LENTEUR E VIF
Or, tout cela se brise à ton sommeil magique,
Gomme le flot contre l'écueil ; Mais ton oeil va s'ouvrir pour un réveil tragique
Dans l'affreuse nuit du cercueil.
Alors, étroitement collés contre tes hanches,
Tes maigres bras ensevelis Iront en s'étirant buter contre les p'anches
Sous le grand suaire aux longs plis.
Tandis que tes genoux heurteront ton couvercle
Avec un frisson de fureur.
Ton esprit afTolé roulera dans un cercle
D'^pouvantements et d'horreur.
Une odeur de bois neuf, d'argile et de vieux Uni: s
Te harcèlera sans pitié :
L'asphyxie aux poumons, la névrose aux méninges.
Tu hurleras, mort à moitié.
Tes sourds gémissements resteront sans réponse;
Plus d'échos sous ton hideux toit Qui, spongieux et mou comme la pierre ponce,
Laissera l'eau suinter sur toi!
Dans l'horrible seconde où ta vie épuisée
Luttera moins contre la mort, Tu croiras voir ta chair déjà décomposée;
Tu sentiras le ver qui mord.
•28-2 LKS SPECTRES.
Contrition tardive et vaines conjccLures,
Tous ces spectres aux dents de fer
Lancineront ton âme en doublant tes tortures Qui te feront croire à l'enfer.
Tandis que ta famille oublieuse et cynique
Discutera ton testament, Et que, la plume aux doigts, un vieux notaire inique
Épaissira rembrouillement,
Toi, tu seras tout seul enfermé dans ta boite.
Pauvre cadavre anticipé, S ins haleine, sans voix, sans regards, le corps moite;
Bouche ouverte et le poing crispé.
iùitin, tes membres froids s'allongeront sous terre
Dans la morne rigidité.
Et Ion dernier soupir, atroce de mystère,
S'enfuira vers l'éternité. »
— Telle est la prophétie effroyable de haine Qu'un grand fantôme au nez camard,
M'a faite, l'autre nuit, sur un trône d'ébène, Au milieu d'un noir cauchemar.
LKS ['. ECS DK C,.\A. 283