LXXXIX
nous avons eu l'occasion de l'observer chez une jeune fille qui vint deux années à Bagnères.
Elle avait 16 ans quand elle vint la première fois. Son médecin de Paris, justement alarmé sur la nature de certaines crises nerveuses, la recommandait à toute mon attention.
Ces crises étaient attribuées à des causes diverses, déterminantes ou occasionnelles : une chute sur le dos, qui avait, huit ans auparavant, obligé la jeune fille à garder le lit pendant quelque temps ; une opération d'ongle incarné, qui avait été très douloureuse, par le fait d'une anesthésie incomplète, il y avait un an et demi ; une fièvre typhoïde, datant de deux ans, qui fut suivie d'une crise de somnambulisme.
Il est certain qu'on était en droit de faire une large part à ces faits dans la production des accidents taut hystériques qu'épileptiques observés chez la malade.
L'élément comitial ne pouvait pas être mis en doute; elle avait eu des accès caractérisés, avec morsure de la langue et émission d'urine ; elle eut, pendant son séjour à Bagnères, plusieurs petites attaques dont elle ne gardait aucun souvenir. Un matin, achevant sa toilette, elle était prise de
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convulsions et d'oppression, elle pâlissait, ses yeux devenaient fixes ; puis, la détente se faisant, elle regardait autour d'elle avec une sorte d'effarement et prononçait, d'une voix fatiguée, ces deux mots : «Fatiguée... Déjeuner... » Un moment après, elle avait un antre accès , cette fois tétanique : elle tombait et se raidissait.
Son caractère et son état psychique concordaient avec ces symptômes : caractère renfermé , air absorbé, parfois comme stupide. Elle n'avait rien de l'expansion et des allures passionnelles des hystériques.
Elle avait eu pourtant des attaques d'hystérie, plus ou moins complètes, notamment les mouvements cloniques avec l'attitude de l'arc de cercle ; elle avait présenté les troubles oculaires propres à cette névrose, amblyopie, diplopie, dalnotisme ; elle avait été somnambule. Elle présentait encore parfois le phénomène de la boule hystérique et les désordres dyspeptiques qui accompagnent généralement l'hystérie.
D'autre part, le bromure lui faisait du bien : pris à la dose de 3 grammes par jour, il suspendait les attaques épileptiformes. Elle avait fait de l'hydrothérapie avec succès sous la direction du D' Beni-Barde.
Une triple indication s'imposait au médecin thermal : tonifier l'état général, améliorer l'état des voies digestives , conjurer, si c'était possible, le développement du mal comitial.
Je prescrivis l'eau de Salut, les bains de Salul, la
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douche écossaise et, plus tard, la douche froide.
Je n'ai pas eu la satisfaction de voir tout à fait disparaître les attaques; j'ai dû ordonner le bromure plusieurs fois, dans le cours des deux saisons que cette malade a passées à Bagnères. J'ai pourtant obtenu de bons effets, soit sur l'estomac, soit sur le système nerveux qui a paru se calmer et se fortifier.
M"^ *** a pu faire de longues courses à cheval, sans éprouver le moindre accident; elle a été au Pic-du-Midi.
A son départ, je lui conseillai le borate de soude, 2 à 6 grammes par jour, suivant la méthode de Govvers, pour remplacer les bromures. Je sais qu'elle s'en est bien trouvée.
Les dernières nouvelles que j'ai eues n'étaient pas mauvaises, sans être encore satisfaisantes.
^pie *^* guérira- t-elle ?
Le D' Beni-Barde , qui déclare l'hydrothérapie impuissante dans la grande épilepsie, conseille de l'employer, avec une grande prudence, « dans cet état complexe connu sous le nom d'hystéro-épilepsie, qui est constitué par un mélange de symptômes hystériques et de symptômes d'épilepsie. »
Mais, c'est surtout dans les petites attaques, dans V absence , le vertige de l'épilepsia minor, que ce distingué praticien recommande l'hydrothérapie. « Nous avons donné des soins, dit-il', à un grand nombre de malades présentant ces divers symptômes, et nous avons réussi dans un certain nombre de cas. »
C'est, sans doute, aussi dans des cas de ce genre
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que le D' Jules Simon conseille d'envoyer les enfants à Bagnères.
•Voici un exemple qui justifie cette manière de voir :
Observation Lc ieuiie L..., de Paris, est atteint de certains accidents nerveux qui font redouter le mal comitial. Il prend 2 grammes de bromure de potassium par jour et fait de l'hydrothérapie en chambre.
On l'envoie à Bagnères dans l'espoir d'apaiser cet état nerveux et de conjurer des accidents plus graves.
Les bains de Salut donnent le résultat désiré. Les crises qu'on redoutait ne se sont pas produites.
(D' Dejeanne).
Observation J'ai solgné uuo vieille dame qui présentait, comme
unique symptôme épileptique, d'ailleurs bien caractérisé, des spasmes de la glotte. Elle avait, avec cela, du rhumatisme périphérique. Bains du Platane ou de St-Roch^ douches tempérées, eau de Salut. Elle est venue trois années. Dès la seconde année, ses attaques disparurent ; elles ne se sont pas reproduites.
Je n'en dirai pas autant des grandes attaques épileptiques , heureusement rares , qu'il m'a été donné de soigner aux eaux de Bagnères. J'en ai vu assez pour être convaincu, comme le sont tous mes confrères, de l'inutilité d'un traitement thermaL
Espérons, pour les malades de cette catégorie, que la méthode chirurgicale proposée et appliquée par le professeur Ghalot (de Toulouse), sera plus heureuse
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que tous les procédés thérapeutiques essayés jusqu'à ce jour.
Partant de cette idée que l'épilepsie est liée à une congesuion encéphalique qui a pour etîet d'augmenter l'irritabilité du bulbe, le D' Clialot pratique, chez les épileptiques, la ligature des artères vertébrales. Des résultats encourageants ont été obtenus (l).