LA NUIT DE NOVEMBRE
i>t j'étais arrivé sur une immense roche
Quand je me rappelai que j'avais dans ma poche
Le bréviaire noir des amants do la Mort,
Cette oeuvre qui vous brûle autant qu'elle vous mord,
Que la tombe a dictée et qui paraît écrite
Par la main de Satan, la grande âme proscrite.
Oui, j'avais là sur moi, dans cet endroit désert,
Le Cœur Révélateur et la Maison Usher,
Ligeia, Bérénice, et tant d'autres histoires
Qui font les jours peureux, les nuits évocatoires,
Et qu'on ne lit jamais sans frisson sur la peau
Oui, délice et terreur ! j'avais un Edgar Poe :
Edgar Poe, le sorcier douloureux et macabre
Qui chevauche à son gré la raison qui se cabre.
Seul, tout seul, au milieu du silence inouï,
Avais-je la pâleur d'un homme évanoui
Quand j'ouvris le recueil de sinistres nouvelles
Qui donnent le vertige aux plus mâles cervelles?
Mes cheveux s'étaient-ils dressés, à ce moment?
Je ne sais! Mais, mon cœur battait si fortement,
Ma respiration était si haletante,
Que je les entendais tous les deux : oh, l'attente
Du fantôme prévu pendant cette nuit-là
Et je lus à voix basse Hélène, Morella,
Le Corbeau, le Portrait ovale, Bérénice,
Et, — que si j'ai mal fait le Très-Haut me puaissel —
Je relus le Démon de la Perversité!
Puis, lorsque j'eus fini, je vis à la clarté
LES SPECTRES
Uu ciel illumiué comme un plafond magique,
Debout sur u.:e roche uu revenant tragi'jue
Drapé dans la guenille horrible du tombeau
Et dont la main sans chair soutenait un corbeau :
Fou, je m'enfuis, criblé par les rayons stellaires,
Et c'est depuis ce temps que j'ai peur des nuits claires-