‹ Les névrosesChapitre 160 sur 220 · LENTEUR E VIF · texte numérisé non relu

LENTEUR E VIF

Or, tout cela se brise à ton sommeil magique,

Gomme le flot contre l'écueil ; Mais ton oeil va s'ouvrir pour un réveil tragique

Dans l'affreuse nuit du cercueil.

Alors, étroitement collés contre tes hanches,

Tes maigres bras ensevelis Iront en s'étirant buter contre les p'anches

Sous le grand suaire aux longs plis.

Tandis que tes genoux heurteront ton couvercle

Avec un frisson de fureur.

Ton esprit afTolé roulera dans un cercle

D'^pouvantements et d'horreur.

Une odeur de bois neuf, d'argile et de vieux Uni: s

Te harcèlera sans pitié :

L'asphyxie aux poumons, la névrose aux méninges.

Tu hurleras, mort à moitié.

Tes sourds gémissements resteront sans réponse;

Plus d'échos sous ton hideux toit Qui, spongieux et mou comme la pierre ponce,

Laissera l'eau suinter sur toi!

Dans l'horrible seconde où ta vie épuisée

Luttera moins contre la mort, Tu croiras voir ta chair déjà décomposée;

Tu sentiras le ver qui mord.

•28-2 LKS SPECTRES.

Contrition tardive et vaines conjccLures,

Tous ces spectres aux dents de fer

Lancineront ton âme en doublant tes tortures Qui te feront croire à l'enfer.

Tandis que ta famille oublieuse et cynique

Discutera ton testament, Et que, la plume aux doigts, un vieux notaire inique

Épaissira rembrouillement,

Toi, tu seras tout seul enfermé dans ta boite.

Pauvre cadavre anticipé, S ins haleine, sans voix, sans regards, le corps moite;

Bouche ouverte et le poing crispé.

iùitin, tes membres froids s'allongeront sous terre

Dans la morne rigidité.

Et Ion dernier soupir, atroce de mystère,

S'enfuira vers l'éternité. »

— Telle est la prophétie effroyable de haine Qu'un grand fantôme au nez camard,

M'a faite, l'autre nuit, sur un trône d'ébène, Au milieu d'un noir cauchemar.

LKS ['. ECS DK C,.\A. 283

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