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CHAPITRE II La Neurasthénie

La neurasthénie, soupçonnée ou partiellement décrite par plusieurs auteurs, Dupau (Eréthisme nerveux^ 1819), Brown (Irrilation spinale, 1829), Valleix (Névralgie générale, 1848), Bouchut {Nervosisme, 1860-1877), Krishnber (Névropathie cérébrocardiaque, 1873), a été constituée, en 1880, par Beard, à l'état d'entité nosologique, sous le nom définitif de neurasthénie.

En France , Huchard et Charcot ont donné à la neurasthénie ses lettres de naturalisation scientifique. Huchard, le premier en France, a publié une étude sous ce titre , dans son Traité des névroses.

Charcot, avec son génie clair et méthodique, a tracé les frontières de la maladie et lui a assigné sa place exacte dans le domaine des névroses.

La tâche serait malaisée de reconnaître la maladie de Beard dans la « poussière cosmique » des désordres nerveux, sans la lumière jetée sur ce sujet par les cliniques de Charcot.

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Les stigmates ou symptômes types, au nombre de sept, créés par le professeur de la Salpêtrière , sont : la céphalée neurasthénique, Tinsomnie, la rachialgic, Tamyosthénie, les trou])les gastriques, les troubles génitaux, Fétat mental des neurasthéniques.

Ces symptômes sont nécessaires, sinon tous, du moins quelques-uns d'entre eux , pour poser le diagnostic de neurasthénie. Us seront définis et décrits dans la suite de cette étude.

D'autres symptômes, de moindre importance, sont d'une réelle utilité pour compléter le tableau de la maladie ou pour aider à la reconnaître.

Notons le vertige, les troubles sensoriels, les troubles de la sensibilité générale, les troubles de la motilité , ceux de la circulation et de la respiration, divers troubles digestifs, les troubles des sécrétions et de la nutrition générale; certains troubles des fonctions cérébrales... De même que les stigmates, ces symptômes secondaires seront décrits, s'il y a lieu, dans les pages suivantes.

Gomme, d'une part, tous ces symptômes, dont nous renonçons à faire l'énuinération complète et détaillée, ne sont jamais réunis sur un môme sujet; comme d'autres part, tel ou tel de ces .symptômes peut jouer, dans nn cas- donné , un rôle plus ou moins important, on doit s'attendre à rencontrer dans la pratique les combinaisons les plus variées.

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D'où la pensée est venue aux auteurs de distinguer des variétés cliniques fondées sur la présence de tel ou tel groupe de symptômes et sur la prédominance de tel ou tel stigmate. Beard, Bouveret, Levillain , Blocq ont proposé desclassifications.

Celle de Blocq a le mérite, à nos yeux, de se prêter mieux que les autres à l'infinie variété des cas.

Blocq établit d'abord deux grandes classes : 1" Neurasthénie sans prédominance marquée d'aucun syndrome, neurasthénie générale; 2° Neurasthénie avec prédominance d'un syndrome particulier.

Cette seconde classe peut se subdiviser en autant de variétés que les exigences du sujet le demandent.

C'est ce système très simple que nous adopterons, en priant le lecteur de remarquer que ce classement embrasse, non pas l'immense domaine de la neurasthénie , mais le modeste chanq> clinique qu'il nous a été donné de défricher.

g P'\ — Neurasthénie générale.

Je trouve dans mes registres une observation qui commence ainsi :

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c( M. J... appartient à une faniillo honoraljle du Midi. II a 30 ans. Il se présente avec un air timide et discret qui attire , dès le premier abord , Tattention bienveillante du médecin.

» Dés les premiers mots échangés, il tire de la ])Oclie intérieure de son paletot une feuille double sur laquelle est écrite, en lettres fines et serrées, riiistoire de sa maladie. )>

C'est déjà, connue dit Charcot , un commencement de diagnostic. M. J... est un neurasthénique hypocondriaque.

Du neurasthénique, il a d'abord l'état mental : il est inquiet, préoccupé de son état, il s'écoute vivre ; il est devenu impropre à tout travail intellectuel suivi.

Si je dépouille les notes minutieuses qu'il m'a confiées, je remarque, en outre de cet état mental qui est un premier stigmate, d'autres symptômes essentiels : les troubles gastriques , la faiblesse musculaire, les troubles génitaux...

Les troubles gastriques sont décrits avec complaisance ; ils se ramènent tous à des altérations sécrétoires et à l'inertie de l'appareil digestif. Il y a de la distension gastrique.

Autres symptômes caractéristiques : pertes séminales, sensation générale de faiblesse, amyosthénie ou faiblesse musculaire.

Impressions hypocondriaques , dépendant de l'état mental neurasthénique : impression d'un

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liquide en ébullition qui court dans les intestins ou dans la poitrine; impression d'un bruit, du côté du cœur, semblable au bruit d'un caillou qui tombe dans l'eau...

Le traitement prescrit devait s'adresser aux symptômes digestifs et à l'état nerveux général. Contre les symptômes digestifs, je prescrivis Teau de Salies à l'intérieur, à cause de ses propriétés toniques et stimulantes; aux repas, l'eau de Salut, qui est doucement laxative.

Contre l'état nerveux, j'ordonnai les douches de la Reine, tempérées, et les bains du Foulon. Je donnai la préférence au Foulon sur Salut, parce que j'avais remarqué chez mon malade une certaine sensibilité au froid et une disposition rhumatismale.

Le résultat fut des plus satisfaisants, soit dans les fonctions digestives, soit dans l'état général. Mon malade se rétablit et put se remettre au travail.

Yoici un cas de neurasthénie observé chez une jeune fille de 22 ans, qui était arrivée à un degré de faiblesse et d'émaciation propre à inspirer les plus sérieuses inquiétudes. Elle fut remontée et rendue à la santé au bout de six semaines de traitement.

M"^ J... m'avait été adressée par un médecin,

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de mes amis , comme anémique , névropalhe et détraquée du ventre.

Son anémie louchait à la cachexie ; une faihlesse musculaire (amyosthénie) extrême ; des douleurs de tète continuelles (céphalée neurasthénique) ; des troubles digestifs caractérisés par la paresse ou l'inertie des organes, constituaient les stigmates de la maladie. A ces symptômes s'ajoutaient des symptômes secondaires, dont quelques-uns rarement signalés, comme le pouls lent, un rein mobile (?) et une continuelle et abondante salivation.

Le sujet était tellement affaibli qu'il me fallut procéder avec beaucoup de ménagements. Je débutai par des bains de la Reine, à 35°, et des douches écossaises ; comme boisson , eau ferrugineuse de Métaou et eau de la Reine.

Quand la malade se sentit moins faible, je l'envoyai à Saint, où elle se baigna chaque jour jusqu'à la veille de son départ.

Lentement et successivement, les symptômes si caractéristiques de cet état s'amendèrent, puis cédèrent pour la plupart.

Quand elle quitta Bafnères, M"^ J... était transformée et méconnaissable ; elle avait presque doublé de volume, elle ne souffrait plus, elle était heureuse.

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j; II. — Neurasthénie gastrique.

Il s'agit ici, ne l'oublions pas, non point des symptômes digestifs qu'on observe généralement dans la neurasthénie, mais des cas particuliers où ces troubles constituent le syndrome prédominant. Mais prenons garde, ces symptômes digestifs, en dépit de leur prédominance, ne sont ni la cause ni surtout l'essence de la maladie, qui reste une maladie nerveuse générale, la neurasthénie, « dont la fixité nosographique, dit Gharcot, ne saurait être sérieusement contestée. »

Tous les auteurs qui ont écrit sur la neurasthénie sont d'accord pour poser cette distinction fondamentale.

Le docteur A. Mathieu a consacré à la question une étude des plus concluantes. Il déclare que la dyspepsie des neurasthéniques « est d'origine nerveuse et de nature névropathique. » 11 affirme que, dans la majorité des cas, l'élément neuro-moteur, avec ses alternatives de spasme et d'atonie, suffit à expliquer les troubles digestifs de la neurasthénie.

L'atonie prolongée entraîne la dilatation, ou tout au moins la distension de l'estomac.

C'est dans les formes où l'atonie est extrême et

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le relàchciuciit des tissus coiisidéi'al)lc que le docleur Glénard fait intervenir la gastroptose, Tentcroplose et autres ptôses abdominales. Ces ptôses (ou prolapsus) des viscères abdominaux peuvent èli'c TelTet d'une neurasthénie avancée, nous ne croyons pas qu'elles en soient la cause, au moins dans la grande généralité des cas.

Voici des ol)servalions où la dilatation et le prolapsus de Testomac jouent un rôle important, mais non essentiel, car l'amélioration sérieuse et définitive ne se produit que lorsque le traitement s'adresse à l'état général.

M. B..., de Paris, a été soigner à Fougues, non sans résultat, une dilatation de l'estomac accompagnée de conslipalion opiniâtre. Cet état local s'encadrait dans un ensemble de symptômes nerveux qui persiste. On l'envoie à Bagnéres.

En l'examinant, je trouve, en sus d'une certaine dilatation stomacale qui a résisté ou qui a reparu, plusieurs symptômes neurasthéniques : la céphalée, l'amyosthénie, du vertige, des bourdonnements d'oreille.

Je prescris le Platane, de préférence à Salut qui ne conviendrait pas à la susceptibilité rhumatismale de mon malade. Avec le bain du Platane, eau de la Rampe, eau de Salut, douches écossaises, douches ascendantes.

M. B... est venu deux années à Bagnéres ; il a retrouvé ses moyens digestifs, ses forces gêné-

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raies, le calme de ses nerfs, et il a pu reprendre les fonctions importantes qu'il occupe dans l'administration.

Chez un autre de mes malades, M. J..., l'estomac paraissait si gravement atteint que j'avais songé à une affection organique , telle que dégénérescence cancéreuse. Il avait des crises de violentes douleurs dans la région de l'estomac, des vomissements fréquents, une constipation marquée, un faciès et un état général très suspects, et, au niveau de Tépigastre, des signes de tuméfaction et d'induration.

Après avoir hésité à le garder à Bagnères, je lui conseillai un traitement inoffensif : eau de Salut à table, quelques douches tempérées, l'usage du petit-lait le matin.

A ma vive surprise, cet état si alarmant s'améliora d'une manière rapide et complète, le malade fut transformé, les fonctions digestives rétablies, le moral remonté, les forces générales restituées.

La suite a contirmé ces heureux résultats.

Un autre dyspeptique, M. G..., agent de change, usé par les fatigues de la campagne de 1870, par le surmenage professionnel et par des revers de fortune, était arrivé à un tel degré d'intolérance digestivc et d'épuisement nerveux, que je n'osai pas lui faire entreprendre un traitement thermal.

11 y avait chez lui du prolapsus de l'estomac et des intestins (gastroptose et catéroptose de Glé-

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iiard), une amyosthéiiio générale et profonde (il tenait à peine sur ses jambes), et une dépresson morale marquée.

Je me ])ornai à lui conseiller le repos, la vie au grand air, un peu d'eau de Salut, et je m'appliquai à remonter son moral. L'amélioration n'a pas tardé à se produire, il s'est mis à manger, il a repris des forces, il a retrouvé le sommeil, et la confiance est revenue. Il est parti très amélioré, et chez lui, d'après les nouvelles que j'ai eues, cette amélioration s'est continuée et complétée.

Je citerai encore un cas, tant j'attache d'importance à ce fait que la dyspepsie, chez les gens nerveux, ne joue souvent qu'un rôle secondaire. Il s'agit d'une jeune femme, appartenant au monde artiste , malade depuis huit ans , à la suite de surmenage mondain et de querelles de famille. L'estomac paraissant être l'organe le plus compromis, on a tout essayé pour combattre la dyspepsie : alcalins, strychnine, cocaïne, pepsine, pancréatine, eaux minérales de table, régimes alimentaires spéciaux. Rien n'a donné un résultat durable.

Il y a chez elle de la chloro-anémie, mais aussi — et c'est ce qui éclaire la situation — des symptômes de neurasthénie : faiblesse musculaire, insomnie, état mental neurasthénique, et les troubles digestifs eux-mêmes ont les caractères relevés dans la maladie de Beard. C'est à ce point

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de vue que j'ai traité la malade. Je l'ai gardée à Bagiières trois mois : eau de Salut k taljle et hors des repas (à petite dose) , douches écossaises, hains du Platane, et plus tard bains de Salut, tel a été le traitement suivi.

^|.nn ***^ q^j^ m'était arrivée triste et découragée, ne prenant plus goût à rien, s'est transformée peu à peu et est devenue, dans les derniers jours, un des boute-en-train du Casino de Bagnères.

^ III. — Cérébr asthénie.

Nous poursuivons l'étude des neurasthénies avec prédominance d'un syndrome particulier. Dans la forme cérébrale, ou cérébrasthénie, on observe la prédominance des symptômes suivants : céphalée, impuissance au travail intellectuel, diminution de la mémoire, insonuiie, vertige, inertie de la volonté, préoccupations hypocondriaques, etc.

Ces symptômes eux-mêmes revêtent dans la neurasthénie un caractère particulier. Ainsi la céphalée est le plus souvent sourde, gravative, et siège sur le derrière de la tête, qu'elle semble coiffer d'un casque, ce qui a fait donner au malade le nom de galeatus (Charcot). L'insomnie est rarement totale, c'est plutôt une insuffisance ou une

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difilcuUé de sommeil ; le malade reste éveillé une partie de la nuit, et le sommeil ([u'il prend ne le délasse pas, il se réveille même plus fatigué qu'il ne Tétait avant de s'endormir.

Les préoccupations hypocondriaques et certains états d'anxiété décrits par Beard sous le nom de phobies^ ressemblent parfois à s'y méprendre aux troubles mentaux des vésaniques. Assurément, rien n'empêche un neurasthénique d'être en même temps un dégénéré et de présenter les stigmates d'une véritable psychose. Mais, sans sortir du cadre de la neurasthénie, il est possible et même assez fréquent d'observer ces phobies, ces peurs, qui dépendent, comme tous les autres phénomènes neurasthéniques , de l'affaissement et de l'épuisement du système nerveux (Levillain).

En voici un exemple intéressant.

J'ai soigné pendant trois années consécutives M''*" G... , qui fut conduite à Bagnères par ses parents pour y traiter un état de faiblesse générale et des troubles psychiques inquiétants.

Les symptômes physiques étaient, en sus de la faiblesse musculaire, la céphalée, l'insomnie, l'inappétence, les troubles digestifs.

Les symptômes d'ordre mental étaient les plus intéressants. Us consistaient en diverses phobies : peur de rester seule , peur de ne pas bien remplir ses devoirs, surtout ses devoirs religieux, peur d'avoir offensé telle ou telle personne, etc. Ces

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phobies et ces cloutes mettaient la pauvre enfaut dans un véritable état d'anxiété.

Il fallut procéder graduellement , avec tact et prudence. Je parvins pourtant à faire suivre, dès la première année , un traitement complet : eau ferrugineuse, bains du Platane^ douches.

Le résultat a été progressivement satisfaisant. Tous les symptômes ont disparu à la longue, la santé de l'esprit et du corps s'est rétablie complètement.

Autre exemple : M. Lh..., notaire, m'est adressé par son médecin comme un type de « parfait neurasthénique. » Sa neurasthénie est surtout cérébrale : avec l'insomnie , la céphalée occipitale , Timpuissance au travail de tète suivi, il faut noter un découragement qui, s'il persiste, obligera M. Lh... à se dessaisir de sa charge.

L'eau et les bains de Salut, les douches écossaises ont rétabli l'équilibre des facultés mentales et relevé l'ensemble de l'organisme. M. Lh... est parti en très bon état et a pu reprendre ses occupations professionnelles.

g IV. — Myélasthénîe.

La myélasthénie ou forme spinale de la neurasthénie, se caractérise par le relief des symptômes

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