VIII. — Maladie de Parkinson trau.matique
Charcot et Glorieux (1) ont observé la maladie de Parkinson se développant à la suite de traumatismes. Blocq (2) et Patricopoulo (3) admettent également la paralysie agitante traumatique. « Il faut mentionner ensuite les traumatismes, dit Blocq (4), chocs, contusions, blessures d’un nerf périphérique. Dans ce cas, on voit parfois le tremblement se développer d’abord dans la partie atteinte. »
Ce début de la maladie peut être brusque ou insidieux ; il se produit du tremblement ou de la rigidité. L’altération s’éteml ensuite progressivement aux quatre membres, le malade présente le faciès et l’attitude particulière de la maladie de Parkinson ; le tremblement s’exagère par la fatigue et par les émotions, les membres sont rigides, les mouvements lents, etc.
Tous ces phénomènes, appartenant à la paralysie agitante ordinaire, ne peuvent etre détailles ici. INous terminerons cet exposé en relatant l’observation de Glorieux :
OusEiiVATioN X.\1I. {La Polidinique, 7, l"' avril 1893, p. 107.)
« Le malade dont nous publions l’observation appartient à cette catégorie . il est âgé de 49 ans et exerce la dure profession d’ouvrier terrassier. Jamais il n’a été malade et ses parents, aujourd’hui presque octogénaires,
sont également bien portants. ^
» Le 17 octobre de l’an dernier, Sébastien Ü.... se trouvant au liant dun talus, laissait glisser dans ses bras une lourde jiièce de bois. A son insu, la poutre portait à son extrémité une traverse (jui, dans le mouvement de
(1) Gloiueux. Maladie de Parkinson traumalùiue. {La Policlinique, avril 1893.)
l2) Blocq. In Traité de médecine, de Charcot et Bouchard, t. VI.
(3) Patricopoui.o. Loc. cil., p. 11
(4) Blocq. Loc. cii., p. 1278.
DKS NÉVHOSKS TIIAUMAÏIQÜES.
descente, vint le heurter violemment dans le dos, liii fit perdre l'équilibre et l’entraîna la tête en avant à une profondeur de 3 à 4 mètres.
» Aussitôt après la chute. Sébastien D.... croit avoir perdu connaissance pendant peu de temps. 11 se rappelle que quand ses camarades, accourus pour lui porter secours, voulurent le relever, il ne put se tenir debout : il était paralysé des bras et des jambes, alors que l’intelligence et la parole étaient normales.
» Un médecin requis en toute hâte le fit transporter à l’hôpital de Nivelles, où il garda le lit pendant une huitaine de jours. Au dire du malade, jamais il n’y a eu de fièvre ni de délire ; pas d’écoulement de sang, ni des oreilles ni du nez. pas de rétention d’urine ni de matières fécales; insomnie complète; douleur dans le dos et les reins à la ])artie contusionnée; appétit bon. On est obligé de le nourrir et de le traiter çomme un j)aralytique.
)) Vers le neuvième jour, il essaya de s’asseoir dans un fauteuil, ()uis de se tenir debout et de faire quelques pas en étant soutenu L’améliorationfut assez rapide, puisque le treizième jour après l’accident, il quitta l’hôpital en s’appuyant sur le bras de sa femme et d’une autre personne, et put ainsi péniblement gagner son foyer.
» Ce ne fut que deux mois après l’accident que le malade parvint à marcher seul, sans autre soutien que celui de sa canne, et à se servir des mains pour porter les aliments à la bouche. Depuis lors, l’amélioration s’accentua de jour en jour et le 4 février, le malade fut en état de venir me consulter à la Policlinique.
» Dès son entrée dans la salle des consultations, je remarque dans l’expression du visage un certain degré de fixité et d’égarement qui me fait songer immédiatement au masque caractéristique de la maladie de Parkinson. L’attitude des membres supérieurs est également particulière; les bras sont fléchis dans le coude et les mains largement ouvertes sont en quelque sorte étalées sur la poitrine. Les doigts sont en extension, écartés les uns des autres, et la phalange terminale est en hyperextension sur la seconde phalange. Je ne constate aucune espèce de tremblement.
» Chose importante, il existe par tout le corps et les quatre membres une raideur très accentuée, qu’on ne parvient à vaincre qu’au prix d’un grand eflort. Cette raideur est complètement indépendanie de la volonté du malade; elle entrave la liberté ou mieux l’instantanéité des mouvements sans qu’il existe de véritable paralysie. Quand on demande au malade de lever le bras ou de maicher, il. s exécute parfaitement et avec une facilité qui étonne, quand on songe à 1 eftort qu il faut déployer pour plier passivement le poignet, fléchir les doigts, plier le genou..., en un mot pour changer l’attitude de ce corps, comme soudé ensemble. Cette grande raideur coexiste avec une exagération notable des réflexes rotuliens et périostés. A plusieurs reprises, mais pas constamment, nous avons obtenu le clonus du pied et celui de là rotule à gauche. En dehors de ces symptômes, plus rien à noter; pas d’atrophie musculaire, pas de troubles de la sensibilité; appétit bon, nutrition également. La \essie et le rectum fonctionnent normalement.
ftTÜDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE
» L’attitude du tronc est normale; la marche est lente, plutôt traînante que spastique; la propulsion existe manifestement, puisque la femme nous dit qu’elle craint les chutes chaque fois que son mari descend les moindres pentes; elle a peine à le suivre, quand il précipite sa marche.
» Subjectivement, le malade accuse une sensation de malaise; il éprouve le besoin de changer de position. Ce sentiment de malaise ne le quitte même pas la nuit et l’empêche de dormir. Vingt fois par nuit, il sort de son lit et y rentre. Encore aujourd’hui, il lui est impossible de se retourner seul dans son lit ou d’y entrer ou d’en sortir sans le secours de sa femme. Il accuse une sensation de chaleur dans le dos et les reins, particulièrement à l’endroit contusionné. Le moral a également changé : le malade est devenu irritable, tant à cause de son incapacité au travail qu’à cause de son insuffisance fonctionnelle.
» A cette époque, le diagnostic restait en suspens : nous nous trouvions devant une névrose traumatique ayant certaines ressemblances avec les hystéries traumatiques chez l’homme, que M. Charcot a si magistralement décrites. Avant d’affirmer mon diagnostic de névrose de Parkinson, je voulais observer le tremblement caractéristique, symptôme presque pathognomonique et ne faisant que rarement défaut.
» Je prescrivis quinze paquets d’un gramme de sulfonal, afin de calmer les agitations de la nuit et procurer du sommeil, et demandai au patient de revenir dans un mois.
» Le malade nous revint le 4 mars. Les insomnies ont cédé au sulfonal, l’état général est bon; les réflexes sont moins exagérés; impossible d’obtenir le clonus du pied ; mais la raideur des membres persiste toujours, surtout aux mouvements passifs.
» Chose capitale, le tremblement, qui n’existait pas il y a un mois, est aujourd’hui manifeste : à certains moments, il existe aux mains et aux pieds, surtout au pied droit! Le doute n’est plus possible : nous sommes en présence d’un cas de maladie de Parkinson, d’origine traumatique. »