AVANT-PROPOS
On nous objectera sans doute que, dans un travail consacré aux névroses traumatiques, il ne faut pas s occuper des affections organiques que peuvent amener les traumatismes. Nous répondons à cette objection en nous efforçant de prouver qu’il est très souvent impossible de distinguer la nature organique ou fonctionnelle des troubles nerveux d’origine traumatique (1).
Certes, nous avons écarté de notre étude toute la catégorie des lésions nerveuses grossières, telles que les myélites aigues, les encéphalites aiguës, que l’on observe à la suite des traumatismes; mais nous n’avons pu négliger de parler de ces processus chroniques et diffus qui envahissent insensiblement l’axe cérébro-spinal et qui donnent lieu à des manifestations semblables à celles décrites par les auteurs sous le nom d’ « hystéro-neurasthénie ».
Aussi sommes-nous les premiers à déclarer impropre le terme de « névroses traumatiques» employé pour englober un ensemble de troubles nerveux dont un certain nombre dépend d’une lésion organique. Cependant les névroses
(1) Tout récemment encore, M. Rendu, dans une communication intitulée : Coittusion générale du cerveau à sympComes itisolUcx, simulant une névrose traumatique, rapportait l’histoire d'un malade, présenté par M.Dehove à la Société médicale des hôpitaux de Paris, chez lequel M. Gilles de la Tourette avait allirmé une hystérie traumatique. L'évolution de la maladie a prouvé qu’il s’agissait bel et bieu d’une lésion cérébrale (').
O Cette interprétation, dit M. Rendu en parlant du diagnostic de M. Gilles de la Tourette, vraie assurément dans un grand nombre de cas, ne doit pas faire oublier que le traumatisme peut créer des lésions encéphaliques matérielles, qui nous échappent probablement souvent et qui peuvent en imposer pour une névrose pure. Cette réserve, que je formulais à propos du malade de M. Debove, me semble d’autant plus justifiée- que je viens de voir un cas de contusion cérébrale traumatique qui, pendant huit jours, a offert les symptômes d'une hémiplégie purement fonctionnelle, et que j’ai commis à ce sujet une erreur complète de diagnostic et de pronostic, jusqu’au jour oit sont apparus certains symptômes indiquant manifestement une lésion cérébrale.
» La névrose traumatique et les accidents d'bystéro-traumatisme existent certainement, mais il ne faut pas en généraliser la fréquence. 11 est possible, probable même, que sous le nom de névrose traumatique, on englobe un certain nombre de cas oit le choc mécanique de l’encéphale a déterminé des lésions réelles et qui rentrent dans l’histoire encore incomplètement connue de la contusion du cerveau. » (Note ajoutée pendant l'impression.)
f) Société médicale des hôpitaux de Paris, séance du 2i ni, ai 1895.