
Observation M. l'abbé K... occupe une situation élevée dans
l'enseignement. Un travail assujettissant et excessif
a amené chez lui une sorte de déchéance fonc-
à Bagnères-de- Bicorne 137
tioniielle physique et morale. Il porte, en outre, une tare arthritique dont les effets se sont manifestés, il y a déjà plusieurs années, sur l'appareil respiratoire et ont nécessité une cure aux Eaux- Bonnes.
La première fois que je le vis, en 1888, il présentait un état général assez mauvais et des troubles variés, dépendant les uns de la neurasthénie, les autres de l'arthrilisme.
C'était une céphalée persistante , coupée de migraines à peu près hebdomadaires ; de l'insomnie ; un affaissement musculaire général ; une atonie digestive considérable, rendant les digestions très laborieuses et très pénibles.
C'était une susceptibilité très marquée des bronches et du larynx; des crises de sueurs abondantes; des douleurs rhumatoïdes.
Il était pris parfois d'un mouvement fébrile comme cela s'observe chez certains neurasthéniques.
M. l'abbé II... a fait à Bagnères cinq saisons. Dès la première année, le résultat a été si satisfaisant, qu'il a pu remplir ses fonctions jusqu'au mois de juillet suivant, sans interruption.
Chaque année, je l'ai vu revenir plus satisfait, ayant mieux passé son hiver et m'apportant un bagage moins lourd de misères à traiter.
Mon registre d'observations porte, pour 1892, cette simple mention : « Va bien mieux de tout, va même bien. Il ne reste guère, avec la fatigue d'une année de travail, que la susceptibilité de la gorge. »
^38 Les névropathes
Labassère et Salies, — Salles surtout, — en boisson, gargarismes et pulvérisations; les bains de la Tour ou de la Reine; les douches écossaises; l'eau de Salut; — tel a été le traitement suivi avec un succès croissant.
Observation Le D'X..., Hicmbre de rAcadémie de médecine, xxxiv . '
envoie a Bagnères sa fille, M™^ '''"', qui a fait trois saisons à Royat pour enrayer certaines manifestations arthritiques et notamment un eczéma tenace dont elle a fini par se débarrasser.
Après ces manifestations dialhésiques (douleurs periarticulaires , migraines, urticaire, eczéma), jy]me ^^^ a présenté des troubles nerveux assez prononcés pour dominer la scène actuellement par l'influence qu'ils exercent sur le moral de la malade. Des douleurs de tête persistantes et des accès d'angoisse précordiale ont développé chez elle une sorte d'hypocondrie. Elle est frappée de son état, ailaissée et inquiète. C'est pour modifier l'état nerveux et l'état mental que son père l'envoie à Bagnères. Il espère, dit-il dans une lettre, que nos bains tempérés, pris à eau courante, auront ftne action sédative efficace, et que nos sources ferrugineuses seront aussi remontantes que la source Eugénie, de Royat.
Je prescris à M'"*' '^''^ le bain du Platane, réchauffé par l'addition d'un peu d'eau de Salies, et l'eau ferrugineuse du Grand-Pré. — Cette eau ferrugineuse ayant déterminé des effets légèrement purgatifs, je la remplace par l'eau de Mélaou. —
à Bagnères-de-Bigorre 139
Je n'ordonne pas de douches, parce que M"*'' ^'^^ vient d'en prendre une série à Paris et qu'elle se propose de recommencer quand elle sera de retour chez elle.
j^jme *^^^ quitte Bagnères dans des conditions physiques et morales sensiblement meilleures. Le D"" X..., que j'ai eu l'occasion de voir l'année suivante, m'a appris que les résultats ultérieurs avaient été des plus satisfaisants.
Les quatre observations suivantes sont empruntées aux notes personnelles de M. Dejeanne.
M. de Gr... présente des déterminations morbides observation