LES GRIVES OO'J
Alors, se rassurant, avec des cris folâtres, La troupe s'éparpille et tous ces jolis becs, Eusemble, à petits coups saccadés, drus et secs. Piochent avidement dans les feuilles rougeâtres.
Mille oiseaux picoreurs, leurs amis eoutumiers, S'en vont papillonner autour de ces coquettes Qui, telles qu'un volant fouetté par les raquettes. Ont de gais va-et-vient des pampres aux pommiers.
Sur les branches qui sont leurs mouvantes alcôves, Llles fout la risette aux merles déjà saouls, EL montrent au pivert qui les lorgne en dessous Leur petit ventre blanc semé de taches fauves.
En vain l'écho du gouffre apporte jusqu'en haut' Le fracas de la Creuse au loin battant ses rives, Le tapage des geais, des merles et des grives Couvre ce grand murmure et remplit le coteau.
Et tout cela se cogne aux vieux échalas maigres
En piétinant des peaux de raisins verts et bleus.
Et sur l'arbre, ou par terre, en quelque trou sableux,
Fouille jusqu'aux pépip^ la chair des pommes aigres.
Mais déjà les oiseaux, à force de pinter, N'ont plus cet œil perçant qui vous voit d'une lieue, Et le dandinement moins souple de la queue Annonce que leur vin commence à fermenter.
LES REFUGES
On dirait maintenant de mauvais acrobates Qui marchent sur le ventre, un barreau dans le cou; L'ivresse qui les prend leur met du même coup De la colle sur l'aile et du plomb dans les pattes
Et lorsque le soleil éclabousse de sang Le sommet de la côte où broutent les ânesses, Enfin, n'en pouvant plus, les grives ivrognesses Trouvent le sol fugace et le rameau glissant.
Adieu bombance ! Adieu l'orgie et les roulades ! Tout tourne et se confond en leur petit cerveau. Elles vont dans le soir comme dans un caveau Avec des rampemdnts et des dégringolades.
Et tandis que la nuit apprête son fusain, Chacuoe au pied du cep ou sur le haut de l'arbre Ferme l'œil et se lient comme un oiseau de marbre, Ou vole en titubant vers le taillis voisin.
Et maintenant qu'aux cieux a teinté l'heure brune, Les grives ont sommeil et vont cuver sans bruit Tout ce cidre et ce vin bus à même le fruit, Dans la fraîcheur de l'ombre où rit le clair de lune.
LES CHEVEUX CHAMPETRES. Cil