‹ Les névrosesChapitre 193 sur 220 · LA NUIT DE NOVEMBRE · texte numérisé non relu

LA NUIT DE NOVEMBRE

i>t j'étais arrivé sur une immense roche

Quand je me rappelai que j'avais dans ma poche

Le bréviaire noir des amants do la Mort,

Cette oeuvre qui vous brûle autant qu'elle vous mord,

Que la tombe a dictée et qui paraît écrite

Par la main de Satan, la grande âme proscrite.

Oui, j'avais là sur moi, dans cet endroit désert,

Le Cœur Révélateur et la Maison Usher,

Ligeia, Bérénice, et tant d'autres histoires

Qui font les jours peureux, les nuits évocatoires,

Et qu'on ne lit jamais sans frisson sur la peau

Oui, délice et terreur ! j'avais un Edgar Poe :

Edgar Poe, le sorcier douloureux et macabre

Qui chevauche à son gré la raison qui se cabre.

Seul, tout seul, au milieu du silence inouï,

Avais-je la pâleur d'un homme évanoui

Quand j'ouvris le recueil de sinistres nouvelles

Qui donnent le vertige aux plus mâles cervelles?

Mes cheveux s'étaient-ils dressés, à ce moment?

Je ne sais! Mais, mon cœur battait si fortement,

Ma respiration était si haletante,

Que je les entendais tous les deux : oh, l'attente

Du fantôme prévu pendant cette nuit-là

Et je lus à voix basse Hélène, Morella,

Le Corbeau, le Portrait ovale, Bérénice,

Et, — que si j'ai mal fait le Très-Haut me puaissel —

Je relus le Démon de la Perversité!

Puis, lorsque j'eus fini, je vis à la clarté

LES SPECTRES

Uu ciel illumiué comme un plafond magique,

Debout sur u.:e roche uu revenant tragi'jue

Drapé dans la guenille horrible du tombeau

Et dont la main sans chair soutenait un corbeau :

Fou, je m'enfuis, criblé par les rayons stellaires,

Et c'est depuis ce temps que j'ai peur des nuits claires-

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