‹ Les névroses traumatiques, étude pathogénique & cliniqueChapitre 25 sur 50 · V. — Hystéro-neuhasthénie tbaumatique · texte numérisé non relu

V. — Hystéro-neuhasthénie tbaumatique

L’hystéro-neurasthénie traumatique est constituée par la combinaison de l’hystérie traumatique (locale, générale ou locale et généi’ale) avec la neurasthénie traumatique. C’est ici que la confusion règne dans les auteurs : tous les cas, en elfet, qui ne peuvent pas être rapportés à une névrose bien caractérisée, sont rangés sous la dénomination vague d’hystéro-neurasthénie.

On comprend que le mélange des manifestations des deux grandes névroses ayant nom « hystérie » et « neurasthénie », provoque un ensemble de symptômes si complexes que l’on puisse y ranger tous les cas dont la nature est incertaine. C’est du groupe des hystéro-neurasthénies traumatiques qu’il faut, à notre avis, séparer toute la catégorie de cas dans lesquels la commotion cérébro-spinale est indéniable, et les lésions organiques probables.

DES NÉvnOSES TltAUMATlQÜES.

C’est par suite de cette confusion entre les névroses traumatiques pures et les troubles nerveux s’accompagnant de commotion cérébro-spinale et de lésions organiques probables que l’étude de l’hystéro-neurasthénie traumatique paraît encore si obscure.

C’est ainsi que l’on voit les auteurs déclarer que l’hystérie et la neurasthénie se produisent généralement à la suite d’un traumatisme léger, alors qu’au contraire l’hystéro-neurasthénie est presque toujours provoquée par un traumatisme violent : « Le. traumatisme, dit Bouveret(l), est le plus souvent violent, et de ceux qui produisent tout à la fois un choc physique et une forte émotion morale. Aussi observe-t-on particulièrement l’hystéro-neurasthéniç traumatique à la suite des accidents de chemin de fer, des explosions de gaz dans les mines, du choc de la foudre, des chutes d’un lieu élevé. »

Comment admettre que, pour produire la combinaison de deux névroses dont l’apparition séparée est due à des traumatismes légers, il faille un accident avec commotion?

Si l’émotion morale accompagnée d’un traumatisme insignifiant peut produire séparément l’hystérie et la neurasthénie, elle pourra certes produire, chez des individus spéciaux, l’hystéroneurasthénie. C’est, en effet, ce que nous croyons. La commotion n’est pas plus nécessaire pour provoquer l’hystéro-neurasthénie qu’elle ne l’est pour amener séparément l’éclosion de ces deux névroses; mais où elle est indispensable, c’est pour produire une lésion organique des centres nerveux.

Faut-il pour cela se montrer exclusif et déclarer que tout trouble nerveux consécutif à une commotion doit fatalement être, dû à une lésion organique? Non, mais il ne nous paraît pas moins vrai que, dans la plupart des cas, lorsque des troubles nerveux graves s’observent à la suite d’un accident avec commotion, il faut soupçonner une lésion organique.

Ceci étant posé, voyons quels sont les symptômes de l’hystéroneurasthénie traumatique pure.

Contrairement à ce qui a lieu dans les grands traumatismes avec ébranlement, le patient prévoit très souvent l’accident qui va se produire et le danger qu’il court. Le shock nerveux peut

(1) UoiiVERET. Loc. cit. p, 280.

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE

provoquer une syncope ; il peut encore, mais plus rarement que lorsqu’il y a commotion, amener l’état cérébral particulier de demi-conscience et d’hébétude décrit précédemment, dans lequel le blessé s’enfuit. Le plus souvent, il conserve son sang-froid et retourne facilement chez lui.

L’hystéro-neurasthénie peut alors se développer soit immédiatement, soit quelque temps après l’accident.

Généralement, ce sont les manifestations neurasthéniques qui commencent ; l’hystérie ne se montre que plusieurs mois après.

La neurasthénie se manifeste par ses stigmates et ses symptômes habituels : la céphalée, l’insomnie, l’état cérébral, l’asthénie neuro-musculaire, la rachialgie, la dyspepsie, les vertiges, les bourdonnements d’oreilles, les douleurs variables, les palpitations, les crises d’angine de poitrine, l’agitation motrice, etc.

Tous ces phénomènes ont été décrits à propos de la neurasthénie traumatique pure; nous renvoyons donc à ce chapitre pour plus de détails.

Bientôt apparaissent les manifestation hystériques, qui varient considérablement suivant les cas; elles peuvent être locales, générales ou locales et générales, comme celles des hystéries traumatiques pures : ce sont des paralysies flasques ou avec contractures, des arthralgies, des anesthésies, des hyperesthésies, des amnésies, des aboulies, des troubles de la vue, des attaques, des hémiplégies, des paraplégies, des spasmes saltatoires, des névralgies, des dysphagies, etc., symptômes qui tous ont été signalés dans l’étude de l’hystérie traumatique pure.

En un mot, l’hy§téro-neurasthénie traumatique pure, sans commotion cérébro-spinale, n’est que le mélange de deux névroses : l’hystérie et la neurasthénie. Sa description symptomatologique se confond entièrement avec celle de ces deux dernières.

On le voit, il y a quelque différence entre les troubles nerveux consécutifs à une commotion, s’accompagnant d’une lésion organique probable, et ceux qui constituent l’hystéro-traumatismepur. Certes, de nombreux symptômes sont communs à ces deux affections, mais nous croyons que l’hystéro-neurasthénie pure ne présente pas cet ensemble symptomatique, cette évolution progressive qui caractérisent les lésions nerveuses consécutives aux accidents avec commotion.

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

Nous aurons l’occasion de reparler de celte différenciation îi propos du diagnostic des névroses traumatiques.

Observation XIX. (Patuicopoulo, Obs. II, p. 39.)

« Le nommé F...., Armand, âgé de 43 ans, scieur de long, entre le n mars 1894 à la salle Bicliat, n» 26, pour des troubles de la motilité des membres inférieurs qui l’empêchent de se livrer à aucun travail.

» Antécédents héréditaires : Père mort à 36 ans de tuberculose pulmonaire. Mère nerveuse; aurait eu pendant les deux dernières années de sa vie des crises convulsives très violentes, de nature indéterminée, auxquelles elle aurait succombé.

» Du côté des ascendants, nous relevons un grand-père paternel violent et emporté; pas d’autre phénomène à signaler.

» Antécédents personnels N’a jamais fait aucune maladie. N’a jamais, pendant l’adolescence ni l’enfance, présenté de symptôme de ner\osisme.

» Pas de syphilis, pas d’alcoolisme.

» Constitution robuste.

>1 Le 5 avril 1893, en sciant du bois, le malade fit une chute de 3 mètres de haut environ, verticalement sur les talons, le choc portant particulièrement sur la jambe gauche. Pas de perte de connaissance ; F.... put même se relever. Gonflement énorme des talons avec douleurs très violentes pendant quatre semaines. Entorse.

» Au bout de ce temps, il commence à se lever, marche d’abord en traînant les pieds sur le sol, puis peu à peu la marche s’améliore et surtout la douleur des talons disparait. Il peut même reprendre en partie son travail et rester une demi-journée debout ; mais peu à peu la faiblesse des jambes s’accuse sans douleurs. Les jambes plient sous le malade à chaque pas qu’il fait.

» État actuel .- Le malade a les plus grandes difficultés de se tenir debout. Appuyé fortement sur deux cannes, il se présente le corps penché en avant, l’air anxieux, les genoux ployés, surtout du côté du membre gauche dont l’extrémité appuie à peine sur le sol. Pour marcher, il avance d’abord la jambe gauche, à petits pas, le genou ployé, le pied ne quittant pas le sol, mais le rasant de sa pointe ; puis il porte en avant la jambe droite, le genou fléchi, à une plus grande distance en avant, et semble avoir hâte de s’appuyer sur sa jambe droite. Dans ce mouvement, le pied droit frotte sur le sol par sa pointe. Notons encore que ces mouvements ne se font qu’avec l’aide de deux bâtons. Après quelques minutes de station debout ou après quelques pas, le malade e.st obligé de s’asseoir; ses jambes refusent de le porter; elles lui semblent en coton. Pas d’autres troubles de la marche, pas d’ataxie.

» Pas de contracture réelle ou latente ; pas de contracture sous l’influence des mouvements.

» La force musculaire est un peu diminuée. Couché sur le dos, le malade

KTUDK PATIIOGÉMQUE Eï CLINIQUE

|)eiU tliriger ses membres inférieurs vers le point indiqué, avec force et sans hésitation. Il résiste assez bien aux mouvements pa.ssifs de flexion et d’extension.

» Le malade étant debout, si l’on s’appuie sur ses épaules, immédiatement ses jambes fléchi.ssent et se dérobent.

» Les réflexes rotulien et plantaire sont normaux. La sensibilité est normale sous tous ses modes : tact, douleur, chaleur, froid. Pas de retard, pas de confusion.

» Pas de troubles des sphincters, vésical et rectal.

» Émotivité extrême. État d’abattement très prononcé; le malade répond à peine par oui ou par non, et il faut insister pour lui arracher une syllabe. C’est en quelques phrases brèves, entrecoupées, qu’il nous raconte son accident et l’histoire de sa maladie. Pendant l’interrogatoire, à plusieurs reprises, il se met à pleurer abondamment. A l’air découragé, abattu; désespère de jamais guérir. Pleure en songeant à sa femme et à ses enfants en bas âge.

» Pas de céphalée ni d’insomnie.

» Plaque d’hyperesthésie sacrée très nette, douleur assez vive à ce niveau â la moindre pression. Au niveau de la région lombaire, on voit les traces de six cautères, trois de chaque côté de la colonne vertébrale et dont les cicatrices sont devenues chéloïdiennes; au niveau du sacrum, traces de nombreuses pointes de feu.

» Au thorax et aux membres supérieurs, sensibilité anormale ; pas de troubles de la motilité.

» Réflexe pharyngien diminué, mais non aboli. Pas de rétrécissement du champ visuel.

» Suggestion, douche, potion avec du chlorure d’or.

» 19 mars : Amélioration sensible. Le malade sent ses jambes plus fortes. 11 lui est encore très difficile de marcher ; cependant, il reprend confiance, l’état mental s’améliore.

» Électrisation. Réactions électriques normales.

» 20 mars : Le malade s’améliore. La force revient dans les membres inférieurs; F ... se sent plus solide sur ses jambes. L’état mental devient aussi meilleur; bien que le malade soit encore triste et préoccupé, il commence à accepter l’idée de sa guérison.

» 25 mars : L’amélioration fait des progrès rapides. F.... marche sans canne et n’accuse plus qu’un peu de lourdeur de la jambe gauche. L’état psychique est absolument changé. F.... se rend compte de l’amélioration rapide de son état; il se promène [>resque toute la journée. Il ne doute plus du succès.

» avril : La guérison s’accentue. Il ne l'este plus qu’un jieu de fatigue, le soir, dans le membre gauche. L’état mental est redevenu normal.

» 8 avril : La guérison peut être considérée comme complète. Plus aucune trace de la paraplégie. F.... demande à quitter le service et à retourner chez lui. 11 a conscience de sa guérison. Quand il est debout, on peut se laisser porter sur ses épaules, sans qu’il fléchisse.

» 11 avril : F.... quitte le service parfaitement guéri. »

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

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