LE SOLILOQUE DE TROPPMANN
Elle allait portant sa fillette, Ses petits bras autour du cou; Elle n'était pas inquiète :
Lorsque je bondis tout à coapl
Mon attaque fut si soudaine, Qu'elle ne vit pas l'assassin :
Je lui piétinai la bedaine Et je lui tailladai le sein;
Pais, me ruant sur chaque mioche, Près de leur mère qui râlait, Je les couchai d'un coup de pioche ; Plus que trois ! Comme ça filait I
Ils m'attendaient dans la voiture.
« Venez, leur dis-je, me voici; Votre mère est à la torture En vous sachant tout seuls ici. »
Alors, minute solennelle.
Admirablement papelard, D'une main presque maternelle, Je mis à chacun un foulard.
LES SPFCTRKS.
A peine le rocher stupide Était-il parti, qu'aussitôt, Vertigineusement rapide, Je les assaillis sans couteau.
Sur leurs trois cous je vins m'abattre. Horriblement je les sanglai ; Ils se tordirent comme quatre, Mais en vam : je les étranglai !
Alors du poitrail de la vieille J'arrachai mon eustache, et fou, Pris d'une rage sans pareille.
Je les frapDai sans savoir où.
Je frappais, comme un boucher ivre.
A tour de bras, m'éclaboussant, Moi, le froid manieur de cuivre, De lambeaux de chair et de sang!
Mon couteau siffla dans lears râles, Et mon pesant pic de goujat Défigura ces faces pâles Où le sang -,e caillait déjè
Puis, sous le ciel, au clair de lune, Avec mes outils ébréchés, Je fis sauter, l'une aprfts l'une, Les cervelles des six hachés I
LE SOLILOQUE DE 1 K< ) i r M A X N
C'était si mou sous ma semelle Que j'en fus écœuré : j'enfouis.
Morts ou non, tassés, pêle-mêle.
Ces malheureux, et je m'enfuis!
Enfin ! Je les tenais, les sommes 1 Tous les huit, morts! C'était parfait!
J'allais vivre, estimé des hommes.
Avec le gain de mon forfait.
Eh bien, non ! Satan mon compère M'a lâchement abandonné.
Je rêvais l'avenir prospère :
Je vais être guillotiné.
J'allais jeter blouse et casquette, Je voulais être comme "il faut!
Demain matin, à la ^loquette, On me rase pour l'échafaud.
Je me drapais dans le mystère
Avec mon or et mes papiers :
Dans vingt-quatre heures, l'on m'enterre
Avec ma tête entre mes pieds.
292 LES SPECTRES
Eh bien, soit ! A la rouge Veuve Mon cou va donner un banquet; Mon sang va couler comme un fleuve Dans l'abominable baquet;
Qu'importe! Jusqu'à leur machine, J'irai crâne, sans tombereau; Mais avant de plier l'échine.
Je mordrai la main du bourreau I
Et maintenant, croulez, ténèbres !
Troppmann en ricanant se dit Que parmi les lueurs célèbres.
Lui seul sera le grand maudit!
LE BOURREAU MONOMANK.