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IX. — Tics convulsifs, etc., thaumatiques

Nous entendons, avec Guinon (1), sous le nom de « tics convulsifs )), des mouvements convulsifs, habituels et conscients, résultant de la contraction involontaire d’un ou de plusieurs muscles du corps, et reproduisant, le plus souvent, mais d’une façon intempestive, quelque geste réflexe ou automatique de la vie ordinaire.

Ges tics convulsifs peuvent reconnaître pour cause un trauma-

(I) CuiNON. In Manuel de médecine, (le Dcliove et Achard, t. lî, p. 4n>.

tisme : « Émotions, frayeurs, traumatismes, dit Guinon (1), telles sont les causes le plus souvent invoquées par le malade. »

Ils se manifestent le plus fréquemment à la face et au cou, quelquefois aux membres et au tronc, sans s’accompagner jamais d’incoordination motrice vraie.

Les tics convulsifs d’origine traumatique ne présenlant aucune différence symptomatologique avec ceux qui ont une origine quelconque, nous renvoyons le lecteur aux travaux de Charcot (2), Gilles de la Tourette (3), Guinon (4), etc., pour la description détaillée de ces phénomènes.

Enfin, il est probable que le traumatisme peut également provoquer l’apparition d’autres affections névrosiques, telles que : la maladie de Basedow, la tétanie, les migraines, le paramyoclonus multiplex, les spasmes et les impotences fonctionnelles.

Bouloy (5) admet le traumatisme comme agent promoteur du paramyoclonus multiplex; Haillon (6) le considère comme une cause possible des spasmes et des impotences fonctionnelles. « Dans certains cas, dit-il, une lésion banale du membre supérieur : contusion, périostite, etc., ou bien des altérations musculaires (myosites, névrites) ou circulatoires (artérite), paraissent être le point de départ de l’affection. »

Ces cas sont cependant plus rares que ceux que nous avons signalés précédemment.

Voici une observation de paramyoclonus multiplex d’origine traumatique :

Observation XXlll (inédite).

Le sieur De B...., instituteur, a été victime de l’accident de chemin de fer de Groenendael. Les premiers jours, il n’a rien ressenti ; au bout de huit à dix jours, il a éprouvé de la ccphal-

(1) Guinon. Loc. cU., i. IV, p. -483.

l2) Charcot. Leçons du mardi, 18S7, -1888 et 1889.

(3) Gillks DK I.A Touhette. Ütiide sur les affections nerveuses caraciérisêes par de l’incoordination motrice, etc. [Areli. de neurol., 188?), n”» 23 et 2C.)

(4) Gui.non. Article: Tic convulsif, du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, et Loc. cil.

(3) Bouloy. Manuel de médecine, de Debove et Achard, p. 445.

(6) HAi.LtuN. Manuel de médecine, p. 474.

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET CLINIQUE

algie, de l’agitalion. En même temps sont survenus dans le côté gauche du corps des mouvements convulsifs, spasmodiques, comme des secousses, plus prononcés au bras, beaucoup moins à la jambe, augmentant quand le malade est préoccupé. Le malade a présenté également quelques secousses dans le côté droit, mais beaucoup moins prononcées qu’à gauche. On lui a prescrit le bromure de potassium

Je le vois pour la première fois le 6 mars 1889 : il n’avait plus de céphalalgie ; il dormait la nuit, mais dans le sommeil, il avait des visions qui lui représentaient l’accident; il se réveillait alors en sursaut. Il pouvait rester debout et marcher les yeux fermés; sa sensibilité ainsi que les réflexes rotuliens étaient normaux.

Je constatai des secousses musculaires qui étaient surtout violentes dans les muscles entourant l’omoplate.

Je lui prescrivis une infusion de valériane de oO grammes avec 3 grammes d’extrait de valériane, 30 grammes de sirop et 3 grammes d’éther, ainsi que les pilules suivantes :

R. Extrait belladoii. 8!) centigrammes.

Oxyd. zinc “2 gramme.s.

Ut f. sec. art. pii. n“ XL.

Le 9 mars, je lui prescrivis de plus une cuillerée tous les soirs de la potion suivante :

R. Chlorh. morph G centigrammes.

Hydrat. chloral ' 9 grammes.

Syr. sacc 40 —

Aq. distill dO —

De plus, le malade se rendit à la campagne.

Le 21 mars, le sommeil était plus calme, les secousses musculaires moins fréquentes, mais il avait de violents maux de tète. Je lui prescrivis les pilules suivantes :

R. Extrait bellad. . .

Extrait valérian. .

Oxyd. zinc. . . .

Ut f. sec. art. pii. n“ L.

A prendre trois fois par joui

i gramme.

I aa 3 grammes.

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

Avec chaque pilule, il devait prendre un granule d’aconitine d’un milligramme, et tous les soirs deux cuillerées de la potion suivante ;

R. Chlorh. morph • • •’> centigrammes.

Hydrat. cliloral 'l'd grammes.

Syr sacc 80 ~

Aq. dist tOO —

Le 9 avril, les secousses musculaires continuaient, mais avec moins de force; elles augmentaient par les émotions. Le sommeil était interrompu par des réveils dans lesquels il sentait son esprit comme tendu ; il pensait alors généralement à son accident, quelquefois cependant aussi h d’autres événements fûcheux, par exemple à sa sœur qui a perdu deux enfants. 11 ne savait plus écrire parce que sa main tremblait quand il voulait le faire. Les mouvements du bras provoquaient ou augmentaient les secousses; il avait des palpitations et par moments des maux de tête violents, comme si on allait lui fendre le crâne. 11 avait ries vertiges quand il se baissait ; sa sensibilité et ses réflexes étaient normaux. Je lui fis les prescriptions suivantes :

R. Bromur. kali -1“2 grammes.

Syr. sacc 3T —

Aq. fontis t.ïO —

Une cuillerée toutes les deux heure.s.

R Extrait belladon. . .

Oxyd. zinc

Ut f. sec. art. pii. ii» LX.

Trois par jour.

R. Chlorh.- morpli. . .

Ilydrat. chloral . .

Syr. sacc

Aq. distill

Deux cuillerées tous les soirs.

3 grammes.

■12 centigrainines.

12 grammes.

Le 2 mai, les nuits étaient plus calmes, les secousses musculaires avaient beaucoup diminué, mais les maux de tête et les

ÉTUDE PATIIOGÉMQUE ET CUNIQUE

palpitations persistaient. Je continuai le bromure et le cliloral associé à la morphine et je lui fis prendre par jour trois granules de 1 milligramme d’hyosciamine.

Le 28 mai, les secousses musculaires ne se produisaient plus que dans les muscles de l’omoplate ; elles étaient beaucoup moins fortes et moins fréquentes. Les maux de tête avaient disparu ; le malade se plaignait de douleurs dans le dos, surtout à gauche; les apophyses épineuses des six dernières vertèbres dorsales et les gouttières vertébrales correspondantes étaient douloureuses à la pression. Le sommeil était bon.

Je lui ordonnai une potion de 180 grammes avec 8 grammes de bromure de potassium.

Je l’ai vu pour la dernière fois en décembre 1890 ; les secousses musculaires avaient beaucoup diminué, mais se produisaient encore par moments dans l’omoplate. Quand le malade voulait s'appliquer à quelque chose, il se fatiguait vite et il avait été obligé de renoncer à sa profession d’instituteur.

Niiiiiilatlon, cx.aj^cra(i<»ii.

La question de la simulation et de l’exagération des symptômes des névroses traumatiques présente une importance capitale au point de vue médico-légal. Beaucoup d’individus, victimes d’accidents de chemin de fer ou de traumatismes professionnels, réclament des dommages-intérêts; ils peuvent dès lors être suspectés de chercher è tromper les experts.

Les auteurs ne sont pas d’accord sur la fréquence de la simulation : Strümpell et Schültze (1) la croient rare; Steinen (2) émet une opinion analogue; il l’a rencontrée dans o °lo des cas qu’il a observés; Hoffmann (3) la croit plus fréquente; sur vingt-quatre cas, il a vu huit fois la simulation complète et ([uatre fois l’exagération ; Schültze (4), de Bonn, la croit commune; Oppenheim (S) estime qu’elle n’existe que dans 4 des cas; Sceligmuller (6;

(d) Schültze. hoc. c'a.

(2) Steinen Hailwny surr/ery. Sainl-Louis, 1890.

(3) Hüffuan.n. ISerliner klin. Woclieii.'iclirift, IS90. {Sammluttg kliii. Vortràge, n» 17.)

(4) Schültze. Haypori au Congrès de Berlin, in Semaine médicale, 4890.

(5) Oppenheim. hoc. cil.

;6) Seeligmulleh. Deutsche Wochenschrift, 1890.

DES NÉVROSES TRAUMATIQUES.

croit qu’elle existe dans le quart des cas; Bouveret (1) pense que la simulation complète est fort rare et ne constitue qu’une très minime exception ; il croit l’exagération bien plus fréquente; il explique cette dernière moins par le désir d’obtenir une très grosse indemnité que par un état mental particulier du patient.

Blum (2) est d’avis que le malade exagère plutôt qu’il ne simule, cela dans le but d’obtenir une grosse indemnité. Nous nous rallions à l’avis de Bouveret et de Blum ; nous croyons la simulation complète très rare, mais nous pensons que l’exagération est fréquente. Dans le cas de simulation complète, il est évident que l’individu traumatisé n’a en vue que l’obtention d’une indemnité, mais l’exagération peut aussi bien avoir pour cause l’état cérébral particulier signalé par Bouveret.

Comment le médecin-expert pourra-t-il se mettre à l’abri de la simulation et de l’exagérationï

La simulation complète ne pourrait être exécutée que par un individu connaissant la question des névroses traumatiques; ce n’est pas un obstacle pour un homme résolu qui préparerait son plan d’avance en consultant des ouvrages de médecine. S’il a bien étudié la question, nous croyons qu’il sera très difficile de déjouer la simulation.

Vibert déclare, au contraire, que «cette tentative de simulation a bien peu de chance de réussir auprès d’un médecin, surtout si celui-ci a une certaine habitude des examens de ce genre. Les symptômes cérébraux, dit-il (3), qui peuvent se manifester à la suite des accidents que nous étudions, ne sont pas quelconques; ils ont, au contraire, des caractères spéciaux et forment un ensemble particulier dont un simulateur ne peut décrire les traits principaux. Plusieurs de ces traits sont d’ailleurs assez difficiles à reproduire ; les accès de désespoir, l’expression morne, l’attendrissement et les larmes pour certains motifs futilesme pourraient être imités exactement que par un comédien hors ligne qui aurait eu un bon modèle sous les yeux. »

Mais s’il a étudié la question, il pourra parfaitement reproduire tous ces phénomènes qui ne sont, du reste, pas constants.

Nous soutenons qu’un individu intelligent, préparant son plan

(1) Rouveri-.t. Loc. cil., p. :h7. ,

(2) Blum. Loc. cii., p. 14i.

(3) Vibert. Loc. cU., p. !)2.

ÉTUDE PATlIOr.ÈNIOUE ET CLINIQUE, ETC.

(1 üvaiice, pourra simuler presque toutes les lormes de névroses traumatiques de manière è tromper l’expert le plus habile. Cela veut-il dire que nous considérions cette simulation complète comme fréquente? Nullement; elle doit être fort rare et ne nécessite certes pas, comme le croit Seeligmuller, la création d’établissements spéciaux pour y soumettre ii un examen rigoureux les blessés qui réclament des indemnités.

Dans tous les cas, il faut interroger le malade de façon à ne pas lui suggérer les réponses, il faut s’efforcer de déjouer la simulation en insistant sur des symptômes qui ne doivent pas exister et en ne parlant qu’indirectement des phénomènes capitaux, il faut encore pratiquer les examens à l’improviste, les renouveler, prendre des renseignements auprès des étrangers qui ont l’occasion d’observer journellement le malade.

Si la simulation complète n’est pas toujours facile à déjouer, il est encore bien plus difficile de reconnaître l’exagération.

Vibert avoue qu’il est peu aisé de reconnaître l’exagération; Cependant il fait remarquer que jamais, chez les malades qu’il a observés, les troubles intellectuels, les symptômes purement sub- •jectifs, que l’on ne peut ni contester ni mesurer, n’ont acquis une haute gravité sans qu’il existât en même lemps d’autres symptômes objectifs, des désordres de la santé générale, dont la constatation est facile. « On est donc en droit, dit-il (1), de soupçonner l’exagération quand il y a une disproportion très marquée entre ces deux groupes de symptômes. »

Si cette remarque est fondée quand il s’agit de névroses trau-, matiques graves et anciennes, elle ne s’applique nullement aux névroses pures ni aux débuts des névroses graves avec commotion.

Cest pourquoi nous croyons qu’il sera le plus souvent impossible de reconnaîlre l’exagération.

(1) VlltEllT. Loc. cil , p. ÎJi.

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