LA PRÉDICTION DE NÜSTRADAMUS A CATHERINE DE MEDICIS
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toutes. Il semble qu’elle fut surtout uue « débauchée d’esprit », mais que, matériellement, elle observa une modération rare en son époque. Ici encore, déséquilibre. Nombreux sont-ils, d’ailleurs, les psychopathes qui se complaisent aux récits les plus croustillants, aux pornographies les plus salaces, et qui sont des individus continents, peu avides de voluptés sensuelles. C*est à cette catégorie qu’appartenait sans doute Catherine.
Puis, toujours comme chez ces psychopathes, des élans subits de curiosité malsaine, même d’aberration sexuelle: Catherine, de temps à autre, se fait servir par ses femmes nues ; d’autres fois, — est-ce un réveil de sadisme lalent ? — elle les fouette elle-même de sa propre main et en éprouve un réel plaisir...
Si donc il est difficile de diagnostiquer d’une façon ferme quel fut son tempérament amoureux, tout au moins pouvons-nous affirmer qu’il présente des marques certaines de déséquilibre, pour ne pas dire plus. C’en est assez pour justifier la tare dégénérative de la reine-mère.
Si l’on ajoute à cela sa zoophilie, — on sait la folle passion dont elle aimait ses petits chiens, — sa superstition grossière, son intempérance, on pourrait dire sa gloutonnerie, enfin les principes de sa politique ambitieuse, aveugle, se laissant sottement dominer alors qu’elle croyait dominer tout le monde, — on conviendra que Catherine n’était point la femme vigoureuse, saine d’esprit, vierge de toute tare psychologique, qu’il fallait à la famille des Valois pour
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la régénérer et lui infuser un sang généreux. Tout au contraire, mariée à Henri lien qui déjà s’accentuait la dégénérescence de la race, elle précipita la ruine de la dynastie : non seulement leurs enfants héritaient de toutes les tares des Valois ; leur mère leur apportait en outre toutes celles des Médicis. Il n’eu fallait point tant pour faire basculer leur trône dans la boue sanglante, dans le stupre et dans l’ignominie.
FRANÇOIS II SANS VICES Eï SANS VERTUS
FRANÇOIS II l’ADÉNOÏDIEN. — UN ROI ININTELLIGENT, ABOULIQUE, IMPUISSANT.
Le premier Dé de Henri II et de Catherine de Médicis se fit longuement désirer. François ne vint au monde que neuf ans après Funion du dauphin Henri et de la fille des marchands florentins
Le rejeton royal qui devait régner, à quinze ans, sous le nom de François II était un enfant mal venu. Peu de souverains ont présenté de tares pathologiques aussi nettesetaussi dégénératives. Aussi la littérature médicale s’est-elle emparée de ce cas particulier, et Jiombreux sont les médecins qui ont commenté son observation U Nous ne referons donc pas ce travail après eux, mais nous résumerons leurs conclusions ; puis, — point qui intéressera davantage le lecteur,— nous en déduirons les conséquences psychologiques. C’est qu’en effet, au point de vue où nous nous plaçons, peu importe d’établir le journal de la santé physique d’un roi si Fou n’établit pas de corrélations
‘ Signalons notamment : Gahanks. Les Morts mystérieuses de l’IIistoû'e {?YQ.nçois II). Dusolieu. Psycholoyie des derniers Valois; et surtout Potiouet. La maladie et la mort de François II,
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étroites entre cet état physique et son état moral, ainsi que la répercussion dont sa politique a subi le contrecoup. De cette façon nous établissons la loi du déterminisme historique qui doit être substituée à la loi du libre arbitre ou du hasard providentiel.
Le petit roi François, comme l’appelle Brantôme, était un enfant chétif et malingre qui présentait une infirmité, peu connue à l’époque, bien étudiée aujourd’hui : « Il estoit, dit Agrippa d’Aubigné, de ceux qu’on appelle mal-nez, ne se purgeantni parlenez, ni par la bouche, laquelle il portoit ouverte pour prendre son vent, dont se forma un abcez à l’oreille. )) Dans sa concision, cette observation est typique ; elle autorise le diagnostic qui s’affirmera en comparant les divers témoignages contemporains : François II était atteint de végétations adénoïdes du pharynx.
Au reste son portrait corrobore cette hypothèse : face aplatie, nez camus, bouche ouverte, visage poupin, témoignant d’un arrêt de développement ; rougeurs de la peau, boutons d’acné, haleine puante, voix nasonnée, oreille dure, tous les mémorialistes sont d’accord pour lui accorder ces attributs peu recherchés. Aussi leD’’ Potiquet, un spécialiste de rhinologie, peut-il s’écrier : « Somme toute, François II nous apparaît, à travers tous les récits des contemporains, comme un type assez caractérisé d’adénoïdien. »
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Il u’est personne, aujourd’hui, qui ignore ce que sont les végétations naso-pharyngées. Elles ont pour effet de mettre un obstacle permanent au jeu de la respiration, et il s’ensuit un arrêt dans la croissance physique et morale de l’enfant atteint de cette infirmité. Son faciès est caractéristique ; le nez reste petit parce que l’hypertrophie de l’amygdale pharyngienne entrave le développement de la charpente des os du nez ; le bord de la mâchoire supérieure décrit une courbe rétrécie, et les dents n’y trouvent pas la place nécessaire pour s’y loger régulièrement. Le petit malade ne peut se moucher ; en outre, il présente des poussées d’eczéma, d’entérite, d’angine, d’acné; signes d’une nutrition viciée. Superposez à ce portrait celui de François II : ils s’adaptent parfaitement.
Mais il y a plus : François II mourut, à seize ans, après dix-huit mois de règne, de son infirmité. Fin peu fréquente chez les adénoïdiens, mais possible toutefois. Le malheureux, qui ne se mouchait pas, avait de temps à autre un écoulement de foreille gauche. Un jour cet écoulement chronique fit place à une inflammation suppurée qui occasionna une encéphalite aiguë ; en quarante-huit heures il fut emporté.
Nous en avons assez dit pour montrer quelle fut la tare physique du petit roi François. Tare dégénérative par excellence, non pas seulement par ses conséquences, mais par ses origines. On n’a pas tort de considérer les adénoïdiens comme des avortons, et
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d’Aubigûé disait le mot juste eu appelant François un mal né.
Ainsi s’établissait progressivement la déchéance des Valois. Henri II était atteint d’un vice de conformation génitale ; Catherine de Médicis, réglée fort tard, n’était point indemne de ce côté : neuf ans de stérilité, puis vient au monde un pauvre être dégénéré.
Considérons maintenant son état mental. Celui-ci ne pouvait qu'être sous la dépendance étroite de son infirmiténaso-pharyngée.Les adénoïdiensont, en effet, des caractères psychologiques communs : difficulté d’acquérir et d’assimiler de nouvelles notions, surtout si elles sont abstraites ; défaut de mémoire ; difficulté à fixer l’attention, — symptôme connu en médecine sous le nom d’aprosexie (Suarez de Mendoza), changement d’humeur, paresse intellectuelle, irritabilité nerveuse, tel est le lot de la plupart des enfants porteurs de végétations adénoïdes.
Tel fut aussi le lot de François II. Assurément, ses contemporains ne font point représenté comme un pâle crétin, car ils avaient trop de respect pour la majesté royale pour la déprécier de la sorte : nous ne sommes point encore au temps des pamphlets violents qui couvriront Henri III d’une boue immonde. Cependant, à travers les lignes, on devine que François, encore dauphin, était ce qu’on appelle en terme médical un minus habens : « Il est, disait l’ambassadeur vénitien Capello, très convenablement élevé, mais il manque de vigueur ; il n’aime guère les lettres, ce qui déplaît fort à Sa Majesté (Henri II). On
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lui a donné de très bons précepteurs qui lui apprennent à ne jamais rien refuser de ce qu’on lui demande, afin qu’il puisse acquérir, par une continuelle habitude, tout ce qu’il faut à la libéralité et à la grandeur royales ; et cependant, on n’y réussit pas beaucoup Un autre ambassadeur vénitien, Michel Suriano, parle du roi François en termes plus expressifs : « On le méprisa comme trop jeune et de peu d’esprit {poco spirito). » Jean de Serres dit à peu à près la même chose : « François II, jeune d’ans et encore plus d’esprit. » Les autres témoignages concordent avec ceux-ci.
S’il n’était pas intelligent et s’il avait l’assimilation lente et difficile, par contre, François II ne présentait point le caractère cruel, fourbe et volontiers sadique qui devait marquer la mentalité de ses frères. Il n’était point méchant, car il n’avait aucune volonté, pas plus celle de faire le mal que de faire le bien. Morose et bilieux, il menait surtout une vie végétative, s’ennuyant profondément, ne connaissant ni passion, ni désir, cultivant à grand’peine, au fond de son cœur d’enfant, une petite fleur bleue sentimentale. Et cependant, sa mère, volontiers dure et méchante, avait fait son possible pour lui inculquer de bons principes. Elle avait eu soin de l’endurcir contre une mauvaise sensiblerie en le menant, avec ses jeunes frères, anx exécutions de la place de Grève.
^ « Ma di natura è misero e non inoUo amatore di lettere. Ma contuttocio pare che malagevol mente l’esseguisca. » [Relat- 4e l’ ambassade ui‘ Jean Capello. Doc. in. de l’Ilist. de Fraftce.)
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Pour le récréer, pendant son enfance, elle avait organisé des combats de coqs, de chiens et d’autres animaux. En un mot, elle voulait tremper ce caractère qu’elle pressentait affaibli et lui donner une rude autorité par des spectacles violents et sanguinaires. Le petit roi faisait tout ce qu’on voulait ; il ne témoignait à cette vue ni joie ni indignation : il semblait incapable d’aucune réaction psychique. En cela, du reste, il était d’accord avec son tempérament adénoïdien.
Profondément apathique, indifférent atout, il semblait vivre en dedans et ne se doutait nullement de son métier de roi. Il ne fut ^’amais de son temps ni de son pays ; sous cette Renaissance française, âprement tourmentée par la tempête des passions individuelles et sociales, à l’heure décisive où deux religions se disputaient la suprématie spirituelle et temporelle, il abdiqua tout pouvoir, toute responsabilité entre les mains des Guise.
Voilà quelle fut, sur la politique française, la répercussion de l’infirmité de François II, Comme un roi fainéant des temps mérovingiens, il laissa les maires du palais, — duc et cardinal de Guise, — les maîtres absolus de la situation. On sait ce qui s’ensuivit : la conjuration d’Amboise, préface sanglante des atrocités qui se poursuivirent jusqu’à l’avènement de Henri de Navarre. Pascal a parlé du nez de Cléopâtre, qui, moins beau, eût pu changer la face du monde romain; du grain de sable dans la vessie de Cromwell, faisant disparaître prématurément le Protecteur ; il eût pu
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ajouter que les végétations adénoïdes de François II ont conduit la France à la Saint-Barthélemy, car, si l’héritier de François P*" avait été d’intelligence élevée, de volonté réfléchie (et pour cela il lui fallait la santé physique), il eût pris parti pour les uns ou pour les autres, il aurait eu assez d’autorité pour imposer sa loi, et, en tout cas, il aurait évité à son pays le règne de Charles IX.
Car, en mourant, François II ne laissait pas d’enfants. On l’avait pourtant marié de bonne heure, de trop bonne heure, à une jeune princesse qui ne demandait pas mieux que de perpétuer la lignée des Valois. Mais si Marie Stuart, à seize ans, était, comme dit Michelet, une forte rousse charnelle, son royal mari était un apprenti incapable de gagner un galon sur le champ de bataille des ébats conjugaux. Le fait ne manque point d’être piquant : à François PS paillard, trousseur de filles et débauché impénitent, succède son fils Henri, — M. de Saint- Victor, — qui mit dix ans à procréer et qui présentait une gênante anomalie ; à Henri II succède François II qui, à seize ans, manifestait une évidente bonne volonté, mais ne pouvait la traduire par un acte décisif.
C’est encore à son tempérament adénoidien qu’il faut attribuer ce peu d’ardeur pour le culte de Vénus. Les porteurs de cette infirmité,— localisée cependant dans le nez et l’arrière-gorge, — sont des retardataires en matière d’amour, et leur vie durant ne montrent guère d’empressement à sacrifier à la femme. Il leur
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manque l’appétit sexuel et ils ue présentent pas de sensualité bien marquée.
Sobre de vin, de Vénus, et de vice,
disait-on en parlant de François. Régnier de la Planche s’exprime moins poétiquement : « 11 avait les parties génératives constipées et empescliées, sans faire aucune action V » Et pourtant Marie Stuart s’employait de son mieux à faire naître des désirs amoureux au cœur du jeune François. Ils restèrent fiancés de longs mois. François avait pour sa femme une affection très tendre et très sentimentale. Lorsque celle-ci n’avait encore que treize ans, ils se retiraient tous deux dans de petits coins, pour des caresses forcément innocentes, et là, Marie Stuart, âme d’artiste déjà vibrante, commençait à épeler l’alphabet de l’amour sentimental avec un compagnon qui fut plus tard incapable de tourner le feuillet pour en apprendre la syntaxe.
On a dit très faussement que Frauçois II était mort de Marie Stuart, la jeune et jolie reine l’ayant épuisé après deux ans de mariage. Ce genre de mort n’est pas plus poétique que l’abcès à l’oreille qui enleva François, et, en outre, il est absolument démenti par ce que nous savons de l’observation médico-psychologique du jeune roi. On ne vide point un réservoir qui ne contient rien : c’était le cas de François. Peut-être, sur la fin de ses jours, cet adénoïdien, — le contraire
' Mémoires de l’Eslat de France sous François II, par Rëgnieh DE L.\ Planche,
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de Vembrasé, — parvint-il à remplir ses devoirs conjugaux, mais ce n’est point ce suprême effort qui pouvait influer sur l’évolution de son infirmité. En définitive, c’est Brantôme qui a raison lorsqu’il dit : « Le roi François ne fut point sujet à l’amour comme ses prédécesseurs ; aussy eust-il un grand tort, car il avoit pour épouse la plus belle femme du monde et ne plus aimable.» L’écrivain des Dames galantes, qui, lui, étaitbien de son époque, comprenait mal qu’on pût rester indifférent devant les charmes de cette belle fille de dixsept ans, forcée de se contenter de promesses d’amour.
Un exemple montrera la curiosité un tantinet perverse de la « fée écossaise », au visage délicat, au nez mince et droit, aux yeux noirs et veloutés. Un jour on raconte devant elle que les cerfs de la forêt de Saint- Germain, bramant d’amour pour une biche, se livraient un combat furieux dont la Ghimène à quatre pattes devait être le prix. Marie Stuart veut aller contempler un si joli spectacle. Elle entraîne à sa suite le languissant monarque, les seigneurs et les dames de la cour, ravis de cette amusante équipée, et voilà la troupe folle partie à travers bois : on assiste à la lutte, et, qui plus est, au couronnement du vainqueur qui ne resta point « bouche bée » devant la belle proie qu’il avait gagnée. Quelqu’un osa bien remarquer que cela ne « sentoit pas sa femme de bien ny chaste d’aller voir de telles amours de bestes », mais les gloseurs se turent bientôt^ Pauvre petite reine contrainte
’ Bouchot. Les Femmes de Brantôme, ch, iii.
de satisfaire son tempérament amoureux par des spectacles immoraux !
Inintelligent, aboulique, impuissant, tel fut François II. Roi sans vices et sans vertus, nul n’était moins digue de monter sur le trône, le lendemain de la joute fatale où Montgomery creva l’œil de Henri II. Et pourtant, François II ne représente que le premier échelon de la dégénérescence des Valois ; ses deux frères qui vont lui succéder, l’un après l’autre, et faire sombrer la dynastie fondée par François P'’ accuseront des tares dégénératives encore plus marquées : avec eux, le trône de France bascule dans la boue et dans le sang.