‹ Les névropathies à Bagnères-de-BigorreChapitre 31 sur 61 · XCVII · texte numérisé non relu

XCVII

avec le diagnostic de goitre exophtalmique.

Il a 45 ans, mais il paraît en avoir soixante, tant la maladie l'a vieilli. Il a d'ailleurs été toujours faible et délicat ; il a fait usage pendant vingt ans des eaux de Gauterets pour fortifier sa poitrine , sujette à de fréquentes bronchites.

Il ne peut dire exactement de quelle époque date l'affection pour laquelle il vient à Bagnères. Il s'est senti plusieurs fois essoufflé cet hiver; il a ressenti les premiers tremblements aux mains il y a six ou sept mois , mais les symptômes cardiaques me paraissent devoir être plus anciens.

Actuellement, il présente du côté du cœur, en sus des palpitations et de la tachycardie , des signes d'hypertrophie et des intermittences qui se produisent environ toutes les huit pulsations.

Le cou est gonflé par le développement anormal, encore modéré, du corps thyroïde.

L'exophtalmie est manifeste.

Je remarque un léger tremblement des doigts en lui faisant mettre la main dans l'extension.

Le moral est affaissé, il y a une tendance marquée à l'hypocondrie.

La santé générale est visiblement altérée, le malade a perdu 12 kilog. depuis un an.

Est-il permis de ranger à la suite de ces symptô-

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mes le phénomène de canitie partielle présenté par le malade, — trois mèches absolument blanches qui se détachent au milieu d'une clievelure noire? Nous nous bornerons à rappeler que Trousseau avait signalé, dans cette affection, la disparition du pigment sur certains points de la peau (plaques de vitiligo).

J'envoie M. G... boire et se baigner à Salut : le bain ne doit être pris qu'à mi-corps , un quart d'heure, à 33°. J'ordonne en outre la douche écossaise, et, après quelques jours, la douche froide.

Mon malade s'en va au bout de douze jours. Cette courte saison, d'une durée dérisoire, a suffi pour amener une très notable amélioration : la tachycardie a diminué (le pouls n'est plus qu'à 90), le tremblement a diminué aussi et, chose plus importante, je n'observe plus d'intermittences du cœur!

Sur mes instances, le malade me promet de revenir avant la fin de l'été.

Il vient, en etfet, faire une deuxième saison, à peine un peu moins courte que la première. L'amélioration s'est maintenue et môme s'est accentuée dans l'intervalle. Cette seconde cure donne les meilleurs résultats : le sommeil, qui manquait depuis longtemps, revient; tout tremblement disparaît, l'exophtalmie et la tuméfaction thyroïdienne s'atténuent très sensiblement, le rythme du cœur est parfait, et l'hypertrophie seule se reconnaît à la force un peu exagérée des bruits. Pouls à 80^

J'ai revu M. C... l'année suivante. En dépit d'une attaque d'influenza, je l'ai retrouvé en bon état.

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Il a fait mie cure de reconnaissance.

M. A..., d'Alger, m'arriva en bien plus mauvais observation état que le malade dont je viens de raconter brièvement l'histoire.

M. A..., encore jeune, 38 ans, paraissait être en pleine période cachectique la première fois que je le vis à ma consultation. Yeux très saillants, tremblement des mains très marqué, tachycardie et battements tellement tumultueux qu'il m'était impossible d'analyser les résultats de l'auscultation ; affaissement général considérable et œdème des jambes très manifeste.

Assez effrayé par ce tableau , je fis examiner les urines (elles contenaient de l'albumine) et je n'osai d'emblée entreprendre un traitement thermal. Ce n'est qu'après quelques jours de régime lacté et après avoir constaté des signes certains d'amélioration, que je risquai la douche écossaise, la douche écossaise seule d'abord.

Bientôt, je pus faire baigner mon malade au Platane, à 34°, et lui faire supporter la douche simplement froide. Les symptômes d'asystolie commençante s'effacèrent, le pouls put être compté, les battements du cœur devinrent nets et distincts; le tremblement et l'exophtalmie s'amendèrent.

Il n'éprouva qu'un accident pendant son séjour à Bagnères, une syncope à la suite d'un repas trop copieux et mal digéré. Mais les forces augmentaient tous les jours; il fit sans trop de fatigue l'ascension

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duBédat, et, quand il partit, je lui donnai l'assurance qu'il pouvait se remettre au travail.

Les nouvelles que j'ai eues de lui l'hiver suivant ont confirmé cette prévision favorable.

* * Observation Voicl uu troislème cas de goitre exophtalmique

que j'ai vu également s'améliorer :

M. F..., 27 ans, père de famille, manifestement atteint de la maladie de Graves, ne s'est pourtant pas bien trouvé des douches qu'il a prises à Toulouse. Il a été encore moins heureux à Biarritz, où il a pris dix bains de mer qui lui ont occasionné, suivant son expression, « du roulis dans la tête. »

Je lui prescris simplement Teau et le bain de Salut.

Premiers résultats encourageants : il ne se plaint plus d'une céphalée qui l'affligeait depuis assez longtemps ; il a pu monter au Bédat, — cette promenade est une course d'épreuve pour les muscles et l'appareil cardio-pulmonaire de nos malades. Je l'envoie à la douche, tiède et froide.

Le traitement s'est continué ainsi, Salut en bain

et en boisson, douche écossaise. Mon malade est

parti très amélioré et très satisfait.

Observation Lc fait sulvaut qul m'a été communiqué, est un exemple des cas insidieux difficiles à dépister.

M^'^ B... a souffert assez longtemps de troubles cardio-vasculaires (palpitations, dyspnée, etc.) sur lesquels il était malaisé de poser un diagnostic. Ce n'est que, dans ces derniers temps., à l'apparition

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des symptômes d'exophtalmie et de ^onllement du cou, qu'il a été permis de reconnaître la maladie.

La malade a été dirigée sur Bagnères et adressée cà M. le D'" Dejeanne qui lui a prescrit le traitement suivant : eau de Salut, bain de Salut, à 33^ douches écossaises. L'amélioration a été progressive, et, après quatre semaines de traitement, quand M''*" B... a quitté Bagnères, tous les symptômes de sa maladie avaient disparu ou s'étaient atténués.

On admet généralement l'efficacité de l'hydrothérapie dans la maladie de Graves.

Le D'" Beni-Barde , qui considère cette maladie comme une névrose générale, est convaincu que les succès seraient plus nombreux si l'intervention hydrothérapique était moins tardive et si les malades apportaient plus de constance dans le traitement. Il recommande de préférence la douche mobile, froide, ' courte et légèrement percutante. « Si elle est mal supportée, il faudra élever la température de l'eau jusqu'à ce que la tolérance soit établie... Plus tard on augmentera l'énergie de la douche, et on abaissera la température de l'eau. »

Cette tactique de prudence était indiquée et a été suivie dans les observations que nous venons de rapporter. Aucun des malades n'a débuté par l'eau froide; l'un d'eux (observ. xcix) qui n'avait pas eu à se louer des douches qu'il avait prises avant de venir, n'a recommencé les douches qu'après avoir pris un certain nombre de bains.

Le bain sédatif (Salut ou Platane), à 33° ou 34^ a toujours fait partie intégrante du traitement. Dans

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un cas où la faiblesse était extrême et s'accompagnait de désordres cardiaques accentués (observation xcviii ), le bain n'a pas pu être prescrit au début, mais il l'a été dans la suite. Un autre malade, en commençant, ne prenait qu'un demi-bain (observation xcvii).

Le D' de Ranse (de Néris) a démontré, dans une intéressante communication faite au Congrès d'hydrologie de Biarritz, en 1886, les bons effets des eaux indéterminées dans les formes, complètes ou frustes de la maladie de Basedow. Voici la conclusion de son étude :

« Sous quelque forme qu'elle se présente, la maladie de Basedow est essentiellement justiciable des eaux indéterminées. L'action sédative de ces eaux, portant sur le système nerveux tout entier, a pour effet de modifier les conditions qui ont produit et entretiennent les troubles cardio-vasculaires ; les battements du cœur et les pulsations diminuent à la fois de force et de fréquence ; le tremblement et les mouvements fibrillaires des masses musculaires subissent une diminution parallèle ; les divers troubles fonctionnels s'amendent, la nutrition se rétablit, les forces reviennent, et la maladie, enrayée simplement dans certains cas, plus ou moins grandement améliorée dans d'autres , peut être définitivement vaincue. »

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