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CHAPITRE IV

La chorée, surtout la chorée infantile, guérit parfaitement à Bagnères-de-Bigorre , qu'elle s'accompagne ou non d'une affection rhumatismale.

Voici un cas type de chorée infantile, rapporté par M. le D'" Gougombles.

« Marie G..., âgée de 12 ans, de Toulouse, née de observation

parents rhumatisants, est d'un tempérament nerveux et irritable.

» Au commencement de l'année dernière, l'enfant se réveille, une nuit, avec une violente douleur dans le derrière de la tête et une fièvre intense. Le lendemain tout disparaît pour se montrer de nouveau, au bout de trois semaines , pendant quelques jours.

(i) Voir : Communication à VAssociation française pour l'avancement des Sciences, congres de Pau, 1892. — Thèse du D'- Middleton^ Paris, 1892, sur le Traitement de l'épilepsie essentielle par la ligature: des artères vertébrales.

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Deux mois après la malade éprouve des douleurs daus les membres, douleurs qualifiées par le médecin de douleurs rhumatismales. Puis , survienuent dans le bras droit des mouvements choréiques qui se généralisent ensuite à la face et aux membres inférieurs ; les parties affectées deviennent le siège de mouvements irréguliers, désordonnés, tout à fait involontaires.

» Dès le début, la médication arsenicale et les sédatifs du système nerveux, le chloral, la valériane, le bromure sont employés tantôt isolément , tantôt associés dans une même préparation. L'amélioration n'est qu'insignifiante.

» Daus ces conditions le D'' St-Agnès se décide à envoyer sa malade, au mois de juillet 1889, à Bagnères-de-Bigorre..

» Nous conseillons le traitement spécial par l'eau de Salut :

» Bains de Salut tous les jours et eau de Saint en boisson.

» Douches alternativement chaudes et froides.

« Eau ferrugineuse du Grancl-Prè aux repas. La jeune malade quitte Baguères pour ainsi dire guérie après cinq semaines de traitement ; quatre mois après, elle n'a conservé qu'un peu de tremblement spasmodique des muscles de la face. »

Dans cette observation, les accidents ont précédé les mouvements choréiques. Dans l'observation suivante, du D'' Gouzier, bien qu'on paisse supposer un terrain héréditaire arthritique, la chorée s'est déve-

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loppée à la suite d'une cause morale et indépeudaninient de toute manifestation rhumatismale.

« Emile D..., âgé de 1 1 ans, de Toulouse, a toujours observaiion ete dune bonne santé. Sa mère est sujette a des attaques d'hystérie; le père est rhumatisant.

M II y a six mois, cet enfant eut une vive frayeur, à la suite de laquelle se produisit une syncope. Revenu à lui, il n'accusa d'abord aucun trouble. Mais le lendemain ses parents s'aperçurent de quelques mouvements irréguliers dans les muscles de la face. Le soir, il eut une violente attaque de nerfs, suivie d'un peu de fièvre. La perturbation des mouvements s'est étendue à tout le côté gauche, et présente les caractères d'une chorée partielle se calmant pendant le sommeil.

» Intelligence très vive, impressionnabilité extrême.

» Le malade commence son traitement le 10 juillet 1877 et le continue jusqu'au 15 août. — Il a pris 25 bains à Salut et dix douches écossaises. — La chorée a cessé dans les membres et est à peine perceptible dans les muscles de la face.

» L'année suivante, l'enfant m'est ramené complètement guéri » (1).

La thèse de Ganderax fils contient une observation intéressante par elle-même et par les détails du traitement qui fut suivi.

« M"^ ***, âgée de 18 ans, constitution délicate, observation

(i) Le [)' Couzier a publié dans la Galette thermale une observation de chorée chez un enfant de 7 ans; ce cas de chorée, très caractérisé et très complet, est l'objet d'une relation longue et détaillée. La guérison fut obtenue après 3o bains de Salut.

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tempérament nerveux, est atteinte depuis trois ans d'une chorée partielle, bornée d'abord à la face et s'étant ensuite étendue aux membres supérieurs. Cette maladie est exempte de toute complication, il n'y a ni lésion notable dans les fonctions qui constituent la vie organique, ni la plus légère altération des facultés intellectuelles. Traitée d'abord par les anti-spasmodiques et autres moyens appropriés, la malade a pris, en 1837, des bains de mer qui ont fortifié sa constitution, mais n'ont eu aucune influence sur la chorée. Venue à Bagnères au mois de septembre 1838 , M"^ *** a pris sans interruption vingt-six bains d'une heure à Salut, à 25" Réaumur, pendant lesquels on lui faisait, à deux reprises et pendant cinq minutes, des aspersions froides sur la tête. Comme la menstruation, quoique régulière, était peu abondante, elle a pris en même temps quelques verres d'eau ferrugineuse qui ont augmenté l'écoulement. Les bains ont diminué l'intensité et surtout la fréquence des mouvements convulsifs de la face et des bras, qui auparavant étaient presque continuels, et M"*^ *** a quitté Bagnères non guérie, mais soulagée d'une manière notable. L'amélioration a fait des progrès dans l'iuLervalle des deux saisons, et la malade est revenue au mois de juin 1839. Elle a pris trente-deux bains alternativement à Salut et au Foulon, et a pris en môme temps l'eau ferrugineuse. A son départ de Bagnères, sa constitution s'était fortifiée, et il ne restait aucun vestige de la chorée.

k Ba^nères-cle- Bigorne 237

Cette malade avait été envoyée à Bagnères par M. Fabre, médecin de la Salpêtrière.

J'ai soii^né nue ieune fille de 17 ans, atteinte, observation

comme la malade de Ganderax, de chorée partielle.

et portant comme elle les attribnts d'nne constitiUion délicate et d'nn tempérament nerveux. Les accès de chorée furent précédés d'nn affaiblissement progressif et de vagues symptômes nerveux. Ce n'est qu'au bout d'un an que le premier accès se produisit. M"*" Th... fut prise la nuit d'une sorte d'élouffement ; quelques jours après, survinrent des mouvements choréiques du haut du corps , qui durèrent quarante-huit heures. Les crises suivantes, assez espacées, furent moins longues et moins caractérisées. Cependant la jeune fille s'affaiblissait davantage. Elle présentait, en outre, des altérations du caractère, une irritabilité morale qui ne lui était pas habituelle, et, du côté de la sensibilité, de la céphalée et des douleurs (provoquées) au niveau des vertèbres dorsales, — autant de symptômes de la névrose de Sydenham.

Un traitement hydrothérapique qu'elle suivit chez elle, amena une certaine amélioration. Les médecins l'adressèrent à Bagnères pour compléter la guérison.

Eau ferrugineuse, bain de Salut, douche froide, — exercice régulier, dictraction modérée , — prise d'une tasse de lait, tous les matins, à la laiterie Carrère.

En fait de distraction, je permis une fois l'opéra-

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comique : mais l'émotion de ma jeune cliente fut si forte, qu'elle dut sortir après le premier acte.

Le résultat du traitement thermal a été de relever les forces, de tonifier et de modérer le système nerveux. Les mouvements choréiques ne se sont pas reproduits.

Vhémi-chorée est souvent, mais non toujours, symptomatique d'une lésion cérébrale. Dans le cas suivant, observé par M. le D"" Lejeanne, des mouvements choréiques de la moitié du corps ont été supprimés par l'usage des bains de Salut et des douches écossaises.

obser/aj'on M"'*" K... vlcut à Baguèros en 1888. Elle est atteinte d'hémi-chorée gauche manifeste. Elle souffre en même temps de douleurs de tête et de troubles du même côté, de palpitations du coeur avec bruit de souffle à la pointe et au premier temps; son moral est frappé , et elle éprouve une grande fatigue d'esprit.

Bain de Salut, douche écossaise. Cessation des mouvements choréiques. Amélioration générale.

J'ai été moins heureux dans le traitement d'une hémi-chorée que le professeur Hardy avait adressée à Bagnères en 1891. Il est vrai qu'il s'agissait d'un homme avancé en âge, et l'on sait que la chorée des vieillards est à peu près incurable. J'obtins un soulagement passager par le bain du Foulon et la douche chaude. (Je dus renoncer à la douche tiède, 28**, à cause de la réaction arthritique du sujet, et j'avais écarté d'emblée le bain de Salut). Mais le malade se retira peu satisfait, et un peu découragé

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au moins en ce qui concernait les effets immédiats. Je n'ai pas eu de nouvelles ultérieures.

Avant de terminer ce chapitre par quelques considérations sur le traitement, accorderons-nous une mention aux diverses variétés de cliorée et de pseudo-chorée qui ont été décrites dans ces dernières années par Gharcot, Lannois, Grasset, Bergeron, Morvan, Féré, Letulle, etc. ?

Parlerons-nous de la chorée molle, du tic de Salaam , de la chorée électrique , de la chorée de Huntington, de l'athétose, du paramyoclonus multiplex ?

Il nous semble que ce serait un hors-d'œuvre. Nous sommes incapable de débrouiller dans les observations anciennes les symptômes qui pourraient se rapporter à ces nouveaux types de chorée, et nous ne sommes pas non plus en mesure de fournir sur la question des documents personnels. — Nous ne parlerons pas davantage de la paralysie agitante, qui est réputée incurable, — ni de la maladie des tics , cette curieuse névrose du mouvement, de la parole et môme de la pensée, dont l'étude détaillée a été faite par MM. Gharcot, Gilles de la Tourette et G. Ghinon, et, plus récemment, dans les Archives de Neurologie, par le D"^ L. Ghabbert (1).

(i) Le D^' Chabbert a publié dans la iiicme revue une excellente étude, sous ce titre : Paralysie agitante et hystérie. Cette étude tend à prouver, comme le professeur Pitres l'avait pressenti, que la paralysie agitante pourrait être une modalité de la névrose hystérique. Cette conception nosologique expliquerait les bons effets obtenus par riiydrothérapie dans certains cas de maladie de Parkinson.

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Plusieurs de ces affections à forme agitée ou convulsive sont certainement justiciables d'un traitement thermal. C'est du moins notre avis, mais nous attendons, pour traiter ce sujet d'une manière concluante, que des circonstances favorables nous aient mis les preuves entre les mains.

La chorée ne saurait être uniformément soumise à un traitement excitant : le D'' Beni-Barde part de ce principe pour recommander d'agir avec prudence et précaution, surtout au début de la maladie : « Il faut se rappeler, que, dans cette névrose, il convient de tonifier et non d'exciter. »

Il faut faire la part du tempérament, de la constitution, de la diathèse. " S'il existe un état anémique ou un état cachectique très prononcé, s'il existe en même temps un grand affaiblissement du système musculaire, il faut à tout prix relever l'organisme et recourir par conséquent aux applications excitantes. »

Tel était l'état de ma cliente (observ. xcv) à qui je prescrivis l'eau ferrugineuse et la douche froide, à laquelle l'avait d'ailleurs préparée un traitement préalable d'hydrothérapie.

Tel était surtout le cas de la cliente de Ganderax, qui ne craignit pas de lui faire administrer dans le bain de Salut deux aspersions d'eau froide, de cinq minutes, sur la tête. Le bain était pris à la température de 25° Réaumur, soit 31° 25 centigrades.

a Cette méthode, continue le même auteur, ne peut convenir à la chorée qui tient à une impres-

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sionnabilité excessive du système nerveux. Nous recommandons, dans ce cas, des applications très légères...

» Lorsque la chorée est liée à la diathèse rhumatismale, le traitement hydrothérapique est plus difficile et plus compliqué. Il faut combiner le calorique et le froid, de manière à pouvoir agir sur toutes les fonctions de l'organisme et notamment sur les fonctions de la peau, et ne se décider à combattre les désordres de la mobilité qu'après avoir modifié l'état général du malade. »

C'est afin de combiner le calorique et le froid, que la douche écossaise ou la douche alternante sont prescrites aux malades des observations cxii , cxin , cxvr ; quant à mon hémi-choréique, il ne supporte pas même la douche tiède, il lui faut la douche à 38" ou 40», et il se baigne au Foulon.

On aura remarqué que les autres malades, rhumatisants ou non, se baignaient indistinctement à Salùt, sans qu'on ait eu à signaler le réveil des accidents diathésiques. C'est que les crises rhumatismales étaient déjà éloignées et que les troubles nerveux l'emportaient sur la diathèse.

Il en est d'ailleurs de Salut comme de l'eau froide « dont les effets curatifs (dans la chorée) sont incontestables, dit Beni-Barde, si fapplication en est faite avec mesure et discernement. »

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