‹ Les névrosesChapitre 161 sur 220 · LES BECS DE GAZ · texte numérisé non relu

LES BECS DE GAZ

,i Jules Lévy.

Les becs de gaz des mauvais coins Eclairent les filous en loques Et ceux qui, pleins de soliloques, S'en vont jaunes comme des coings.

Complices des f odeurs chafouins (luettant le Monsieur à breloques, Les becs de gaz des mauvais coins Eclairent les filous en loques.

Et coups de couteaux, coups de poings, Coups de sifflets, cris équivoques.

Spectres bifleux, mouchards baroques, Tout ce mystère a pour témoins Les becs de gaz des mauvais coins.

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lE SOLILOQUE DE TROPPMANN

A Emile Goubert.

Enfin débarrassé du père Et du grand fils, — vœux triomphants!

J'allais donc en certain l'epaire Tuer la mère et les enfants!

Je fus les attendre à la gare.

Dans la nuit froide, sans manteau; J'avais à la bouche un cigare Et dans ma poche un long couteau.

Tout entier au plan du massacre, Si pesé dès qu'il fut éclos, Je m'étais muni d'un grand fiacre D'une couleur sombre et bien clos.

Sur les coussins, calme, sans fièvre, Je me vautrais comme un Sultan; Je devais avoir sur la lèvre Le froid sourire de Satan !

LE SOLILOQUK DR TKOPPMANN. 285

Je sais que plein de convoitise

Je ricanais, tout en songeant

Que pour huit morts, — une bêtise 1 —

J'allais avoir beaucoup d'argent.

Je pensais : « Destin! tu me pousses <( Au foifait le plus inouï; « Mais, puisque j"ai d'ignobles pouces « Et pas de cœur, je réponds : Oui!

« Le train du Nord me les apporte.

« Et moi, l'homme aux projets hideux, « Mystérieux comme un cloporte, » Je me voiture au-devant d'eux :

« Pour les saigner comme des bêtes,

« Pour les pétrir, les étrangler,

« Pour fendre et bossuer leurs têtes,

« Sans qu'ils aient le temps de beugler! »

J'arrivai : la gare était pleine De bruit el de monde. — A minuit, Je pourrais combler dans la plaine Un grand trou bâillant à la nuit!

Je lorgnais des filles charnues, Froid^^ment, comme un gentleman, Lorsque soudain des voix connues S'écrièrent : « Voilà Troppmann.

286 Lies SIUOCTHES.

Et tous, la iiuMe el la inuiiiiaille Me couvrirent de baisers gras!

C'était fait! Ma dernière maille Se nouait enfin dans leurs bras!

Nous roulions! Pour que mes victimes Kussent foi dans ma loyauté, J'abritais mes pensers intimes Derrière ma loquacité.

Les tout petits dormaient candides Sur mes genoux, dur matelas.

Je frôlais de mes doigts sordides Le manche de mon coutelas.

Bercés par de féeriques songes, Ils dormaient; et moi, le damné, Je rassurais par des mensonges La femme de l'empoisonné.

Lutlerait-elle, cette sainte ?

Je l'épiai sournoisement :

— Quelle chance! Elle était enceintel

J'eus un joyeux tressaillement.

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