Hystérie traumatique générale
Noire observation VI est un type rt’hystérie traumatique générale; dans ce groupe d’allections, il n’existe que des manifestations générales de l’hystérie, sans localisation particulière.
Les troubles nerveux sont alors ceux de l’hystérie ordinaire avec ses stigmates psychiques, somatiques, permanents ou accidentels.
On peut observer des anesthésies diverses, des hémi-anesthésies, des anesthésies musculaires, segmentaires, des troubles des organes des sens, tels que surdité, rétrécissement du champ visuel, dyschromatopsie, achromatopsie, amaurose.
On peut rencontrer aussi des hyperesthésies, des zones hystérogènes, des amyosthénies.
Les troubles mentaux sont ceux de l’hystérie vulgaire; ce sont des amnésies, des aboulies, des troubles du caractère.
ÉTUDE PATIIOGÉMQUE ET CLINIQUE
IjCS accidents sont : les attaques d’hystérie plus ou moins fortes, la folie et le somnambulisme hystérique.
On peut encore observer des quadriplégies, des paraplégies, des hémiplégies et même des monoplégies, mais, dans ce dernier cas, la paralysie n’a aucun rapport avec la localisation du trauma, tandis que dans l’hystérie traumatique locale, la monoplégie se montre dans le membre traumatisé. La même remarque est applicable aux arthralgies qui peuvent se montrer au cours d’une hystérie générale.
Enfin, il peut y avoir de l’astasie abasie, du spasme saltatoire, de la chorée et des tremblements hystériques, des névralgies, des troubles trophiques et vaso-moteurs, de l’aphonie, de la toux hystérique, de la. dysphagie, des vomissements, du vaginisme, de la fièvre hystérique.
Je n’ai pas cru devoir insister sur la description symptomatologique de l’hystérie traumatique générale, parce que cette affection est en tout semblable à l’hystérie vulgaire, développée sous l’influence d’une cause occasionnelle quelconque.
Observation XV (inédite et personnelle).
M"« D.... me fut adressée en novembre 1894 par M. le professeur S....; elle était atteinte depuis 1889 de troubles hystériques variés dont je donnerai plus loin la description.
L’hérédité de cette jeune fille dénote une prédisposition névropathique notable : sa mère, qui est vivante, est très nerveuse, son père est mort d’albuminurie, son oncle est ataxique.
Comme antécédents personnels, D.... n’accuse qu’unegastro-
entérite. Jamais, avant 1889, elle n’avait ressenti aucun trouble nerveux.
Le 7 septembre 1889, cette jeune fille se trouvait avec sa mère au port d’Anvers ; tout à coup, ces deux dames ressentirent une violente commotion et se retrouvèrent, sans savoir comment, à plus de 10 mètres de l’endroit où elles se trouvaient avant l’accident. Elles ne se rendirent pas compte dans le moment de ce qui était arrivé; elles virent plusieurs personnes renversées, des carreaux cassés, une fumée très forte. Leur frayeur fut grande; elles crurent que leur dernier moment était arrivé. Elles ne por-
OES NÉVROSES TRAUMATIQUES.
talent aucune blessure; aussi purent-elles s’enfuir jusque chez elles.
Elles apprirent alors que l’accident qui les avait si violemment commotionnées était l’explosion de la cartoucherie Corvilain.
A partir de cette époque, M"** D.... devint excessivement nerveuse; elle était effrayée pour un rien, elle sursautait au moindre bruit et son caractère, gai autrefois, devint triste au point qu’elle ne cessait presque pas de pleurer. Cette période prodromique s’accentua insensiblement et environ six mois après l’explosion, la malade présenta son premier accès d’hystérie.
Depuis lors, les attaques se succédèrent à de courts intervalles; elle en eut bientôt plusieurs par jour; puis se montrèrent des vertiges, des malaises nerveux indéfinissables qui n’étaient en somme que des crises moins fortes.
A certains moments encore, D.... se mettait à courir follement, renversant tout ce qui se trouvait sur son chemin. Se trouvait-elle dans un tram avec sa mère, tout à coup elle se levait et ne pouvait s’empêcher de courir en rond pendant dix h vingt secondes.
Cet état fut traité énergiquement par plusieurs médecins; l’un de ces derniers lui administra les bromures pendant une période de temps très longue (deux ans, je crois). Sous l’inlluence de ce traitement, la malade présenta une certaine amélioration, mais sa mémoire s’affaiblit et ses facultés intellectuelles diminuèrent sensiblement; d’ailleurs, les manifestations morbides reparurent bientôt aussi fortes et aussi fréquentes qu’au début.
C’est alors que D.... s’adressa à M. le professeur S.... qui me la confia. L’examen que je fis alors confirma le diagnostic qu’avait posé M. le professeur S.... 11 s’agissait bien d’une hystérie convulsive. Certains signes, il est vrai, auraient pu faire penser à l’épilepsie; ainsi, il arrivait que la malade se mordait la langue pendant ses attaques. Mais c’était là une rare exception ; la plupart du temps les morsures n’existaient pas. M“® D.... prévoyait parfaitement ses accès, elle les sentait arriver; elle ne poussait pas de cri ; elle présentait quelques plaques d’anesthésie disséminées sur tout le corps, et ses champs visuels étaient notablement rétrécis.
Toutes les méthodes thérapeutiques applicables à l’hystérie ayant été employées sans résultat bien marqué, je soumis M“® D....
ÉTUDE PATHOGÈNIQUE ET CLINIQUE
au Irailement psycho-lhérapique. J’hypnotisai la malade, mais je n’obtins au début qu’un sommeil assez superficiel; l’amélioration se manitesta rapidement; les crises, les vertiges, les envies de courir diminuèrent considérablement. Au bout d’un mois et demi, j’obtins le somnambulisme profond et l’amélioration s’accentua plus encore : les troubles nerveux ne se représentèrent plus pendant quinze jours, ce qui n’était-jamais arrivé depuis 1889. Alors, l’époque des règles étant arrivée, la malade eut encore quelques petites crises et quelques légers vertiges qui disparurent d’ailleurs aussitôt après l’époque menstruelle. J’espère que la maladie continuera ù s’améliorer par la suite.