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CHAPITRE IV

Thérapeutique de la neurasthénie

g I. — Préliminaires ; les divers traitements.

Le chapitre qu'on vient de lire ne saurait être considéré comme un hors-d'œuvre si l'on songe que les médications et les traitements proposés contre la neurasthénie procèdent presque tous des diverses doctrines pathogéniques soutenues par les auteurs.

Les théories de (jlénard et de Bouchard entraînent nécessairement l'emploi de moyens thérapeutiques dirigés contre l'entéroptose (port de la ceinture abdominale, etc.), ou contre la dilatation gastrique (antisepsie gastro-intestinale, diète des liquides, etc.)

Ceux qui pensent que le surmenage cérébral joue le principal rôle dans la maladie s'adresse-

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ront de préférence aux moyens psychiques, à la persuasion, , à la suggestion, à l'hypnotisme.

M. Constantin Paul, frappé de cette idée fondamentale que la neurasthénie n'est autre chose qu'un épuisement nerveux, pratique la transfusion nerveuse, c'est-à-dire les injections sous-cutanées de substance grise de cerveau de mouton stérilisée.

Les uévrologues, Beard et Charcot eu tête, ont essaye, par analogie, contre la neurasthénie les diverses médications déjà employées contre les autres maladies nerveuses : toniques, calmants, antispasmodiques, hydrothérapie, massage, électricité, eaux minérales, etc.

Quelques-uns ont institué une méthode spéciale, notamment Weir-Mitchell et Playfair, et tout récemment M. Vigouroux.

Ces deux méthodes méritent d'arrêter un moment notre attention.

La méthode de ^^'eir-Mitchell , de Philadelphie, perfectionnée plus tard par Playfair et préconisée par BoQveret dans son Trallé de la neuraslhcnlc , comprend cintj moyens principaux : l'isolement, le repos, le massage, l'électricité, la suralimentation et, accessoirement, quelques médicaments internes.

C'est par une extension abusive que l'on a fait de ce traitement un traitement systématicjue et général de la neurasthénie. Il n'avait pas du tout

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•cette portée dans la pensée de son inventeur, car il était simplement destiné à certaines formes de neurasthénie et d'hystérie, dans lesquelles l'indication dominante est de relever le taux de la nutrition et de tonifier l'organisme.

Les moyens thérapeutiques conseillés par Weir- Mitchell , surtout les quatre premiers , peuvent être employés avec succès, séparément ou ensemble, dans la neurasthénie. Ce qui serait inadmissible, ce serait la prétention d'appliquer cette méthode à toutes les formes de neurasthénie.

Une réserve analogue doit être faite, il me semble, au moins dans une certaine mesure et jusqu'à plus ample informé , au sujet de la méthode enseignée par M. Vigouroux dans la très remarquable étude intitulée : Neurasthénie et Arthritisme.

Nous avons dit un mot de la théorie chimique de la neurasthénie, établie par M. Vigouroux sur des recherches de laboratoire pleines de précision et d'intérêt.

Voici la formule de la méthode Vigouroux, telle que la donne son auteur :

Alimentation proportionnée aux besoins réels;

Alcalins en proportion de l'acidité ;

Franklinisation méthodique;

Exclusion des autres médications.

Quelques mots d'explication et d'appréciation sont opportuns.

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D'abord la méthode se base sur cette donnée générale qu'il faut tenir compte, dans la neurasthénie, « des conditions de milieu chimiques ou plasmiques au milieu desquelles elle évolue. »

Déjà M. Foré avait démontré qu'il y a , à côté de tout acte nerveux , « toute une série d'actes physiques qui en constituent comme le substratum matériel, l'extériorisation mécanique. »

C'est contre l'état nutritif dévié que M. Vi^fouroux veut agir. La chimie lui révèle que , chez les neurasthéniques , il y a une déviation nutritive identique à celle que l'on observe chez les arthritiques. Ce sont des ralentis ; ils n'utilisent pas les matériaux qu'ils introduisent dans l'organisme , et cette surcharge alimentaire est nonseulement inutile mais nuisible, car elle devient une cause de surmenage pour l'appareil digestif et elle encombre les tissus de déchets parfois toxiques.

M. Yigouroux prescrit l'alimentation proportionnée aux besoins réels. Et, comme les neurasthéniques, les arthritiques — et en général les gens de la classe aisée — mangent avec excès, le régime en question comporte une notable réduction dans la quantité des aliments. Je me hâte de dire que, dans la plupart des cas, ce régime me paraît convenir aux neurasthéniques et que la suralimentation doit être réservée pour des cas exceptionnels.

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M. Vigouroux conseille les alcalins, bicarbonate de soude, eau de Vichy, eau de Vais, etc., parce que les alcalins ont la propriété de favoriser la sécrétion du suc gastrique et parce qu'ils combattent la dyscrasie acide révélée par les analyses d'urine. Les oxydations se font normalement dans un milieu alcalin.

La franklinisation , — emploi de l'électricité statique, — exerce sur tous les éléments de l'organisme une stimulation moléculaire qui doit avoir pour résultat de favoriser le mouvement nutritif.

Weir-Mitchell employait la faradisation (courant d'induction), dans le but de provoquer des contractions musculaires ; Beard conseillait la galvanisation (courants continus) pour réveiller l'activité du système nerveux.

Le procédé électrique de Vigouroux prétend à une action plus générale et plus profonde.

Quant à l'exclusion des autres médications, qui est le quatrième article du symbole thérapeutique du distingué médecin de la Salpêtrière , nous pensons qu'il contient en lui-même la critique du système. Ce système a le tort d'être exclusif.

D'ailleurs M. Vigouroux s'était réfuté lui-même, d'une manière préventive, dans l'excellente notice annexée au livre de Levillain, en 1891 : « Il faut avant tout, disait-il, se pénétrer de cette infinie variété et reconnaître que le traitement doit être^

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multiple comme la cause et comme la forme de la maladie. Le plus large éclectisme sera donc la Ijremière règle dans le choix de la médication. »

Venons maintenant à l'objet particulier de ce travail et voyons quel est, — ou plutôt quels sont les traitements que suivent avec succès les neurasthéniques, aux eaux de Bagnères-de-Bigorre.

g IL — Traitement de l'état nerveux.

Le traitement des neurasthéniques doit être envisagé dans son objet et dans ses moyens.

Dans son objet, nous avons à considérer l'état nerveux, les déterminations locales de la neurasthénie, et la diathèse ou le terrain morbide.

Les moyens dont nous aurons à nous occuper ici sont nos eaux minérales, leurs divers modes d'administration et les conditions hygiéniques qui accompagnent la médication thermale.

Le traitement de l'état nerveux comporte préalablement la suppression ou l'éloignement des causes qui, ayant déterminé la neurasthénie, peuvent encore l'aggraver ou l'entretenir. Quelquefois l'isolement est nécessaire, souvent le changement de milieu, toujours l'interruption des occupations habituelles et des travaux professionnels ou autres.

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Le changement de milieu présente des avantages incontestables, d'ordre physique et moral. Rien de plus favorable à un système nerveux surmené que le séjour à la campagne, dans un milieu sain ou tranquille. Une station thermale convenable otMra en outre au malade les ressources d'une €ure thermale et hydrothérapique.

Il faut, dans le choix de ce séjour, ne pas négliger la question du climat. « Tout le monde sait, dit Vigouroux que nous sommes heureux de <:iter, que les rhumatisants, les goutteux, les nerveux excitables n'ont pas à se louer du voisinage de la mer. Un autre fait très essentiel, dont •on ne paraît pas avoir tenu compte jusqu'ici, est que les climats d'altitude (c'est-à-dire les basses pressions atmosphériques) ne sont absolument pas supportées par les sujets à cœur excitable, à tachycardie, à tension artérielle exagérée. Je pourrais citer plusieurs exemples de neurasthéniques dans ces conditions, qui ont vu leur état s'aggraver à un degré inquiétant par un séjour de vingt-quatre heures dans les stations élevées de la Suisse. »

Donc aux neurasthéniques, dont parle Vigouroux, ne conviendront ni les stations maritimes ni les stations de haute montagne ; ils se trouveront bien au contraire du séjour des stations d'altitude movenne , comme Schlangenbad en

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Allemagne, Ragaz en Suisse, et, en France, Néris, Koyat, Bagnères-de-Bigorre.'

Si, dans le choix du séjour, la question du climat n'est pas indifférente, la question des eaux thermales a une importance qu'il serait malaisé de contester.

Quelles sont les eaux qu'il faudra préférer?

Huchard énumère les eaux ferrugineuses , les sulfureuses faibles, les alcalines, les salines, les indéterminées, suivant qu'il convient d'agir de préférence contre l'anémie, contre l'atonie, contre les troubles dyspeptiques, contre le lymphatisme, contre la névrose...

Sans doute il faut tenir compte, nous le verrons plus loin, soit des déterminations locales de la neurasthénie, soit des états constitutionnels qui ont précédé ou accompagné son développement. Mais, pour traiter l'état nerveux lui-même, la supériorité des eaux indéterminées est démontrée.

a Elles paraissent agir principalement sur le système nerveux, nous dit M. Durand-Fardel, à titre de sédatives ou d'équilibrantes. » Le même auteur ajoute qu'elles possèdent en outre une certaine action reconstituante.

M. Beni-Barde nous dit de son côté que, dans la neurasthénie, la médication doit être à la fois « fortifiante, puisqu'il y a faiblesse, et calmante, puisqu'il y a excitation. »

Bagnères possède des eaux répondant à cette

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double indication. Elles empruntent au fer, à l'arsenic, aux chlorures les qualités toniques et l'econstituantes ; l'ensemble de leur minéralisation, qui les a fait classer indifféremment parmi les sulfatées calciques ou les indéterminées, leur communique une vertu sédative aussi incontestable qu'elle est inexpliquée.

La gamme thermale étendue de notre station permet en outre d'administrer les eaux à toutes les températures désirables. On préfère généralement, pour les bains, une température modérée, 33« à 35».

Dans le traitement des névroses, la douche est le complément nécessaire des bains ; souvent même elle prime le bain.

Au dire de Vigouroux, dans sa première notice, l'hydrothérapie, sous ses diverses formes, soUrS ^elle surtout de douches froides, est le moyen fondamental, classique, banal entre tous les traitements recommandés contre la neurasthénie. Mais il faut se méfier d'une application immédiate et brutale de la douche froide chez un malade qui n'est pas encore éprouvé.

M. Beni-Barde a tracé les lignes générales de la méthode hydrothérapique dans la neurasthénie.

« Le bain, la piscine et la douche tiède, dit-il, sont des procédés calmants par excellence. Le bain

(i) Beni-Bardi et Materne. — L'hydrothérapie dans les maladies chroniques et les maladies nerveuses. — Masson, 1893.

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et la piscine ont Tinconvénient de fatiguer les malades et ne sauraient convenir quand il y a nécessité de relever les forces. La douche tiède, c'est-à-dire à une température de 35", a tous les avantages des deux premiers procédés sans avoir l'inconvénient que nous leur reprochons. Ou en prolonge plus ou moins la durée suivant le degré de sédation que l'on veut obtenir et suivant la force de résistance du malade. Maniée avec intelligence et discernement , c'est un des meilleurs instruments de sédation du système nerveux que nous ayons à notre disposition.

» La douche froide est, au contraire, le procédé tonique par excellence, celui auquel on doit avoir recours quand il s'agit de relever les forces et lorsqu'on veut stimuler le mouvement d'échange des matières que favorise la nutrition. »

Il est superflu de faire remarquer que les reproches adressés au hain tiède ne concernent pas le hain d'eau minérale. Nos bains de Salut et du Foulon savent calmer sans débiliter.

Au traitement de l'état nerveux peuvent concourir, à des titres divers, le massage, l'électricité, le régime alimentaire, etc.; nous dirons quelques mots, à la fin de ce chapitre, de ces traitements complémentaires de la cure thermale.

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^ III. — Traitement des symptômes.

Les symptômes ou déterminations locales de la neurasthénie (|ue nous avons en vue sont :

1° Les éléments constituants de la maladie de Beard; 2° des phénomènes accessoires ou concomitants présentés par les neurasthéniques et n'ayant pas' avec la maladie générale un l'apport nécessaire de dépendance. Il sera question ici des uns et des autres, mais surtout des premiers.

11 va de soi que les symptômes nerveux sont justiciables des mômes eaux et souvent des mêmes moyens que l'état nerveux lui-même. Aussi pourrions- nous répéter ici ce que nous venons de dire au paragraphe précédent.

Nous ajouterons seulement quelques précisions relatives au traitement particulier de telle ou telle détermination locale.

Certains stigmates, tels (jue la céphalée, la parésie cérébrale, le vertige, etc., ne réclament pas, par eux-mêmes, un traitement particulier. Ils s'amenderont ou disparaîtront à mesure que l'état général s'améliorera. Mais ce traitement particulier, c'est le malade qui le réclame ! « Le malade, absorbé par les symptômes qui le préoccupent, ne comprend pas que le médecin ne tienne pas compte de ce symptôme et soigne l'état.

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général..., en négligeant, en apparence, le symptôme... Il est donc indispensable de soigner les symptômes, » dit M. Beni-Barde.

Les symptômes cérébraux imposent des précautions et des ménagements dans l'administration de la douche. Il faudra éviter de doucher la tête et ne recourir à Feau froide qu'après avoir essayé la susceptibilité du malade. Eviter également une trop forte percussion.

L'insomnie sera combattue par des bains tièdes prolongée (Salut ^ Platane)^ pris vers la fin de la journée, ou par des ablutions froides faites avant de se coucher, ou même dans le cours de la nuit.

Le traitement de la rachialgie demande souvent des ménagements extrêmes. MM. Beni-Barde et Materne, après avoir déclaré que ce qui convient le mieux, en principe, c'est la douche froide, s'empressent d'apporter, dans la pratique, des réticences et des correctifs à cette déclaration.-

Tel malade ne supporte pas la percussion de la douche sur la colonne vertébrale; tel autre ne peut supporter l'eau froide. II faut commencer par les moyens les plus doux , une douche tiède, presque sans pression, ou même, simplement, un bain tempéré. Plus tard et graduellement on arrivera à l'hydrothérapie froide dont les résultats immédiats et éloignés sont excellents, quand la tolérance du sujet permet d'y recourir.

J'ai vainement essavé toute sorte de douches

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atténuées chez un petit rachialgique de 13 ans, qui me fut adressé il y a quelques années. Il ne pouvait même pas supporter le choc illusoire d'une goutte d'eau tombant sur la l'égion rachidienne.

Je dus me borner à lui faire prendre des bains de5a/u^ Le résultat fut d'ailleurs très satisfaisant, comme je l'ai appris dans la suite.

Les phénomènes de pseudo-tabès seront abordés avec les mêmes précautions. « Il faut apaiser la trop grande excitabilité du cerveau et de la moelle épinière, et modérer ou faire disparaître l'hyperémie qui accompagne toujours ces désordres fonctionnels. Mais avant d'appliquer le traitement hydrothérapique. il inqjorte de bien reconnaître si le malade présente une activité organique exagérée ou si les fonctions de l'économie sont languissantes. » (Beni-Barue et Materne). — Dans le premier cas, s'abstenir de l'eau froide; dans le second cas, l'employer sous une faible pression. Il faut toujours débuter par des applications sédatives.

Les troubles digestifs , bien qu'ils s'atténuent d'habitude sous l'intluence du traitement général, ont souvent besoin de soins particuliers. Contre la constipation, nous avons des eaux laxatives. Lasserre, la Peijrie^ la Rampe ; contre la gastralgie , Salut ; conire l'atonie gastro-intestinale, avec ou sans dilatation, la Reine^ le Dauphin^ Salles,

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Les douches localisées viennent en aide, s'il y a lieu, à ce traitement spécial.

Les troubles cardio-vasculaires obligent le malade à une grande circonspection : tantôt le bain est défendu, tantôt il est "prescrit à moitié corps, et ces demi-bains, pris assez chauds à la Reine ou au Dauphin, donnent des résultats surprenants. Une égale circonspection doit régler l'emploi de la douche. L'eau de Salut, prise en ])oisson, produit de bons effets chez les cardiaques, soit par ses propriétés sédatives , soit par ses propriétés diurétiques.

Il est à peine utile de signaler en passant les propriétés diurétiques de Salut, de la Peyrie, de Marie-Tkcrèse dans les affections des voies urinair.es.

Mais il faut mentionner la i-eniarquable efficacité de nos bains sédatifs dans la neurasthénie sexuelle. S'il y a surtout de la faiblesse chez ces malades, on aura recours avec succès aux bains de siège frais et à la douche plantaire froide, si judicieusement recommandée par M. Beni-Barde.

La neurasthénie sexuelle chez la femme trouvera à Bagnères des ressources précieuses pour un traitement thermal efficace.

La grande renommée des bains de Salut leur vient en grande partie des succès obtenus dans les maladies des femmes où prédomine l'élément nerveux.

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Des succès analogues sont obtenus au Foulon quand Tétat nerveux s'accompagne d'un état rhumatismal ou d'un état herpétique.

p]n même temps que le bain, nous conseillons les injections vaginales ou plutôt l'usage du spéculum de bain.

Contre les hémorrhagies et l'atonie vasculaire de l'utérus, les injections très chaudes de Salies sont employées avec succès. Rappelons aussi l'efficacité de la douche plantaire froide contre ce genre d'accident.

Les affections de l'appareil respiratoire, qu'elles fassent partie du cortège neurasthénique , ou qu'elles soient simplement un syndrome concomitant , trouvent à Bagnères les facilités d'un traitement approprié.

L'eau sulfureuse de Labassère, dans les formes torpides; l'eau arsenicale de Salies dans les formes éréthiques, offrent aux malades atteints de laryngite, de bronchite, d'altérations fonctionnelles ou organiques des poumons, les moyens de soigner leur gorge ou leur poitrine , tout en suivant le traitement général dirigé contre la neurasthénie.

La prédominance de tel ou tel groupe de symptômes servant à déterminer les diverses variétés de neurasthénie, il nous paraît oiseux de repren-

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(Ire chacune des variétés que nous avons décrites pour en établir le traitement. Ce serait nous répéter. La revue symptomatique que nous venons de faire doit suffisamment répondre à cette question.

g IV. — Traitement de Vétat général.

Cet état général est tantôt une diathèse (l), tantôt une maladie générale non diathésique, telle que la chlorose ou l'anémie , ou une autre déviation nutritive.

Sans entrer dans des discussions théoriques dont certains points ont été indiqués au chapitre de la pathogénie, nous partons de ce fait incontestable qu'il y a souvent, sinon toujours, chez nos névropathes, un état général, diathésique ou non, qu'il n'est pas permis de considérer, au point de vue du traitement, comme une quantité négligeable. L'opinion des maîtres et la pratique d'un grand nombre de nos confrères en médecine thermale sont d'accord sur ce principe de thérapeutique.

Que cet état général soit cause ou coïncidence, ou effet, nous ne voulons pas le savoir, ou plutôt

(i) La diathèse est constituée cliniquement par un tempérament morbide qui prédispose l'économie à l'apparition de certaines maladies spéciales, s'équivalant en elles (Beni-15arde et Materne),

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nous croyons que, dans la variété des faits, les diverses hypothèses peuvent se trouver réalisées.

Il nous suffit de savoir que cet état général, ce fond morbide , pour parler comme le professeur Grasset, a droit à sa part de traitement; dans bien des cas, c'est par là qu'il faut commencer, il faut traiter d'abord le terrain sous peine d'être désarmé contre les manifestations nerveuses ; dans aucun cas il n'est permis de se désintéresser de ce côté de la question.

A Bagnères, comme on a pu le voir dans les observations que nous avons données, ce côté de la question présente une importance exceptionnelle. Quand un névropathe nous arrive, avant de lui prescrire un bain, nous devons savoir s'il est arthritique ou simplement nerveux (1).

S'il est arthritique, je l'enverrai au Foulon ou aux sources similaires ; s'il n'est que nerveux, je l'enverrai à Salut.

Ces deux types d'eaux répondent à nos deux grandes classes de malades. Les uns vont à Salut: c'est un neurasthénique cérébral (pag. 30), qui prend en même temps des douches écossaises ; c'est un petit myélasthénique (pag. 63) atteint d'une telle sensibilité du rachis, qu'il ne peut supporter la moindre affusion ; ce sont des

(i) Je reste dans la neutralité' à l'égard des controverses doctrinales. Si l'on me dit que tous les neurasthéniques sont arthritiques, je puis repondre qu'ils sont loin de l'être tous au même degré.

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femmes nerveuses atteintes de troubles génitaux. Les autres vont au Foulon, au Platane, à la Reine, à St-Roch : c'est un neurasthénique rhumatisant (pag. 31), qui prend en même temps des douches tempérées de la Reine; un dilaté, neurasthénique et rhumatisant (pag. 25); une jeune fille, présentant des antécédents arthritiques, atteinte de neurasthénie mentale (pag. 29) ; un neurasthénique cardio-vasculaire (pag. 33) , etc.

Certains de ces malades, qui ont débuté par le Foulon ou un autre bain du même groupe , peuvent ensuite impunément aller se baigner à Salut. (Voir pag. 23 et 27).

Ce n'est pas seulement l'arthritisme, rhumatisme ou goutte, qui contre-indique les bains de Salut. C'est, d'une manière générale, l'impressionnabilité exagérée au froid qui s'observe chez les malades très affaiblis, chez les chloro-anémiques notamment.

Tous ces craintifs du bain froid et de la douche froide doivent toujours être traités , au moins au début, avec des ménagements particuliers.

Mais ce serait rester en deçà de la vérité que de n'attribuer au Foulon et à ses congénères que des vertus négatives ; ce n'est pas seulement parce qu'il ne fait pas de mal aux arthritiques, qu'il doit être préféré à Salut, c'est parce qu'il a sur leur diathése une action réellement favorable.

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Cette action anti-diathésique s'exerce sur les manifestations nerveuses et viscérales des rhumatismes chroniques ou subaigus, qu'il s'agisse d'une névralgie sciatique ou d'une irritation catarrhale des bronches.

Les douches tempérées ou écossaises, les bains de vapeur au besoin, viennent compléter le traitement externe.

A l'intérieur, on prend des eaux laxatives , diurétiques, diaphorétiques, la Rampe ou la Peyrie, Salut , Salies.

Si c'est la chloro-anémie qu'on veut combattre, on s'adresse à nos eaux ferrugineuses froides ; à nos eaux thermales excitantes , la Reine , le Dauphin , Salies.

Certaines déviations nutritives, l'azoturie , la phosphaturie, le diabète, l'albuminurie ou le mal de Bright, qui sont généralement des formes plus ou moins avancées de l'arthritisme , peuvent accompagner la neurasthénie. Elles comportent des précautions et des soins particuliers. La clémence de notre climat, la variété de nos eaux et de nos moyens thermaux permet de recevoir ces malades , alors qu'ils seraient exclus des autres stations.

Les diathèses scrofuleuse et tuberculeuse qui peuvent, quoique rarement, s'observer chez les neurasthéniques , sont justiciables de nos eaux

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toniques et fortifiantes, notamment de Labassère et de Salies.

La syphilis , cause déterminante possible de la neurasthénie , relève d'un traitement spécifique dont aucune médication thermale ne peut dispenser.

Cette première et importante indication étant remplie , fusage des eaux pourra contribuer avantageusement à la guérison de Taffection vénérienne, soit par faction dépurative que les eaux , administrées à f intérieur et à f extérieur, exercent sur f organisme, soit par leurs effets toniques et reconstituants.

Nous en dirons autant des états dyscrasiques créés par d'autres intoxications, telles que fintluenza,le paludisme. Dans ces états, le traitement thermal, en même temps qu'il s'adresse à la névrose, peut être dirigé de façon à modifier le terrain par une double action dépurative et tonique. Une réserve spéciale doit être faite au sujet du paludisme : cet état morbide contre-indique fusage des bains, quand les dernières atteintes de la fièvre sont encore récentes. Il faut alors s'en tenir aux douches et à l'usage des eaux en boisson : douches écossaises , douches froides , parfois bains de vapeur, eaux ferrugineuses et arsenicales, eaux diurétiques et laxatives.

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g V. — Thérapeutique thermale.

Médications auxiliaires. — Régime.

Pour donner une idée exacte des ressources thermales de Bagnères dans les états complexes que nous avons essayé d'analyser, nous ne saurions mieux faire que de décrire la journée médicale de deux de nos malades.

M^'^ J... (pag. 22) ; céphalée et faiblesse musculaire des neurasthéniques ; anémie extrême, voisine de la cachexie; aménorrhée; troubles digestifs caractérisés par une atonie profonde et présentant quelques analogies avec les symptômes décrits par Glénard.

M"^ J... se lève entre 7 et 8 heures. Elle a déjà pris son premier déjeuner qu'on lui porte au lit.

Une fois levée, elle se rend au grand Etablissement, tout près duquel sa famille a eu soin de se loger. Elle prend un bain de la Reiîie à 35°, de vingt minutes. Au bain , on lui porte un verre d'eau de la Reine, qu'elle boit lentement. L'aprèsmidi, elle fait une courte promenade à pied, ou une promenade plus longue en voiture. Vers 4 ou 5 heures, elle prend un demi-verre de Is, Reine.

Ce n'est qu'après cinq ou six jours qu'elle commence à se faire doucher. On lui donne alors, vers 4 heures, avant de prendre sa seconde ration

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d'eau de la Reine, une douche de la Reine ^ à jet brisé, d'une durée de deux à trois minutes et à forme écossaise graduée , c'est-à-dire que les premiers jours la douche est tempérée et fraîche , on ne la donne vraiment froide à la fin que les jours suivants.

Bientôt, je remplace l'eau de la Reine, le matin, par l'eau laxative de la Rampe, pour combattre la constipation qui résiste. J'augmente la durée du bain.

Plus tard, les forces revenant, la malade est envoyée à Salut chaque matin ; elle y va en omnibus, prend un bain à 34", de vingt-cinq minutes, et revient à pied.

Dès le premier jour, je lui avais prescrit l'eau ferrugineuse de Mêtaou aux repas. Pendant la dernière quinzaine de son séjour, elle va ellemême chercher l'eau ferrugineuse à la source et en prend un verre sur place.

Pendant la durée de cette cure, des douches ascendantes, tièdes, ont été prises de temps en temps , aux Thermes , pour seconder l'action laxative de l'eau de la Reine et de l'eau de la Rampe.

Un second malade est M. l'abbé *** (pag. 37), arthritique, surmené par le travail et les épreuves morales, ancien client des Eaux-Bonnes pour une affection des voies respiratoires. Céphalée,

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migraines, insomnie, affaissement musculaire, atonie digesLive.

Le matin, bain de h\ Reine, de la Tour ouàu Foulon^ pour calmer des douleurs articulaires rhumatoïdes, pour détendre et tonifier le système nerveux.

L'après-midi , douches écossaises , à pomme d'arrosoir , trois à cinq minutes d'eau chaude (36° à 38"), dix à quinze secondes d'eau froide. Eau chaude sur les pieds en finissant.

Le matin, après le bain, boisson de Salut prise à la buvette (but de promenade) ; à la fin de la matinée, boisson et gargarisme de Labassère.

A la fin de l'après-midi, boisson et gargarisme de Salies.

En outre, des pulvérisations pharyngées de dix minutes sont prises, le matin ou le soir, avec l'eau de Labassère ou de Salies, dix jours l'une, dix jours l'autre. Après la pulvérisation, bain de pied chaud (iO°) et à eau courante.

J'ai dit que le Foulon et Salut représentaient les deux types de notre médication balnéaire.

Salut, avec ses trois sources et ses vingt-huit baignoires, représente le bain des névropathes simples.

LeFoi<7o7i représente le bain des neurarthritiques.

Les succédanés du Foulon sont la Reine, le Daupliin^

St-RaîHhélemy , plus toniques; le Platane, Marie-

• Thérèse, plus calmants; St-Roch, intermédiaire à la

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Reine et au Platane; le Grand-Pré^ le Peilt-Bain^ le Petit- Bar cg es, etc.

La reDommée du Foulon est ancienne. Descaunets, qui écrivait en 1729, rapporte des guérisons de dartres par ce bain. Au commencement de ce siècle, Sarabeyrouse écrit : « Les eaux du Foulon ont de tout temps passé pour spécifiques dans les maladies de la peau. »

L'arthritisme est, comme Therpétisme, du domaine du Foulon. Nous savons d'ailleurs que , pour certains auteurs, Therpétisme ne constitue pas une diathèse distincte, il se confond avec l'arthritisme ; en médecine thermale , ces deux termes s'équivalent généralement.

D'où vient cette vertu spéciale et en quelque sorte spécifique du Foulon dans les nombreuses associations de la névrose et de l'arthritisme (ou de rherpétisme)? Nous l'ignorons.

Nous savons que la source du Foulon traverse des couches argileuses qui lui communiquent une onctuosité particulière, comme si elle contenait des « atomes de gélatine, » (Ganderax) et cette matière organique et minérale , tenue en suspension dans le bain, se dépose à sa surface, quand It'au est depuis quelque temps en repos, sous la forme d'une pellicule furfuracée (1). Ce

(i) J'ai relevé ailleurs l'analogie physique et the'rapeutique de notre bain du Foulon avec les bains de Schlangenbad , station allemande qui se rapproche beaucoup de la nôtre.

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phénomène est intéressant, mais il ne nous explique pas la spécificité thérapeutique du Foulon.

Nous ne connaissons pas davantage la raison théorique pour laquelle les bains de Salul doivent être déconseillés aux arthritiques, quand ils sont sous rinlluence d'un état subaigu ou qu'ils viennent d'éprouver une crise. Cascua, dans sa remarquable thèse écrite sur les indications de M. le docteur Dejeanne, a mis en lumière cette contreindication et a essayé de l'expliquer. S'il n'a pas résolu le problème, il en a du moins préparé la solution en éliminant certaines explications hypothétiques. Il a démontré que ce n'était pas à la température relativement basse des eaux de Salut qu'on devait attribuer l'aggravation ou la nonamélioration de certains états neurarthritiques.

Si la question de la température était l'unique élément du problème, le problème serait aujourd'hui résolu ; car, depuis que Cascua a écrit sa thèse, on a réalisé à Salut, entre autres grandes améliorations, la possibilité d'élever la température des bains au degré désirable. Désormais, les rhumatisants devraient donc pouvoir se baigner à Salut aussi impunément qu'au Foulon.

Il n'en est pas ainsi.

Sans doute, la faculté de réchauffer les bains de Salut rend ces bains accessibles à un plus grand nombre de malades, névropathes impressionna-

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blés au froid, chloro-anéiniques, malades atteints de troubles laryngés ou broncho-pulmonaires ; les arthritiques eux-mêmes, qui n'étaient déjà pas exclus de cet établissement d'une manière absolue, y sont admis plus volontiers.

Mais le principe de la contre-indication demeure, et, pour ce qui nous concerne, jusqu'à preuve du contraire, nous nous ferons un devoir d'en tenir compte dans la direction balnéaire de nos malades.

Une remarque avant de quitter ce sujet :

Quand on le peut, il est préférable, au point de vue de l'efficacité du bain, de se baigner dans l'eau de Salut à sa température naturelle. Ne pas oublier que les bains de Bagnères les plus renommés pour leurs bons effets sont ceux que Ton prend à eau courante, près de la source, et sans modification de leurs propriétés physico-chimiques.

Les sources de Salut et du Foulon entrent dans

les baignoires à la sortie du griffon. N'est-ce pas

une des causes de leurs succès?

* * Nous avons parlé de nos diverses buvettes et

des services qu'elles rendent dans l'anémie, dans les troubles digestifs et urinaires, dans les affections des voies respiratoires.

Nous avons indiqué la différence d'action de Labasslre et de Salies, la première agissant comme les eaux de Cauterets ou d'Eaux- Bonnes, la seconde comme les eaux du Monl-Dore.

aux eaux de Bagnères-de- Bigorne 77

La source de Labassère a été découverte au commencement de ce siècle par Tabbé Pédefer.

La source de Salies, très anciennement connue, ne paraît pas cependant avoir attiré l'attention des anciens auteurs. Il y a seulement une trentaine d'années que le docteur Rousse publia ses études sur l'efficacité de Salies dans les maladies de poitrine. Il attribuait au sulfate de chaux une partie de cette efficacité.

Plus tard , les travaux du docteur Alban de La Garde firent jouer le principal rôle à l'arsenic.

Les recher-ches de ces médecins ont été le fondement de la renommée actuelle de Salies. Aujourd'hui, dans un bâtiment annexe, spécialement construit pour cet usage , les deux sources de Labassère et de Salies sont exploitées so.us toutes les formes propres au traitement des voies respiratoires : boisson, gargarisme, pulvérisation, hu-

mage.

L'hydrothérapie, nous l'avons vu, occupe une place considérable dans le traitement de la neurasthénie.

Elle est installée à Bagnéres dans des conditions irréprochables et conformément aux dernièi*es exigences de l'art. Pression, température, débit; outillage complet d'un mouvement précis et facile ; déshabilloirs chauffés en hiver; personnel habile et expérimenté, rien ne laisse à désirer.

75 Traitement des neurasthéniques

Et Déanmoiiis, nous ne saurions trop insister sur ce point , tous ces avantages réunis ne sauraient dispenser le médecin traitant de suivre de près son malade et de surveiller l'application du traitement. L'impressionnabilité propre aux neurasthéniques fait au médecin un devoir de ne pas abandonner son malade après lui avoir délivré une prescription.

C'est ici le; lieu de dire quelques mots du traitement moral.

M. Béni-Barde recommande expressément au médecin qui dirige le traitement hydrothérapique des névropathes de s'occuper des dispositions mentales de ses malades.

Aux sceptiques qui doutent de l'utilité d'un traitement physique dans un état maladif qu'ils attribuent à une cause morale, il faut démontrer « que l'hydrothérapie, en restaurant l'état matériel du système nerveux, donne au médecin la possibilité de modifier les troubles physiques. »

A ceux qui contestent l'importance de ce traitement ou qui le critiquent, soit par esprit de contradiction, soit pour avoir le prétexte dé se soustraire à un assujetissement qui leur répugne, il faut opposer des raisons persuasives, de la fermeté et souvent beaucoup de patience.

Les apathiques, les indécis, les inquiets, les tiQiorés, les mélancoliques, etc., doivent trouver

aux eaux de Ba^nères-de-Bigorre 79

chez le médecin une force , une autorité , une consolation, un encouragement, tout Fappui moral nécessaire pour poursuivre leur traitement. « Mais, nous dira-t-on, ce n'est plus un médecin qu'il faut, c'est un moraliste. Nous ne le nions pas ; et nous croyons que le directeur d'un établissement hydrothérapique doit être l'un et l'autre. »

Ce que M. Beni-Barde dit du dii'ecteur d'un établissement hydrothérapique doit s'appliquer, à certains égards , au médecin thermal qui soigne des névropathes.

S'il y a une suggestion légitime et utile dans la neurasthénie, c'est celle-là, celle d'une direction morale, discrète mais soutenue et vigilante. Pratiquer l'hypnotisme ou la suggestion serait perdre son temps et, pis que cela, s'exposer à nuire au malade. Il ne faut pas traiter la neurasthénie comme l'hystérie : la neurasthénie est un épuisement nerveux, l'hypnotisme est une cause d'excitation capable d'augmenter cet épuisement. La suggestion , à l'égard des neurasthéniques , doit rester dans les limites de la persuasion.

Le massage et l'électricité sont parfois le complément d'une cure thermale de la neurasthénie. Il faut distinguer le massage hygiénique, général, qui se pratique souvent après la douche et qui

80 Traitement des neurasthéniques

fait partie intégrante du bain russe, du massage médical, dirigé sur certaines régions déterminées du corps et destiné à modifier le fonctionnement ■et même, dans quelque mesure, l'état des organes malades. Ainsi, le massage de l'estomac est conseillé contre la dilatation et la gastroptose ; le massage du ventre, contre l'atonie des intestins avec constipation ; le massage des organes du petit bassin, chez la femme, contre les déplacements utérins, contre les empâtements et les adhérences légères faisant suite à des inflammations périutérines.

Ce genre de massage doit être exécuté par le médecin ou par une personne exercée, sous la surveillance du médecin. 11 ne saurait être, d'ailleurs, qu'un traitement auxiliaire, et, avant d'y recourir , le médecin des eaux s'inspirera des intentions du médecin traitant ordinaire, n'oubliant pas que le malade vient aux eaux pour faire une cure thermale et non pour suivre des traitements qui peuvent se pratiquer à domicile.

L'électricité, qui tient, nous l'avons vu, une place importante dans la thérapeutique de la neurasthénie, peut être employée sous la forme de courants faradiques ou de courants continus ; mais actuellement la méthode la plus en faveur •est la méthode de Yigouroux, l'emploi de l'électricité statique ou franklinisation , en attendant ,<que les courants dits de haute fréquence, expé-

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l'imentés en France irdv M. d'Arsonval , aient fourni des preuves suffisantes de leur supériorité et de leur innocuité (1).

Certains malades continuent , aux eaux , sur le conseil de leur médecin, les injections de liquides organiques ou de préparations analogues, telles que le sérum artiliciel de Gtiéron, ou les giycéréphosphates dont M. A. Robin a récemment démontré les avantages devant l'Académie de Médecine. Par leur action sur la nutrition générale et sur le système nerveux, ces injections peuvent rendre de réels services et seconder le traitement thermal ; mais il ne nous appartient généralement pas de les prescrire aux personnes qui viennent faire usage des eaux.

La réserve que nous croyons devoir nous imposer dans remploi de ces moyens thérapeutiques accessoires n'a pas de raison d'être en ce qui concerne le régime alimentaire des neurasthéniques. Loin d'être une condition auxiliaire, le régime est une condition sine qiid non pour le succès de la cure. Si les eaux ne donnent pas toujours les résultats heureux qu'on serait en droit d'attendre, la faute en est souvent à la non observation des prescriptions hygiéniques.

(i) Ces courants diffèrent des simples courants statiques par l'introduction , dans le circuit, de bobines d'induction qui permettent de recevoir sans danger de fortes de'charges électriques.

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Nous avons dit déjà le Lien que nous pensons du régime alimentaire formulé par Vigouroux. Nous sommes décidé à en faire de plus en plus la règle générale, le premier article du traitement des neurasthéniques.

Presque tous les malades atteints de cette névrose mangent trop et surmènent leurs organes par un travail digestif et nutritif disproportionné avec leurs besoins. Il faut les ramener à une juste mesure , à la mesure nécessaire , à leur ration d'entretien. Vigouroux définit cette ration d'entretien « la quantité quotidienne de substance nutritive nécessaire et suffisante pour réparer les pertes de l'organisme. »

Des recherches de laboratoire et des calculs ont établi que la ration d'entretien des neurasthéniques doit être, en général, inférieure à celle des gens bien portants. Pourquoi? « Parce que, dit Levillain , les neurasthéniques ont un coefficient de dépense inférieur, ainsi que l'indique l'infériorité de leur coeflicient d'oxydation. Il faut, avant tout, chez eux, équilibrer les recettes avec les dépenses ; il faut cesser de les encombrer inutilement par une suralimentation dont ils ne sauraient profiter et qui les fatigue. Une machine de 50 chevaux... ne fait pas plus de force parce qu'on la chargera davantage de combustible, etc. »

Pour arriver à connaître cette juste mesure ,.

aux eaux de Bagnères-de-Bigorre 83

Yigouroiix emploie une méthode très simple, une méthode de tâtonnement.

Voici , d'après lui-même , comment on doit procéder :

« 1® Quantité. — On presci'it d'abord une quantité d'aliments inférieure à la moyenne normale et on observe les variations que peut subir le poids du malade. Habituellement, ce poids commence à diminuer; puis, après 10 ou 15 jours, il devient stationnaire. Si,, au contraire, après. 15 jours, la diminution du poids (et des forces) s'accentuait, il faudrait renforcer le régime.

» 2" Qualité. — On sait que les trois types de matière nutritive sont l'albumine, l'amidon, la graisse. L'expérience a montré que Talbumine doit entrer pour une part dans la ration journalière. Cette condition remplie, le surplus des calories nécessaires peut être fourni par les deux autres catégories, en proportion c[uelconque, ou même par une seule. »

D'après les derniers travaux, on admet comme quantité d'albumine nécessaire, environ Os' 60 par kilo, soit 42 gr. pour un adulte de 70 kil. ; ce qui équivaut à environ 200 gr. de viande de bœuf maigre.

» Cette dernière quantité se rapportant à la ration dite normale, on voit que dans la ration réduite des neurasthéniques, elle doit être abaissée, dans la même mesure que le reste. »

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Le régime comprendra des aliments assez variés, de digestion facile et contenant , sons un petit volume , les principes nutritifs nécessaires : viandes grillées ou rôties, jambon, poisson, oeufs, jardinages, pomme de terre bouillies ou en purée, féculents en purée, lait, fruits cuits; peu de bouillon, pas de graisse ni de sauces grasses, peu de pain.

Il ne faut pas boire trop, sous peine de favoriser la dilatation gastrique, ni trop peu, car l'organisme a besoin de liquide pour ses fonctions excrétoires, comme l'ajustement rappelé, à l'Académie, M. Germain Sée, en protestant contre l'abstinence des boissons.

L'eau sera la boisson préférée, eau potable ou minérale peu chargée. A quelques malades, on pourra permettre le vin blanc très étendu, le thé léger, l'eau aromatisée de très peu de rhum ou de cognac. Pas de bière, peu ou pas de café.

Ce régime conviendra généralement à la dyspepsie des neurasthéniques. Mais, quand on se trouvera en présence d'un état gastrique particulier, on se conformera aux indications particulières de cet état, en prescrivant, par exemple, le régime lacté, en pratiquant le lavage de l'estomac, etc.

Ces cas sont exceptionnels. M. Hayem a démontré que la névrose et la dyspepsie dépendent d'une cause commune. En voulant subordonner au chiraisme stomacal le traitement de la dyspepsie

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neurasthénique , on fait souvent fausse route. Le plus souvent « la dyspepsie neurasthénique s'améliore en même temps que l'état général et par les mêmes moyens. »

Nous avons insisté à dessein sur riiygiène alimentaire des neurasthéniques, parce que cette condition indispensable d'un traitement efficace est peu connue et moins encore observée. On ne tient pas assez compte aujourd'hui de Fimportance fondamentale du régime dans une cure thermale. La plupart des malades n'ont pas d'autre régie de conduite, dans leurs repas, que le menu des tables d'hôte.

Ce n'est pas seulement au nom des idées nouvelles, basées sur les recherches de laboratoire, que nous protestons contre des errements funestes ; c'est encore au nom du vieux bon sens médical, au nom des saines traditions thermales. Nos anciens auteurs donnaient, dans leurs écrits, une place considérable à la diététique du baigneur; ils avaient établi les préceptes de l'hygiène à suivre non-seulement pendant le séjour aux eaux, mais avant et après la saison.

C'est l'un d'eux, Sarabeyrouse, qui a formulé cette maxime, immuablement vraie :

« Il est une foule de maladies qui guérissent par le régime seul; mais il n'en est aucune qui guérisse sans le régime. »

APPENDICE

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